LNDT: @308. L’amour maternel et la création littéraire : un lien indissociable

Un podcast de Radio France de 18′

Léa Salamé reçoit le psychiatre Robert Neuburger, auteur de « Ecrire sa mère » aux éditions Payot, un court essai original où il se demande pourquoi presque tous les écrivains ont un problème avec leur mère.

Avec

  • Robert Neuburger Psychiatre et Psychanalyste

Il est l’un des grands noms de la médecine psychiatrique, plus de 50 ans de carrière, spécialiste des thérapies de couple et des thérapies de famille, il est l’auteur d’une quinzaine d’essais à succès et a aussi décidé à l’âge de quatorze ans, qu’il serai psychiatre en sortant de la guerre où il a été un enfant caché, seul survivant de sa famille avec son père et sa mère.

Il publie « Écrire sa mère, à la recherche de l’amour perdu », un court essai original où il se demande pourquoi presque tous les écrivain.e.s ont un problème avec leur mère. C’est un livre sur l’amour maternel où il raconte à travers les figures des écrivains comment le manque de mère ou au contraire le trop plein de mère a marqué intensément leur œuvre. Comment Romain Gary, Annie Ernaux, Nancy Huston, Delphine de Vigan, Marguerite Duras, Georges Simenon, Albert Cohen, Amélie Nothomb, Eric-Emmanuel Schmitt, Michel Del Castillo, tous ces écrivains ont ce point commun d’avoir été mal aimés par leur mère, soit qu’ils ont été trop aimés et donc écrasés, soit qu’ils nous ont été non aimés ou pas aimés par leur mère, et surtout les femmes. C’était parfois incroyablement violent.

Ces nombreuses femmes écrivaines éprouvées par l’absence de tendresse parentale

Les mal-aimé.e.s sont souvent des femmes, rejetées par leur mère. Il raconte comment Marguerite Duras était qualifiée de « petite misère » et frappée par sa mère, qui lui préférait son grand-frère ; comment la mère de Delphine de Vigan la considérait plus comme une rivale que comme sa fille ; comment Nancy Huston a été abandonnée par sa mère à l’âge de six ans, comment la mère de Gisèle Halimi avait salué son entrée dans le monde par : « c’est une catastrophe. Ma mère ne m’aimait pas« , disait-elle, « elle refusait toute étreinte, tout baiser, tout contact« .

Le manque de consolation ou le manque de prendre dans ses bras marque profondément ces femmes, l’abandon aussi comme Nancy Huston ou Michel Del Castillo. Et puis Annie Ernaux qui était persuadée d’être enfant unique, d’être aimée par sa mère et qui, à l’âge de neuf ans, apprend qu’elle avait eu une sœur qui est morte et que sa mère lui préférait, ce qui devait la marquer durablement : « C’est ce qu’on appelle une chute mythique, une chute de croyance en la mère. Quand un enfant est vraiment petit, il ne peut pas imaginer que sa mère ne l’aime pas. Pour rendre consciente cette réalité, il faut un événement, et chez chacun de ces auteurs, j’ai pu repérer un moment qui leur est arrivé et leur a permis de réaliser qu’ils n’étaient pas aimés par leur mère. »

Lire et écrire pour se sentir aimé : la littérature cathartique

Le psychiatre raconte comment ces auteurs et ces autrices trouvent un refuge dans la lecture. Enfants, tous lisent énormément pour essayer de se sauver par la lecture avant que l’écriture ne devienne pour eux et pour elles une manière de se consoler, de se venger et de se libérer de ce manque de mère. Il écrit : « Écrire pour eux, pour elles, c’est s’embrasser, c’est se raconter des histoires comme si c’était la mère qui les racontait. L’écriture est le substitut d’un manque de mère. Elle est leur confidente. Elle est l’interlocutrice qui sait écouter, consoler. Elle prend la place d’une mère qui n’a pas entendu, qui n’a pas voulu ou pu entendre. Elle est la mère qu’ils n’ont pas eue. Une mère rêvée. » Au micro de Léa Salamé, il ajoute : « Tous ces auteurs ont un trajet commun, quand ils découvrent leur situation d’enfant mal-aimé, ils se réfugient dans leur tête, ils vont fantasmer énormément, se raconter des histoires, se faire exister par l’écriture et la lecture. Ce qui veut dire que l’être humain est capable de création, d’inventer des solutions. Si on n’a pas l’échappatoire de l’écriture, tous les arts sont cathartiques et émergents, sinon résilients. »

Éprouvés parce que trop aimés

D’autres avaient été mal aimés d’une autre façon, puisqu’ils avaient été trop aimés et c’était plus souvent des hommes : « Le trop-plein d’amour, lui, écrase, c’est le cas de Romain Gary qui écrit : « Avec l’amour maternel, la vie vous fait une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. » Amélie Nothomb raconte qu’elle était complètement obsédée : « Ma mère, quand j’étais petite, c’était mon trip, c’était mon obsession, c’était mon Dieu. » Et puis Albert Cohen qui, chez Bernard Pivot, parlait de sa mère : « Les fils ne savent pas que leurs mères sont mortelles et moi le premier, je ne l’ai pas su. Ce qu’elle avait de particulier, ma mère, c’est qu’elle n’avait pas de moi, son moi, c’était son fils. »

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Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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