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LNDT: @344. Comment les antidépresseurs corrigent vos biais cognitifs – Épisode 5/6

Un podcast de 10′ de Radio France

Il existe de nombreux mythes sur les antidépresseurs, des représentations faussées, excessivement optimistes ou anxiogènes. Comment ces molécules agissent-elles sur le cerveau déprimé et transforment-elles la perception noire du monde ?

Avec

  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

La dépression est une lutte sans merci. L’utilisation d’un antidépresseur est parfois nécessaire.

En pharmacologie, l’antidépresseur désigne un ensemble assez divers de molécules qui n’ont pas les mêmes modalités d’action, les mêmes effets thérapeutiques ou les mêmes effets indésirables. Ce nom générique complexifie un peu les choses, car on retrouve des molécules qui peuvent avoir des effets radicalement différents, qui peuvent favoriser l’appétit et au contraire le réduire, favoriser l’endormissement ou donner un sentiment accru d’énergie.

Un objectif commun : cibler les monoamines, des neuromodulateurs

De manière générale, il s’agit de molécules qui ciblent ce que l’on appelle les monoamines, parmi lesquelles on retrouve par exemple la sérotonine, la noradrénaline ou la dopamine. Ces monoamines sont appelées des neurotransmetteurs, car elles transmettent de l’information au travers de la fente synaptique (un espace microscopique d’environ 25 nanomètres qui sépare vos neurones). Lorsqu’un neurotransmetteur se fixe sur les récepteurs d’un neurone, il transmet un message électrique qui peut être à son tour transmis à un autre neurone. Un peu comme une course de relais. Il y a plus d’une vingtaine de types de synapses différentes, chacune transmettant des messages spécifiques et qui sont impliqués différemment dans cette activité cérébrale.

Les effets des antidépresseurs

Bien que l’on connaisse de mieux en mieux leurs effets chimiques, on sait encore très peu de choses sur les effets cognitifs des antidépresseurs. Si vous commencez un traitement antidépresseur, vous pourrez observer des premiers effets après 3 à 4 semaines de traitement et la plupart du temps, vous vous sentirez mieux après un délai plutôt de 4 à 6 semaines.

Pourtant, contrairement à ce que l’on croit souvent, ces traitements antidépresseurs ne mettent pas un mois pour agir. Pas toujours clairement de façon perceptible, ces molécules vont modifier la perception du monde, la cinétique de vos mouvements ou encore votre réactivité émotionnelle.

Plusieurs études ont ainsi montré que des changements très précoces avant tout effet sur l’humeur pouvaient toucher la reconnaissance des émotions faciales, l’apprentissage de nouvelles informations ou la mise à jour de vos croyances. Ces effets précoces et silencieux des traitements antidépresseurs sont aujourd’hui au cœur de la recherche en neurosciences cognitives, car ils pourraient permettre de détecter l’efficacité d’un traitement bien avant le ressenti subjectif d’une amélioration de la dépression.

On sait que deux tiers des patients ne répondent pas à un premier traitement antidépresseur et qu’environ un tiers sont résistants à plusieurs stratégies de traitement antidépresseur.

Une modification de la perception

Sous l’impulsion d’une équipe de l’université d’Oxford dirigée par Catherine Harmer, un champ théorique nouveau s’est développé pour essayer de comprendre les effets de ces antidépresseurs. Cette équipe a montré que les traitements antidépresseurs modifient la perception des informations positives et négatives. Ils viennent corriger les biais en faveur du négatif retrouvé dans la dépression. Ils montrent notamment que les traitements antidépresseurs influencent la reconnaissance des émotions sur les visages – par exemple la capacité à reconnaître la joie ou la peur – à interpréter une émotion faciale ambiguë. Lorsque vous prenez un antidépresseur, vous aurez plus de facilité à reconnaître les sourires, les émotions positives sur le visage des gens que vous allez croiser dans la rue. Vous allez aussi avoir plus de difficultés à reconnaître les émotions négatives, les émotions de colère, les émotions de peur. Et vous allez avoir un rappel plus facilité de vos souvenirs positifs, agréables, du passé.

Ces résultats sont fascinants. Premièrement, ils inscrivent les effets des antidépresseurs dans la cognition plutôt que de les limiter à une simple mécanique biologique. Ensuite, ils montrent que ces effets apparaissent bien avant l’amélioration subjective et objective de l’humeur.

Une motricité retrouvée

Dans la dépression, le mouvement ralentit, la parole devient très rare. L’immobilité gagne progressivement le corps. Après une semaine d’un traitement antidépresseur, on peut observer une levée de cette inhibition motrice, un peu comme si les mouvements avaient retrouvé leur amplitude, leur cinétique, que les muscles se réveillaient et que le tonus revenait. Cet effet précoce de la motricité a d’ailleurs fait dire au sociologue Alain Ehrenberg que les antidépresseurs sont des régulateurs de l’action ou que certaines molécules dépressives n’étaient pas des pilules du bonheur, mais plutôt des pilules de l’initiative.

Cette levée d’inhibition est aussi tristement célèbre en psychiatrie, parce qu’elle peut favoriser transitoirement le risque de suicide. Si vous avez un désir de mort qui est très puissant, mais que vous n’avez plus aucune volonté, vous aurez beaucoup de difficulté finalement à mettre en actes votre pensée. La levée de l’inhibition motrice peut ainsi produire cet effet paradoxal de renforcer pour le sujet la possibilité de se donner la mort en libérant son corps des liens qui l’entravaient.

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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