Un podcast de Radio France de 51′
À quoi sert le mensonge dans le couple ? Faut-il tout se dire, sur tout, tout le temps ?
Pourquoi ment-on dans le couple ? Qu’est-ce qui pousse à ne pas dire la vérité, même quand ce n’est pas grave ?
Les raisons sont nombreuses de mentir, par omission, pour éviter un conflit, une émotion désagréable, pour obtenir quelque chose, pour se protéger ou encore pour cacher un acte que l’on n’assume pas.
La franchise, la transparence sont-elles vraiment le ciment du couple ? À partir de quel moment les mensonges répétés corrodent-ils la relation amoureuse ? Quels sont les mensonges acceptables et ceux qui sapent la conjugalité ? Et puis faut-il mentir sur la qualité des relations sexuelles dans le couple, avec la question de la simulation de la jouissance ?
Éléments de réponse avec nos expertes. Et vous, vous êtes-vous plutôt adepte de la transparence absolue ou des petits mensonges au sein de votre duo amoureux ?
Le mensonge est omniprésent
Le nuancier du mensonge dans le couple est très large, de la petite cachotterie, sans conséquence à priori, à la grande trahison, en passant par le mensonge par omission pour ne pas blesser l’autre. Cela va des mensonges les plus futiles aux plus toxiques.
Cécilia Commo, psychanalyste, sexologue et thérapeute de couple, va se charger dans l’émission de défendre le mensonge, et de lui trouver des vertus. Elle pense que le mensonge est quand même omniprésent dans les relations de couple, à l’insu du plein gré des membres, c’est-à-dire que les gens s’en défendent beaucoup, mais pour elle, s’ils pouvaient noter toutes leurs interactions de la journée, ils se rendraient compte qu’ils ne sont pas dans une parfaite franchise et une absolue vérité.
La vérité est parfois difficile à dire et le mensonge peut aussi être la solution de facilité. Il faut en tout cas distinguer les mensonges par omission, les falsifications, les gros mensonges, l’infidélité ou le petit mensonge sur ce que l’on a mangé.
Pour quelles raisons ment-on dans un couple ?
Certains mensonges ont pour finalité de se protéger soi, quand d’autres ont pour finalité de protéger l’autre. Camille Rochet, psychologue, pense qu’il y a quand même une question importante à se poser sur l’intention : qu’est-ce que je cherche à éviter ou qu’est-ce que je cherche à ne pas faire à partir du moment où je mens ? Regarder le mensonge comme un symptôme, c’est aussi regarder ce qui se joue dans le nous du couple, dans la relation. Quelques explications :
– Protéger la sensibilité, voir la susceptibilité de l’autre
On appelle ça les mensonges blancs. Cela ne veut pas dire que ça ne s’interroge pas, parce que cela peut quand même être un frein de devoir filtrer en permanence ce qu’on dit pour protéger quelqu’un dans sa sensibilité ou sa susceptibilité. Cela peut empêcher les informations de circuler. La grande majorité des mensonges serait quand même pour éviter un conflit ou une conversation difficile.
– quand on est égoïste
C’est un des vrais motifs de mensonge dans le couple, de cacher le fait qu’on n’a pas pensé à l’autre. Par exemple, on a fini la mousse au chocolat qui était dans le frigo mais on ne le dit pas.
– cacher des côtés honteux de soi-même ou un secret
Cela peut être pour préserver un secret, quelque chose qui nous appartient dans notre vie d’avant par exemple et qu’on n’est pas obligé de révéler.
– Une volonté de contrôle
Cela peut rassurer d’avoir ce contrôle-là quand au contraire parfois on demande à l’autre une grande transparence.
Les mensonges, le signe d’un problème ?
Pour Cécilia Commo, il y a un côté très ordinaire finalement au mensonge qui est omniprésent et qui ne signe pas forcément des relations déséquilibrées ou dysfonctionnelles, mais des relations qui fonctionnent de manière tout à fait normale. Elle ajoute que le mensonge est jugé car répréhensible d’un point de vue moral. Elle cite des études selon lesquelles on mentirait au moins une fois par jour, et cela peut aller jusqu’à 40 ou 50 fois, sans même parfois que l’on s’en rende compte.
Pour Camille Rochet, psychologue, cela peut tout de même être un problème, comme elle l’explique : « J’en viendrai quand même au fait que la solution de dissimuler n’est quand même pas une solution. On ne règle pas le problème, on évite un problème. Ces couples qui s’habituent à ça en arrivent à des relations vraiment de soumission et domination. En ne disant pas les choses, j’évite que tu me domines, mais en fait en ne disant pas les choses, je te laisse aussi continuer et penser que tu as le pouvoir sur la relation. Donc il y a une espèce de jeu de pouvoir. »
En cas d’infidélité
Cécilia Commo nous indique qu’il faut réfléchir à la raison pour laquelle on parlerait d’une infidélité : « La première question que je pose souvent aux gens, c’est le motif. Pourquoi ils le diraient ? Parce que quand on le dit, c’est qu’on cherche quelque chose. On cherche à débloquer quelque chose, on cherche à révéler quelque chose. Ça peut être très intéressant, mais il faut qu’il y ait un motif qui ouvre sur des possibilités. Or, finalement, souvent, c’est pour se soulager, c’est par culpabilité, ce n’est pas pour construire autre chose à côté. Donc ça, c’est la première question, d’informer et de demander aux gens de s’interroger, de prendre le temps avant d’aller parler de ça et de détruire la personne en face. Il faut que ça produise quelque chose de positif. Et s’ils ne sont pas certains des motivations qu’il y a derrière, qu’ils prennent un petit peu plus de temps pour y réfléchir. »
Pour Camille Rocher, mieux vaut ne pas mentir mais ne pas rentrer dans les détails non plus : « Je vois tellement de gens qui vont dans des hôpitaux psychiatriques, des personnes qui sont rentrées dans des maladies mentales parce qu’on leur avait trop menti. C’est un extrême, certes, mais attention, quand je dis moi-même que ‘je modifie un peu notre contrat de base, je ne te le dis pas parce que les conséquences pourraient être importantes. Je te prive de ta liberté’, et à partir du moment où l’autre le découvrir, on l’a privé de sa liberté. Et d’ailleurs, c’est ce qui est dit, ce que j’entends, au quotidien dans mon cabinet. ‘Au-delà de l’infidélité, le pire c’est ton mensonge, de me dire que tu m’as fait croire que t’étais un week-end en séminaire, etc. En fait pas du tout.’ Il faut que l’esprit se refasse tout un scénario qu’on n’avait absolument pas envisagé. ‘Tu m’as privé d’une période de ma vie en fait.’ Et les conséquences sont hyper lourdes. Alors oui, ne pas tout dire non plus, évidemment. »
-> Pour en savoir plus, écoutez l’émission…
Les invitées
Camille Rochet : psychologue, diplômée de l’École de Psychologues Praticiens de Paris. En parallèle de ces activités, Camille tient depuis 2011 le blog « Anoustous », qui traite au jour le jour de tous les sujets qui peuvent aider le couple, la famille et l’individu, dans l’optique de permettre une approche simple de la psychologie. Livre : Les 5 croyances qui empêchent d’être heureux en coupl e – Larousse 2022
Cécilia Commo : psychanalyste, sexologue et thérapeute de couple. Elle assure la prise en charge des couples et des adultes qui rencontrent des difficultés dans leur vie personnelle, leur vie sentimentale et/ou sexuelle dans son cabinet à Paris*. Son site,* sa chaîne Youtube. Livre : Le couple parfait n’existe pas , Éloge de l’imperfection amoureuse – Flammarion 2022
Cécile Gueret : psychopraticienne en gestalt-thérapie à Tours. Elle est également journaliste spécialisée en psychologie et animatrice des interviews « Rencontres Auteur » Cairn.Info. Livre : Aimer, c’est prendre le risque de la surprise. Éloge de l’inattendu dans la rencontre amoureuse – Albin Michel 2020
Gwenaëlle Boulet : “Ma vie de parent”
