Un podcast de Radio France de 60′
Par le verbe, la chair et le souffle, Beverly, Christian, Jean-Pierre et Arno expriment la façon dont le lien de soumission se noue, à quoi il engage ceux qui s’y destinent, et comment ce désir évolue au fil des années. Une Expérience proposée par Léa Racine.
Une « Expérience* »* signée Léa Racine, réalisée par Angélique Tibau
Dans l’érotisme de la contrainte, le désir se teinte de crainte légère, accepte l’inconfort, l’incertitude et la retenue, amplifiant la saveur du réconfort, du soulagement, de l’abandon. On ne s’y soumet pas pour la douleur, mais la capacité à endurer cette douleur fait partie de ce que l’on peut offrir à l’être aimé.
Beverly a prêté serment d’allégeance, offrant à son épouse « sa liberté et un support matériel, intellectuel et corporel« . Christian porte les initiales de sa Souveraine marquées dans sa chair et définit cette relation comme relevant de l’ »amour courtois : une façon de lui appartenir sans être un esclave. » Jean-Pierre recherche « la ligne de crête« , la possibilité de dépasser ses limites psychiques et physiques pour honorer sa femme.
Pour chacun d’eux, l’engagement dans une relation de soumission semble s’être posé comme une évidence, si ce n’est une nécessité. Aller vers la plus grande exigence vis-à-vis de soi-même pour satisfaire aux attentes de l’être aimé, transcender le sentiment d’une banalité de soi par l’expérience d’une soumission porteuse d’élévation ; cela « donne la paix« , au prix d’efforts consentis : « il suffit d’obéir« .
Dans sa pièce Cuir, le performer Arno Ferrera et son partenaire Gilles Polet sont parés d’un harnais de cuir fabriqué sur le modèle de ceux destinés aux chevaux de trait. Ces deux hommes se manipulent, se bousculent, se soulèvent, luttent ensemble et l’un contre l’autre.
La contrainte corporelle tout comme la douceur et l’écoute, le harnachement équin faisant écho aux cuirs et parures utilisés comme accessoires de jeu dans les milieux sadomasochistes en ce qu’ils contraignent et subliment le corps ; la matière sonore générée par leur duo est un récit en contrepoint, dont les sons viennent enserrer la parole des trois personnages.
Pour en savoir plus
- La compagnie Un loup pour l’homme, à travers sa pratique des portés acrobatiques, s’attache à défendre une vision de l’humanité
- Cuir, une proposition artistique d’Arno Ferrera, dans un corps à corps puissant, deux hommes harnachés jouent à manipuler le corps de l’autre. Entre traction et attraction, ils ne visent pas le pouvoir sur l’autre, mais plutôt le pouvoir avec l’autre.
- Travail artistique d’Arno Ferrera
