Un podcast de Radio France de 5′
Les enfants ont-ils trop le choix ? À cette question, Gwénaëlle a eu envie de répondre de façon lapidaire…
Oui. Voilà, j’ai juste envie de répondre oui. Et pas seulement parce que je suis une mère réac, tendance « mange ta soupe et tais-toi ! ». Non, c’est juste que le choix, revers de la liberté, est avant tout une bonne grosse source de stress.
Prenez le marchand de glaces… tiens au hasard, Fenoccio à Nice pour ceux qui connaissent. Bon, eh bien vous voilà devant 59 parfums de crèmes glacées, 35 parfums de sorbets soit 94 choix de parfums dont romarin, tomate-basilic, lavande ou cactus. A chaque fois, l’excitation de l’aventure, de la nouveauté (« cette fois, je tente un truc de ouf ! »)… tout ça pour finir sur la traditionnelle café ou pistache… avec la culpabilité supplémentaire de n’être qu’une adepte de la routine. Même drame au restaurant vietnamien… 45 mn à étudier une carte pléthorique… tout ça pour finir sur des nems au poulet.
Et si l’on monte d’un cran, comble de la torture, le choix d’orientation sur Parcoursup… droit ou éco ? Management du sport ou design de jeux vidéos ? Un truc artistique ? De la cuisine ? Informatique peut-être ? Comment ça, tu sais pas ? AAAh ! Bref, vous l’aurez compris, un peu de choix, ça va. Trop, c’est la cata.
Et pour les enfants, c’est pareil…
Disons que si certains choix font réellement partie de leur conquête d’autonomie (tee-shirt bleu ou rouge… Lego friends ou lego city… et à peine quelques années plus tard études d’ingénieur ou de menuiserie), si les enfants ont bien le droit d’affirmer des goûts qui leur sont personnels (après tout, vous, vous n’aimez pas les betteraves…), je suis à peu près persuadée que l’on peut leur alléger leur quotidien (et le nôtre au passage) en retirant une bonne partie des choix qu’on leur propose (et qui, d’ailleurs, au départ n’en était pas).
Sans rire, le nombre de fois où l’on commence une phrase par « veux-tu » alors que non, en vrai, on n’a pas du tout envie de savoir si il (ou elle) veut… mais juste qu’il (ou elle) fasse ce qu’on lui demande ! « veux-tu prendre ta douche ?« , « veux-tu mettre la table ?« , « veux-tu venir faire les courses avec moi ?« , « veux-tu bien aller te coucher ? » Comme si, en mettant un point d’interrogation, on était plus respectueux, alors qu’en réalité, on ne fait que les embrouiller ces pauvres gosses.
Et quand la réponse arrive (ben oui, même à 4 ans, nos bambins ont bien compris qu’une phrase qui finit par une envolée aiguë est une question qui appelle une réponse de leur part…) et que la réponse est « non« , « plus tard« , « attend… » ou « pas envie« ,… on s’étonne. « Ben si, il est l’heure de prendre ta douche ! Allez, hop hop hop… » Et là, au mieux, votre enfant se dit « ben pourquoi elle m’a posé la question vu que c’était déjà plié ?« , au pire le voilà parti dans une interminable et subtile argumentation qui mène en général par une beaucoup moins subtile gueulante.
On arrête donc les choix à tout va ?
Chacun fait bien comme il veut en fait ! Mais c’est vrai que pour choisir une glace à 3 ans, vanille, fraise ou chocolat, suffit largement pour explorer son pouvoir de décision. De même, à quoi bon proposer de faire du tennis ou du karaté… si les horaires sont au final incompatibles avec votre emploi du temps ? Donc oui, on peut déjà réduire les propositions pour rendre le choix plus aisé. Enfin, j’avoue avoir trouvé dans le best-seller « Chasseur, cueilleur, parent » de la chercheuse et journaliste américaine Michaeleen Doucleff, un truc qui m’a beaucoup interpellée, moi qui, en général dans la vie, parle beaucoup trop.
En gros, son livre compile le résultat d’observations menées sur l’éducation des enfants dans des groupes de cultures différentes des nôtres (Inuits, Maya et Hadza en Afrique de l’Est). Et cette femme a notamment remarqué que dans bon nombre de ces cultures, les parents utilisaient très peu de mots pour interagir avec leurs enfants. Oui, contrairement à nous qui usons notre salive plus que de raison, ces parents ne discutent pas avec les enfants de leur prochaine activité, ils ne débattent pas avec eux pour savoir s’ils préfèrent un sandwich au jambon ou des pâtes pour le déjeuner. Ils ne posent pas de questions commençant par “veux-tu ?”
À la place, ces parents agissent. La mère prépare des haricots noirs pour le déjeuner, le père enfile sa veste et sort faire les courses, la grand-mère va à la salle de bains et fait couler l’eau dans la baignoire. Moins de paroles engendre moins de stress. Je m’en vais donc fermer un peu ma bouche pour tenter l’aventure.
