Un podcast de Radio France de 53′
En cette semaine de la francophonie, un anglicisme que vous serez sans doute nombreux à découvrir, mais que vos enfants ou petits-enfants connaissent peut-être : le crush.
Difficile à traduire en bon français : ni flirt, ni coup de foudre, ni béguin. Le crush exprime une attirance secrète, un désir pour quelqu’un, ce sentiment qu’une personne nous plaît. Un nouveau langage amoureux chez les jeunes.
Le crush est-il réservé à une classe d’âge ? Peut-on éprouver un crush, à 40 ans, 60 ou 80 ans ? Le crush est-il si nouveau que ça ?
Un rapport plus déconstruit à l’attirance amoureuse
Le terme est aujourd’hui très répandu et révèle, quand on le décrypte, que la manière de formuler la perception des rapports amoureux a fondamentalement changé d’une époque à une autre, et que l’attirance prend un tout autre sens dans la tête des plus jeunes. Le phénomène du crush révèle combien l’imaginaire de l’amour est sans cesse en train d’évoluer d’une génération à une autre, au gré des changements de sociétés. Si on n’invente rien d’un point de vue émotionnel et sentimental, c’est un terme qui traduit l’évolution des sentiments amoureux, des façons d’être ensemble, de vivre l’amour, l’attirance, le désir amoureux du point de vue des plus jeunes.
Dans l’édition 2024 du Petit Robert de la langue française, le crush se définit comme un coup de cœur ressenti pour une personne en particulier, le terme sert également à qualifier la personne qui fait l’objet même de cette attirance. S’il peut se rapporter émotionnellement et sentimentalement de manière presque synonyme au « béguin », « au flirt », « au coup de foudre », ou « au coup de cœur », notamment dans la manière d’éprouver une attirance amoureuse pour une personne, la perception et l’utilisation du terme, elles, n’ont précisément plus rien à voir, explique la sociologue Christine Détrez. C’est un mot qui fait avant tout référence à son époque, à la génération actuelle qui l’emploie, au rapport direct que la nouvelle génération entretient avec l’attirance amoureuse en général : « Pour les plus jeunes aujourd’hui, s’il s’agit d’exprimer un état d’attirance, celui-ci ne sous-entend plus directement et automatiquement un côté charnel qu’on pouvait autrefois systématiquement associé au béguin. Le crush est un concept beaucoup plus relatif, nuancé et déconstruit chez les plus jeunes que les emplois du passé. Il formule une étape qui se situe bien en amont, avant que quelque chose qui concrétise. Le but n’est pas de sortir avec la personne, c’est vraiment une sensation individuelle, beaucoup plus finalement qu’un sentiment ou qu’une étape conjugale. »