kids sitting on green grass field

LNDT: @192. Peut-on offrir des amis à son enfant ?

Un podcast de Radio France de 3′

Aujourd’hui, Julien Bisson s’interroge sur les amis imaginaires et sur leur utilité pour les enfants.

Alors je laisse aux psys autour de cette table le soin de dire si les enfants qui ont des amis imaginaires sont en manque, ou pas, d’amis réels, mais cela me fait tout de même penser qu’il y a certainement un remède à trouver à la solitude. Quelque chose qui permette de combler l’absence, d’assurer la bonne camaraderie, d’occuper les récréations de vos bambins.

Je me suis souvenu qu’il y a quelques années, un site français proposait aux solitaires de leur louer des amis, pour une occasion spéciale ou pour passer le temps. Et du coup, puisque c’est encore Noël, et que c’est donc toujours la période des Fêtes et des cadeaux improbables, je me suis demandé : est-ce qu’on ne pourrait pas offrir des amis à ses enfants ? Des amis tout beaux, tout neufs, pas encore déballés, et prêts à marcher sans même qu’on ait besoin d’y mettre des piles ? Des amis qui seraient prêts à jouer à tout ce que vous voudrez, et parfois même à vous laisser gagner ? Un comme peu comme dans le film « Le Jouet« , mais en version 8 ans…. Ce serait bien, non ?

Vous savez, Julien, que les enfants ne sont pas des objets dont on peut disposer ?

Je sais, je sais, mais franchement, des fois je me dis que ce serait tellement plus simple. Ça éviterait d’avoir à jouer les managers de la carrière amicale de nos enfants, et à se démener corps et biens pour assurer son succès.

Prenez les anniversaires d’enfants. Je ne sais pas comment ça se passait chez vous, mais de mon côté, quand j’étais môme, un anniversaire de 7 ans, c’était un gâteau, trois paquets d’Haribo, et un jeu où il fallait aller croquer des bouts de pomme dans une bassine de farine. Bon, eh bien spoiler alert, maintenant ce n’est plus du tout ça. Tous les mois, c’est piñata chez Olivia, spectacle de magie chez Alexis, sortie chez Disney avec Zoé, et j’en passe… Du coup, quand arrive ton tour, tu regrettes qu’il ne soit pas né le 1er août et tu te dis qu’il faut assurer pour que ton enfant n’ait pas honte devant ses amis ! Tu as des idées de fous, tu n’en dors pas la nuit, tu en viens à envisager d’embaucher Ali Rebehi pour faire l’animation !

Et quand ce n’est pas les anniversaires, ce sont les soirées pyjamas, où il faut accepter de se faire réveiller à trois heures du matin par un gosse qui n’est pas le nôtre, certes, mais qui a quand même fait un cauchemar. Il y a les sorties au square pour surveiller la bande de gosses, où pendant qu’ils jouent à des sports aux règles pas vraiment homologuées par le comité olympique, vous, vous faites le pied de grue sur un banc dont le design a été manifestement pensé pour qu’on n’ait pas envie d’y rester trop longtemps. Et je ne parle pas des sorties scolaires, pour lesquelles vous avez posé un demi-jour de congé, tout ça pour vous retenir d’étranger son copain Basile, charmant garçon un peu trop vif qui a décidé qu’il était allergique aux passages cloutés !

Pourquoi est-ce qu’on s’impose autant d’efforts comme ça ?

Bon, déjà, parce qu’on les aime nos enfants, et qu’on a envie de leur faire plaisir. C’est la raison la plus simple et la plus évidente. Mais je crois qu’il se joue également autre chose de plus subtil, de plus inavoué, dans ces tentatives de démultiplication.

Les relations entre nos enfants et leurs amis sont des espaces singuliers, dont on sait finalement peu de choses, mais dont on pressent qu’il s’y joue quelque chose d’important. C’est un sas entre l’ancienne vie à la maison du tout-petit, et la future vie dans le monde extérieur du jeune adulte, un premier espace de socialisation qu’en tant que parent, on ne peut plus totalement maîtriser et que, par conséquent, on a tendance à surinvestir pour se rassurer sur le fait que notre enfant y est heureux. Est-ce qu’il a assez d’amis ? Est-ce qu’ils sont gentils avec lui ? Est-ce qu’ils ne le mettent pas sur le mauvais chemin ? Pour peu qu’on ait gardé quelques mauvais souvenirs de notre propre enfance, il n’en faut pas beaucoup pour être gagnés par l’angoisse, mais surtout par l’envie, le fantasme de pouvoir encore tout régenter. En oubliant peut-être de laisser respirer nos enfants, d’accepter justement ce que nous prenons pour une perte de contrôle, mais qui est pour eux une conquête d’autonomie.

Car finalement, que nos gosses aient des amis, y compris ceux qu’on n’aurait pas choisis pour eux, c’est peut-être la meilleure des preuves qu’ils n’ont plus rien d’enfants imaginaires…

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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