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LNDT: @345. Comment les psychédéliques modifient le cerveau – Épisode 6/6

Un podcast de 10′ de Radio France

Dans les traitements pour lutter contre la dépression, les molécules psychédéliques et apparentées commencent à revenir en médecine. Quels effets produisent-elles sur le cerveau ?

Avec

  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

Longtemps diabolisées, les molécules psychédéliques bénéficient, depuis quelques années, d’un regain d’intérêt pour soigner les dépressions sévères et résistantes aux traitements antidépresseurs. Après une période de prohibition à partir des années 1970, la possibilité d’une utilisation médicale, commence à s’ouvrir, même si de nombreuses précautions s’imposent pour réglementer et encadrer leur utilisation.

Effets immédiats et action rapide

Contrairement aux traitements antidépresseurs classiques, ces molécules psychédéliques ont des effets antidépresseurs dits “d’action rapide”, car ils peuvent apparaître quelques heures à quelques jours après l’administration.

Elles ont par ailleurs la particularité d’induire des états modifiés de conscience, associés à des sensations de sortie du corps, de connexion avec l’environnement. Les signaux sensoriels sont amplifiés : des souvenirs refont surface, des odeurs ressurgissent, de nouvelles sensations liées au toucher se manifestent, un sentiment de plénitude se dessine, des altérations transitoires de votre perception sont observées… cette amplification des sens est caractéristique de l’expérience psychédélique. Certains effets sont même parfois vécus comme des expériences presque mystiques.

Pour des dépressions résistantes aux traitements : psilocybine et kétamine

Parmi ces molécules, la plus célèbre est la psilocybine, un alcaloïde naturel issu des champignons Psilocybes, espèce endémique qu’on retrouve dans la plupart des régions du monde. Ces champignons sont d’ailleurs tellement répandus sur la planète qu’ils ont été utilisés à visée rituelle ou médicinale dans de nombreuses cultures.

La psilocybine est revenue en médecine au début des années 2000 sous l’impulsion d’un psychiatre Roland Griffith de l’université Johns Hopkins. Ce psychiatre est un fervent défenseur d’une approche intégrative et il consacre une grande partie de sa carrière à soulager la souffrance psychologique des patients souffrant de cancer en phase terminale. Ce psychiatre réalise une première étude qui montre qu’une dose unique de psylocybine est associée à une psychothérapie de soutien, réduit significativement l’anxiété et les symptômes de dépression chez les patients qui souffrent de symptômes anxieux ou dépressifs en fin de vie.

En France, depuis une dizaine d’années, la kétamine est aussi utilisée contre la dépression résistante. Cette molécule, qu’on dit anesthésique, est utilisée chaque jour par les anesthésistes et par les urgentistes, notamment pour sa capacité à induire rapidement un état de conscience altéré. Contrairement aux antidépresseurs conventionnels, ces molécules psychédéliques vont en fait entraîner des altérations transitoires de votre perception.

La kétamine entraîne par exemple plutôt des effets dissociatifs, une déréalisation, un sentiment d’irréalité du monde et une dépersonnalisation, c’est-à-dire à un sentiment d’irréalité du corps lorsqu’elle est intense. Les patients souffrant de dépression résistante, qui avaient souvent des croyances négatives depuis de nombreuses années, verbalisent très souvent la perception d’un changement de perspective, comme si leur point de vue avait été modifié, qu’ils bénéficiaient d’une plus grande ouverture mentale.

Les interactions avec le cerveau

Face aux récits de ces patients, un champ de recherche en neurosciences s’est développé pour comprendre les effets de ces molécules psychédéliques sur le cerveau. Cette rapidité d’action, ces effets très puissants ne concordent pas avec la théorie de la correction des croyances.

Après une seule prise de psilocybine, on observe des changements profonds dans l’activité des réseaux cérébraux. On retrouve ainsi une augmentation de la connectivité entre les cortex sensoriels et une diminution d’activité dans certaines zones.

Utilisation sous surveillance et effets indésirables

Au cours de ces thérapies, l’accompagnement psychothérapeutique est indispensable. Il est même recommandé que deux thérapeutes soient présents constamment aux côtés du patient pendant toute la durée de la séance.

L’utilisation médicale de la psilocybine n’est pas possible en France et celle de la kétamine nécessite d’être bien encadrée. L’utilisation des psychédéliques comme traitement nécessite en fait des protocoles formalisés, des études rigoureuses et une meilleure connaissance de leurs apports bénéfices-risques. Ces précautions sont d’autant plus importantes que ces traitements peuvent entraîner des effets indésirables psychologiques provoquer de la peur, de la tristesse ou provoquer des contextes d’addiction, notamment quand on a envie de répéter les effets subjectifs ressentis pendant la prise.

Les maîtres mots pour la recherche psychédélique sont : rigueur scientifique, temps pour la science, protection des individus fragiles et cloisonnement strict avec les usages récréatifs.

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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