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LNDT: @460. Épisode 2/5 : Convoquer le souvenir

Un Podcast de Radio France (11′)

Younès Boucif explore le souvenir, à travers le prisme de la rupture. Il analyse pourquoi nous avons tendance à nous rappeler uniquement des bons moments une fois la relation terminée. Il souligne aussi l’importance d’être authentique lorsqu’on évoque ces instants du passé.

Avec

  • Younès Boucif, acteur et rappeur

Après une fâcheuse rupture, on a souvent une fâcheuse tendance à se raccrocher aux bons souvenirs, en faisant abstraction de leur contexte. « Tu sais, je n’ai jamais été aussi heureux que ce matin-là » : c’est comme dans L’été indien de Joe Dassin, notre mémoire ne retient que les moments de bonheur. Une chanson partagée nous revient, et soudain, on se retrouve à penser qu’il est absurde de ne plus être ensemble quand ces souvenirs étaient si doux, si beaux. Bien sûr, les souvenirs sont précieux, mais encore faut-il qu’ils n’embrument ou n’enjolivent pas trop un moment réel du passé.

L’acteur Younès Boucif a interprété des rôles de stand-uppeur amouraché dans la série Drôle (Netflix), ou d’un amoureux réservé dans la série Amours solitaires (FranceTV et Arte). Et il a évoqué ses relations au détour d’une poignée de punchlines de rap. Pour lui, convoquer le souvenir, c’est une arme antique, mais à brandir de manière explicite et sincère.

Les limites du souvenir

« Oh je voudrais tant que tu te souviennes. Cette chanson était la tienne. C’était ta préférée je crois » Ah ! La Chanson de Prévert de Serge Gainsbourg, elle fait appel à ses tendres souvenirs. Younès raconte qu’une fille lui avait déjà partagé cette chanson. Elle tentait ainsi de réveiller, en lui, certains souvenirs, mais, trop évasive, sa démarche n’a pas eu l’effet escompté. Quelles paroles en particulier retenir ? Alors Younès ne veut plus se contenter de messages implicites à travers des chansons, il préfère désormais la communication directe et sans détours.

Sa leçon : les messages par chansons peuvent être ambigus, on ne sait pas toujours à quelle partie des paroles l’autre fait référence, et le souvenir comme outil de déclaration n’est pas suffisant, car ces derniers sont biaisés et on oublie souvent le contexte. Alors pour déclarer sa flamme en souvenirs, il faut que les paroles qui les accompagnent soient sincères. Ne suivez pas l’exemple de Younès qui a tenté de rédiger une déclaration avec ChatGPT, car on ne peut pas faire confiance aux IA pour tout. Quelle que soit la méthode choisie, peu importe l’outil utilisé, l’essentiel c’est la sincérité.

La comparaison : un pari risqué

Si la comparaison est un art maîtrisé par plusieurs rappeurs comme TiakolaFreeze Corleone ou encore Hugo TSR, c’est le musicien Michel Legrand qui résonne tout particulièrement dans le cœur de Younès avec Les moulins de mon cœur. Son génie réside par son excellence pour déclarer sa flamme. Il use de comparaisons, mais il évite l’écueil de l’analogie trop basique ou éculée, qui peut être mal reçue par l’être aimé, avec des comparaisons universelles. En évoquant l’image d’une pierre jetée dans un ruisseau créant ses cercles concentriques, il puise dans notre mémoire collective, dans ces petits détails de la vie que nous connaissons tous mais auxquels nous ne prêtons plus attention par habitude. Car ça reste toujours délicat de déclarer sa flamme à un être humain en le comparant à un autre être humain. À essayer, mais avec précaution.

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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