Un reportage de Radio France de 28′
Ils sont rares, les hommes qui parlent de sexe entre eux de manière tendre et décomplexée. Sylvain et Guillaume lèvent un peu le voile sur les vagins étroits, les érections fragiles, les fantasmes virilistes et stériles et les plaisirs inattendus. Deux cheminements difficiles, mais libérateurs.
Au-delà de la pénétration
Quand Sylvain revient sur sa première expérience sexuelle, treize ans plus tard, c’est de la douleur qui lui revient : « Je ne jouissais jamais », se souvient-il. Le plaisir est toujours amoindri par l’exigence de performance, et par le manque de communication. Les problèmes liés à l’érection et à l’orgasme masculin sont quasiment tabous : « Même avec des potes qui ont aujourd’hui quarante balais, tu mets toujours huit verres d’alcool et une heure avant de commencer à se libérer et à en parler, c’est pas dicible. », explique-t-il. Le seul mot dont dispose Sylvain à l’époque pour parler de sa sexualité, c’est l’expression “avoir une panne”. Tout tourne autour de la pénétration, et de l’éjaculation, conçue traditionnellement comme une fin en soi.
Un jour, Sylvain décide de parler de la pression qu’il ressent avec sa partenaire, qui réagit de manière très bienveillante. A partir de là, il découvre une nouvelle sexualité, détendue, joyeuse, plus légère : la pénétration devient non plus l’objectif, l’élément principal de la sexualité, mais un moyen parmi d’autres d’éprouver du plaisir. Les possibilités s’ouvrent, et Sylvain se sent beaucoup mieux.
« J’ai compris un truc pendant cette relation : la différence entre jouir, éjaculer, et avoir un orgasme, avoir vraiment du plaisir. » Sylvain
La sexualité non-pénétrative est de plus en plus explorée comme une manière à la fois de déconstruire des schémas virilistes et d’accéder à des modes de relations plus féministes. C’est en tout cas la thèse de Martin Page, auteur de l’essai Au-delà de la pénétration. Pour lui, la pénétration est souvent liée au plaisir exclusivement masculin et contribue à couper la communication entre les partenaires, parce qu’elle est une exigence, une fin en soi, et parfois une source de douleurs. Elle représente aussi selon l’auteur la domination masculine sur le corps de la femme. Martin Page propose ainsi dans son essai de mettre de côté ce qu’on croit être le passage obligé d’un rapport sexuel, hétérosexuel ou non, et de déconstruire les normes établies. Il invite le lecteur à s’interroger, à remettre en cause les injonctions sexuelles, en bref, à se poser les mêmes questions que celles qu’évoque Sylvain, dans le but de rendre la sexualité « plurielle », un terme qu’utilise également le jeune homme.