Un Podcast de Radio France (11′)
Younès Boucif explore le souvenir, à travers le prisme de la rupture. Il analyse pourquoi nous avons tendance à nous rappeler uniquement des bons moments une fois la relation terminée. Il souligne aussi l’importance d’être authentique lorsqu’on évoque ces instants du passé.
Avec
- Younès Boucif, acteur et rappeur
Après une fâcheuse rupture, on a souvent une fâcheuse tendance à se raccrocher aux bons souvenirs, en faisant abstraction de leur contexte. « Tu sais, je n’ai jamais été aussi heureux que ce matin-là » : c’est comme dans L’été indien de Joe Dassin, notre mémoire ne retient que les moments de bonheur. Une chanson partagée nous revient, et soudain, on se retrouve à penser qu’il est absurde de ne plus être ensemble quand ces souvenirs étaient si doux, si beaux. Bien sûr, les souvenirs sont précieux, mais encore faut-il qu’ils n’embrument ou n’enjolivent pas trop un moment réel du passé.
L’acteur Younès Boucif a interprété des rôles de stand-uppeur amouraché dans la série Drôle (Netflix), ou d’un amoureux réservé dans la série Amours solitaires (FranceTV et Arte). Et il a évoqué ses relations au détour d’une poignée de punchlines de rap. Pour lui, convoquer le souvenir, c’est une arme antique, mais à brandir de manière explicite et sincère.
Les limites du souvenir
« Oh je voudrais tant que tu te souviennes. Cette chanson était la tienne. C’était ta préférée je crois » Ah ! La Chanson de Prévert de Serge Gainsbourg, elle fait appel à ses tendres souvenirs. Younès raconte qu’une fille lui avait déjà partagé cette chanson. Elle tentait ainsi de réveiller, en lui, certains souvenirs, mais, trop évasive, sa démarche n’a pas eu l’effet escompté. Quelles paroles en particulier retenir ? Alors Younès ne veut plus se contenter de messages implicites à travers des chansons, il préfère désormais la communication directe et sans détours.
Sa leçon : les messages par chansons peuvent être ambigus, on ne sait pas toujours à quelle partie des paroles l’autre fait référence, et le souvenir comme outil de déclaration n’est pas suffisant, car ces derniers sont biaisés et on oublie souvent le contexte. Alors pour déclarer sa flamme en souvenirs, il faut que les paroles qui les accompagnent soient sincères. Ne suivez pas l’exemple de Younès qui a tenté de rédiger une déclaration avec ChatGPT, car on ne peut pas faire confiance aux IA pour tout. Quelle que soit la méthode choisie, peu importe l’outil utilisé, l’essentiel c’est la sincérité.
La comparaison : un pari risqué
Si la comparaison est un art maîtrisé par plusieurs rappeurs comme Tiakola, Freeze Corleone ou encore Hugo TSR, c’est le musicien Michel Legrand qui résonne tout particulièrement dans le cœur de Younès avec Les moulins de mon cœur. Son génie réside par son excellence pour déclarer sa flamme. Il use de comparaisons, mais il évite l’écueil de l’analogie trop basique ou éculée, qui peut être mal reçue par l’être aimé, avec des comparaisons universelles. En évoquant l’image d’une pierre jetée dans un ruisseau créant ses cercles concentriques, il puise dans notre mémoire collective, dans ces petits détails de la vie que nous connaissons tous mais auxquels nous ne prêtons plus attention par habitude. Car ça reste toujours délicat de déclarer sa flamme à un être humain en le comparant à un autre être humain. À essayer, mais avec précaution.
