Un podcast de Radio France de 3′
Tout juste sortie du Nouvel An, Gwénaëlle se retrouve déjà dans des abîmes de perplexité, autrement dit une année de parents de plus ! Une reflexion depuis son TGV, assise à côté d’un carré famille.
Disons que le Nouvel An étant, par principe, le moment où l’on se souhaite une Bonne année, c’est aussi en filigranes le moment où, de fait, on se souhaite à tous et à chacun… une année de plus. Et si, jusqu’à maintenant, cette idée ne m’atteignait pas trop, je dois avouer que cette année, cela m’a fait un coup. Et de fil en aiguille du seum, voilà que je me suis demandée… mais à quoi voit-on que l’on a vieilli ?
Quels sont les signes qui nous disent sans conteste que l’on est définitivement passé de l’autre côté de la barrière de corail ? Autant de questions auxquelles j’ai tenté de répondre depuis mon TGV, assise à côté d’un carré famille avec des petits de 2 ans et 4 ans…
Réflexion existentielle dans le TGV
Je pense qu’au top des signes qui te disent que tu as vieilli, c’est déjà le fait que dans le TGV, tu as très rapidement des envies de meurtre vis-à-vis de ces pauvres enfants du carré-famille d’à côté. Voilà, tu sens qu’il faut aller puiser loin dans tes souvenirs de jeune maman qui elle aussi a méga galéré dans le train sous l’œil haineux et revanchard d’anciens parents qui eux aussi avaient oublié qu’ils avaient un jour été parents de jeunes enfants intenables pour ne pas laisser paraître ton agacement et te forcer à lancer régulièrement le sourire aux lèvres, des petits « Ah ah ! ils sont drôlement mignons dites donc ! » C’est sûr, hein, à cet âge-là, ça a besoin de remuer et de crier bien sûr et de tousser en m’envoyant ses microbes, et de pleurer… Voilà, rien que là, PAF ! Plus 10 points sur ta ligne de vie !
Deuxième moment furtif où j’ai senti un bon gros coup de canif dans ma ligne de vie durant ces vacances : lorsque, à l’occasion d’un dîner avec des amis, ton pote te dit que « sa sœur va bientôt prendre sa retraite ». Là, tu balayes rapidement dans ta tête les métiers qui, pour de vrai ou dans ton imaginaire, prennent leur retraite à 40 piges ou à 52 – bref plus tôt – genre les militaires, les policiers, les contrôleurs aériens, les gardiens de prison, les égoutiers… Mais tu vois bien que rien de tout ça ne colle à la sœur en question et donc BAM, tu encaisses. Oui, tu as désormais des gens dans ton entourage qui sont concernés par les questions de retraite… Très gros coup.
Tout ça est naturel, c’est le temps qui fait son œuvre…
Oui enfin, à ce que je sache, il n’y a pas si longtemps que ça…
- Tu ne parlais pas d’enfants parce qu’aucun de tes potes n’en avait.
- S’est glissée une sorte de faille spatio-temporelle durant laquelle vous et vos potes, vous vous êtes moins vus, vu que tout le monde était défoncé de fatigue et puis que franchement, la période couche culotte diversification alimentaire n’est pas celle qui remplit le plus avantageusement les conversations.
- En un saut de puce, vous en êtes à vous demander si ce ne serait quand même pas bien que la grande prenne la pilule, car on n’est jamais trop prudent… Qu’est-ce que t’en penses, toi ?
Et là, en un flash, tu te revois le 31 décembre de l’an 2000 dans ta colloque de potes avec une soixantaine de personnes déguisées sur le thème « fin du monde » (rapport au fameux bug de l’an 2000 que l’on attendait tous avec un mélange d’angoisse et de frénésie) à tenter de réguler une soirée déjà partie pour être ingérable, et tu te dis : elle est où l’arnaque ? Toi, t’es persuadée d’être la même à l’intérieur (et même à l’extérieur !), capable de porter des mini-jupes à paillettes et des cheveux teints en bleu pour danser All the night sur Moby ou Barbie Girl… Alors qu’en fait non, tu as juste réussi à te froisser un muscle en jouant au bowling avec tes enfants. Et maintenant, c’est ta fille qui te demande si elle peut sortir faire le jour de l’an ailleurs… et si possible en mini-jupe à paillettes.
Cette année encore, chers parents, désolée de vous décevoir : aucun de nous ne pourra arrêter le temps. Mais les enfants ont un pouvoir magique : celui de nous aider à le suspendre, le temps d’un câlin, d’un « Je t’aime » ou de la lecture collé-serré d’une histoire. Alors profitons-en sans limites, avant que ça ne s’échappe pour de bon !
