LNDT: @441. Pourquoi les tâches administratives nous angoissent tant ?

| Un podcast Radio France (46′)

Vous avez sans doute déjà connu ce sentiment d’oppression et d’angoisse quand vient le moment de remplir une déclaration d’impôt, de payer des factures. D’où vient cette fameuse et parfois problématique « phobie administrative » ? Éléments de réponse avec des psychologues et des auteurs.

La déclaration d’impôt ? Envoyée à 23h55, soit cinq minutes avant la date fatidique et la majoration. La contravention ? Oubliée. Majorée. Encore oubliée. Et saisie sur salaire. Ordonnance ? Toujours pas envoyée à la mutuelle. L’abonnement à la plateforme que l’on ne regarde jamais ? Pas résilié. Trop compliqué.

Nombreux sont celles et ceux à repousser le moment de se plonger dans les démarches administratives. Peut-on pour autant parler de phobie administrative ? Ou s’agit-il seulement de procrastination ? Comment réagit notre cerveau face à cette tâche qui nous parait parfois insurmontable ? Et vous ? Êtes-vous du genre hyper organisé, ou plutôt « je laisse traîner » ?

Invités pour discuter de phobie administrative, des psychologues et auteurs de guides ou de témoignages pour en sortir, tout du moins avancer avec. Alors phobie, anxiété, procrastination ?

Ne pas ouvrir une lettre par peur de la mauvaise nouevlle

Après un tour de table dans cette émission, Yun Inada se sent moins seul, « comme premier concerné, mon bouquin est l’idée d’offrir un livre que j’aurais voulu avoir quand j’étais ado« . Lui a par exemple mis plusieurs semaines à ouvrir un courrier des impôts, craignant qu’on lui réclame de l’argent, hors il s’agissiat d’un chèque en retour d’un trop plein perçu. Ici se cache un élément au coeur de la phobie administrative : la peur des mauvaises nouvelles. L’auteur de J’y comprends rien ! – Les démarches administratives, impôts, sécu, CAF… ce livre va vous sauver, pense qu’il aura toujours cette peur des papiers et de l’administration « mais ça va mieux ».

Pas une phobie au sens psychologie, mais une réelle anxiété

Margaux Tancrède, psychologue, explique que le terme de « phobie administrative » est parlant mais très galvaudé par la société moderne. Elle précise que la phobie administrative n’est pas décrite comme phobie par la discipline, « le plus approprié serait de parler d’anxiété liées aux tâches administratives » dont la procrastination peut être conséquente, il y en aura d’autres selon les déclencheurs de chaque personne. On pourrait en sourire mais cela peut devenir un problème parfois paralysant, « c’est la perception qu’on va se faire de cette tâche qui va nous paralyser, et la paralysie est l’une des réactions face au danger« . Rappelons que trois réactions sont possibles face au danger : le combat, l’immobilité ou l’évitement.

Procrastination active ou passive ?

Les neurosciences peuvent donner des éléments de compréhension de la procrastination. Anais roux est psychologue spécialisée en neurosciences, elle explique que notre cerveau peut faire une procrastination active, celle nécessaire au temps de réflexion pour les uns, ou celle nécessaire à d’autres préférant et appréciant  travailler en urgence. On parle en revanche pour d’autres de procrastination passive : « il y a un système dans le cerveau qui, quand on fait une action, va systématiquement peser les coûts et les bénéfices« , et les procrastinateurs passifs « le cerveau a tendance à décompter plus rapidement les coûts que le bénéfice« , ceux-ci remettront alors toute tâche à demain, un lendemain qui deviendra l’aujourd’hui à son tour, et ainsi de suite. Des personnalités auront ainsi plus tendance à remettre à demain que d’autres.

Invités :

  • Yun Inada, auteur de J’y comprends rien ! – Les démarches administratives, impôts, sécu, CAF… ce livre va vous sauver (réédition Hachette, 2025)
  • Margaux Tancrède, psychologue sociale et du travail, référente et directrice de la santé mentale chez moka.care, une start up de conseils en santé mentale en entreprise
  • Camille Rozier, co-autrice du guide “Vaincre la phobie administrative grâce aux sciences comportementales”
  • Anaïs Roux, psychologue spécialisée en neurosciences cognitives. Autrice de La vie est un long stress tranquille coécrit avec Jean-François Marmion et illustré par Anne-Isabelle Lucas (Les Arènes, 2025)

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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