Depuis #MeToo, nous errons sur le champ de ruine des rapports de couple et nous ne savons plus comment nous aimer. Est-il envisageable d’imaginer un érotisme égalitaire affranchi.es de toute structure patriarcale ?
La philosophe Manon Garcia, analyse : “Pour les hommes comme pour les femmes, l’amour est très lié à des questions de domination et de soumission, car on pense d’abord à l’amour comme amour hétérosexuel. L’amour est l’endroit où la différence des sexes se vit le plus intensément, de la manière la plus heureuse, et en réalité, aussi de la manière la plus malheureuse. Par conséquent, les normes sociales de genre, la féminité et la masculinité, sont en jeu de manière très directe et parfois très violente dans l’amour. Ce que l’on appelle la féminité est en fait une norme de soumission. Réinventer l’amour, ne va donc pas se faire en un claquement de doigts”.
Puisque c’est bien de ça dont il s’agit, ce patriarcat responsable de nos échecs relationnels, dans un monde où l’infériorité des femmes est encapsulée dans notre imaginaire amoureux. Mais ne serait-il pas vain de prétendre construire un amour égalitaire alors que nous vivons dans une société qui crée de l’inégalité ? L’égalité amoureuse est-elle possible sans égalité sociale ?
Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde.
Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.
L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre.
Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche.
Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné.
Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.
Afficher tous les articles par MICHEL AKRICH