close up photo of a seahorse

LNDT: @247. Asexualité, entre fantasme et mystère

Un podcast de Radio France de 54′

L’asexualité est à la fois mystérieuse et fantasmée. Dans une société ultra-sexualisée envahie par la pression sociale, le marketing et l’imagerie culturelle, que deviennent celles et ceux qui ne ressentent pas de désir ?

L’asexualité, ce n’est pas une baisse de la libido, un moment de la vie qui peut toucher n’importe qui, c’est une orientation sexuelle comme une autre.

Alors qu’on commence à en parler plus librement, y compris dans les médias, est-elle vraiment devenue une orientation comme une autre ? Qui sont ces hommes et ces femmes qui aujourd’hui disent au grand jour avoir pas ou peu de libido ? Y a-t-il encore des clichés, des incompréhensions, des quiproquos vis-à-vis des personnes se déclarant asexuelles ? Comment sait-on qu’on est asexuel ? Pourquoi certains en parlent comme d’une lubie ? À quel âge comprend-on qu’on est asexuel ?

L’invitée est Anna Mangeot, autrice du livre Asexuelle, aux éditions Larousse. Elle est elle-même asexuelle, et c’est un sujet dont elle parle également sur ses réseaux sociaux, TikTok et Instagram.

Qu’est-ce l’asexualité ?

Être asexuel, c’est le fait de ne pas ressentir d’attirance sexuelle envers autrui. L’invitée précise : « Nous les asexuels, on est attirés par personne, mais ça n’empêche pas une grande partie des asexuels d’avoir de la libido, d’avoir des fantasmes, de pratiquer la masturbation. Simplement, on ne va pas ressentir cette espèce d’appétit qui nous attire vers l’autre et nous fait ressentir le besoin de nous presser contre. »

Elle ajoute la concernant : « Moi, je ne ressens ni désir, ni libido, ni fantasme, ni nul besoin. Mais certains peuvent avoir des fantasmes qui se créent à l’intérieur, avec des personnages de leur vie ou des personnages de fiction. Simplement quand ce fantasme se matérialise, vient prendre corps, là ça ne suscite rien du tout et ça s’arrête. » Elle explique aussi qu’il y a des centaines, des milliers de nuances dans l’asexualité.

Dans son parcours, elle a d’abord essayé de se forcer à avoir des relations sexuelles, a eu plusieurs petits amis, puis s’est dit que peut-être, c’étaient les filles qui l’intéressaient, avant de comprendre qu’elle était asexuelle. Et puis elle s’est retrouvée avec son copain actuel qui lui a laissé le temps de ne pas vouloir, et de réfléchir à qui elle était.

D’où vient l’asexualité ?

L’asexualité n’est pas une notion toute neuve. En 1886, pour le sexologue allemand Richard von Krafft Ebing, l’asexualité doit être considérée comme un trouble mental. Dix ans plus tard, un autre sexologue, Magnus Hirschfeld, parle de l’asexualité qu’il assimile à de l’anesthésie sexuelle.

C’est en 1897 que la sexologue allemande Emma Trosse donne la première définition de cette notion : « L’asexualité et l’attirance pour le même sexe ne sont pas des exceptions ou des anomalies. C’est pourquoi l’État devrait protéger leur droit à la liberté sexuelle au lieu de les discriminer. » Un sujet qu’elle aborde dans son livre Une femme. Étude psychologico-biographique d’une personne asexuelle.

Pour notre invitée, le fait que l’asexualité soit considérée comme un trouble mental n’est pas derrière nous. Elle explique : « C’est un sujet qui souvent fait rire, qui interroge, que les gens regardent de loin comme quelque chose qui ne les concerne pas. » Elle a aussi l’impression qu’on la regarde comme une bête de foire, un extraterrestre alors qu’il y a des asexuels dans toutes les familles.

Les stéréotypes sur l’asexualité

Ce n’est pas une douleur d’être asexuel. Anna Mangeot explique qu’elle est parfaitement heureuse. Pour l’invitée, ce qui rend la chose douloureuse, c’est l’accueil qui est fait à l’asexualité. Ce sont les échos que les asexuels ont d’eux-mêmes et la façon qu’a le monde de les voir et de les montrer. Anna Mangeot dit qu’actuellement les asexuels sortent tout juste du silence. Pour elle, les gens sont très curieux, mais en même temps, ils ont des réactions très primaires, pensant que c’est une maladie, une déficience, ou que c’est triste.

D’ailleurs, dans les séries Sex Education et le reboot de Hartley, coeur à vif, il y a deux personnages asexuels. Mais Anna Mangeot trouve qu’ils manquent de flamboyance : « J’étais évidemment ravie en voyant d’abord qu’il y en avait. J’étais vraiment contente. Et puis, en découvrant petit à petit la manière dont les personnages étaient écrits, je suis un peu tombée de haut parce qu’ils sont toujours traités sous un jour misérabiliste, il leur manque quelque chose. Ce sont les personnages un peu ennuyeux. »

Que conseiller aux personnes – jeunes ou non – qui se découvrent asexuelles ? En parler à quelqu’un de confiance, quelqu’un sensibilisé aux questions d’orientation sexuelle, de genre, peut-être un psychiatre ou un médecin généraliste. Même si Anne Mangeot précise que l’on va souvent essayer de soigner les asexuels, alors que c’est une orientation sexuelle. Elle ajoute : « La communauté asexuelle est peuplée de gens comme nous qui sont magnifiques et sont heureux d’être ce qu’ils sont et ça donne beaucoup d’espoir. Il ne faut surtout jamais, même au nom de l’amour, même au nom de ce que vous voulez, se forcer. »

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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