LNDT: @313. Violences conjugales : « Dans deux heures, je te défonce »

Un podcast de Radio France de 30′

Morgane a été battue par son compagnon pendant plusieurs années. Elle raconte son parcours, de la terreur à la fuite.

De l’amour à l’emprise, il n’y a qu’un pas. Morgane a vu sa relation se dégrader jour après jour, jusqu’à devenir un véritable enfer. Isolement social, menace et violence sont son lot quotidien. La jeune femme fait le récit de son histoire.

« Sans m’en rendre compte, il a commencé à faire le vide autour de moi »

Quelques mois après avoir quitté son conjoint, Morgane se met en couple avec Yassine. Au début, il lui plaît, il a le sens de l’humour, il est attentionné et n’hésite pas à faire preuve de ses sentiments : « Tous les soirs il fait cent kilomètres pour venir en bas de chez moi, et forcément ça, ça plait. Ça a été le coup de foudre. » Mais lentement, Yassine isole Morgane. Elle quitte Paris, ils s’installent à la campagne et elle perd le contact avec ses amies. Petit à petit, de manière presque imperceptible, Yassine lui impose ses propres règles. « Par exemple, pour qu’il vienne me chercher en voiture à mon travail, il fallait que j’aie été gentille la veille. »

« Au moment de la première claque, c’est déjà trop tard »

Morgane tombe enceinte. C’est pendant cette période que Yassine commence à la frapper. Après la naissance du bébé, il se met à lui donner des coups tous les jours. Un compte à rebours terrible est mis en place : « Il est dix heures, on couche le petit à quatorze heures et il me dit : « dans quatre heures, je te défonce ». Il met en place le « compte à rebours ». Je vais mal lui préparer ses tartines ou mal poser la télécommande et il me dit, « dans trois heures et demie j’te défonce. » Puis, « Holà, plus que trois heures, c’est chaud pour toi ! ». Et ainsi de suite, « dans une heure, plus que 30 minutes, plus que dix minutes, c’est chaud pour toi ». Il est deux heures moins dix, je monte, je couche mon fils et j’essaie tant que je peux de garder un sourire pour le petit pour qu’il ne voie pas que je suis stressée. C’est terrible. » Morgane

À lire : 70% des femmes dans le monde sont victimes de violences au cours de leur vie

Chaque fois, il la frappe à coups de poing jusqu’à ce qu’elle s’écroule. Il s’arrête à l’instant où elle commence à saigner. « Ma chance, c’était qu’il ne supportait pas la vue du sang.« 

Des nouvelles

Depuis l’enregistrement de cette émission, Morgane Seliman multiplie les interventions publiques autour des violences conjugales. Elle intervient en particulier sur le phénomène d’emprise, sur ce qui fait que l’on ne quitte pas immédiatement une situation de couple dangereuse. Aujourd’hui, elle intervient dans des salles de cinéma, autour de la diffusion du film Jusqu’à la garde.

  • Reportage : Rémi Dybowski Douat
  • Réalisation : Anne Kobylak (et François Caunac)

Merci à Morgane Seliman et Valérie Taillefer.

Pour consulter le lien gouvernemental sur les violences faites aux femmes.

LNDT: @312. La clinique de l’amour (1/5) : Partir ou rester ?

Un podcast de Radio France de 27′

Premier épisode de la série documentaire « La Clinique de l’amour », en immersion dans l’intimité de couples en thérapie. Un psychiatre et une thérapeute tentent de réparer l’amour auprès de couples usés par le temps ou au bord de la rupture.

Dans un hôpital public du sud de la France, un psychiatre et une psychologue reçoivent des couples au bord de la rupture. Les patients viennent à deux, parfois avec leurs enfants et exposent les malentendus, les vieilles histoires. Ces conflits qui ont fragilisé l’amour : charge mentale, argent, fréquence des rapports sexuels… Rancœur et espoir se mêlent. Alors commence le travail : parler, écouter l’autre, faire face ensemble…

Episode 1 : Partir ou rester ?

Les époux Martin ont la soixantaine. Mariés depuis dis-sept ans, ils sont en pleine crise de couple, et se sont décidés à consulter. Face à eux, un duo de praticiens, un homme et une femme, recueillent et analysent leur parole.

Elle est là à regarder constamment tout ce que je fais. Un exemple : je jette quelque chose à la poubelle, elle va automatiquement aller regarder ce que c’est. (…) Ce sont plein de détails mineurs qui, tous les jours, m’agacent et me pèsent beaucoup.

D’après la psychologue, il faut en passer par des détails techniques, du quotidien, pour faire émerger des problématiques plus importantes : 

Derrière tous ces reproches sur des choses très concrètes de la vie quotidienne, il est question de quelque chose de plus profond : « J’ai une autre demande, qui est celle d’exister auprès de toi.

Mais rapidement, le couple Martin en vient à l’enjeu central, autour duquel se cristallisent disputes et incompréhensions. 

Ce que je reproche à ma compagne c’est d’être plus mère que femme, d’être moins présente pour les côtés affectifs. J’ai besoin d’être tactile, qu’on me touche, qu’on me fasse des bisous. (…)  Avoir une compagne qui se refuse à vous m’a amené à une frustration énorme. Cela m’a poussé à une première tentative de suicide, puis dans un départ vers une autre conquête.

Quand je suis revenu, il y avait des améliorations. Elle avait maigri car elle avait pris énormément de poids avec les deux grossesses. Mais j’aimerais des avancées sur le plan affectif. 

Il y a un autre problème : ma compagne est obsédée par les devoirs. Les week-ends sont entièrement consacrés aux devoirs, il n’y aucune place pour la vie de couple. 

Pour le thérapeute, ce travail d’écoute, auprès du couple Martin comme pour les autres, permet de faire apparaître les scénarios infantiles de chaque individu : 

On peut supposer que cet homme exprime à travers ces demandes sexuelles une demande de reconnaissance, d’écoute. On peut faire l’hypothèse que c’est quelque chose qui lui a manqué dans son histoire. Le travail de la thérapie c’est aussi de faire apparaître les scénarios infantiles de chacun, et comment ils entrent en résonance et finissent parfois par bloquer.