photo of an old woman

LNDT: @191. Mais à quoi voit-on que l’on a vieilli ?

Un podcast de Radio France de 3′

Tout juste sortie du Nouvel An, Gwénaëlle se retrouve déjà dans des abîmes de perplexité, autrement dit une année de parents de plus ! Une reflexion depuis son TGV, assise à côté d’un carré famille.

Disons que le Nouvel An étant, par principe, le moment où l’on se souhaite une Bonne année, c’est aussi en filigranes le moment où, de fait, on se souhaite à tous et à chacun… une année de plus. Et si, jusqu’à maintenant, cette idée ne m’atteignait pas trop, je dois avouer que cette année, cela m’a fait un coup. Et de fil en aiguille du seum, voilà que je me suis demandée… mais à quoi voit-on que l’on a vieilli ?

Quels sont les signes qui nous disent sans conteste que l’on est définitivement passé de l’autre côté de la barrière de corail ? Autant de questions auxquelles j’ai tenté de répondre depuis mon TGV, assise à côté d’un carré famille avec des petits de 2 ans et 4 ans…

Réflexion existentielle dans le TGV

Je pense qu’au top des signes qui te disent que tu as vieilli, c’est déjà le fait que dans le TGV, tu as très rapidement des envies de meurtre vis-à-vis de ces pauvres enfants du carré-famille d’à côté. Voilà, tu sens qu’il faut aller puiser loin dans tes souvenirs de jeune maman qui elle aussi a méga galéré dans le train sous l’œil haineux et revanchard d’anciens parents qui eux aussi avaient oublié qu’ils avaient un jour été parents de jeunes enfants intenables pour ne pas laisser paraître ton agacement et te forcer à lancer régulièrement le sourire aux lèvres, des petits « Ah ah ! ils sont drôlement mignons dites donc ! » C’est sûr, hein, à cet âge-là, ça a besoin de remuer et de crier bien sûr et de tousser en m’envoyant ses microbes, et de pleurer… Voilà, rien que là, PAF ! Plus 10 points sur ta ligne de vie !

Deuxième moment furtif où j’ai senti un bon gros coup de canif dans ma ligne de vie durant ces vacances : lorsque, à l’occasion d’un dîner avec des amis, ton pote te dit que « sa sœur va bientôt prendre sa retraite ». Là, tu balayes rapidement dans ta tête les métiers qui, pour de vrai ou dans ton imaginaire, prennent leur retraite à 40 piges ou à 52 – bref plus tôt – genre les militaires, les policiers, les contrôleurs aériens, les gardiens de prison, les égoutiers… Mais tu vois bien que rien de tout ça ne colle à la sœur en question et donc BAM, tu encaisses. Oui, tu as désormais des gens dans ton entourage qui sont concernés par les questions de retraite… Très gros coup.

Tout ça est naturel, c’est le temps qui fait son œuvre…

Oui enfin, à ce que je sache, il n’y a pas si longtemps que ça…

  1. Tu ne parlais pas d’enfants parce qu’aucun de tes potes n’en avait.
  2. S’est glissée une sorte de faille spatio-temporelle durant laquelle vous et vos potes, vous vous êtes moins vus, vu que tout le monde était défoncé de fatigue et puis que franchement, la période couche culotte diversification alimentaire n’est pas celle qui remplit le plus avantageusement les conversations.
  3. En un saut de puce, vous en êtes à vous demander si ce ne serait quand même pas bien que la grande prenne la pilule, car on n’est jamais trop prudent… Qu’est-ce que t’en penses, toi ?

Et là, en un flash, tu te revois le 31 décembre de l’an 2000 dans ta colloque de potes avec une soixantaine de personnes déguisées sur le thème « fin du monde » (rapport au fameux bug de l’an 2000 que l’on attendait tous avec un mélange d’angoisse et de frénésie) à tenter de réguler une soirée déjà partie pour être ingérable, et tu te dis : elle est où l’arnaque ? Toi, t’es persuadée d’être la même à l’intérieur (et même à l’extérieur !), capable de porter des mini-jupes à paillettes et des cheveux teints en bleu pour danser All the night sur Moby ou Barbie Girl… Alors qu’en fait non, tu as juste réussi à te froisser un muscle en jouant au bowling avec tes enfants. Et maintenant, c’est ta fille qui te demande si elle peut sortir faire le jour de l’an ailleurs… et si possible en mini-jupe à paillettes.

Cette année encore, chers parents, désolée de vous décevoir : aucun de nous ne pourra arrêter le temps. Mais les enfants ont un pouvoir magique : celui de nous aider à le suspendre, le temps d’un câlin, d’un « Je t’aime » ou de la lecture collé-serré d’une histoire. Alors profitons-en sans limites, avant que ça ne s’échappe pour de bon !

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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