Un podcast Radio France (51′)
Et si retrouver une sexualité plus libre passait d’abord par une autre façon d’habiter son corps ? Sortir des normes et de la logique de performance qui façonnent notre rapport au désir. Le toucher, l’écoute et l’attention ouvrent alors un nouvel espace, plus intime et plus créatif.
Avec
Claire RichardAutrice, documentariste
Aurore VincentiLinguiste, chercheuse et éducatrice somatique en sexologie
Un soir ordinaire au bistrot du quartier. Des clients amassés autour du comptoir. Le brouhaha des grandes tablées mêlé à la musique ambiante. Le sol en mosaïque qui colle un peu. Et eux. Deux corps face à face. Au milieu du café. Deux corps rapprochés. Pas collés. Juste rapprochés. Ils attendent une table. Debout au milieu du café. Sa main, à lui, s’est approchée de son visage, à elle. Ses doigts ont délicatement écarté une mèche de cheveux. Un geste d’une fraction de seconde. Ou d’une éternité. Quelques grammes de peau contre quelques grammes de peau. Au milieu du café, plus rien ne comptait. Et si le toucher était une des portes d’entrée à une nouvelle érotique du sensible ? Si on réinventait notre approche de la sexualité ?
Défaire les normes pour retrouver son propre désir
Aurore Vincenti, linguiste et chercheuse diplômée en sexologie clinique, en a assez des dualismes qui continuent de structurer notre rapport à la sexualité. Dans son livre Pour une érotique du sensible, la sexologue clinicienne montre comment les catégories du féminin et du masculin enferment chacun dans des rôles préétablis, au point de brouiller le rapport à son propre désir. « Ces dualismes nous empêchent énormément et nous cantonnent à des rôles », résume-t-elle.
Cet enfermement commence dès l’éducation sexuelle, davantage tournée vers les risques que vers le plaisir. Préservatif, IST, grossesse : le désir reste largement absent. « La question du plaisir n’apparait pas du tout », constate-t-elle. Les représentations diffusées par la pornographie, le cinéma ou les séries contribuent aussi à resserrer notre imaginaire sexuel : « On a une idée très resserrée de ce que devrait être la sexualité (…), les scripts sexuels sont toujours les mêmes, c’est pas très créatif, ni très intéressant. » Le problème n’est pas l’existence de ces modèles, mais le fait qu’ils deviennent une norme à suivre. À vouloir « entrer dans un moule qui ne nous correspond pas », on risque de s’éloigner de son propre désir.
Publié par
MICHEL AKRICH
Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde.
Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.
L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre.
Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche.
Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné.
Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.
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