LNDT: @27. Le Père Noël, un si merveilleux mensonge ?

Les effets du mensonge parental sur les enfants

L’adulte ment à l’enfant ! Et pour le premier, être cru sur parole par les plus jeunes est chose facile. Car du point de vue de l’enfant, l’adulte dit toujours vrai. L’enfant est une proie très vulnérable face aux mensonges de  l’adulte. Mais alors quels en sont les effets sur l’enfant ?

Mensonge et développement de l’enfant

Plutôt que de parler des effets du mensonge soyons positifs cette fois-ci et voyons ce que son contraire « la vérité » apporte à l’enfant. « La vérité joue un rôle aussi déterminant pour la croissance de la psyché que la nourriture pour la croissance de l’organisme. Une privation de vérité entraîne une détérioration de la personnalité », écrit Wilfried.R. Bion dans son livre « Transformations ». Mentir à ses enfants aurait donc des répercussions sur son mental et des conséquences notables sur son comportement psychosocial une fois adulte. C’est ce que révèle une étude réalisée par des chercheurs de l’Université nationale de Singapour. Selon cette enquête, « Les jeunes victimes de menteurs-adultes sont largement plus susceptibles d’adopter socialement un comportement intrusif et manipulateur ». Certains spécialistes pensent que le fait de banaliser les mensonges aux yeux des enfants, voir de l’inciter à mentir ou pire encore d’être complice d’un mensong d’adulte, pourrait l’inciter lui même à en faire usage. C’est pourquoi, étant le premier exemple de l’enfant, l’adulte se doit d’être au clair avec la pratique du mensonge, être une référence fiable”.

Quand l’enfant s’aperçoit que ses parents lui mentent 

Alors que le parent a l’habitude de demander (ou plutôt de souvent d’exiger) à son enfant de ne jamais mentir. Que peut faire un enfant quand il constate que ce sont ces mêmes parents qui lui mentent.? Bien souvent, une fois découvert, ces derniers persistent en niant les faits. Et souvent aussi, l’enfant finit par éviter de poser des questions et évite ainsi de les confronter. Selon Ferenczi, les parents sont l’autorité et l’enfant ne peut pas dénoncer le mensonge de peur de ne plus être aimé par ceux dont sa vie dépend. Bateson, dit qu’Il y aurait ici un double lien. Le double lien est un dilemme communicatif résultant de la contradiction entre deux ou plusieurs messages contradictoires. =>

Quand l’enfant s’aperçoit que ses parents lui mentent (suite)

Dès lors, peu importe ce qui est fait, tout choix est une erreur. C’est là une situation qui cause des souffrances et peut entraîner des troubles psychologiques. Les adultes qui se souviennent avoir été soumis à des mensonges de leurs parents révèlent dans l’étude Singapourienne qu’ils avaient enfants des facilités à tromper leurs parents et des “niveaux élevés d’inadaptation psychosociale” qui parfois ne se sont pas estompées avec l’âge. La trahison fait son oeuvre et l’enfant perd sa confiance dans le parent. L’enfant pourrait se dire, “Puisque mon parent ment, je peux donc moi aussi mentir. Mentir aux autres mais aussi à mes parents.”. A cette instant, il est intéressant de noter que le mensonge, petit ou grand, n’est plus l’apanage des seuls adultes. Il est le bien commun de tous. Du coup le mensonge de l’enfant est une réaction au mensonge parental. Un comportement de survie en somme. Survivre à une situation qui lui fait peur car si les adultes lui mentent aujourd’hui, il est en droit de se demander ce qu’ils lui ont caché hier et que lui cacheront-ils à l’avenir ? De quoi seront-ils capable ? A partir de là, l’enfant ment car c’est pour lui la seule stratégie de survie, face à une situation pathogène. Ce comportement interrogatif est le plus souvent chez l’enfant, un épisode limité dans le temps. Il évite l’effondrement dépressif ou la décompensation psychotique. Ensuite son développement névrotique suit son cours normal. Mais quelquefois, il s’agit du début d’une organisation psychotique ou perverse. Mes parents me mentent, puis-je encore leur faire confiance ? Faut-il alors voir le mensonge de l’enfant comme une réponse à l’histoire familial ? L’enfant inventerait son “histoire” en réactions aux “histoires” des adultes. Dans ce cas le rapport à l’adulte changerait car l’enfant n’écouterait plus l’histoire mais raconterait son histoire imaginaire. Et qui sait  où cela pourrait finir ? 

Conclusion

Enfin, je vous mentirai si je ne vous disais pas qu’en écrivant cet article j’avais découvert qu’il existait des “mensonges blancs”. Et oui, des mensonges qui servent à ménager les susceptibilités. Par exemple quand vous dîner chez une amie qui vous demande, “Alors comment trouves-tu mon plat ?”. Alors que vous détestez son plat, vous lui répondez avec tact que vous n’avez jamais fait un dîner aussi bon et frugal. A ce moment là, vous espérez qu’elle ne prenne pas cela comme une invitation à vous resservir. C’est un “mensonge blanc” qui préserve la relation. Mais pas vos papilles. Ces mensonges permettent, à la victime de votre mensonge, d’avoir une meilleure estime de soi et de se sentir encouragée. Et c’est pareil pour le Père-Noël car le prétexte du Père Noël est utilisé à toutes les sauces. Ce personnage et les histoires à son sujet participent à nourrir l’imaginaire de l’enfant. C’est ici l’occasion de reparler de Françoise Dolto. Elle fut en 1962 la rédactrice de la réponse du Père-Noël, envoyée à des dizaines de milliers d’enfants français qui croyaient bien détenir la preuve de l’existence du bonhomme en rouge. Cette même Françoise Dolto qui incitait les parents à dire vrai alors qu’elle écrivait faux… Et lorsque ses enfants ont grandi, je suis sûr qu’ils n’en n’ont pas voulu, ou que très peu, aux adultes de leur avoir caché la vérité. Cette réalité embelli ne ferait donc pas de mal et ce n’est pas Mme Dolto qui me contredirait. D’ailleurs je l’entends à mon oreille me demander de rajouter à cette conclusion, “ Mais attention à ne pas en abuser”…

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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