happy family in the kitchen

LNDT: @194. Etre parent, c’est déjà philosopher

Un podcast de Radio France de 4′

Ali : alors comme ça, Gwénaëlle, vous ne pensez pas être la mère la plus douée pour parler philosophie avec vos enfants…

Disons que si on entend par philo, la philosophie universitaire, qui manie à merveille les auteurs et les concepts, non. Pour tout vous dire, il se trouve que j’ai fait de la philo en terminale puis en classe préparatoire… mais alors que certains de mes amis s’éclataient littéralement en soirée à faire des sortes de battles de concepts à coups de « ah ah ah ! mais non, voyons ! Hegel ne veut pas DU TOUT dire ça quand il parle « d’en soi-pour soi » ! Moi, j’étais plutôt branchée décorticage de poèmes de Francis Ponge.. et surtout « Qui veut un autre Mojito ? » 1/20 (c’est la note que j’ai obtenue au concours)… à ce stade, on peut se dire que je suis carrément passée à côté de la discipline… une vraie buse.

Ali: Et pourtant… vous n’avez jamais fait autant de philosophie que depuis que vous êtes maman…

Eh oui… si l’on considère que les questions sur la mort, la finitude, le sens de la vie, la nécessité de travailler, le bien et le mal, la liberté, la nécessité (ou non) de règles pour bien vivre ensemble… sont bien des questions philosophiques, alors je dois dire que mes enfants m’ont vite forcée à remettre le nez dedans !

L’autre jour par exemple, mon fils (philosophe devant l’éternel) m’a demandé comme ça, entre la pompe à essence et l’achat de fromage : « Dis maman, pourquoi on dit « gagner sa vie ? Parce que quand tu nais, tu l’as déjà gagnée ta vie… »

Wouah… alors.. euh, attends deux secondes… oui monsieur en carte bleu le fromage… Tu disais ? Gagner sa vie… C’est vrai que quand on y pense c’est étonnant comme expression…

Ou alors, les fameuses questions sur la mort… (oui, parce qu’on peut dire que les enfants ont le sens de l’essentiel) « Dis maman, c’est vraiment sûr qu’on doit mourir un jour ? », « Papa, on va où après la mort ? », « Toi, tu vas mourir avant moi ou après moi ? » Et autant en dissert de philo, vous pouviez toujours tourner autour du pot en citant les grands philosophes, autant là, bon ben, pour répondre à votre bambin, il faut y mettre un peu du sien… et si on accepte de faire le job un tant soit peu honnêtement, sans se cacher derrière des réponses creuses, et bien cela demande à la fois un peu de rigueur mais aussi de courage.

Ali : Mais vous dites que ce qui compte en tant que parent, ce ne sont pas forcément les réponses que vous allez donner mais plutôt l’espace de questionnement et de réflexion que vous allez pouvoir ouvrir à vos enfants…

Disons qu’en tant que parent (et pas prof de philo professionnel !), nous allons épouser différents rôles, en fonction de l’âge de nos enfants et leurs besoins. Entre les tout petits, pétris de pensée magique et les plus grands, qui ont atteint ce fameux « âge de raison », le cheminement est déjà assez différent. Ensuite, si l’enfant pose parfois des questions pour le plaisir de réfléchir et cheminer, parfois, ce qu’il souhaite, c’est juste une réponse de réconfort… Ces discussions peuvent ainsi être l’occasion de transmettre des croyances (quelles qu’elles soient) ou des convictions sur tout un tas de sujets. Que ce soit dans le domaine spirituel ou religieux, politique ou sociétal, moral, nous avons tous des idées que nous nous sommes forgées au fil de la vie, qui nous structurent et qu’il est intéressant de partager avec nos enfants sous forme de « je crois que… je pense que parce

que… etc ». Cela montre qu’on a pris le temps, nous aussi de nous intéresser à ces questions. Mais ce qui est tout aussi intéressant, c’est de créer un espace pour que chacun prenne le temps de proposer des hypothèses (même farfelues), d’y réfléchir et surtout de les confronter à leurs limites (« si ce que tu dis est juste, alors… / qu’est-ce que tu en penses ? ») Et ça, même si on n’est pas un cador en philo, c’est vraiment une voie très riche à emprunter avec nos enfants. Déjà parce que cela les aide à construire leur propre pensée. Et ensuite, car cela nous oblige nous aussi à réinterroger nos présupposés, tous ces éléments de pensée qui nous semblent acquis… mais qui méritent peut-être d’être revus. Mon conseil du mercredi : n’attendez donc pas d’être devenu un spécialiste de Sartre ou de Kant pour vous lancer. Appuyez-vous sur vos enfants, ce sont de très bons maîtres pour vous lancer sur le chemin de la philosophie !

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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