child hugging mother from behind

LNDT: @193. La relation mère-fils

Un podcast de Radio France de 5′

Mon cher Julien, que vous inspire notre thématique du jour ?

Beaucoup de choses, comme toujours, au point de me demander d’ailleurs par où commencer. J’ai été un temps tenté de vous parler de ma propre expérience de la relation mère-fils, dans le rôle du fils donc, de vous parler de la façon dont celle-ci influe sur nos destinées et façonne nos futures relations sentimentales, mais je me suis dit que ce serait bizarre de faire cela en présence d’une psychanalyste et d’une thérapeute familiale, j’aurais eu l’impression de leur devoir un peu d’argent en sortant du studio !

Donc non, pour une fois, je ne vous parlerai pas de moi, ça nous fera des vacances à tous. Je ne vous parlerai pas non plus de mon fils, qui a une relation à sa mère totalement saine, enfin saine, du moins depuis que j’ai brisé tout net son élan quand, à l’âge de 4 ans, il avait débarqué en affirmant tout de go : « à partir de maintenant, je vais dormir avec maman, et toi papa, tu vas dormir dans mon lit. » Que nenni, retourne vite fait dans ta chambre, petit Œdipe ! Depuis, cela va mieux, il a même dit ce week-end qu’il préférait son papa – ce qui n’a pas de sens, hein, l’amour parental n’est pas une compétition, quand bien même je serais en train de la gagner…

Il faut dire que de ce point de vue, on part de loin quand on est père. Depuis la grossesse jusqu’aux premiers mois d’allaitement, vous avez une place assez réduite dans le triangle de la parentalité. En caricaturant, on peut se sentir dans les débuts comme une sorte de gros animal domestique au sein du foyer familial, une créature poilue, câline et bienveillante, mais tout de même assez accessoire vis-à-vis de la relation qui unit la mère à son enfant, fille ou garçon.

Comment trouver sa place alors au milieu de cette relation ?

Eh bien c’est une question qui me paraît importante parce qu’elle dit quelque chose, je crois, de la conception profonde qu’on a de son rôle paternel. Est-ce qu’on s’impose en se démarquant de la mère, ou est-ce qu’on s’inscrit dans son sillage ? Dans son autobiographie Les Mots, Jean-Paul Sartre estime que « n’ayant pas eu de père, il avait toutes libertés », comme si cette absence avait été une chance, comme si le père devait nécessairement être celui qui portait les interdits, les frustrations, celui qui devait briser la relation d’amour entre mère et fils pour lui permettre d’entrer dans le monde. Et j’imagine qu’en effet, cela a dû être le modèle dominant pendant des siècles, avec un pater familias à la fois absent et tout-puissant, et qui laissait à la mère l’exclusivité de la dimension aimante et affectueuse.

Mais alors qu’est-ce qui change dans une société qui aspire à l’égalité homme-femme ? Est-ce que cela signifie que les pères sont appelés à devenir des mères comme les autres, et inversement ? Autrement dit, peut-on penser les relations entre parent et enfant en-dehors d’un cadre sexué ?

A cette question, mon premier mouvement serait de répondre oui, naturellement oui. L’exemple des couples de parents homosexuels montre bien qu’il est possible de construire ces relations hors du schéma traditionnel, tout comme la hausse des gardes alternées après séparation chamboule la division des rôles. Les mères ne sont plus cantonnées à la dimension câline et sécurisante du cocon domestique. Les pères peuvent s’épanouir dans une relation aimante et confiante, sans forcément devoir incarner avec froideur l’ordre et la loi.

Mais est-ce que cela signifie pour autant qu’il y a confusion possible entre père et mère ?

Non, c’est sans doute plus compliqué que cela. Le schéma traditionnel est vieux de milliers d’années, on ne va pas tout réinventer en quelques décennies. Je suis frappé d’ailleurs par la façon dont cette division père/mère s’incarne dans les choses les plus anodines. La littérature scientifique montre, par exemple, qu’en général les pères et les mères ne changent pas leurs enfants de la même façon – les premiers en profitent pour travailler la motricité quand les secondes chantonnent. Ils ne mettent pas l’accent sur les mêmes personnages quand ils lisent des contes. Ils ne jouent pas non plus pareil avec leur progéniture – les pères laissent moins volontiers leurs garçons gagner que leur mère notamment.

Ce faisant, on répète sans le savoir des comportements anciens, qui amènent à différencier les rôles parentaux. Je vois bien comment chez moi, malgré tous nos discours égalitaires, mon fils sait qu’il vaut mieux se plaindre à sa mère s’il a mal quelque part, mais que c’est avec moi qu’il ira plus volontiers faire du foot au square. Est-ce que c’est bien ou mal ? Est-ce qu’il est important de conserver des figures différentes et complémentaires ? Je laisse aux psys autour de cette table le soin de répondre. Et je conseille à tous les autres de voir ou revoir « Kramer contre Kramer », qui va bientôt fêter ses 45 ans et reste l’un des films les plus justes sur le renversement des assignations paternelle et maternelle.

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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