father feeding his baby raspberries

LNDT: @198. Pour le droit à une grossesse masculine ?

Un podcast de Radio France de 5′

Lancement Ali : Aujourd’hui, Julien, vous allez militer pour le droit à une grossesse masculine ?

Dans le film La Vie de Brian des Monty Pythons, l’un des personnages masculins, joué par Eric Idle, affirme vouloir porter un enfant, sous les risées de ses camarades. Ceux-ci s’accordent finalement à lui dire qu’il ne pourra pas le faire, faute d’utérus, mais que cela ne doit pas entamer son droit à le faire, à porter des enfants.

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Cette scène m’a toujours amusée, tant elle dit quelque chose de ce paradoxe fondamental qu’est pour un homme le fait de devenir père sans faire naître son enfant. Un paradoxe qui peut d’ailleurs tourner à l’obsession, comme on a pu le voir l’an dernier après la publication par Planning familial d’une campagne d’information qui rappelait que certains hommes trans pouvaient être enceints. Dans le scandale que ça avait pu susciter, on pouvait lire autant de haine contre les LGBT qu’une forme de fascination envers l’idée même de grossesse masculine.

La littérature, notamment féministe, d’Octavia Butler à Ursula Guin, est d’ailleurs riche en fictions qui imaginent des utérus artificiels et des sociétés agenres où les hommes pourraient allaiter. Sans même parler de la mythologie grecque, où Zeus achevait déjà dans son propre corps la gestation d’Athéna et de Dionysos. Oui, mais voilà, nous ne sommes pas Zeus. Et à moins de s’appeler Arnold Schwarzenegger dans le film Junior, – ou d’être un hippocampe -, l’expérience biologique de la grossesse reste avant tout une expérience féminine.

Relance Ali : Est-ce que vous dites cela avec un brin de jalousie ?

Je ne sais pas si jaloux est le bon mot ! J’ai déjà du mal à supporter mes premiers poils blancs dans la barbe, je ne suis pas sûr que j’aurais vécu très sereinement les bouleversements dans mon corps, prendre un peu plus que des poignées d’amour et gagner une pointure, écrasé sous mon propre poids.

Mais si je dis cela avec, un peu de mauvaise foi, c’est bien parce que je n’ai qu’une vision tronquée de la grossesse, une appréhension extérieure qui ne sait rien des bouleversements émotionnels, de la vie intérieure et du lien avec l’enfant à naître. Je me souviens plutôt d’une période très étrange, partagée entre l’impatience de voir l’enfant arriver, comme le héros de Paul Morand dans L’Homme pressé, et en même temps, une forme d’inconscience de ce qui est en train de se tramer, un décalage avec l’expérience fondamentale que peut vivre la mère de l’enfant. Face à la grossesse, les hommes se retrouvent parfois comme au spectacle, témoins d’une pièce qui se joue devant eux sans trop savoir quel rôle y prendre.

Alors on fait la préparation à l’accouchement et les séances d’haptonomie, on lit des livres et on regarde tous les films possibles sur le thème de la grossesse, on fait des recherches Internet pour savoir quelles musiques faire écouter à bébé in utero – musique qui d’ailleurs n’est pas l’album In Utero de Nirvana ! On fait des courses, on monte des meubles, on télécharge des applications. Bref, on essaye de garder le contrôle quand, au bout du compte, on reste confronté au mystère radical qui nous est opposé.

Relance Ali : Mais alors ce serait quoi, une grossesse masculine ?

Alors, pour certains, ce serait une couvade, soit le fait de reproduire les symptômes traditionnellement reliés à la grossesse féminine – nausées, brûlures d’estomac, prise de poids, anxiété. Une sorte de grossesse nerveuse qui toucherait plus d’1/4 des hommes selon une étude américaine. Mais ce n’est pas tout à fait ce que j’ai en tête.

Rétrospectivement, j’ai le sentiment que ces neuf mois devraient surtout être mis à profit pour méditer notre propre lien à la paternité, nos souvenirs d’enfance et ce que nous en avons gardé. Ces neuf mois peuvent être utiles pour comprendre le langage de l’amour avec lequel on a grandi, afin de s’assurer que c’est bien celui qu’on souhaite transmettre, ou si l’on préfèrerait en inventer un nouveau.

En anglais, l’accouchement se dit « delivery », la délivrance – je ne sais pas, d’ailleurs, à quel point c’est toujours vécu comme tel par les femmes enceintes. Mais j’ai l’impression qu’il y a peut-être là la clé d’une grossesse masculine. Dans l’idée de délivrer l’enfant qui est en nous, pour mieux mettre au monde notre propre notion de la paternité.

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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