LNDT: @632. Dépressions, suicides : qu’est-ce qui angoisse la jeunesse ?

Un podcast de Radio France (7′)

En 2021, les pensées suicidaires des 18-24 ans ont été multipliées par deux et plus de 9% d’entre eux ont déclaré une tentative de suicide. Un chiffre bien au-dessus de la moyenne nationale, qui s’élève elle à 6,8%. Comment comprendre les raisons de ce mal-être ?

Un âge de transformations

Les chiffres sur le mal-être des jeunes s’expliquent d’abord par la période de vie qu’ils traversent. Le passage de l’adolescence à l’âge adulte est un moment de grande fragilité psychique confirme Marie-Rose Moro, professeure psychiatre de l’enfant et de l’adolescent à l’Université Paris Cité, et cheffe de la maison des adolescents de Cochin. “C’est toute cette période de 14-15 ans jusqu’à 21 ans qui est particulièrement délicate. Il faut se construire, trouver les valeurs qui nous portent et nous tiennent en vie, qui nous donnent envie d’agir sur le monde et de construire son propre destin. Ce passage est aussi celui de transformations importantes, qu’elles soient corporelles, psychologiques, de notre mode de vie ou de notre rapport au monde. Les adultes, la société, les institutions telles que l’école, l’université ou les lycées, doivent accompagner ces transitions.

Ouverture de maisons des adolescents

Face aux alarmes des professionnels et à l’augmentation notoire de la phobie scolaire, Gabriel Attal a annoncé l’ouverture d’une maison des adolescents par département dans son discours de politique générale. Marie-Rose Moro, cheffe de la maison de Solenn à Cochin, souligne l’importance de ces centres pour les jeunes en détresse. “Ce sont des lieux ressources, des lieux spécifiques dédiés aux adolescents où l’on va mettre à leur service l’ensemble des disciplines nécessaires à leur bien-être et à leur santé. Dans ces espaces, les adolescents, leur famille, mais aussi les professionnels qui s’occupent d’eux, doivent pouvoir venir pour évaluer et trouver un projet adapté pour chaque adolescent. Il s’agit aussi de réduire les temps d’attente. Lorsque les jeunes sont désespérés, et que nous les mettons sur une liste d’attente de six mois, leurs idées noires auront évoluées entre-temps et ils se retrouveront dans une souffrance structurée. Il nous faut donc des lieux dédiés à leur accompagnement et où l’on expérimente des manières de faire qui leur correspondent.”

LNDT: @631. Sortir de l’ombre, la musique face à la dépression

Un podcast de Radio France (8′)

Quand les mots s’épuisent ou se figent, les notes s’immiscent dans les failles de la mélancolie. Et si la musique possédait une véritable clé neurochimique pour nous aider à guérir ?

La dépression ne se résume pas à un coup de blues. C’est une maladie qui fige le cerveau, ralentit nos connexions et éteint nos circuits du plaisir. En termes cliniques, on parle d’une altération de la plasticité synaptique, d’une diminution du volume de l’hippocampe et d’un déficit chronique en neurotransmetteurs, parmi lesquels la sérotonine, la noradrénaline et la dopamine.

Mais face à cette “paralysie de l’esprit”, la musique active une thérapie invisible. Qu’elle soit écoutée ou pratiquée, elle vient stimuler les zones endormies par la maladie. En sollicitant le striatum et le cortex préfrontal, les fréquences sonores agissent comme un synchronisateur d’ondes cérébrales, offrant une alternative aux traitements médicamenteux classiques dans la prise en charge des épisodes dépressifs caractérisés.

Ce que la science nous révèle

Saviez-vous qu’une mélodie douce peut agir directement sur nos hormones ? Les études d’imagerie médicale montrent qu’une écoute adaptée fait chuter le taux de cortisol (l’hormone du stress) de 22 % à 30 % en seulement vingt minutes.

Mieux encore : la musique réactive notre circuit de la récompense en libérant de la dopamine et de la sérotonine. En effet, les examens en IRM fonctionnelle révèlent une augmentation du flux sanguin dans le noyau accumbens, déclenchant une libération endogène de dopamine comparable à celle induite par les traitements pharmacologiques du circuit de la récompense.

Une vaste étude de la fondation Cochrane (Aalbers et al., 2017) confirme que la musicothérapie, associée aux soins classiques, améliore de manière spectaculaire les scores de guérison sur l’échelle de dépression de Hamilton.

LNDT: @630. Lire, plaisir, guérir avec Philippe Lançon, journaliste et rescapé de Charlie Hebdo

Un podcast de Radio France (39′)

Blessé lors de l’attentat du 7 janvier 2015 à la rédaction de Charlie Hebdo, le journaliste Philippe Lançon, auteur du « Lambeau » évoque le rôle que la lecture, des romans policiers en particulier, a joué dans sa reconstruction. Un entretien sur la littérature comme espace de survie.

C’est sur les conseils de Philippe Lançon que Nicolas Demorand a replongé dans la lecture après une longue période de difficulté à lire. Il lui avait fait une sorte d' »ordonnance » de polars — japonais, finlandais, américains, historiques — qui a fonctionné comme un médicament. Pour Philippe Lançon, la vertu du roman policier tient à sa capacité à embarquer le lecteur dans un récit qui le sort de lui-même : « C’est peut-être cette lourdeur et cette gravité saisies par le récit qui permettent de chasser la sienne. » Le polar, dit-il, « sécrète un miel qui fait passer plus facilement l’effort » de lire quand on n’en a plus la force. Quant au plaisir, il reste pour lui la première raison de lire : « Le plaisir n’est pas stérile, il éveille l’intelligence, ouvre le champ et stimule. »

Proust, Kafka et Thomas Mann : les premiers livres après l’attentat

Depuis son lit d’hôpital, Philippe Lançon a retrouvé les livres par deux chemins. Il a d’abord demandé à ses parents de lui rapporter ses livres dans la Pléiade de Marcel Proust — « une maison que je connais bien » — et La Montagne magique de Thomas Mann, qu’il n’avait jamais lu. Puis Claire Devarrieux, sa cheffe de service à Libération, lui a apporté les Lettres à Milena de Kafka. Ces trois livres ont été, dit-il, « le camp de base » pour gravir l’Himalaya.

Parallèlement, il a continué à tenir une chronique hebdomadaire dans Charlie, racontant la vie du service de chirurgie maxillo-faciale depuis son brancard. Ce n’est que bien plus tard, encouragé par Serge July, fondateur de Libération qui lui glisse « il va falloir que tu le racontes » — puis par sa chirurgienne Chloé Bertolus, qu’il a compris qu’il était temps d’écrire Le Lambeau.

La suite est à écouter…

À propos du podcast

Par Nicolas Demorand. Après plusieurs mois d’absence, Nicolas Demorand retrouve le chemin de Radio France pour son premier podcast dans lequel il aborde sa maladie qui l’a éloigné de l’antenne.

Après plusieurs mois d’absence, Nicolas Demorand retrouve le chemin de Radio France. Le journaliste enregistre son premier podcast dans lequel il aborde sa maladie qui l’a éloigné de l’antenne.

Si besoin : c’est ainsi que le personnel médical désigne les médicaments que le patient peut prendre uniquement s’il le juge utile. C’est aussi le titre choisi par Nicolas Demorand pour son nouveau podcast sur France Inter, une invitation aux auditeurs à écouter son témoignage, s’ils en ressentent le besoin.

Atteint de bipolarité qu’il avait rendue publique en mars 2025, le journaliste fait de la sensibilisation aux maladies psychiatriques un combat personnel. Dans cette série en six épisodes, il revient sur les mois qui ont suivi son départ de l’antenne, le temps passé à l’hôpital Sainte-Anne, l’aggravation de sa maladie et son parcours, à travers son propre témoignage mais aussi des entretiens avec des professionnels de santé, des soignants et des personnes touchées par des maladies psychiatriquesSi besoin est un podcast écrit par Nicolas Demorand, réalisé par Lola Costantini, préparé par Amélie Stadelman et Mathilde Khlat et mixé par Basile Beaucaire.

LNDT: @629. Aider les aidants, avec Pauline, conjointe d’un bipolaire, et Karine Buisson, mère d’un fils schizophrène

Un podcast de Radio France (41′)

Comment accompagner un malade mental ? Karine Buisson est l’autrice de « Maman, je ne suis pas malade » (Eyrolles), et Pauline est pair-aidante familiale, dont le mari est bipolaire de type II. Au micro de Nicolas Demorand, elles racontent leur quotidien entre épuisement, solitude et résilience.

Pauline, conjointe d’un homme bipolaire de type 2, raconte avoir d’abord pris la maladie de son compagnon avec légèreté : « La bipolarité pour moi, c’était juste un changement d’humeur. » C’est avec le premier épisode maniaque, qui a conduit à une hospitalisation, qu’elle mesure ce à quoi elle fait face. Karine Buisson, aujourd’hui pair-aidante familiale professionnelle à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, décrit, elle, un basculement brutal : son fils de 18 ans, en voyage scolaire à Venise, est rapatrié d’urgence pour des hallucinations. « C’est comme arriver dans un pays où on ne connaît pas la langue », dit-elle. Ni l’un ni l’autre des proches ne sont préparés, ni outillés pour comprendre ce qui se joue.

La vie au quotidien : surveillance, épuisement et sentiment de solitude

Avec le temps, les aidants développent une connaissance intime des signes précurseurs — pour Pauline, « C’est la perte de sommeil et le regard, un regard différent » —, mais cette vigilance a un coût. Son conjoint lui reproche son « ultrasurveillance ». Elle décrit la phase dépressive comme « la lampe éteinte » : « Il ne se passe plus rien, la communication n’est pas possible, et je me sens très seule. »

Les addictions compliquent souvent le tableau : Karine Buisson rappelle que plus de 50 % des patients psychiatriques souffrent également d’addiction, des « maladies duelles » que trop peu d’établissements prennent encore en charge simultanément. Quant à la culpabilité, elle ronge les deux femmes — culpabilité de ne pas en faire assez, d’en faire trop, d’exister en marge d’une maladie qui, dit Pauline, « prend tellement de place que le conjoint se sent avalé. On fait ce qu’on peut ! »

La suite est à écouter…

Si besoin est un podcast écrit par Nicolas Demorand, réalisé par Lola Costantini, préparé par Amélie Stadelman et Mathilde Khlat et mixé par Basile Beaucaire.

LNDT: @628. 24 heures dans la vie d’une psy avec Sarah Smadja, cheffe de service à l’hopital Sainte-Anne

Un podcast de Radio France (37′)

Faut-il être fou pour soigner les malades mentaux ? Réponse avec la psychiatre au micro de Nicolas Demorand qui évoque aussi la beauté de son métier, sa perception par la société, l’évolution des soins, des moyens, et comment elle se protège de la difficulté de son métier.

Choisir la psychiatrie quand on est étudiant en médecine reste encore aujourd’hui un choix qui surprend, voire qui dérange. Sarah Smadja, cheffe du service d’hospitalo-universitaire au GHU Psychiatrie Paris, Sainte-Anne, et directrice médicale de la Fondation Pierre Deniker, revient sur la réalité quotidienne d’une discipline mal-aimée, sous-dotée, mais qu’elle défend avec passion.

Un métier à contre-courant, porté par une vocation

La psychiatrie reste, dans les classements des internes en médecine, l’un des derniers choix de spécialité. Sarah Smadja y voit d’abord le reflet d’une stigmatisation sociale qui dépasse les patients eux-mêmes : « Cette stigmatisation des patients se transmet aux familles, et aussi à leurs soignants. » Issue d’une famille dans le soin — père psychiatre, mère infirmière en psychiatrie —, elle dit avoir été « choisie par la psychiatrie » autant qu’elle l’a choisie.

Ce qu’elle oppose aux réticences de ses pairs, c’est une conviction profonde : « Il faut peut-être être un peu fou et avoir un petit grain de folie pour choisir cette spécialité. Mais la psychiatrie, c’est tellement beau et tellement complet. » Une beauté qu’elle trouve dans la complexité de chaque patient, dans la créativité que réclame le soin, et dans les liens tissés au fil des années avec des personnes que la maladie a parfois tout pris.

Soigner sans réduire : médicaments, lien thérapeutique et co-construction

Loin de l’image d’une discipline réduite à la prescription de médicaments, Sarah Smadja défend une psychiatrie « intégrative », associant neurobiologie, psychothérapie et accompagnement social. Sur le terme de « camisole chimique », elle est directe : « La camisole, c’est la maladie qui enferme, et isole le patient. Le but du traitement, quand il est bien utilisé, c’est de libérer. » Elle salue par ailleurs une évolution majeure dans la relation soignant-soigné : fini le médecin qui impose, place à la co-construction du projet de soins. La « pair-aidance » — des anciens patients, ou aidants, qui témoignent auprès des patients actuels — illustre selon elle ce changement de paradigme.

Sur la question de la déprescription, sujet en plein essor, elle reconnaît que « pendant trop longtemps, on n’a pas osé y toucher à ces traitements au long cours », et que la psychiatrie s’attelle désormais, plus qu’avant, à réduire les ordonnances au strict nécessaire.

La suite est à écouter…

Si besoin est un podcast écrit par Nicolas Demorand, réalisé par Lola Costantini, préparé par Amélie Stadelman et Mathilde Khlat et mixé par Basile Beaucaire.

LNDT: @627. L’enfance en tourment avec Isabelle Sabbah Lim, pédopsychiatre

Un podcast de Radio France (37′)

Avec Isabelle Sabbah-Lim, cheffe de service de pédopsychiatrie. Nicolas Demorand était persuadé que la maladie mentale arrivait avec les premiers cheveux blancs. Or la jeunesse en France est aujourd’hui frappée de plein fouet par la souffrance psychique. Comment l’expliquer ?

Le journaliste Guy Birenbaum raconte ici les mois de dépression sévère qui l’ont conduit jusqu’à l’hôpital Sainte-Anne au printemps 2025. Un témoignage sans fard sur l’effondrement, les soins, et le chemin vers le retour à la vie.

La santé mentale des enfants et adolescents français traverse une crise silencieuse mais alarmante. Nicolas Demorand reçoit Isabelle Sabbah-Lim, cheffe du service de pédopsychiatrie 10-15 – le dispositif 10-15 est une structure d’accueil d’urgence pédopsychiatrique de jour pour jeunes adolescents (entre 10 et 15 ans) parisiens ou vivant en région parisienne – de l’hôpital Sainte-Anne à Paris, pour dresser un état des lieux sans détour d’une discipline au bord de l’implosion.

Une détresse qui s’aggrave, des chiffres qui font froid dans le dos

Les statistiques sont vertigineuses. Les hospitalisations de filles de 10 à 14 ans pour automutilation ou tentative de suicide ont bondi de plus de 20 % entre 2023 et 2024. La prescription d’antidépresseurs chez les moins de 14 ans a augmenté de plus de 60 % entre 2015 et 2022 selon les chiffres de la Drees (statistique publique de la santé et des solidarités). Pour Isabelle Sabbah-Lim, la crise du Covid a agi comme un révélateur brutal : « Au moment du déconfinement, on a vu un afflux de jeunes filles qui passaient aux urgences pour des tentatives de suicide et des idées suicidaires. Et on a tous été submergés. » Si les confinements ont amplifié le phénomène, la pédopsychiatre insiste : la dégradation avait commencé avant.

Des causes multiples, des familles de plus en plus seules

Pourquoi les jeunes vont-ils si mal ? Isabelle Sabbah-Lim refuse toute explication univoque. Harcèlement scolaire, abus sexuels, conflits familiaux, usage problématique des écrans : les facteurs s’accumulent. Le téléphone portable occupe, dit-elle, « 100 % » de ses consultations avec les adolescents et leurs parents. Mais ce qui frappe le plus la praticienne, c’est l’isolement croissant des familles : « J’ai l’impression d’avoir affaire à des familles microscopiques. Parfois, deux personnes font famille. » Face à des parents débordés et culpabilisés, elle choisit de déplacer la question : « Je leur dis souvent : là, aujourd’hui, on ne va pas s’occuper de la question du pourquoi, on va s’occuper de la question du comment on va aider l’enfant. »

Le tableau serait incomplet sans évoquer l’état catastrophique de l’offre de soins. La France ne comptait plus que 600 pédopsychiatres en 2023, contre 5 000 dans les années 1990. Un département sur quatre n’en compte aucun, et les délais d’attente peuvent atteindre 18 mois. Quant à la psychiatrie érigée en « grande cause nationale » deux années de suite, en 2025 puis en 2026, Isabelle Sabbah-Lim répond avec une franchise que non, elle n’a rien vu venir de concret.

La suite est à écouter…

Si besoin est un podcast écrit par Nicolas Demorand, réalisé par Lola Costantini, préparé par Amélie Stadelman et Mathilde Khlat et mixé par Basile Beaucaire.

LNDT: @626. Une dépression française avec Guy Birenbaum

Un podcast de Radio France (38′)

Guy Birenbaum et Nicolas Demorand sont amis depuis longtemps et ont été touchés par le même mal : la dépression. Au micro de Nicolas Demorand, le journaliste, éditeur, revient sur l’important épisode dépressif qu’il a traversé.

Le journaliste Guy Birenbaum raconte ici les mois de dépression sévère qui l’ont conduit jusqu’à l’hôpital Sainte-Anne au printemps 2025. Un témoignage sans fard sur l’effondrement, les soins, et le chemin vers le retour à la vie.

Une chute brutale après des signaux ignorés

Tout s’arrête le 26 mars 2025, à Strasbourg, en pleine tournée promotionnelle. Guy Birenbaum, alors en pleine promotion d’un livre et d’un film consacrés à l’histoire de sa mère, rescapée de la Seconde Guerre mondiale, monte dans sa chambre d’hôtel. Il comprend que quelque chose a cédé. « J’avais 20 de tension. J’ai appelé ma femme, j’ai dit : « Ça ne va pas du tout, j’arrête tout. » Rétrospectivement, les signes étaient là depuis des semaines — tachycardie persistante entre 110 et 120, hypertension, hypocondrie soudaine —, mais il les avait tus. « Je faisais comme si tout allait bien. Parce qu’à chaque fois, on n’a pas envie, on ne veut pas y retourner. »

S’ensuit une période qu’il décrit comme une déchéance totale : incapable de lire, de manger, de sortir son chien, de se raser. Il perd quinze kilos, ne quitte plus le lit ou le canapé, et développe une dépendance anxieuse à la présence de sa femme. « Tout être qui sort de la pièce m’abandonnait. » Ce qu’il insiste à nommer sans détour : « J’étais malade mental » — et ce, sans honte, dit-il, même si la honte de ce qu’il fait vivre à ses proches est bien présente.

La kétamine, Sainte-Anne, et un sourire décisif

Après un premier séjour au Kremlin-Bicêtre quitté contre avis médical, Guy Birenbaum est admis à l’hôpital psychiatrique Sainte-Anne, qu’il associait depuis l’enfance à la folie. Les antidépresseurs ne font plus effet ; on lui administre de la kétamine, anesthésiant reconverti en traitement des dépressions résistantes. Les séances sont pour lui de véritables épreuves : perte de contrôle de la pensée, sons métalliques, images incontrôlables — la pochette de Sgt. Pepper, les paroles de I Am the Walrus« Ce qui m’effraie le plus, c’est que je n’arrivais pas à contrôler ma pensée ».

La thérapie par électroconvulsivothérapie est envisagée. C’est alors qu’une aide-soignante remarque un détail infime : il lui a souri. Elle en fait part à l’équipe médicale lors du staff du matin. Sur la foi de ce seul signal, les médecins décident de stopper la procédure et de le laisser sortir. « Tu te rends compte du niveau de professionnalisme ? Une aide-soignante qui me voit, qui remarque que je lui souris. » Ce sourire, imperceptible pour lui-même, sera le premier fil du retour.

À propos du podcast

Par Nicolas Demorand. Après plusieurs mois d’absence, Nicolas Demorand retrouve le chemin de Radio France pour son premier podcast dans lequel il aborde sa maladie qui l’a éloigné de l’antenne.

Après plusieurs mois d’absence, Nicolas Demorand retrouve le chemin de Radio France. Le journaliste enregistre son premier podcast dans lequel il aborde sa maladie qui l’a éloigné de l’antenne.

Si besoin : c’est ainsi que le personnel médical désigne les médicaments que le patient peut prendre uniquement s’il le juge utile. C’est aussi le titre choisi par Nicolas Demorand pour son nouveau podcast sur France Inter, une invitation aux auditeurs à écouter son témoignage, s’ils en ressentent le besoin.

Atteint de bipolarité qu’il avait rendue publique en mars 2025, le journaliste fait de la sensibilisation aux maladies psychiatriques un combat personnel. Dans cette série en six épisodes, il revient sur les mois qui ont suivi son départ de l’antenne, le temps passé à l’hôpital Sainte-Anne, l’aggravation de sa maladie et son parcours, à travers son propre témoignage mais aussi des entretiens avec des professionnels de santé, des soignants et des personnes touchées par des maladies psychiatriques

La suite est à écouter….

Si besoin est un podcast écrit par Nicolas Demorand, réalisé par Lola Costantini, préparé par Amelie Stadelman et Mathilde Khlat et mixé par Basile Beaucaire.

Guy Birenbaum est l’auteur de Trouvibes, l’humanité à la plage (éd. Rio Bravo) et La vie devant moi (éd. Flammarion…)

LNDT: @625. Nicolas Demorand: Six mois de ma vie

Un podcast de Radio France (36′)

Dans ce premier épisode du podcast, le journaliste Nicolas Demorand revient sur son hospitalisation en hôpital psychiatrique l’automne dernier. Un témoignage puissant sur sa maladie mentale.

Nicolas Demorand : « Je n’ai absolument aucun souvenir de ma première hospitalisation, le 11 novembre dernier. Dans les heures qui la précèdent, mes proches me décrivent dans un état de confusion absolue. Ils citent un ensemble stupéfiant de faits, de scènes, d’actes, de paroles, tous plus inquiétants les uns que les autres. Mais rien n’y fait : ma mémoire dysfonctionnant, je ne crois pas un mot du portrait apocalyptique de ma personne. Seul souvenir : la voiture de mon cousin, direction Sainte-Anne. Entre deux roupillons, je chante à tue-tête Eddy Mitchell — « Où sont mes racines, Nashville ou Belleville ? » —, Michel Jonasz — « Un peu parti, un peu naze, j’descends dans la boîte de jazz » — et, à l’approche de l’hôpital, ce bon vieux Johnny, évidemment — « Les portes du pénitencier bientôt vont se refermer et c’est là que je finirai ma vie ». Nous sommes cinq dans la voiture, ma prestation est saluée d’un rire de couleur jaune qui convainc mon public que la décision de m’hospitaliser est la bonne. Car, même en chanson, je ne me fais guère d’illusions sur la finalité de la manœuvre : que je le veuille ou non, et je ne le veux pas, je ne couperai pas cette fois à l’hôpital. »

Des hallucinations fortes

Amis et cousins disparaissent pour s’occuper de tâches administratives. Je me retrouve seul dans une chambre pendant un temps qui me semble infini. Je regarde par la fenêtre et aperçois un véhicule occupé par quatre hommes de la BRI, la Brigade de recherche et d’intervention. Devant moi, à quelques mètres, un tireur d’élite du GIGN en tenue camouflage est caché dans les branches et les feuilles d’un grand arbre. Il est équipé d’un long fusil à lunette. Tous attendent l’ordre de monter à l’assaut pour me livrer aux soignants, moi le forcené qui refuse d’être hospitalisé. Je m’éloigne de la fenêtre de peur de prendre une balle perdue, je m’aplatis sur le lit pour échapper au regard des hommes en armes avant d’envoyer un SMS aux médecins : « OK, c’est bon, je me rends ». Des hallucinations de ce genre, avec la texture, la densité, la couleur, la puissance du réel, j’en connaîtrai beaucoup dans les jours à venir mais, à ce moment-là, je ne sais pas encore ce que je suis en train de vivre. C’est la première fois que je suis confronté à cette forme si terrifiante d’illusion psychique. »

À propos du podcast

Par Nicolas Demorand. Après plusieurs mois d’absence, Nicolas Demorand retrouve le chemin de Radio France pour son premier podcast dans lequel il aborde sa maladie qui l’a éloigné de l’antenne.

Après plusieurs mois d’absence, Nicolas Demorand retrouve le chemin de Radio France. Le journaliste enregistre son premier podcast dans lequel il aborde sa maladie qui l’a éloigné de l’antenne.

Si besoin : c’est ainsi que le personnel médical désigne les médicaments que le patient peut prendre uniquement s’il le juge utile. C’est aussi le titre choisi par Nicolas Demorand pour son nouveau podcast sur France Inter, une invitation aux auditeurs à écouter son témoignage, s’ils en ressentent le besoin.

Atteint de bipolarité qu’il avait rendue publique en mars 2025, le journaliste fait de la sensibilisation aux maladies psychiatriques un combat personnel. Dans cette série en six épisodes, il revient sur les mois qui ont suivi son départ de l’antenne, le temps passé à l’hôpital Sainte-Anne, l’aggravation de sa maladie et son parcours, à travers son propre témoignage mais aussi des entretiens avec des professionnels de santé, des soignants et des personnes touchées par des maladies psychiatriques

La suite est à écouter…

Si besoin est un podcast écrit par Nicolas Demorand, réalisé par Lola Costantini, préparé par Amélie Stadelman et Mathilde Khlat et mixé par Basile Beaucaire.

LNDT: @624. Épisode 1/13. Présentation – Le couple : récits intimes, mythe universel

Un podcast de Radio France (4′)

Le couple est à la fois une construction historique et un territoire intime. À travers des émissions de 1951 à 1987, ce programme d’archives fait entendre chercheurs, écrivains, psychanalystes et témoins anonymes pour éclairer les mythes, les tensions et les réalités vécues de la vie à deux.

Si le couple est le résultat d’un très long conditionnement social, souvent teinté d’une certaine misogynie et d’une perception archaïque des rôles de genre, le couple est aussi un espace clos, unique, où deux personnes créent un univers singulier qui n’appartient qu’à eux, qui n’aurait pu être généré que par la rencontre de leurs deux subjectivités propres. Cette Nuit « Le couple : récits intimes, mythe universel » propose d’explorer la dualité inhérente au couple, dans sa construction sociale et dans la pratique.

Aux origines du couple

Pour ouvrir cette Nuit, un épisode de 1957 de la série « La femme et le couple » se penche sur l’histoire du couple et en interroge la place centrale qu’il occupe à la fois symbolique, culturelle et matérielle dans l’organisation sociale. Dans un deuxième temps,  Claude Lévi-Strauss et Max-Pol Fouchet en explorent les formes à travers le monde, montrant combien cette structure, sous des visages multiples, semble universelle.

Le quotidien et ses épreuves

La série Enfer et bonheur du couple (1951) à travers trois épisodes, s’attache à la coexistence quotidienne, aux amitiés extraconjugales et à la place des enfants, horizon présenté comme incontournable. Ces émissions du début des années 50 révèlent une société encore fortement marquée par des rôles de genre stéréotypés.

Mythes, histoire et littérature

En 1966, Le couple, mythe et réalité analyse le poids des images et des récits dans la construction de l’amour moderne. Françoise d’Eaubonne, ainsi que des historiens et philosophes, évoquent les couples célèbres de l’histoire et de la littérature comme modèles fondateurs de notre imaginaire amoureux.

Paroles intimes

À partir de la fin des années 1970, les voix se font plus personnelles. Récits croisés, montages de témoignages et d’apports psychanalytiques composent une nouvelle façon de dire le couple, ses espoirs et son fatalisme au plus près de l’expérience vécue. C’est ce que nous propose les Nuits magnétiques d’abord en 1978 avec la série « Le couple d’aujourd’hui » de Nitzia Faloci et en 1987 avec « Histoires de couples » de Francesca Piolot.

Briser le tabou de la violence dans le couple

Dans un entretien de 1975, au micro de Jacques Paugam dans « Parti Pris », la journaliste et militante féministe Benoîte Groult aborde frontalement la violence dans le couple, brisant le silence autour d’un sujet longtemps tenu à l’écart du débat public. Une parole rare et nécessaire.

Une histoire récente de l’amour

Pour conclure, l’émission « Dialogues » en 1981 propose un débat entre l’historien Jean-Louis Flandrin et le sociologue Augustin Barbara sur le thème du mariage, en rappelant que notre conception du couple amoureux est récente : jusqu’au 19ème siècle, le mariage relève avant tout d’enjeux familiaux et sociaux. Une mise en perspective essentielle pour éclairer notre conception moderne du couple.

LNDT: @623. Les hurlements de Laëtitia « dépassaient les limites » : au procès de Guillaume Bucci, la honte des proches du couple

Un podcast de Radio France (1′)

Depuis lundi, à la cour d’assises de Digne-les-Bains, s’est ouvert le procès de Guillaume Bucci. Cet homme de 51 ans comparaît pour viols et actes de torture entre 2015 et 2022 sur Laëtitia, son ex-compagne. À la barre, les proches du couple regrettent de ne pas avoir donné l’alerte.

Au deuxième jour du procès de Guillaume Bucci devant la cour d’assises de Digne-les-Bains ce mardi 19 mai, des proches du couple sont interrogés pour comprendre la relation entre l’accusé et Laëtitia, son ex-compagne, sur qui il est soupçonné d’avoir infligé des sévices, des viols pendant plusieurs années, et de l’avoir contrainte à la prostitution.

« Je souhaite qu’il soit condamné pour tout ce qu’il a fait », témoigne avec dignité le fils aîné du couple

À la barre, ils sont envahis par la gêne, la honte, ou les deux. Comme cette tatoueuse qui a gravé la plus dégradante des injures sur la partie la plus intime du corps de Laëtitia. « J’ai essayé de l’en dissuader, mais elle m’a dit qu’il fallait le faire, se souvient Lisa. Ça a été horrible pour moi, je me suis dit que je ne ferais plus jamais ça. » La honte de cette voisine qui entendait les hurlements de Laëtitia au premier étage. « Ça dépassait les limites, on devait monter le son de la télé », se souvient-elle, en regrettant elle aussi de n’avoir pas donné l’alerte.

La honte de cet ancien ami de l’accusé à qui, au beau milieu d’une soirée barbecue, Guillaume Bucci a proposé d’avoir une relation sexuelle avec Laëtitia derrière la piscine, il l’a acceptée « sans envie », précise-t-il, mais « je me suis laissé aller, j’aurais pas dû faire ça ». Face à cette honte des adultes qui n’ont rien dénoncé surgit à la barre la dignité du fils aîné de l’accusé. Il a 17 ans et se souvient de la violence et de l’emprise de son père qu’il n’a pas revu depuis son incarcération il y a quatre ans et qu’il appelle désormais « Monsieur ». « Je vais très bien », dit l’adolescent, « je souhaite qu’il soit condamné pour tout ce qu’il a fait et que tout ça soit fini ».