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LNDT: @195. Est-ce bien raisonnable de lire des récits de mythologie à des petits enfants ?

Un podcast de Radio France de 5′

Faut-il se priver de tel ou tel ouvrage parce que la langue serait trop difficile pour l’enfant (ce qui reste souvent à démontrer), ou parce que les sujets évoqués seraient trop durs, trop morbides, trop violents ?

En tout cas, c’est une question qui va être souvent posée pendant les cinq jours de ce Salon du livre jeunesse : « C’est pour quel âge ce livre ? » « Est-ce qu’il n’est pas trop jeune ? » « Est-ce que ça ne fait pas trop peur ? »

Or autant pour les films, c’est souvent assez facile à répondre, autant pour les livres, la question est plus ardue.

Faut-il se priver de tel ouvrage parce que la langue serait trop difficile pour l’enfant (ce qui reste souvent à démontrer), ou parce que les sujets évoqués seraient trop durs, trop morbides, trop violents ?

Le meilleur exemple de ce dilemme, c’est, je crois, les récits de la mythologie, qui forment pour moi un péché mignon auquel je n’arrête pas de revenir.

Ça n’est pas nouveau, hein. Quand j’étais môme, j’étais si obsédé par la mythologie que j’avais essayé de recréer l’arbre généalogique de tous les dieux et héros grecs, avec des centaines de noms sur plusieurs mètres carrés. Alors aujourd’hui, je transmets comme je peux cette passion.

Mythologie grecque donc, mais aussi nordique, égyptienne, aztèque, celtique, perse ou chinoise – une excellente collection réunit ces récits en plusieurs tomes chez Points Sagesse.

On en lit avec mon fils, on écoute des podcasts consacrés, on regarde des films ou des dessins animés (quarante ans après, « Ulysse 31 », ça passe encore très bien), on joue avec ses Playmobil à recréer la guerre de Troie ou le voyage des Argonautes. Bref, on baigne dans la mythologie comme Achille dans le fleuve Styx.

Mais est-ce que ce n’est pas un peu violent comme univers, pour les enfants ?

Ah ça, je ne vous le fais pas dire.

La mythologie, c’est le festival des horreurs avec deux-trois millénaires d’avance.

Parricide ? Œdipe est là pour ça.

Inceste ? Toujours Œdipe.

Infanticide ? Agamemnon sacrifie sa fille Iphigénie pour partir à la guerre, et Médée tue ses fils après avoir été trahie par Jason.

Violences sexuelles ? Les déesses Athéna et Héra doivent lutter contre des tentatives de viol, sans même parler de toutes les humaines abusées par Zeus.

Cannibalisme ? Chronos dévore ses propres enfants pour qu’ils ne le renversent pas, et Tantale sert le sien lors d’un banquet offert aux dieux.

Je passe sur les fratricides, les enfants abandonnés, ou les créatures plus monstrueuses les unes que les autres, un œil, des serpents à la place des cheveux, une tête de taureau sur un corps d’homme ou encore un chien à trois gueules menaçantes.

Et encore, je ne vous parle que de la mythologie grecque !

Mais alors, est-ce bien raisonnable de lire ça à des enfants ?

Cette question appelle deux réponses.

D’abord, rappeler qu’il y a des façons plus sensibles que d’autres d’approcher ces récits de la mythologie, par l’image, par l’humour, ou par la réécriture de ces histoires éternelles – je pense aux magnifiques feuilletons de Murielle Szac, en cent chapitres à chaque fois, consacrés à Ulysse, Thésée, Artémis ou Hermès, et qui approchent ces histoires dans leur humanité avec un joli sens de l’oralité pour petits et grands.

Mais cette question interroge plus largement sur ce qu’on peut faire lire aux enfants, et sur la façon dont ils reçoivent ces lectures. Et je pense là à un autre livre phare de ma propre jeunesse, que j’ai beaucoup lu ensuite à mon fils, un livre qui n’est pas issu de la mythologie mais c’est tout comme : « Max et les Maximonstres » de Maurice Sendak. Un livre illustré de 1963 qui voit un petit garçon, Max, s’embarquer pour le pays des terrifiants Maximonstres après que ses parents l’ont envoyé dans sa chambre suite à une énième bêtise.

J’aime ce livre, et j’aime encore plus son titre original : « Where the Wild Things Are », « Là où sont les choses sauvages ».

Car il désigne autant le pays fabuleux des Maximonstres, que la propre imagination de Max, débordante de terreur et de violence.

Et loin de nier cette réalité, « Max et les Maximonstres », comme les récits mythologiques, nous rappelle qu’il faut l’accueillir et la dompter, en devenir le maître, pour pouvoir ensuite rentrer au confort et à la douceur du foyer familial.

Lire des récits mythologiques, ce n’est donc pas seulement vibrer et trembler au fil des aventures qui nous sont contées, c’est aider les enfants à approcher les questions éternelles de l’origine, de l’amour, de la mort.

C’est leur permettre de structurer leur monde intérieur souvent chaotique – tiens, le chaos, encore une image tout droit tirée des mythes.

Mais c’est aussi, pour les parents, apprendre à faire confiance à leur capacité de compréhension, d’assimilation, sans qu’il y ait besoin de simplifier, de moraliser ou d’aseptiser.

Alors rassurez-vous, Zeus, Aphrodite, Apollon et Cyrène, c’est pour tous les âges.

Et ça fait trois mille ans que ça dure.

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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