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LNDT: @341. Comment votre cerveau simule le monde – Épisode 2/6

Un podcast de 10′ de Radio France

Votre cerveau est capable de prédire ce qui vous entoure. Il simule, en quelque sorte, votre monde. Pourquoi, dans la dépression, cette simulation dysfonctionne ? Comment expliquer que vous ayez une perception biaisée du monde, accentuée avec la dépression ?

Avec

  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

Vous ne percevez pas le monde tel qu’il est réellement, mais vous en avez plutôt une vision déformée, filtrée par ce que vous vous attendez à percevoir. Vous percevez même parfois des choses qui n’existent pas, ou vous restez aveugles face à des choses qui existent, sans vous en rendre compte.

Cette manière de prédire ou de percevoir le monde qui vous entoure est au cœur du fonctionnement même de votre cerveau. Avec la dépression, cette déformation de votre perception s’accroît.

Croyances et représentations façonnent votre perception du monde

Votre perception et vos décisions sont constamment influencées par vos croyances, c’est-à-dire les représentations internes que vous avez à propos du monde qui vous entoure.

Ces croyances sont utilisées pour générer des prédictions à propos des entrées sensorielles, qui, pour votre cerveau, sont comme des hypothèses qui lui parviennent : à tout moment, une partie de vos neurones s’échine à prédire les informations visuelles, auditives, tactiles, gustatives, olfactives que vous éprouvez.

Si vous avez des croyances très fortes à propos d’un phénomène, vous pouvez le percevoir alors même qu’il ne s’est jamais produit : c’est ce mécanisme qui est à la base de l’hallucination.

Si vous croyez que votre tasse de café est chaude, vous sentirez une étrange sensation de chaleur sur votre main lorsque vous la saisirez, alors même qu’elle est glacée.

Si vous passez chaque jour devant une boulangerie d’où s’échappe un délicieux parfum de pain chaud, votre cerveau encode la probabilité que ces signaux odorifères soient transmis au bulbe olfactif à chaque fois que vous passerez devant cette boulangerie.

Une incidence sur vos actions, vos comportements

Ces prédictions cérébrales permettent également à votre cerveau de simuler le résultat de vos actions : votre cerveau encode une forme de matrice, comme une simulation du monde. Cette matrice est couplée avec l’activité de vos muscles et calcule ainsi à tout moment les conséquences de vos mouvements : par exemple, la sensation de chaleur qui vous caressera la main lorsque vous saisissez votre tasse de café fumante ou si vous vous approchez d’un feu de cheminée crépitant au cœur de l’hiver. Votre cerveau s’adapte à vos sens et agit en conséquence.

Cette activité motrice fait d’ailleurs pleinement partie de la perception. Vous jugerez différemment la structure tridimensionnelle d’un objet ou la profondeur d’une surface selon que vous vous déplacez ou que vous restez immobile.

Une perception communément déformée

Alors que vous allez passer devant la boulangerie d’où s’échappe habituellement une bonne odeur de pain chaud, un jour, quand vous passez devant, vous constatez que la boulangerie est fermée. Pourtant, vous venez de humer avec plaisir cet appétissant parfum de pain chaud en passant dans la rue. Votre cerveau a opéré une prédiction olfactive qui a biaisé votre perception : aucune odeur ne s’échappe de l’échoppe puisqu’elle est fermée. Mais votre matrice cérébrale a généré une sensation olfactive, sous la forme d’une hallucination sensorielle.

Ces biais sensoriels sont loin d’être des cas isolés, car en réalité, votre perception est continuellement envahie par ce conflit entre les prédictions cérébrales et la réalité.

Ce que vous observez ne constitue qu’une image déformée, approximativement fidèle, de la structure matérielle réelle de votre environnement. Ainsi, vous percevez les choses de manière différente de votre voisin. Mais ce n’est pas parce que la réalité ne correspond pas exactement à ce que l’on ressent qu’elle n’existe pas.

Avec la dépression, cette perception est encore plus déformée

Quotidiennement, vous êtes capable d’ajuster vos croyances en fonction de vos expériences sensorielles. Lorsqu’il existe une différence entre vos prédictions et vos perceptions, votre cerveau génère un message électrique appelé erreur de prédiction, qui met à jour vos croyances. Votre cerveau doit aussi déterminer la fiabilité des informations afin d’éviter de changer vos croyances de manière intempestive. Il calibre régulièrement cette mise à jour en fonction d’une estimation probabiliste de la précision de son environnement.

On sait aujourd’hui que la dépression, comme un grand nombre de troubles psychiatriques, est potentiellement liée à des troubles de la prédiction et de la précision. Plusieurs travaux ont en effet montré que les patients déprimés présentent une tendance à interpréter négativement les stimuli ambigus, à se souvenir préférentiellement des informations négatives, ou encore à porter plus d’attention aux signaux aversifs. Ces biais négatifs se retrouvent dans la perception des émotions faciales, des pensées en référence à soi, ou encore dans le traitement sémantique des échanges verbaux ou de la lecture : par exemple, le sourire radieux de la personne que vous venez de rencontrer pourra être perçu comme un signe de moquerie, le compliment sympathique d’un voisin comme une marque de dédain. C’est un peu comme si les erreurs de prédiction positives étaient “écrasées” par la précision des croyances négatives, enfermant l’esprit dans un cycle d’auto-renforcement.

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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