LNDT: @442. Faut-il toujours tout se dire ? Bienfaits et dangers de la soupape émotionnelle

| Un podcast Radio France (46′)

On n’a pas dit au restaurateur que son plat était franchement mauvais. On n’a pas dit non plus à ce supérieur tout ce que l’on pense de son management toxique. Ni avoué à sa famille toutes les contrariétés engrangées pendant des années.

On ne dit pas. On n’ose pas. On retient nos mots. Jusqu’au moment où ça craque. Où un flot de phrases – plus ou moins désagréables – se déverse. On craque, oui, et ça fait du bien. On s’autorise enfin à parler. Mais quelles sont les conséquences de tout cela et comment expliquer ces craquages ? Le phénomène du craquage émotionnel, c’est ce moment où les mots, retenus trop longtemps, se déversent de manière souvent incontrôlée. Si cette libération peut procurer un soulagement immédiat, vous allez comprendre en quoi il est essentiel d’en saisir les tenants et aboutissants, ainsi que les conséquences potentielles sur votre entourage et sur vous-même.

Quand le contrôle lâche prise

D’abord, il y a le contexte qui joue un rôle déterminant dans le craquage émotionnel. Divers facteurs peuvent affaiblir notre capacité à contrôler nos paroles et nos actions, et Laurent Bègue-Shankland souligne l’importance des circonstances, qu’il s’agisse d’éléments sociaux ou non-sociaux, comme le mal-être ou les préoccupations professionnelles, des événements déclencheurs qui peuvent précipiter le craquage. Il y a donc souvent des circonstances qui vont faire qu’on va relâcher le contrôle par le simple fait d’être submergé par une émotion elle-même favorisée par des éléments de contexte qui excitent la frustration.

La colère : une émotion à canaliser

Elle est souvent au centre du processus de craquage, liée à un caractère physiologique et à une tendance à l’action, qui peut nous pousser à vouloir modifier une situation perçue comme injuste. L’enjeu principal réside dans la capacité à canaliser et à gérer cette colère, en l’observant avec curiosité plutôt qu’en la laissant nous submerger. Il est crucial de comprendre que la colère peut impacter le traitement de l’information et entraîner des risques importants. Laurent Bègue-Shanklang explique en effet que « la colère, c’est une émotion qui a une signification en termes d’évolution, on va faire changer une situation. On cherche à modifier un état que l’on considère comme étant injuste, injustifié« .

Rediscipliner notre cerveau, c’est possible

Le cortex orbitofrontal, cette zone du cerveau située à l’avant, joue un rôle essentiel dans nos prises de décisions. Cette partie du cerveau intègre des informations sensorielles, émotionnelles et intellectuelles qui nous aident à faire les bons choix. Le neuroscientifique Sébastien Bohler explique que laisser à cette zone le temps d’incubation nécessaire permet de marier émotionnel et rationnel, conscient et inconscient, pour aboutir à des décisions optimales : « c’est un intégrateur de perception corporelle, émotionnelle et intellectuelle et tout ça va converger vers cette partie du cerveau qui, quand on lui laisse la possibilité de le faire avec des temps d’incubation avant de prendre les bons choix, va livrer des choix souvent optimaux, à condition de bien justement marier l’émotionnel et le rationnel. »

Contrôle social et expression des désirs : trouver le juste équilibre

Le craquage émotionnel révèle souvent la tension constante entre le contrôle de soi imposé par les normes sociales et l’expression de nos désirs individuels. Notre cortex préfrontal réprime donc nos impulsions pour permettre la vie en société. Cependant, un interdit social trop pesant peut entraîner dissonance cognitive, stress chronique et souffrance. Il est donc préférable, selon Sébastien Bohler, de procéder à des ajustements réguliers plutôt que d’attendre que le trop-plein déborde, car « il y a des situations où l’interdit social peut peser pendant des décennies sur des personnes qui, pendant des phases de temps très longues, vont contre leurs désirs et leurs aspirations. Et là, ça peut être délétère parce que ça introduit des notions comme la dissonance cognitive. »

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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