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Avec ce blog, ayez accès à une partie de votre psyché°

° la psyché désigne l’ensemble des manifestations conscientes et inconscientes de la personnalité d’un individu.

LE « PÈRE-NOËL » UN SI MERVEILLEUX MENSONGE ?

©-Mars 2020 / Michel Akrich

« Le parler vrai aux enfants », une promesse faite par Françoise Dolto. Le besoin de transparence est devenu depuis cette époque un cheval de bataille éducatif. Tout le monde pensait que le mensonge disparaîtrait de notre société. Cependant, il persiste. Et aujourd’hui encore, à l’occasion de la traditionnelle fête de Noël, un mensonge et pas n’importe lequel, un vieux mensonge. Un mensonge colporté par des parents qui eux mêmes en ont été pour la plupart des victimes lorsqu’ils étaient beaucoup plus jeune. Ce mensonge est  rouge, barbu et bien visible. C’est le Père Noël. Les victimes sont les individus les plus vulnérables de notre planète, les enfants. Les menteurs sont leurs parents. Au-delà de l’évidente affaire commerciale, comment expliquer de manière psychothérapeutique que chaque année, des victimes du mensonge, continuent de mentir à leurs propres enfants. Et ainsi perpétuent tout en les connaissant, les douleurs de la révélation ? Ce Père Noël me fournit l’occasion de parler du mensonge et en particulier du mensonge des parents à l’égard de leur progéniture. 

De l’utilité du mensonge

Le mensonge, bien que considéré par la plupart des cultures comme moralement condamnable, est dans le même temps toléré. Il est même considéré par certains comme indispensable pour le bien de la vie en société. Le mensonge donc et le menteur aussi, n’existeraient pas l’un sans l’autre. Pour qu’un menteur puisse faire croire son mensonge, il faut qu’il ait  conscience du caractère fictif de celui-ci. Le mensonge ne serait que l’outil de l’intention du menteur.

Le mensonge est une affirmation délibérément fausse dans l’intention d’agir sur autrui.

Le mensonge naît du désir volontaire de tromper. « Il est préalablement préparé, pensé, médité. Le menteur sait à qui il s’adresse, quels sont les meilleurs moyens qu’il a d’être cru, quelle forme il doit employer pour mieux capter la confiance de celui qu’il veut tromper. ». Ce qui compte dans le mensonge c’est son intention. J. Derrida (philosophe) insiste sur ce fait en donnant sa définition du menteur : « le menteur est quelqu’un qui dit délibérément autre chose que ce qu’il sait, dans l’intention d’égarer son auditeur ». 

Le mensonge comme outil du plaisir. 

Il est utilisé pour susciter, selon les psychologues, la « désirabilité sociale ». Le mensonge comme une stratégie de bien se présenter et donc de se masquer aux autres. Le mensonge comme stratégie de survie face à une situation que l’on imagine angoissante si la vérité est divulguée. L’autre source de plaisir du menteur est  la satisfaction d’avoir abusé la confiance d’autrui. Jouir avant tout du sentiment de puissance octroyé par le fait d’avoir trompé son public. Ce plaisir  nécessite comme prérequis, la conscience du caractère fictif du récit avec lequel le menteur abuse ses auditeurs.

Le mensonge comme outil de communication. 

Taire ce que l’on pense est différent de mentir car cela revient à se poster dans une forme d’immobilité face à autrui. Tandis qu’adresser à l’autre un discours destiné à l’induire en erreur, et donc lui mentir, implique un mouvement dans sa direction. Le fait même d’essayer de tromper quelqu’un indique l’intentionnalité, le besoin d’une inter-relation selon B. Cyrulnik,  » le sujet qui ment ne se contente pas de cacher ce qu’il sait, il va vers les autres pour les induire en erreur, ce qui signe une manière originale d’interagir avec son entourage. Par le biais de ce comportement, le sujet exprime ainsi son besoin du lien”. Le mensonge serait donc synonyme de lien. De ce désir de relation à l’autre découle, le mensonge égoïste qui permet de donner une bonne image de soi, d’éviter une punition ou mieux encore, d’obtenir un avantage Vous voyez, le mensonge serait nécessaire pour la vie en société tout comme dans les moments de vie plus intimes. “Les inventeurs de mensonges, font leur récit pour susciter admiration, envie, etc, chez l’auditeur”. Mais dans ce fatra de précisions, quelles différences entre un menteur peu scrupuleux et un mythomane ? Le menteur sans scrupule est toujours conscient de l’immoralité de son mensonge. C’est ce qui le distingue du mythomane. Le mythomane quant à lui n’est pas conscient de son trouble psychique. Il souffre de la réalité. Il s’invente alors, par l’utilisation de mensonges, un autre monde plus calme et apaisant. Un monde qui lui convient mieux. 

Pourquoi les parents mentent ?

Bon maintenant que vous êtes devenus incollables sur le  mensonge et le menteur. Vous aimerez certainement savoir si les parents mentent aux enfants. Et oui, une étude de 2013 (1), publiée dans l’International Journal of Psychology montre que 98% des parents chinois mentent à leurs enfants. Et du côté des Américains….84%. Et là encore un sourire sur vos visages, car l’article ne parle pas des Français. Cela voudrait-il dire que les français ne mentent pas ? Soyons chauvins ! Et croyons-y. Quoiqu’il en soit et avec autant d’adeptes pour le mensonge parental dans ces deux pays, et dans le reste du monde, la france y compris, à quoi servirait le mensonge ? Les parents déclarent mentir pour le bien des enfants et ayant comme objectifs de les rassurer, souvent. De les convaincre et dissuader, par la peur parfois. Leur objectif commun est d’éduquer ces chérubins en somme.  Nous avons déjà tous entendu (ou bien déjà dit à nos enfants): “Mange ta soupe parce que ca te fera grandir”, “Mange tes épinards pour être fort”, “Mange tes carottes ça te rendra aimable”, ou bien encore, “Si tu n’es pas gentil, le Père Noël t’apportera pas de cadeaux”, et de rajouter, “Si tu ne m’écoutes pas le grand méchant loup va te tirer par les pieds ce soir”. Bon j’arrête là la liste de ses phrases malheureuses car elles risqueraient de nous rendre tous honteux et honteuses. Nous avons tous, des souvenirs anciens, où nos parents essayaient de contrôler nos comportements et nos affects par une pratique parentale de la tromperie. Mais nous possédons aussi des souvenirs plus récents, du temps où parents  nous assurions notre rôle par l’utilisation à notre tour de la tromperie parentale. Et quand le mensonge m’angoisse, comme « Le Père Noël va te tirer par les pieds plutôt que de t’apporter des cadeaux » . J’aurai envie de dire à mes parents que ce n’est en rien éducatif. Car cette phrase est plus qu’un mensonge, c’est une menace, un chantage qui me fait froid dans le dos et aussi je ressens cela comme un moyen culpabilisant d’arriver à ses fins. Et ça fonctionne car j’obéis. J’ai très peur aussi. Tout aussi contre productif, dans une famille, mentir servirait aussi à cacher un secret de famille, à dissimuler une situation avec laquelle le parent n’est pas au claire ou estimerait que la divulguer à l’enfant lui serait préjudiciable mais aussi fragiliserait l’homéostasie familiale. Comme par exemple, l’existence du Père Noël ou de Dieu, l’origine de la naissance de l’enfant, la mort/ disparition d’une personne de la famille ou encore la séparation. Ces adultes se sont ils interrogés une seule fois sur ce qui arriverait si les enfants découvraient le “poteau rose” ?

Les effets du mensonge parental sur les enfants

L’adulte ment à l’enfant ! Vous en êtes maintenant convaincu.  Et pour le premier, être cru sur parole par les plus jeunes est chose facile. Car du point de vue de l’enfant, l’adulte dit toujours vrai. L’enfant est une proie très vulnérable face aux mensonges de  l’adulte.

Sur le développement de l’enfant

Plutôt que de parler des effets du mensonge soyons positifs cette fois-ci et voyons ce que son contraire « la vérité » apporte à l’enfant. « La vérité joue un rôle aussi déterminant pour la croissance de la psyché que la nourriture pour la croissance de l’organisme. Une privation de vérité entraîne une détérioration de la personnalité », écrit Wilfried.R. Bion (3) – (pas le médicament mais le psychanalyste) dans son livre « transformations ». Mentir à ses enfants aurait donc des répercussions sur son mental et des conséquences notables sur son comportement psychosocial une fois adulte. C’est ce que révèle une étude (4) réalisée par des chercheurs de l’Université nationale de Singapour. Selon cette enquête, « Les jeunes victimes de menteurs-adultes sont largement plus susceptibles d’adopter socialement un comportement intrusif et manipulateur ». Certains spécialistes pensent que le fait de banaliser les mensonges aux yeux des enfants, voir de l’inciter à mentir ou pire encore d’être complice d’un mensong d’adulte, pourrait l’inciter lui même à en faire usage. C’est pourquoi, étant le premier exemple de l’enfant, l’adulte se doit d’être au clair avec la pratique du mensonge, être une référence fiable”.

Quand l’enfant s’aperçoit que ses parents lui mentent 

Alors que le parent a l’habitude de demander (ou plutôt de souvent d’exiger) à son enfant de ne jamais mentir. Que peut faire un enfant quand il constate que ce sont ces mêmes parents qui lui mentent.? Bien souvent, une fois découvert, ces derniers persistent en niant les faits. Et souvent aussi, l’enfant finit par éviter de poser des questions et évite ainsi de les confronter. Selon Ferenczi (6), les parents sont l’autorité et l’enfant ne peut pas dénoncer le mensonge de peur de ne plus être aimé par ceux dont sa vie dépend. Bateson, (5) dit qu’Il y aurait ici un double lien. Le double lien est un dilemme communicatif résultant de la contradiction entre deux ou plusieurs messages contradictoires. Dès lors, peu importe ce qui est fait, tout choix est une erreur. C’est là une situation qui cause des souffrances et peut entraîner des troubles psychologiques. Les adultes qui se souviennent avoir été soumis à des mensonges de leurs parents révèlent dans l’étude Singapourienne qu’ils avaient enfants des facilités à tromper leurs parents et des “niveaux élevés d’inadaptation psychosociale” qui parfois ne se sont pas estompées avec l’âge. La trahison fait son oeuvre et l’enfant perd sa confiance dans le parent. L’enfant pourrait se dire, “Puisque mon parent ment, je peux donc moi aussi mentir. Mentir aux autres mais aussi à mes parents.”. Il est à noter que le mensonge, petit ou grand, n’est plus l’apanage des seuls adultes. Il est le bien commun de tous. Du coup le mensonge de l’enfant est une réaction au mensonge parental. Un comportement de survie en somme. Survivre à une situation qui lui fait peur car si les adultes lui mentent aujourd’hui, il est en droit de se demander ce qu’ils lui ont caché hier et que lui cacheront-ils à l’avenir ? De quoi seront-ils capable ? A partir de là, l’enfant ment car c’est pour lui la seule stratégie de survie, face à une situation pathogène. Ce comportement interrogatif est le plus souvent chez l’enfant, un épisode limité dans le temps. Il évite l’effondrement dépressif ou la décompensation psychotique. Ensuite son développement névrotique suit son cours normal. Mais quelquefois, il s’agit du début d’une organisation psychotique ou perverse. Mes parents me mentent, puis-je encore leur faire confiance ? Faut-il alors voir le mensonge de l’enfant comme une réponse à l’histoire familial ? L’enfant inventerait son “histoire” en réactions aux “histoires” des adultes. Dans ce cas le rapport à l’adulte changerait car l’enfant n’écouterait plus l’histoire mais raconterait son histoire imaginaire. Et qui sait  où cela pourrait finir ? 

En conclusion, je vous mentirai si je ne vous disais pas qu’en écrivant cet article j’avais découvert qu’il existait des “mensonges blancs”. Et oui, des mensonges qui servent à ménager les susceptibilités. Par exemple quand vous dîner chez une amie qui vous demande, “Alors comment trouves-tu mon plat ?”. Alors que vous détestez son plat, vous lui répondez avec tact que vous n’avez jamais fait un dîner aussi bon et frugal. A ce moment là, vous espérez qu’elle ne prenne pas cela comme une invitation à vous resservir. C’est un “mensonge blanc” qui préserve la relation. Mais pas vos papilles. Ces mensonges permettent, à la victime de votre mensonge, d’avoir une meilleure estime de soi et de se sentir encouragée. Et c’est pareil pour le Père-Noël car le prétexte du Père Noël est utilisé à toutes les sauces. Ce personnage et les histoires à son sujet participent à nourrir l’imaginaire de l’enfant. C’est ici l’occasion de reparler de Françoise Dolto. Elle fut en 1962 la rédactrice de la réponse du Père-Noël, envoyée à des dizaines de milliers d’enfants français qui croyaient bien détenir la preuve de l’existence du bonhomme en rouge. Cette même Françoise Dolto qui incitait les parents à dire vrai alors qu’elle écrivait faux… Et lorsque ses enfants ont grandi, je suis sûr qu’ils n’en n’ont pas voulu, ou que très peu, aux adultes de leur avoir caché la vérité. Cette réalité embelli ne ferait donc pas de mal et ce n’est pas Mme Dolto qui me contredirait. D’ailleurs je l’entends à mon oreille me demander de rajouter à cette conclusion, “ Mais attention à ne pas en abuser”…


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