Un podcast de 23′ de Radio France
Par Pauline Chanu. L’âge du premier rapport sexuel augmente sensiblement depuis vingt ans. Certain.e.s continuent toutefois de s’interroger : qu’est-ce c’est, exactement, une première fois ? Avec Mathias qui a vomi. Liam qui s’est endormi. Clara qui a attendu d’avoir 30 ans.
Dans cette série « Dernières nouvelles du sexe » des Pieds sur Terre, on découvre des témoignages intimistes sur la sexualité d’aujourd’hui, à l’aune d’une nouvelle enquête scientifique de l’Inserm qui pointe du doigt les changements de pratiques des Français.
Attention : cette série contient des témoignages explicites sur des pratiques sexuelles, assortis de détails précis. À ne pas mettre entre toutes les oreilles.
Dans ce deuxième épisode, trois témoins nous parlent de leurs premières fois.
« Dans les films pornographiques, on a l’impression que c’est l’homme qui domine. Donc, je pensais devoir diriger le rapport, et il ne fallait pas que je me loupe. »
« C’était le soir du match France contre Suisse à l’Euro 2016, avec ma copine de l’époque », se rappelle Mathias. Il était stressé d’avoir sa première relation sexuelle, stressé par le poids des injonctions “à assurer ». Plus expérimentée que lui, c’est sa partenaire qui guide Mathias. « Ça m’a beaucoup étonné à quel point j’ai aimé, et à quel point ça ne me lassait pas d’embrasser quelqu’un pendant des heures sans s’arrêter. » Mais juste avant la première tentative de pénétration, tout se complique pour Mathias : la pression de provoquer l’orgasme chez sa partenaire le fait vomir.
En l’absence de pénétration, Mathias ne sait pas s’il doit dire à ses amis qu’il est — ou non — encore vierge. “Dans le doute, je répondais oui, et je voulais recoucher le plus vite possible pour ne pas avoir à mentir trop longtemps.” Finalement, il n’est pas transcendé par l’expérience de la pénétration : « J’avais moins l’impression de vivre une nouveauté ».
Liam, personne transmasculine, est dessinateur dans l’animation 2D. Il avait 18 ans le jour de sa première fois. Il se rappelle la douceur de la peau de la personne avec qui il a partagé ce moment. « On a commencé par utiliser un masse-tête puis à se caresser le dos, les bras et le reste du corps, lentement. Cette lenteur créait une tension très agréable. Puis, on a fini par enlever certains de nos vêtements. Je ne me rappelle plus si on s’est embrassé. […] Ça a duré trois ou quatre heures et on s’est endormi dans les bras l’un de l’autre. »
« Pendant plusieurs années, je me suis demandé si c’était ma première fois ou pas, comme il n’y avait pas eu d’organes génitaux impliqués. »
Liam s’est rendu compte seulement récemment, que ce rapport sexuel, c’était sa première fois. « On oublie trop l’aspect érotique du désir, tout ce qui a trait aux préliminaires, qui est aussi important que tout le reste. » Cette prise de conscience a changé son rapport à la sexualité : il est plus attentif aux câlins, aux caresses sur les parties du corps où la peau est fine, comme à l’intérieur des cuisses ou en bas du dos. « On manque de représentations d’une sexualité corporelle, où tout le corps est impliqué.«
Clara a 33 ans. Elle raconte qu’à 21 ans, elle a subi une hyménectomie pour se faire enlever l’hymen, qui présente des signes anormaux. Cette opération met entre parenthèse ses désirs adolescents. Plusieurs années passent sans qu’elle ait beaucoup d’occasions de rencontres. Mais la lecture et le visionnage de films lui suffisent pour comprendre qu’il existe une véritable pression sociale quant au fait de perdre jeune sa virginité. « J’avais une idée de la sexualité assez violente, et en même temps, j’avais peur de ne pas connaître l’amour, de finir vieille fille.«
“La virginité, il y a un moment où ça devient suspect. Soit ça ne plaît plus aux hommes, soit ça plaît à ceux qui sont dans un délire BDSM et qui aiment les vierges effarouchées.”
À 28 ans, elle se fait un groupe de copines qui les acceptent, elle et sa virginité. De bons conseils, elles l’entourent et l’encouragent. « Elles m’aidaient à aller vers la découverte de la sexualité », témoigne Clara. Sa première fois, elle l’a faite avec un homme qui ne la presse pas. C’est au lendemain de leur première nuit dans le même lit qu’ils couchent ensemble. « Je lui ai dit merci, parce que c’était comme ça que je voulais que ça se passe. »
