Un podcast de Radio France (38′)
Guy Birenbaum et Nicolas Demorand sont amis depuis longtemps et ont été touchés par le même mal : la dépression. Au micro de Nicolas Demorand, le journaliste, éditeur, revient sur l’important épisode dépressif qu’il a traversé.
Le journaliste Guy Birenbaum raconte ici les mois de dépression sévère qui l’ont conduit jusqu’à l’hôpital Sainte-Anne au printemps 2025. Un témoignage sans fard sur l’effondrement, les soins, et le chemin vers le retour à la vie.
Une chute brutale après des signaux ignorés
Tout s’arrête le 26 mars 2025, à Strasbourg, en pleine tournée promotionnelle. Guy Birenbaum, alors en pleine promotion d’un livre et d’un film consacrés à l’histoire de sa mère, rescapée de la Seconde Guerre mondiale, monte dans sa chambre d’hôtel. Il comprend que quelque chose a cédé. « J’avais 20 de tension. J’ai appelé ma femme, j’ai dit : « Ça ne va pas du tout, j’arrête tout. » Rétrospectivement, les signes étaient là depuis des semaines — tachycardie persistante entre 110 et 120, hypertension, hypocondrie soudaine —, mais il les avait tus. « Je faisais comme si tout allait bien. Parce qu’à chaque fois, on n’a pas envie, on ne veut pas y retourner. »
S’ensuit une période qu’il décrit comme une déchéance totale : incapable de lire, de manger, de sortir son chien, de se raser. Il perd quinze kilos, ne quitte plus le lit ou le canapé, et développe une dépendance anxieuse à la présence de sa femme. « Tout être qui sort de la pièce m’abandonnait. » Ce qu’il insiste à nommer sans détour : « J’étais malade mental » — et ce, sans honte, dit-il, même si la honte de ce qu’il fait vivre à ses proches est bien présente.
La kétamine, Sainte-Anne, et un sourire décisif
Après un premier séjour au Kremlin-Bicêtre quitté contre avis médical, Guy Birenbaum est admis à l’hôpital psychiatrique Sainte-Anne, qu’il associait depuis l’enfance à la folie. Les antidépresseurs ne font plus effet ; on lui administre de la kétamine, anesthésiant reconverti en traitement des dépressions résistantes. Les séances sont pour lui de véritables épreuves : perte de contrôle de la pensée, sons métalliques, images incontrôlables — la pochette de Sgt. Pepper, les paroles de I Am the Walrus. « Ce qui m’effraie le plus, c’est que je n’arrivais pas à contrôler ma pensée ».
La thérapie par électroconvulsivothérapie est envisagée. C’est alors qu’une aide-soignante remarque un détail infime : il lui a souri. Elle en fait part à l’équipe médicale lors du staff du matin. Sur la foi de ce seul signal, les médecins décident de stopper la procédure et de le laisser sortir. « Tu te rends compte du niveau de professionnalisme ? Une aide-soignante qui me voit, qui remarque que je lui souris. » Ce sourire, imperceptible pour lui-même, sera le premier fil du retour.
À propos du podcast
Par Nicolas Demorand. Après plusieurs mois d’absence, Nicolas Demorand retrouve le chemin de Radio France pour son premier podcast dans lequel il aborde sa maladie qui l’a éloigné de l’antenne.
Après plusieurs mois d’absence, Nicolas Demorand retrouve le chemin de Radio France. Le journaliste enregistre son premier podcast dans lequel il aborde sa maladie qui l’a éloigné de l’antenne.
Si besoin : c’est ainsi que le personnel médical désigne les médicaments que le patient peut prendre uniquement s’il le juge utile. C’est aussi le titre choisi par Nicolas Demorand pour son nouveau podcast sur France Inter, une invitation aux auditeurs à écouter son témoignage, s’ils en ressentent le besoin.
Atteint de bipolarité qu’il avait rendue publique en mars 2025, le journaliste fait de la sensibilisation aux maladies psychiatriques un combat personnel. Dans cette série en six épisodes, il revient sur les mois qui ont suivi son départ de l’antenne, le temps passé à l’hôpital Sainte-Anne, l’aggravation de sa maladie et son parcours, à travers son propre témoignage mais aussi des entretiens avec des professionnels de santé, des soignants et des personnes touchées par des maladies psychiatriques
La suite est à écouter….
Si besoin est un podcast écrit par Nicolas Demorand, réalisé par Lola Costantini, préparé par Amelie Stadelman et Mathilde Khlat et mixé par Basile Beaucaire.
Guy Birenbaum est l’auteur de Trouvibes, l’humanité à la plage (éd. Rio Bravo) et La vie devant moi (éd. Flammarion…)
