LNDT: @228. Pourquoi ment-on dans le couple ?

Un podcast de Radio France de 51′

À quoi sert le mensonge dans le couple ? Faut-il tout se dire, sur tout, tout le temps ?

Pourquoi ment-on dans le couple ? Qu’est-ce qui pousse à ne pas dire la vérité, même quand ce n’est pas grave ?

Les raisons sont nombreuses de mentir, par omission, pour éviter un conflit, une émotion désagréable, pour obtenir quelque chose, pour se protéger ou encore pour cacher un acte que l’on n’assume pas.

La franchise, la transparence sont-elles vraiment le ciment du couple ? À partir de quel moment les mensonges répétés corrodent-ils la relation amoureuse ? Quels sont les mensonges acceptables et ceux qui sapent la conjugalité ? Et puis faut-il mentir sur la qualité des relations sexuelles dans le couple, avec la question de la simulation de la jouissance ?

Éléments de réponse avec nos expertes. Et vous, vous êtes-vous plutôt adepte de la transparence absolue ou des petits mensonges au sein de votre duo amoureux ?

Le mensonge est omniprésent

Le nuancier du mensonge dans le couple est très large, de la petite cachotterie, sans conséquence à priori, à la grande trahison, en passant par le mensonge par omission pour ne pas blesser l’autre. Cela va des mensonges les plus futiles aux plus toxiques.

Cécilia Commo, psychanalyste, sexologue et thérapeute de couple, va se charger dans l’émission de défendre le mensonge, et de lui trouver des vertus. Elle pense que le mensonge est quand même omniprésent dans les relations de couple, à l’insu du plein gré des membres, c’est-à-dire que les gens s’en défendent beaucoup, mais pour elle, s’ils pouvaient noter toutes leurs interactions de la journée, ils se rendraient compte qu’ils ne sont pas dans une parfaite franchise et une absolue vérité.

La vérité est parfois difficile à dire et le mensonge peut aussi être la solution de facilité. Il faut en tout cas distinguer les mensonges par omission, les falsifications, les gros mensonges, l’infidélité ou le petit mensonge sur ce que l’on a mangé.

Pour quelles raisons ment-on dans un couple ?

Certains mensonges ont pour finalité de se protéger soi, quand d’autres ont pour finalité de protéger l’autre. Camille Rochet, psychologue, pense qu’il y a quand même une question importante à se poser sur l’intention : qu’est-ce que je cherche à éviter ou qu’est-ce que je cherche à ne pas faire à partir du moment où je mens ? Regarder le mensonge comme un symptôme, c’est aussi regarder ce qui se joue dans le nous du couple, dans la relation. Quelques explications :

– Protéger la sensibilité, voir la susceptibilité de l’autre

On appelle ça les mensonges blancs. Cela ne veut pas dire que ça ne s’interroge pas, parce que cela peut quand même être un frein de devoir filtrer en permanence ce qu’on dit pour protéger quelqu’un dans sa sensibilité ou sa susceptibilité. Cela peut empêcher les informations de circuler. La grande majorité des mensonges serait quand même pour éviter un conflit ou une conversation difficile.

– quand on est égoïste

C’est un des vrais motifs de mensonge dans le couple, de cacher le fait qu’on n’a pas pensé à l’autre. Par exemple, on a fini la mousse au chocolat qui était dans le frigo mais on ne le dit pas.

– cacher des côtés honteux de soi-même ou un secret

Cela peut être pour préserver un secret, quelque chose qui nous appartient dans notre vie d’avant par exemple et qu’on n’est pas obligé de révéler.

– Une volonté de contrôle

Cela peut rassurer d’avoir ce contrôle-là quand au contraire parfois on demande à l’autre une grande transparence.

Les mensonges, le signe d’un problème ?

Pour Cécilia Commo, il y a un côté très ordinaire finalement au mensonge qui est omniprésent et qui ne signe pas forcément des relations déséquilibrées ou dysfonctionnelles, mais des relations qui fonctionnent de manière tout à fait normale. Elle ajoute que le mensonge est jugé car répréhensible d’un point de vue moral. Elle cite des études selon lesquelles on mentirait au moins une fois par jour, et cela peut aller jusqu’à 40 ou 50 fois, sans même parfois que l’on s’en rende compte.

Pour Camille Rochet, psychologue, cela peut tout de même être un problème, comme elle l’explique : « J’en viendrai quand même au fait que la solution de dissimuler n’est quand même pas une solution. On ne règle pas le problème, on évite un problème. Ces couples qui s’habituent à ça en arrivent à des relations vraiment de soumission et domination. En ne disant pas les choses, j’évite que tu me domines, mais en fait en ne disant pas les choses, je te laisse aussi continuer et penser que tu as le pouvoir sur la relation. Donc il y a une espèce de jeu de pouvoir. »

En cas d’infidélité

Cécilia Commo nous indique qu’il faut réfléchir à la raison pour laquelle on parlerait d’une infidélité : « La première question que je pose souvent aux gens, c’est le motif. Pourquoi ils le diraient ? Parce que quand on le dit, c’est qu’on cherche quelque chose. On cherche à débloquer quelque chose, on cherche à révéler quelque chose. Ça peut être très intéressant, mais il faut qu’il y ait un motif qui ouvre sur des possibilités. Or, finalement, souvent, c’est pour se soulager, c’est par culpabilité, ce n’est pas pour construire autre chose à côté. Donc ça, c’est la première question, d’informer et de demander aux gens de s’interroger, de prendre le temps avant d’aller parler de ça et de détruire la personne en face. Il faut que ça produise quelque chose de positif. Et s’ils ne sont pas certains des motivations qu’il y a derrière, qu’ils prennent un petit peu plus de temps pour y réfléchir. »

Pour Camille Rocher, mieux vaut ne pas mentir mais ne pas rentrer dans les détails non plus : « Je vois tellement de gens qui vont dans des hôpitaux psychiatriques, des personnes qui sont rentrées dans des maladies mentales parce qu’on leur avait trop menti. C’est un extrême, certes, mais attention, quand je dis moi-même que ‘je modifie un peu notre contrat de base, je ne te le dis pas parce que les conséquences pourraient être importantes. Je te prive de ta liberté’, et à partir du moment où l’autre le découvrir, on l’a privé de sa liberté. Et d’ailleurs, c’est ce qui est dit, ce que j’entends, au quotidien dans mon cabinet. ‘Au-delà de l’infidélité, le pire c’est ton mensonge, de me dire que tu m’as fait croire que t’étais un week-end en séminaire, etc. En fait pas du tout.’ Il faut que l’esprit se refasse tout un scénario qu’on n’avait absolument pas envisagé. ‘Tu m’as privé d’une période de ma vie en fait.’ Et les conséquences sont hyper lourdes. Alors oui, ne pas tout dire non plus, évidemment. »

-> Pour en savoir plus, écoutez l’émission…

Les invitées

Camille Rochet : psychologue, diplômée de l’École de Psychologues Praticiens de Paris. En parallèle de ces activités, Camille tient depuis 2011 le blog « Anoustous », qui traite au jour le jour de tous les sujets qui peuvent aider le couple, la famille et l’individu, dans l’optique de permettre une approche simple de la psychologie. Livre : Les 5 croyances qui empêchent d’être heureux en coupl e – Larousse 2022

Cécilia Commo : psychanalyste, sexologue et thérapeute de couple. Elle assure la prise en charge des couples et des adultes qui rencontrent des difficultés dans leur vie personnelle, leur vie sentimentale et/ou sexuelle dans son cabinet à Paris*. Son site,* sa chaîne Youtube. Livre : Le couple parfait n’existe pas , Éloge de l’imperfection amoureuse – Flammarion 2022

Cécile Gueret : psychopraticienne en gestalt-thérapie à Tours. Elle est également journaliste spécialisée en psychologie et animatrice des interviews « Rencontres Auteur » Cairn.Info. Livre : Aimer, c’est prendre le risque de la surprise. Éloge de l’inattendu dans la rencontre amoureuse – Albin Michel 2020

Gwenaëlle Boulet : “Ma vie de parent”

LNDT: @227. Sexualité post-MeToo : les Français font de moins en moins l’amour, mais « mieux »

Un podcast de Radio France de 4′

De plus en plus de Français déclarent ne pas avoir de rapports sexuels selon une étude de l’Ifop. Cela concerne notamment les jeunes de 18 à 24 ans : plus d’un sur quatre n’a pas fait l’amour cette année. Une baisse en quantité au profit de relations choisies et plus qualitatives.

Les Françaises et les Français font de moins en moins l’amour. C’est ce qui ressort d’une étude de l’Ifop pour la marque suédoise de sextoys Lelo parue le 6 février 2024. Cette étude montre qu’un Français sur quatre – parmi ceux ayant déjà fait l’amour – n’a pas eu de rapport sexuel au cours des 12 derniers mois. Un chiffre en forte augmentation puisqu’en 2006 cela concernait plutôt un Français sur dix.

Pour arriver à ces résultats, l’Ifop a interrogé près de 2.000 personnes majeures de France métropolitaine représentatives de la population générale entre le 29 décembre 2023 et le 2 janvier 2024.

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Non-bacheliers, chômeurs et Parisiens sont moins actifs sexuellement

L’étude met en lumière une sexualité différente selon les milieux sociaux. Le nombre de personnes n’ayant pas fait l’amour ces 12 derniers mois est plus important chez les personnes n’ayant pas le bac, et diminue avec le niveau d’étude. C’est 33% des non-bacheliers qui n’ont pas fait l’amour ces 12 derniers mois, contre 17% des personnes ayant fait des études dans le supérieur.

L’inactivité sexuelle est aussi plus élevée chez les personnes habitant en région parisienne (33%), que chez les non-franciliens (22%). Cette absence de relations sexuelles se retrouve aussi davantage chez les hommes au chômage, qui sont 36% à ne pas avoir fait l’amour ces 12 derniers mois, contre seulement 16% des salariés et chefs d’entreprise. Une différence moins marquée chez les femmes chômeuses.

Baisse du sexe chez les 18-24 ans : une génération libérée des injonctions

En 2006, seule une personne interrogée sur 20 disait ne pas avoir fait l’amour au cours de l’année passée, et ce pour tous les adultes de moins de 50 ans. Mais aujourd’hui, cette inactivité sexuelle a été multiplié par six chez les 18-24 ans et par trois chez les 35-49 ans. Parmi les tranches d’âges délimitées par l’étude, seuls les 25-34 ans ne sont pas touchés par cette hausse de l’inactivité sexuelle.

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Derrière ces chiffres s’esquissent des tendances sociétales. Là où les générations des années 70 et 80 étaient celles de la libération sexuelle, la génération Z des 18-24 ans d’aujourd’hui « est beaucoup plus déconstruite sur les normes de genre, et sur les différentes formes d’injonctions qui pèsent sur le corps et l’intime » analyse François Kraus, directeur du pôle Politique et actualités de l’Ifop.

Une approche du sexe post #MeToo, « plus qualitative que quantitative »

Selon François Kraus, cette baisse est liée à une « révolution sociétale » qui donne une place centrale à des notions comme le consentement ou le désir. Le chercheur parle aussi d’un « effet MeToo » : « Il est beaucoup moins acceptable de se forcer pour faire plaisir à un partenaire »« Je pense qu’on est passé d’une époque d’hypersexualisation, où il fallait multiplier les performances, les partenaires et les pratiques, à aujourd’hui une approche plutôt qualitative que quantitative » ajoute-t-il.  De nos jours, « on n’est pas obligé d’avoir une vie sexuelle intense ou trépidante pour réussir son couple ».

À écouter : Sommes-nous rentrés dans l’ère de la récession sexuelle ?

Le Débat de midiÉCOUTER PLUS TARD

54 min

En parallèle, l’évolution des conditions matérielles pour les femmes au sein des couples explique aussi cette baisse de la sexualité : « Les femmes sont beaucoup plus autonomes financièrement que par le passé » explique François Kraus. « Donc elles ne se sentent plus obligées d’avoir des rapports, dans ce qui constituait par le passé une forme d’économie du couple où le sexe était une forme de dû dans le contrat conjugal ».

Autre signe de cette évolution vers des relations de qualité, l’abstinence sexuelle provoque très largement un besoin affectif plutôt qu’un manque sexuel. Ainsi chez les célibataires sans activité sexuelle, ce sont avant tout les câlins et la tendresse qui manquent, pour 86% d’entre eux. Pour les 14% restants, c’est plutôt le sexe.

Derrière ces chiffres, il existe toujours des différences dans le rapport à la sexualité entre les femmes et les hommes. Si 54% des femmes pourraient continuer à vivre avec quelqu’un sans rapports sexuels, c’est seulement le cas de 42% des hommes. Pareillement, 69% des femmes, contre 48% des hommes, ne vivent pas difficilement l’absence de rapports sexuels.

Écrans, plaisir en solitaire : les autres raisons de cette baisse

Ce recul de la sexualité peut-être lié à plusieurs phénomènes avance l’Ifop. D’abord, la place des écrans, puisque près d’un français sur trois a déjà évité un rapport sexuel au profit d’un loisir numérique (série, lecture d’un article, jeux vidéos, etc). Ensuite, la concurrence du plaisir en solitaire. Plus d’un Français sur trois a également déjà évité un rapport sexuel car il savait qu’il aurait davantage ou plus facilement du plaisir en se masturbant.

Cette étude permet également de mesurer le nombre de personnes asexuelles, soit « un individu qui ne ressent pas d’attirance sexuelle pour autrui et ceci de manière constante – ce n’est pas un manque d’attirance occasionnel – et de façon involontaire« . Plus d’un Français sur dix -12%- dit se considérer asexuel. Cela concerne 15% des femmes, contre 9% des hommes.

LNDT: @226. Camille Aumont Carnel x Alexandre Lacroix : « Pourquoi les jeunes font-ils moins l’amour ? »

Un podcast de Radio France de 15′

À 9h05, l’influenceuse sexo féministe Camille Aumont Carnel et le directeur de la rédaction de Philo Magazine, Alexandre Lacroix, sont les débatteurs du jour.

Avec

  • Alexandre Lacroix Directeur de la rédaction de Philosophie Magazine, professeur à Sciences-Po Paris et écrivain
  • Camille Aumont Carnel Entrepreneuse et autrice

LNDT: @225. Pourquoi les jeunes font moins l’amour ?

Un podcast de Radio France de 3′

Une étude de la société de sondage Ifop commandée par l’entreprise de sex-toys Lelo, met en avant une baisse des activités sexuelles chez les Français. Les 18 à 24 ans sont particulièrement concernés. Ils sont 1 sur 4 à ne pas avoir eu de rapports sexuels l’an dernier, cinq fois plus qu’en 2006.

Avec

  • Tanita Fallet

Noémie, 25 ans, est célibataire. Entre le boulot et les potes, le sexe n’est absolument pas sa priorité. Elle n’a pas eu de rapports depuis plusieurs mois et ça ne la dérange absolument pas. « Je me reconnais dans d’autres manières de s’aimer, comme l’amitié. Avoir une sexualité très active n’est donc pas une priorité, surtout qu’il y a d’autre manière d’avoir une sexualité qu’avec d’autres personnes » , comme la masturbation, explique la jeune active. Pour Hugo, même lorsqu’on est en couple, c’est tout à fait normal de ne pas enchaîner les parties de jambes en l’air :  » c’est absolument pas un devoir. C’est un truc que je fais parce-que j’aime ça. On doit pouvoir décidé d’avoir de la sexualité ou non dans notre couple« .

Selon l’étude, les jeunes ressentent moins d’injonction à faire l’amour qu’avant car la notion de devoir conjugal disparaît des mentalités. Même si cela n’a jamais été inscrit dans la loi, ne pas avoir de rapports sexuels a longtemps été considéré par la société comme une violation grave des obligations du mariage, et plus largement du couple. Cette idée persiste tout de même : la moitié des personnes interrogées par l’Ifop déclare qu’il leur arrive de faire l’amour alors qu’elles n’en ont pas envie. Mais en 1981, cette situation concernait les trois-quarts des femmes.


Le consentement mieux pris en compte

Pour Amandine Ranson, responsable communication pour Lelo, l’entreprise qui a commandé l’étude à l’Ifop, cette évolution s’explique en partie par le mouvement Me Too et la prise en compte plus large du consentement par les jeunes. « Il y a désormais une notion de consentement mutuel. Ce mouvement post Me Too a eu un impact sur les relations sexuelles ». Le rapport met également en avant que les personnes interrogées « admettent de pouvoir continuer avec quelqu’un de manière totalement platonique et l’assument plus » conclue Amandine Ranson. Il y a aussi les personnes qui assument de ne tout simplement pas avoir d’attirance sexuelle envers autrui. Etre asexuel, est désormais considéré comme une orientation sexuelle à part entière.

Le numérique, autre facteur de baisse de la sexualité

Les écrans ont complètement changé le rapport à la sexualité. La sexologue Aurore Malet-Karas explique le phénomène notamment par la pornographie. « On peut échanger virtuellement. Les personnes vont avoir des activités plutôt solitaires. On peut avoir la même récompense en restant chez soi« , détaille la spécialiste. Pour elle, chez les adultes (l’accès à la pornographie peut être dangereux pour les plus jeunes), se détourner des pratiques sexuelles avec autrui n’est pas un problème. Pour la sexologue, il faut simplement se demander « si on en souffre ou pas, si il y a un manque. Ce qui peut être problématique, c’est lorsque ça va bien à un partenaire mais que pour l’autre il y a trop ou pas assez (de sexe)« . Dans cette configuration, elle préconise le dialogue entre les partenaires pour trouver un terrain d’entente.

La clé avec la sexualité, c’est donc pas de pression, beaucoup de communication avec ses partenaires et surtout le respect du consentement mutuel. Et si vous faites partie des gens qui ont des rapports, n’oubliez pas de vous protéger pour éviter les maladies sexuellement transmissibles.

LNDT: @224. Comment on peut « repartir » après une tromperie ?

Un podcast de Radio France de 41′

Et d’ailleurs, faut-il repartir ? Existe-t-il des hommes plus attentionnés que les autres ? Ce mercredi, la lumineuse Amal Tahir répondu à vos questions avec amour.

Avec

  • Muxxa
  • Olivia Animatrice à Mouv’
  • Baro Animateur à Mouv’

Amal Tahir, c’est une Big girl qui influence le monde. C’est une écrivaine, une sexologue, podcasteuse du fabuleux Grace Therapy. Son dernier livre s’appelle Astrosex, paru en janvier 2024 aux éditions Sterling Ethos. Elle est ultra douée pour deviner les énergies qui émanent des personnes autour d’elle, c’est d’ailleurs pourquoi elle a si bien répondu ce mercredi 14 février à vos questions.

LNDT: @223. La nouvelle sexualité des ados, face à la culture pop et aux réseaux sociaux

Un podcast de Radio France de 52′

Comment se forge l’éducation sexuelle des ados, notamment grâce à la culture pop et les réseaux sociaux ? Regarder « Sex Education » en famille est-il une bonne idée ? Les cours d’éducation relationnelle et sexuelle font-ils des ados des accrocs ? Que de questions sur la sexo des ados.

Dès la rentrée prochaine, les élèves des écoles, collèges et lycées auront droit à des cours d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle. Une loi arrivant à la rentrée scolaire 2024 a pour objectif pour les 4èmes « de mettre en place et d’examiner les différentes définitions de la sexualité : reproduction, désir d’enfant, plaisir, amour », en 3ème, les élèves devront apprendre à « inscrire la sexualité dans la définition et le respect des droits humains », puis en Terminale, les élèves pourront apprendre à « s’éprouver dans leur sensibilité propre pour se connaître ».

En attendant, les ados apprennent sur le tas, entre camarades et aussi via les réseaux sociaux, plus singulièrement l’application Tik Tok qui fait office de grand éducateur sexuel de la jeunesse. Pour le meilleur et pour le pire, comme le rappelle le magazine We Demain, partenaire de cette émission. Et puis nous nous pencherons aussi sur le rôle de la pornographie, des séries télés comme Sex Education ou Skam, dans leur apprentissage de la sexualité.

Enfin, nous verrons quel est le rôle des parents. Attention, émission pas forcément adaptée aux oreilles des moins de 12 ans.

C’était mieux avant ? Surtout violent, et sans consentement.

Qui des invité.e.s ici ont reçu des cours de sexualité ? À peu près aucun.e, tout du moins au sens auquel on l’entend aujourd’hui. Certain.e.s ont vu un accouchement en gros plan au collège, cette fameuse cassette VHS et sa vidéo traumatisante dont se souviennent nombre de quadras, d’autres ont assisté à une sort de cours ou on enfile un préservatif sur des bananes ou un généreux sexe masculin en plastique. Bref, une sexualité axée sur la reproduction, à une période où le sida est très présent, de fait, mais jamais on ne parle de consentement, de préliminaires dans les années 1990 / 2000. On est dans des questions hygiéniques, techniques, mais certainement pas dans le plaisir ou le soin. Les enseignants, aujourd’hui, sont plus dans une discussion, une approche plus tranquille des sujets, finies la VHS et les bananes.

À lire aussi : ENQUÊTE – Que sont devenus les cours d’éducation sexuelle obligatoires inscrits dans la loi en 2001 ?

Les cours relationnels et sexuels sont une bonne idée, à recaler certes, mais une bonne chose

Que dire de ces nouveaux programmes « attendus, attendus car remis pendant quasiment deux ans » pour la journaliste Armelle Oger, pour qui, il y avait une panique de certains parents voyant arriver ces cours et qui se sont organisés en associations et manifestations. Des cours arrivent donc avec des mots forts pour les CP, CE1 et 5ème, qui « s’ils sont appliqués, peuvent faire bouger les choses« . Pour autant, Camille Aumont Carnel, militante et influenceuse sexo, déplore que le programme des 5ème arrive un peu tardivement dans leur curiosité et leur développement : « La moyenne du visionnage du premier porno c’est neuf ans ! On parle en 5ème de pouvoir nommer, s’exprimer… En fait, c’est trop tard« . Très bonne chose même si un peu tard, car les ados ne restent jamais sans réponse, et vont chercher là où ils peuvent trouver.

Le professeur de philosophie, Thibaud de Saint-Maurice, se réjouit pour sa part du fait que les enseignants vont pouvoir s’emparer du sujet « et sauront s’emparer des programmes, voire sauront intégrer ces programmes pour faire un lien avec de l’historie, de l’économie, etc« . La sexperte Maïa Mazaurette se réjouit également, mais prévient : la sexualité n’est pas une chose figée qui s’apprend et s’borde de la même manière au fil du temps, attention à bien remettre tous ces programmes à jour. Et il doit y avoir un débat, une approche pour les invités qui soulignent que l’enseignement des relations ne doit pas se faire de manière descendante, comme une leçon technique, mais doit rester un échange, un moment pou répondre à des questions, des incompréhensions.

À écouter aussi : « Ce sont les femmes qui payent l’addition » du manque d’informations sur la sexualité, estime Israël Nisand

L’invité de 8h20 : le grand entretienÉCOUTER PLUS TARD

25 min

Qu’en disent et que font nos voisins francophones ? En Belgique, il y a longtemps que l’invitation à organiser des discussions est en place, elle devient aussi obligatoire à la rentrée 2024. Des fonds ont donc été débloqués pour former les personnes de terrain qui font les animations. Alexandra Hubin, enseignante bruxelloise, déplore aussi que ces cours arrivent tard, à un âge où les experts ont jugé que le moment était charnière, car il fallait bien trancher, hors cette Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle (EVRAS) est malheureusement un peu décorrélée de la découverte d’une certaine sexualité via le smartphone, en général dans les mains des enfants bien avant la 5ème, dès le CM2.

Parler sexualité avec ses parents ou son enfant est un choc de l’intime, donc merci l’école et ses cours

La parole et l’information sont certes de plus en plus présentes dans nos sociétés modernes, pour autant, une étude montre pour autant qu’à peine 15 % de parents parlent de sexualité avec leurs enfants, à part « si tu couches, protège-toi » ; les questions restent donc en suspens la plupart du temps. Et ce n’est par ailleurs pas forcément un sujet qu’on a envie d’aborder avec ses parents. Il y a aussi pour le professeur « un choc de l’intime« , entre une intimité parentale avancée, qu’on souhaite épanouie, et l’autre en construction chez l’enfant ou l’ado : « pas certain qu’il faille que ces deux intimités soient perméables, bien sûr il faut communiquer, mais aussi une forme de respect de l’intimité« . Il est donc intéressant et positif que cette discussion puisse aussi se passer aussi à l’école, hors du cercle familial.

À écouter aussi : Éducation à la sexualité : quel est le programme ?

La Question du jourÉCOUTER PLUS TARD

7 min

L’enseignement relationnel et sexuel protège les enfants, contrairement aux rumeurs.

La France et la Belgique ont vu arriver une déferlante de désinformation sur ces cours, « c’est la panique de parents, mais face à cette panique il faut s’organiser« . Camille Aumont Carnel dénonce la rumeur affirmant que « parler de sexualité, de consentement ou de pornographie à des ados ou des jeunes les inciterait« , hors c’est tout le contraire : ça les prépare et les éloigne du porno, car des réponses ont été trouvées, ou à peu près. Dès les débuts de la création de son compte Instagram, il y a 6 ans, de nombreux ados sont venus, ils viennent chercher des réponses à des questions, pas des images.

Maia Mazaurette ajoute : « Ce qui se joue aussi est la construction de l’enfant comme personne innocente (…) Il faut dire à ces parents-là qu’en voulant préserver à tout prix l’innocence de leurs enfants, il est bien possible qu’ils les mettent en danger, parce que ce qui est enseigné à l’école est aussi de pouvoir dire non. Paradoxalement, si vous voulez que votre enfant reste innocent, il faut le laisser assister aux cours de sexualité.« 

La série Sex Education est-elle une bonne manière d’appréhender la sexualité chez ou avec les ados ? Comment en discuter (un peu) en famille, comment voir les signes de questionnements ? Que penser des sexologues sur TikTok ?
La suite et les réponses sont à écouter…

Invitée.e.s pour parler de sexe aux ados :

  • Armelle Oger est journaliste et conseillère éditoriale au magazine We-demain. Elle a travaillé dans de nombreux quotidiens et hebdomadaires comme reporter et a dirigé la rédaction de plusieurs magazines féminins. Également autrice et essayiste. Notamment de “C’était comme ça en France… dans les années 80” (Grund, 2014).
  • Camille Aumont Carnel est une militante féministe, autrice, entrepreneuse, influenceuse. Avec son compte et média @jemenbatsleclito. Autrice de “#Adosexo” chez Albin Michel Jeunesse en 2022 et “Être raciste c’est quoi ?” (Alt, 2024)
  • Thibaut de Saint Maurice est professeur de philosophie. Auteur de “Des philosophes et des héros” (First, 2019)
  • Alexandra Hubin est docteure en Psychologie et sexothérapeute à Bruxelles. Enseignante. Fondatrice de SexoPositive, une plateforme s’attachant à la transmission de connaissances et de compétences en matière de santé sexuelle. Également chroniqueuse (RTBF, France 2). Autrice de “Confidences d’un organe mystérieux : Clitoris, la vérité mise à nu” (Eyrolles, 2021)
  • Maia Mazaurette est sexperte, autrice et chroniqueuse, spécialisée dans les questions de sexualité. Autrice de La Vulve, la Verge et le Vibro (Points Féministe, 2022)

LNDT: @197. Ma vie de « parent » victime !

Un podcast de Radio France de 4′

Gwénaëlle aborde un autre type de harcèlement, celui qu’éprouvent aussi… les parents. Elle explique que ce qui compte, ce n’est pas de résoudre vraiment ses problèmes mais de pouvoir vider son sac de temps en temps.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire dans une chronique précédente à quelle point je ne serais pas du tout le bon parent en cas de harcèlement sur l’une de mes progénitures vu que, au lieu de tout bien faire comme il faut, à savoir rester calme et aller échanger posément avec les institutions concernées pour trouver la bonne solution, constructive pour toutes les parties, travailler avec un bon psy sur la posture de victime, eh bien moi, je serais plutôt du genre à aller choper les petits cons ou les petites connes en question, en prendre un pour taper sur l’autre pour les encastrer directement dans le mur de l’école en hurlant « never touch my child again ! »… Donc j’ai beau avoir la théorie en tête sur les questions de harcèlement, je ne vais rien vous apporter aujourd’hui via cette chronique…

Le harcèlement subi par… les pauvres parents

Mais oui ! Car nous aussi on a le droit d’avoir un peu le rôle de victime après tout ! Nous aussi on mériterait bien un petit message présidentiel qui dirait : « ce qui vous rend la vie impossible a un nom : c’est le harcèlement. » Car je trouve qu’on ne parle pas assez du harcèlement que subissent les parents au quotidien par tout un troupeau de bourreaux que sont – en vrac – nos propres enfants, l’école, le conservatoire, le club de sport, le mois de juin, le mois de septembre, le mois de décembre, l’invention des groupes Whatsapp, les anniversaires, la création de Vinted, Parcoursup…

Alors là, à ce stade, vous vous dites « elle exagère bibiche… » Mais non !! non, non, non ! Tenez, pour gagner votre empathie, je vais vous dire ce qu’il a fallu encaisser en une semaine (et encore, je ne suis pas parent solo, on est deux pour tenir le choc…) :

  • Quitter le boulot à l’arrache à vélo sous la pluie pour assister à une réunion de collège afin de, tenez-vous bien, préparer (en novembre) l’entrée au lycée de n°2 en septembre prochain. A coup de « bon, là, c’est vraiment une classe difficile, beaucoup de choses se jouent pour l’avenir de votre enfant qui va devoir faire des choix fondamentaux… » Ok, même pas peur…
  • Aller à une deuxième réunion (un autre soir) pour le voyage scolaire
  • Déplacer le rendez-vous d’orthodontiste (rapport au voyage scolaire)
  • Remplir et faire valider par l’employeur le formulaire de stage de 3e
  • Choper rapidos un cadeau d’anniversaire pour le copain de n°3 vendredi
  • Accompagner n° 2 à 7h00 du matin à l’aéroport pour le-dit voyage scolaire (faire le sac avant, aller chercher des devises…)
  • Poster le paquet vinted, aller en chercher un le lendemain qui a atterri à l’autre bout de la ville. Eh oui, c’est du bouleau la seconde main !
  • Faire un gâteau pour la réunion scoute
  • Ecouter attentivement tous les détails des listes de Noël de n°3 et comprendre ce qu’est un Akedo
  • Répondre à environ 80 messages whatsapp, 5 sondages de parents et 45 textos
  • Je vous épargne l’emploi du temps du mercredi off…

Mais on se dit « Sans victime consentante, plus de bourreau » !

Oui, je sais ! Je dois absolument sortir du « triangle dramatique » victime-bourreau-sauveur pour retrouver ma place d’adulte, celle qui me permettra de poser enfin des choix assumés et responsables sans me plaindre, car après tout, tout ça, je l’ai un peu choisi. Je pourrais, si je le voulais vraiment, oublier le gâteau, ne pas regarder les whatsapp, zapper les vaccins, acheter tout en un clic sur Amazon et sécher les réunions de parents. Je pourrais mais je ne le fais pas car cela entre dans l’image que je me suis construite d’un bon parent responsable. Alors ok, j’arrête de gémir, de toute façon, ce qui compte quand on est parent, ce n’est pas de résoudre vraiment ses problèmes mais de pouvoir vider son sac de temps en temps. Et grâce à vous, je suis repartie pour un tour !

LNDT: @196. Les contes de fées

Un podcast de Radio France de 6′

féminisme, magie et littérature

Ali : Alors comme ça, Gwénaëlle, aujourd’hui, vous avez peur de nous décevoir…

Oh là là oui.. je la vois là, toute la jeune génération de parents féministes qui m’attend au tournant. Ah ah ! J’espère bien qu’elle va se les farcir un peu ces greluches de Blanche-Neige et de Cendrillon, toutes plus bêtes les unes que les autres à attendre leur blond et stupide Prince Charmant… Qu’elle va nous le démonter fissa ce roi pervers prêt à épouser sa fille (#Peau d’âne)… Alors, oui, ok, c’est bon, on sait tous aujourd’hui que les contes de fées, écrits pour certains à la toute fin du 17e siècle ne sont pas un modèle de modernité en ce qui concerne les rapports hommes-femmes, qu’ils contribuent à véhiculer un certain nombre de stéréotypes sur une certaine hétérosexualité en particulier. Mais je dois avouer que pour ma part, je n’ai pas attendu metoo pour comprendre, même enfant, que :

1 / nous, les femmes n’avions pas besoin d’hommes et encore moins de princes pour nous sauver

2 / Nous n’étions pas forcément prêtes à tout quitter (tel la petite sirène) par amour… ni ne souhaitions forcément être mariées et avoir beaucoup d’enfants

3 / N’étions pas forcément douces, passives et passionnées de ménage en sifflotant

4 / Ne détenions pas toutes le pouvoir de converser au petit matin avec les animaux de la forêt.

Ali : Passée cette petite mise au point, vous êtes donc plutôt une fan des contes de fée…

Mais oui ! Complètement ! Car pour moi, le fameux « Il était une fois… » restera toujours ce moment magique où, enfant, mon papa ou ma maman, ma sœur et moi quittions soudain la vraie vie pour nous laisser littéralement glisser dans un monde fantastique. Un monde fait de princes et de princesses, certes, mais un monde surtout rempli de loups, de méchantes marâtres, de rois possessifs, de terribles sorcières, de géants affamés… dont ensemble, soir après soir, bien au chaud sous notre couette, nous allions pouvoir triompher. Mourir de peur mais triompher 1 fois, 2 fois, 10 fois, 100 fois s’il le fallait ! Charles Perrault, en 1697, écrivait ceci en parlant des enfants à qui on lit des contes : « On les voit dans la tristesse et dans l’abattement, tant que le héros ou l’héroïne de conte sont dans le malheur, et s’écrier de joie quand le temps de leur bonheur arrive ; de même qu’après avoir souffert impatiemment la prospérité du méchant ou de la méchante, ils sont ravis de les voir enfin punis comme il le méritent » Le conte de fée, c’est avant tout cela : le fait de traverser des épreuves pour de faux et en toute sécurité, de vivre en empathie avec un héros des émotions fortes afin d’accéder au final à un monde plus juste. Le conte de fée, c’est la soif d’un monde où, après les épreuves, vient la justice et le droit au bonheur. Et cet espoir, il est universel. C’est ce qui fait que si, comme Hansel et Gretel (mon conte préféré) vous avez subi une enfance terrible, eh bien oui, vous pouvez toujours fonder votre espérance sur le fait que le choses rentreront un jour dans l’ordre.

Ali : Et puis, les contes, c’est aussi un langage savoureux, une entrée dans la littérature.

« Tire la chevillette, la bobinette cherra… » (Ali, vous me conjuguerez le verbe choir à tous les temps tous les modes !), « c’est pour mieux te manger mon enfant ! »… Si les contes traditionnels ne sont pas hyper metoo, ils font partis des trésors de littérature qui traversent les générations et tissent une culture commune. Le magique « Il était une fois… » nous fait entrer dans un autre monde, régi par d’autres lois. Alors, comme le conseillait la grande conteuse Miss Sara Cone Bryant dès 1905 à ses apprentis conteurs : prenez votre histoire au sérieux, traitez-la avec respect car si elle vaut la peine d’être dite, elle mérite d’être bien dite. Prenez votre temps pour la lire. Laissez derrière les soucis de la journée et du lendemain… Car ce que nos enfants désirent encore plus que l’histoire elle-même, c’est nous entendre la lui lire.

LNDT: @195. Est-ce bien raisonnable de lire des récits de mythologie à des petits enfants ?

Un podcast de Radio France de 5′

Faut-il se priver de tel ou tel ouvrage parce que la langue serait trop difficile pour l’enfant (ce qui reste souvent à démontrer), ou parce que les sujets évoqués seraient trop durs, trop morbides, trop violents ?

En tout cas, c’est une question qui va être souvent posée pendant les cinq jours de ce Salon du livre jeunesse : « C’est pour quel âge ce livre ? » « Est-ce qu’il n’est pas trop jeune ? » « Est-ce que ça ne fait pas trop peur ? »

Or autant pour les films, c’est souvent assez facile à répondre, autant pour les livres, la question est plus ardue.

Faut-il se priver de tel ouvrage parce que la langue serait trop difficile pour l’enfant (ce qui reste souvent à démontrer), ou parce que les sujets évoqués seraient trop durs, trop morbides, trop violents ?

Le meilleur exemple de ce dilemme, c’est, je crois, les récits de la mythologie, qui forment pour moi un péché mignon auquel je n’arrête pas de revenir.

Ça n’est pas nouveau, hein. Quand j’étais môme, j’étais si obsédé par la mythologie que j’avais essayé de recréer l’arbre généalogique de tous les dieux et héros grecs, avec des centaines de noms sur plusieurs mètres carrés. Alors aujourd’hui, je transmets comme je peux cette passion.

Mythologie grecque donc, mais aussi nordique, égyptienne, aztèque, celtique, perse ou chinoise – une excellente collection réunit ces récits en plusieurs tomes chez Points Sagesse.

On en lit avec mon fils, on écoute des podcasts consacrés, on regarde des films ou des dessins animés (quarante ans après, « Ulysse 31 », ça passe encore très bien), on joue avec ses Playmobil à recréer la guerre de Troie ou le voyage des Argonautes. Bref, on baigne dans la mythologie comme Achille dans le fleuve Styx.

Mais est-ce que ce n’est pas un peu violent comme univers, pour les enfants ?

Ah ça, je ne vous le fais pas dire.

La mythologie, c’est le festival des horreurs avec deux-trois millénaires d’avance.

Parricide ? Œdipe est là pour ça.

Inceste ? Toujours Œdipe.

Infanticide ? Agamemnon sacrifie sa fille Iphigénie pour partir à la guerre, et Médée tue ses fils après avoir été trahie par Jason.

Violences sexuelles ? Les déesses Athéna et Héra doivent lutter contre des tentatives de viol, sans même parler de toutes les humaines abusées par Zeus.

Cannibalisme ? Chronos dévore ses propres enfants pour qu’ils ne le renversent pas, et Tantale sert le sien lors d’un banquet offert aux dieux.

Je passe sur les fratricides, les enfants abandonnés, ou les créatures plus monstrueuses les unes que les autres, un œil, des serpents à la place des cheveux, une tête de taureau sur un corps d’homme ou encore un chien à trois gueules menaçantes.

Et encore, je ne vous parle que de la mythologie grecque !

Mais alors, est-ce bien raisonnable de lire ça à des enfants ?

Cette question appelle deux réponses.

D’abord, rappeler qu’il y a des façons plus sensibles que d’autres d’approcher ces récits de la mythologie, par l’image, par l’humour, ou par la réécriture de ces histoires éternelles – je pense aux magnifiques feuilletons de Murielle Szac, en cent chapitres à chaque fois, consacrés à Ulysse, Thésée, Artémis ou Hermès, et qui approchent ces histoires dans leur humanité avec un joli sens de l’oralité pour petits et grands.

Mais cette question interroge plus largement sur ce qu’on peut faire lire aux enfants, et sur la façon dont ils reçoivent ces lectures. Et je pense là à un autre livre phare de ma propre jeunesse, que j’ai beaucoup lu ensuite à mon fils, un livre qui n’est pas issu de la mythologie mais c’est tout comme : « Max et les Maximonstres » de Maurice Sendak. Un livre illustré de 1963 qui voit un petit garçon, Max, s’embarquer pour le pays des terrifiants Maximonstres après que ses parents l’ont envoyé dans sa chambre suite à une énième bêtise.

J’aime ce livre, et j’aime encore plus son titre original : « Where the Wild Things Are », « Là où sont les choses sauvages ».

Car il désigne autant le pays fabuleux des Maximonstres, que la propre imagination de Max, débordante de terreur et de violence.

Et loin de nier cette réalité, « Max et les Maximonstres », comme les récits mythologiques, nous rappelle qu’il faut l’accueillir et la dompter, en devenir le maître, pour pouvoir ensuite rentrer au confort et à la douceur du foyer familial.

Lire des récits mythologiques, ce n’est donc pas seulement vibrer et trembler au fil des aventures qui nous sont contées, c’est aider les enfants à approcher les questions éternelles de l’origine, de l’amour, de la mort.

C’est leur permettre de structurer leur monde intérieur souvent chaotique – tiens, le chaos, encore une image tout droit tirée des mythes.

Mais c’est aussi, pour les parents, apprendre à faire confiance à leur capacité de compréhension, d’assimilation, sans qu’il y ait besoin de simplifier, de moraliser ou d’aseptiser.

Alors rassurez-vous, Zeus, Aphrodite, Apollon et Cyrène, c’est pour tous les âges.

Et ça fait trois mille ans que ça dure.

LNDT: @194. Etre parent, c’est déjà philosopher

Un podcast de Radio France de 4′

Ali : alors comme ça, Gwénaëlle, vous ne pensez pas être la mère la plus douée pour parler philosophie avec vos enfants…

Disons que si on entend par philo, la philosophie universitaire, qui manie à merveille les auteurs et les concepts, non. Pour tout vous dire, il se trouve que j’ai fait de la philo en terminale puis en classe préparatoire… mais alors que certains de mes amis s’éclataient littéralement en soirée à faire des sortes de battles de concepts à coups de « ah ah ah ! mais non, voyons ! Hegel ne veut pas DU TOUT dire ça quand il parle « d’en soi-pour soi » ! Moi, j’étais plutôt branchée décorticage de poèmes de Francis Ponge.. et surtout « Qui veut un autre Mojito ? » 1/20 (c’est la note que j’ai obtenue au concours)… à ce stade, on peut se dire que je suis carrément passée à côté de la discipline… une vraie buse.

Ali: Et pourtant… vous n’avez jamais fait autant de philosophie que depuis que vous êtes maman…

Eh oui… si l’on considère que les questions sur la mort, la finitude, le sens de la vie, la nécessité de travailler, le bien et le mal, la liberté, la nécessité (ou non) de règles pour bien vivre ensemble… sont bien des questions philosophiques, alors je dois dire que mes enfants m’ont vite forcée à remettre le nez dedans !

L’autre jour par exemple, mon fils (philosophe devant l’éternel) m’a demandé comme ça, entre la pompe à essence et l’achat de fromage : « Dis maman, pourquoi on dit « gagner sa vie ? Parce que quand tu nais, tu l’as déjà gagnée ta vie… »

Wouah… alors.. euh, attends deux secondes… oui monsieur en carte bleu le fromage… Tu disais ? Gagner sa vie… C’est vrai que quand on y pense c’est étonnant comme expression…

Ou alors, les fameuses questions sur la mort… (oui, parce qu’on peut dire que les enfants ont le sens de l’essentiel) « Dis maman, c’est vraiment sûr qu’on doit mourir un jour ? », « Papa, on va où après la mort ? », « Toi, tu vas mourir avant moi ou après moi ? » Et autant en dissert de philo, vous pouviez toujours tourner autour du pot en citant les grands philosophes, autant là, bon ben, pour répondre à votre bambin, il faut y mettre un peu du sien… et si on accepte de faire le job un tant soit peu honnêtement, sans se cacher derrière des réponses creuses, et bien cela demande à la fois un peu de rigueur mais aussi de courage.

Ali : Mais vous dites que ce qui compte en tant que parent, ce ne sont pas forcément les réponses que vous allez donner mais plutôt l’espace de questionnement et de réflexion que vous allez pouvoir ouvrir à vos enfants…

Disons qu’en tant que parent (et pas prof de philo professionnel !), nous allons épouser différents rôles, en fonction de l’âge de nos enfants et leurs besoins. Entre les tout petits, pétris de pensée magique et les plus grands, qui ont atteint ce fameux « âge de raison », le cheminement est déjà assez différent. Ensuite, si l’enfant pose parfois des questions pour le plaisir de réfléchir et cheminer, parfois, ce qu’il souhaite, c’est juste une réponse de réconfort… Ces discussions peuvent ainsi être l’occasion de transmettre des croyances (quelles qu’elles soient) ou des convictions sur tout un tas de sujets. Que ce soit dans le domaine spirituel ou religieux, politique ou sociétal, moral, nous avons tous des idées que nous nous sommes forgées au fil de la vie, qui nous structurent et qu’il est intéressant de partager avec nos enfants sous forme de « je crois que… je pense que parce

que… etc ». Cela montre qu’on a pris le temps, nous aussi de nous intéresser à ces questions. Mais ce qui est tout aussi intéressant, c’est de créer un espace pour que chacun prenne le temps de proposer des hypothèses (même farfelues), d’y réfléchir et surtout de les confronter à leurs limites (« si ce que tu dis est juste, alors… / qu’est-ce que tu en penses ? ») Et ça, même si on n’est pas un cador en philo, c’est vraiment une voie très riche à emprunter avec nos enfants. Déjà parce que cela les aide à construire leur propre pensée. Et ensuite, car cela nous oblige nous aussi à réinterroger nos présupposés, tous ces éléments de pensée qui nous semblent acquis… mais qui méritent peut-être d’être revus. Mon conseil du mercredi : n’attendez donc pas d’être devenu un spécialiste de Sartre ou de Kant pour vous lancer. Appuyez-vous sur vos enfants, ce sont de très bons maîtres pour vous lancer sur le chemin de la philosophie !