a couple making love in water

LNDT: @584. Deux films pour repenser l’amour extra-conjugal

Un podcast de Radio France (4′)

La question de la santé mentale et de la dépression a été soulevée suite à une publicité controversée. Guillemette Odicino présente deux films comme des alternatives cinématographiques : ‘Le temps de l’aventure’ et ‘La leçon de piano’.

Cher Ali,
Une pub a fait polémique récemment : le site de rencontres Gleeden avait placardé partout cette formule : « Contrairement à l’antidépresseur, l’amant ne coûte rien à la Sécu ». Le machin a énervé tout le monde à juste titre ! On pouvait ne pas aimer que l’adultère soit envisagé comme une solution bien-être. On pouvait être plus féministe en pensant « Ah d’accord, si les femmes sont déprimées, c’est forcément parce qu’elles sont mal baisées ! » En plus, tiens tiens, il est question d’amant : il n’ y aurait que les femmes qui sont déprimées et volages, alors que les mecs sont sages comme des images et n’achètent que de la vitamine C ? Sans parler du fait plus grave que cette pub traite la dépression et la santé mentale par-dessus la jambe… Moi, en plus de tout ça, je me suis dit « d’où c’est forcément relaxant d’avoir deux mecs ! Déjà un seul, c’est une charge mentale ! De plus, quand on a un amant, on court partout, on attrape des bus, des trains, on peut louper des marches, glisser sur le quai, ou se bousiller les cervicales en tentant une brouette moldave très coquine. Résultat : on sort sa carte vitale. Je préfère vous faire une ordonnance de deux films qui ne plaisantent pas avec l’amour extraconjugal.

Dans Le temps de l’aventure de Jérôme Bonnell, Alix, une actrice de quarante ans, croise le regard d’un homme dans un train. Elle apprend par hasard où il se rend, alors, sur un coup de tête, il s’y rend aussi. Comme de toute manière, elle n’arrive pas à joindre son compagnon, que son téléphone n’a plus de batterie et que sa carte Bleue est morte, autant aller au bout de l’aventure et passer toute la journée avec ce bel inconnu à l’hôtel. Et ? Ben, c’est tout, mais c’est beau, délicat, très burlesque par moment puisqu’elle se prend un poteau en pleine poire. Et puis cette femme est incarnée par la formidable Emmanuelle Devos, et l’amant d’un jour par Gabriel Byrne- mon dieu, pour trois secondes avec lui, je veux bien arracher toutes les pubs Gleeden avec les dents.

Des amants qui changent la vie d’une femme

Comme dans La Leçon de piano de Jane Campion, ce chef-d’œuvre de romantisme noir et ébouriffant. À cause d’un mariage forcé, Ada, mutique, est expédiée avec sa fille dans le bush néo-zélandais pour partager la vie d’un colon qui refuse de remonter de la plage où elle a accosté son bien le plus précieux et qui lui sert de voix : son piano. C’est un voisin qui le récupère…

Je pourrais vous parler des fesses d’Harvey Keitel, ah ça je pourrais vous en parler ! Vous dire que ce film montre que la sensualité peut sauver la vie d’une femme. Mais, je vais juste rappeler que La Leçon de piano fut, en 1993, la première Palme d’or de l’histoire du Festival de Cannes donnée à une réalisatrice. Reconnaître le talent des femmes, ça, je me demande si cela ne pourrait pas engendrer de sacrés économies à la Sécu…

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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