Un podcast de Radio France (52′)
Tous les parents ont connu ou connaissent ce moment où soudain, leur enfant les regarde comme la personne la plus embarrassante du monde. Avant nous étions leurs héros, mais soudain rien ne va plus. Pourquoi ce regard ? Comment l’aborder ?
« Maman, arrête, tu me fous la honte. » « Papa, pourquoi tu as raconté cette anecdote devant mes copains ? » Les enfants ont grandi et on ne peut plus danser devant eux, rire trop fort à côté d’eux, c’est tout juste si on ne respire pas trop bruyamment à leur goût. Pour eux c’est la « gênance », voire on leurs parents sont « cringe ». Bref les perits sont devenus des ados.
Alors pourquoi nos adolescents ont-ils parfois honte d’eux, ou de nous ? Est-ce vraiment de la honte ? Est-ce du rejet ? Ou tout simplement sont-ils en train de grandir ?
Qu’est-ce la honte ?
Serge Tisseorn est psychiatre et psychologue, auteur de La honte : psychanalyse d’un lien social. Il commence par un fait : quand on pense à la honte, on sous-entend souvent la nôtre, moins celle qu’on peut aussi procurer. La honte est une émotion qui peut être ressentie sur le plan individuel, également sur le plan collectif. Le psychiatre explique qu’une image très populaire de la honte tient à celle d’être nu, comme Adam et Eve au paradis.
« Et être nu, c’est quoi, au-delà de l’histoire de la Bible, c’est se sentir vulnérable, se sentir soumis aux attaques possibles des autres sans pouvoir se défendre. Alors là on comprend les deux réactions dont on va parler par rapport aux ados, soit le repli sur soi, on se sporule pour se protéger, on fait la boule, ou alors on agresse autrui. Et parmi ces agressions, il y a le fait de faire honte à autrui pour se protéger de la honte qu’on peut éprouver soi-même.«
La honte, une patate chaude
Ainsi les ados agressent leurs parents en réponse à la honte que les parents ou des camarades peuvent leur procurer, chacun se refile la patate chaude en somme, « c’est un grand mélange de honte« . Savoir cela est une chose importante pour avancer, explique le psychiatre, car « quand on comprend mieux que nos enfants peuvent nous faire honte parce qu’ils ont honte de certaines choses que d’autres leur font, que des camarades d’enfants, ou qu’on leur fait soi-même, on est plus tolérants à ce qu’on peut éprouver avec eux.«
De l’admiration à la gênance
Pourquoi nos bouts de choux deviennent-ils ces créatures qui n’ont plus envie de passer du temps dans nos bras ou même à côté de nous ? Solveig Foucher est enseignante, autrice de Pourquoi votre ado vous déteste parfois ?. Elle explique que l’enfant qui grandit et devient ado va avoir besoin, non plus de fusion, mais, au contraire, de différenciation avec « une volonté de se construire en dehors de son parent« . Face à cela, les parents ne doivent pas réagir en miroir, plus simple à dire qu’à faire, mais il faut bien comprendre que tout cela n’a rien de personnel. « C’est-à-dire que face à ce qu’on va prendre pour une attaque personnelle, on ne va surtout pas devoir répondre par l’attaque, mais par un cadre très stable, ancré, et même par de la bienveillance.«
La suite sur la psychologie des ados, incluant des conseils pour l’appréhender, à l’écoute de cette émission…
