woman in leopard print panty sitting on bed

LNDT: @348. Série: dernières nouvelles du sexe – Épisode 3/13 : Le sexe 2.0

Un podcast de 30′ de Radio France

Par Pauline Chanu. La place du numérique dans nos vies sexuelles grandit. Rencontrer un partenaire, échanger des images intimes, faire du sexe à distance. Avec Clémence qui a des rapports à distance, Henri des rencontres sur applis, et Louisa qui y trouve la liberté.

Dans cette série « Dernières nouvelles du sexe » des Pieds sur Terre, on découvre des témoignages intimistes sur la sexualité d’aujourd’hui, à l’aune d’une nouvelle enquête scientifique de l’Inserm qui pointe du doigt les changements de pratiques des Français.

« Le numérique m’apporte une sexualité à tout moment, très rapide et quand j’en ai envie »

Après un mariage avec une sexualité linéaire, Clémence expérimente les relations sexuelles ponctuelles et physiques « pour une nuit« . Le numérique ici joue un rôle important : « Sur les réseaux sociaux, on est en contact avec pas mal de personnes. Et même si je ne me mets pas forcément en scène, Instagram, c’est un nid à cul. Tu peux poster une story avec rien du tout, derrière, il y a cinq mecs qui vont écrire et qui attendent que ça bascule », témoigne Clémence.

La sexualité numérique n’entend pas forcément provoquer une rencontre au-delà du virtuel : « Il y a un homme avec qui on se suit par rapport à notre travail, raconte Clémence. Il a été capable, ce jour-là, de sortir de son bureau pour aller dans les vestiaires tellement il était dans un désir absolu et qu’il n’en pouvait plus. Il était en érection de tout son corps. Le mec fait une vidéo hyper propre, très jolie et juste avant, il fait hyper attention en me disant, j’ai envie d’aller là, est-ce que c’est ok pour toi ? Cette relation avec lui, elle a existé pendant quelques semaines, mois. Mais on ne s’est pas vu en vrai. De toute façon, il n’habite pas ici.« 

Dans son rapport à la sexualité numérique, Clémence observe tout de même des règles : « La première chose, c’est l’on n’envoie pas une photo de soi, nue ou suggestive, comme ça à quelqu’un à qui tu ne fais pas confiance. Tu peux envoyer des photos en éphémère, c’est-à-dire que photos et vidéos que tu envoies n’existent qu’une seule fois. Et, si on capture mon image, je capture en retour. Si j’ai un manque de confiance, ça me permet de dire si tu déconnes et que tu viens poster quelque chose de moi et bien, j’ai la même chose. […] Quand je rencontre quelqu’un en vrai, je demande nom et prénom. Une fois, j’ai même pris en photo à quelqu’un avec sa carte d’identité à côté de sa tête. Mais ça, c’est juste une façon de se protéger.« 

« J’envoie des photos « hot » si on me le demande »

Henri utilise depuis 10 ans divers sites et applications de rencontre pour trouver des hommes proches de chez lui. Vivant dans la Manche depuis toujours, l’emploi du numérique s’est imposé : “On n’a plus guère le choix, car il n’y a pratiquement plus d’endroit de rencontres et la société, ma foi, elle est faite pour les hétéros. Dans les trois quarts des villes, il n’y a pas de réel endroit gay. Par exemple, les aires de repos étaient des lieux de rencontre par excellence. Elles ont été refaites de manière à les rendre stériles, voire en les entourant de barbelés.

À 58 ans, il décrit aussi une certaine forme de discrimination liée à l’âge mise en place par certains profils : “Comme beaucoup, arrivé à un certain âge, tu te tronques de quelques années parce que lorsque tu vieillis, ça devient compliqué. Certains profils sont même violents, c’est-à-dire que tu as des sens interdits, des textes du genre “Les vieux pervers, c’est pas la peine de venir ou je te bloque”, ou sinon “J’ai déjà un père” ou des choses agressives. Moi, je suis assez éclectique du moment que la personne me plait

« Je faisais plusieurs dates par semaine et j’appliquais des méthodes quasi professionnelles, comme quand on cherche un travail. »

Après une rupture difficile, Louisa a 35 ans lorsqu’elle s’inscrit pour la première fois sur des sites de rencontre : “J’ai pris conseil auprès d’ami.e.s célibataires qui m’ont dit : “Si tu veux aller sur les applis, attention, parce que les hommes que tu vas côtoyer là-bas peuvent être assez agressifs.” Et assez rapidement, dans les premières rencontres, je découvre qu’il y a des gens qui posent des lapins.”

Après avoir enchaîné les rencontres et optimisé son utilisation des applications, Louisa s’aperçoit que sa recherche et ses attentes se modifient avec son utilisation des applications : « Il y a eu des dates très positifs, il y en a eu beaucoup qui étaient sans intérêt. […] Je ne savais même plus pourquoi je faisais des dates. Au départ, c’était pour être en couple, mais j’ai la chance d’avoir plusieurs partenaires, donc j’ai une sexualité qui est riche, épanouie, inventive. La tendresse, je l’ai. Les câlins, la sexualité, je les ai. Je passe vraiment des moments délicieux de partage. On me dit « Mais ça ce sont des trucs de couple ça », non, moi, j’ai ça avec mes amants.« 

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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