people standing in front of wood pile

LNDT: @199. Faire famille

Un podcast de Radio France de 4′

Comment faire famille quand les réunions de famille, les cousinades sont une corvée ? Réponse et anecdotes de Julien Bisson.

Que vous évoque l’idée de faire famille ?

Ca m’évoque beaucoup de choses, mais en particulier un souvenir très récent. Vous allez encore dire que je raconte ma vie, mais j’ai participé au début de ces vacances à une cousinade, une réunion de famille dans le Puy-de-Dôme réunissant toutes les petites cellules éparses du grand organisme familial fondé par mes grands-parents il y a 70 ans. Aujourd’hui, ces grands-parents ne sont plus là, tout le monde est dispersé à travers la France, et si on n’arrive pas toujours à se donner des nouvelles entre frères et sœurs, vous imaginez ce que c’est avec le cousin machin et la tante Suzette !

Donc de temps en temps, on organise cette fameuse cousinade. Et il n’y a peut-être pas d’illustration plus concrète de l’idée de faire famille. Parce que pour que cette réunion ait lieu, il faut faire les réservations, faire la route, faire les courses, faire à manger, faire la vaisselle, faire le ménage. Et, à la toute fin, évidemment, faire les comptes ! Tout cela pour retrouver au milieu de l’Auvergne une cinquantaine de personnes que vous n’aviez pas recroisées pour la plupart depuis quelques années…

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Et encore ! Il s’agissait de ma propre famille. J’ai une pensée émue pour toutes les pièces rapportées qui ont passé les six heures de voiture à essayer de retenir les prénoms et les nombre d’enfants de chacun – je vous mets d’ailleurs au défi de retracer de tête l’ensemble de votre arbre généalogique, surtout si vous venez comme moi d’une famille méditerranéenne…

Mais alors pourquoi s’inflige-t-on ça ?

Évidemment, on affiche tous l’envie de se revoir, de rencontrer tous ces petits cousins, germains ou non – ah oui, germain, comme j’ai appris à mon fils, ne veut pas dire qu’ils sont allemands, mais qu’ils sont issus du même germe. Au passage, « cousin » renvoie à l’origine à l’idée de « co-sœur », et donc uniquement à la famille côté maternel, mais on n’est pas là pour faire un cours d’étymologie…

Si on s’oblige ainsi à ces efforts pour se retrouver, on le fait aussi sans doute, plus ou moins consciemment, un peu par devoir. On se dit confusément que si on ne se croise plus que pour les mariages et les enterrements, et encore, alors le lien familial risque de se rompre tout à fait, et avec lui une part de notre propre histoire. Et d’ailleurs, passé le ballet des « tu fais quoi dans la vie maintenant ? », le gros des conversations pendant le week-end sera de se souvenir des précédents moments de réunion, de cette soirée de 1995 où deux beaux-frères ont failli en venir aux mains, de cette fête de 1999 où l’un de vos oncles s’est toqué de pouvoir marcher sur les braises du méchoui, ou de cette autre réunion où tous les adolescents avaient été découverts en train de fumer des cigarettes qui font rigoler en cachette.

En creux, entre deux parties de pétanque, c’est la mémoire qui se renouvelle, la mémoire collective de la famille, avec son lot de rituels, de mythologies, de récit des origines. Et puis, plus étrangement, une sorte de mémoire individuelle, en voyant tous ces visages dont beaucoup vous ressemblent, de loin en loin : ceux qui ont dix ou vingt ans vous rappellent votre passé, ceux qui en ont soixante ou soixante-dix dessinent votre avenir. Cette famille élargie vous renvoie ainsi à tous les âges de votre vie.

Ce n’est donc pas simplement un lien au passé ?

Non, je ne crois pas. Je crois au contraire que ces réunions de famille, et notamment de famille élargie, où résonnent moins le pathos et les drames que dans la famille nucléaire, permettent de mesurer à la fois la force objective du lien sanguin, qui nous impose cette famille, mais aussi notre propre singularité au sein de l’institution. Elles nous permettent de mesurer la place que nous nous sommes construites, au fil des années, dans le tableau de famille. Elles racontent finalement moins quelque chose du groupe que de notre propre itinéraire intime, et de ce que nous allons transmettre, à notre tour, à notre progéniture.

C’est peut-être pour ça qu’après tous ces efforts, quand vient le moment de la séparation, on se dit que c’était pas si mal cette raclette à 50. Et dans les bouchons, en regardant les clichés nouveaux du grand album familial, on réalise sans doute qu’on a toujours mal compris le fameux « Famille, je vous hais ! » d’André Gide, car on n’avait pas pris la peine de lire la suite dans « Les Nourritures terrestres » : « Familles, au pluriel, je vous hais ! Foyers clos ; portes fermées ; possessions jalouses du bonheur« . Allez, à la prochaine cousinade !

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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