LNDT: @358. Série: dernières nouvelles du sexe – Épisode 13/13 : À l’Ehpad : le sexe comme jamais

Un podcast de 29′ de Radio France

Par Pauline Chanu. Le nombre de femmes et d’hommes qui ont une activité sexuelle après 80 ans est étonnamment important. À l’Ehpad, une veuve de 80 ans avec son amant de 58 ans, un couple de 93 et 97 ans et de nouveaux amants à l’aube de leurs 80 ans racontent vivre une sexualité épanouie.

Dans cette série « Dernières nouvelles du sexe » des Pieds sur Terre, on découvre des témoignages intimistes sur la sexualité d’aujourd’hui, à l’aune d’une nouvelle enquête scientifique de l’Inserm qui pointe du doigt les changements de pratiques des Français.

Paulette n’a jamais connu le plaisir pendant ses soixante années de mariage. C’est à 93 ans qu’elle découvre pour la première fois la sensualité et l’amour, avec un militaire à la retraite, Monsieur Sammani, qu’elle rencontre en maison de retraite. Mais c’est comme s’ils avaient toujours vécu ensemble.

Elle était mariée, Paulette, avec un homme qui n’était pas amoureux « du tout, du tout » et dont elle n’était pas amoureuse non plus. Ils s’embrassaient et couchaient ensemble sans plaisir. Alors qu’avec M. Sammani, ils sont « tellement heureux« . Et puis sexuellement, ça « marche  » encore. « On s’embrasse, on se parle gentiment, on se dit des mots d’amour et tout, mieux que quand on était jeunes. […] On en revient pas de le faire aussi souvent encore maintenant, mais en fin on a que ça a faire !  » Paulette.

« On a envie de faire quoi que ce soit à n’importe quelle heure, n’importe quel jour, on le fait et puis c’est tout. »

Les lits sont un peu trop petits pour y dormir à deux, et Paulette a toujours peur que son amoureux tombe la nuit. Puis elle n’est pas jalouse Paulette, elle n’aurait pas de problème à ce qu’il aille « voir ailleurs ». Mais elle avertit tous les hommes qui pourraient essayer avec elle : « Ça fait plaisir, mais je leur dis tout de suite que c’est pas la peine d’insister, c’est zéro, zéro. » Paulette. Et peu importe leur avis.

Lorsque Morgane et Guy se sont rencontrés, chez des amis communs, ce fût le coup de foudre. « On s’est quasiment jetés l’un sur l’autre. On est allés très rapidement à l’hôtel. Ça a été très fougueux. » Guy.

À cette époque, Morgane est mariée. Alors Guy, de vingt-cinq ans son cadet, la retrouve discrètement à l’hôtel. Lorsque Morgane rejoint l’Ehpad des champs Manceaux à Rennes, car elle souffre d’une grave scoliose la clouant dans un fauteuil roulant, les choses se compliquent. « On a mis beaucoup de temps avant de passer à l’acte. Morgane m’a fait comprendre qu’elle avait envie que ça se fasse. » Guy.

LNDT: @357. Série: dernières nouvelles du sexe – Épisode 12/13 : Sexe et alcool : quand on boit pour faire du sexe

Un podcast de 29′ de Radio France

Par Pauline Verduzier. Louis boit pour faire taire son anxiété de performance. Jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il passe à côté de son désir. La sexualité de Charlotte semble indissociable de sa consommation d’alcool. Jusqu’à ce qu’elle rencontre une femme qui l’aide à sortir de son addiction.

Dans cette série « Dernières nouvelles du sexe » des Pieds sur Terre, on découvre des témoignages intimistes sur la sexualité d’aujourd’hui, à l’aune d’une nouvelle enquête scientifique de l’Inserm qui pointe du doigt les changements de pratiques des Français.

Charlotte se souvient que la première fois qu’elle a bu de l’alcool, c’était à Noël, l’année de ses 13 ans. C’est au cours de ses études qu’elle commence à boire régulièrement et en grande quantité, pour s’intégrer. Et c’est aussi à ce moment-là qu’elle couche pour la première fois avec un autre étudiant, à l’issue d’une soirée festive. Elle restera avec lui trois années, une relation qui reste pour elle très associée à l’alcool et à la fête. “Je voulais sortir avec quelqu’un qui soit épicurien, qui aime la fête autant que moi, parce que c’est mon ADN, confie Charlotte. En trois ans et demi de relation, je peux compter sur les doigts d’une main les fois où on a eu une relation sexuelle sobre”.

“L’alcool crée le désir, en tout cas chez moi. Ça rend l’instant excitant”

Charlotte s’effondre lors de la rupture avec son copain. Elle boit. Mais surtout, elle a l’intuition soudaine qu’elle pourrait aimer les femmes. Une “petite voix” qu’elle n’écoute pas et qu’elle préfère oublier en buvant pour “rentrer dans le moule hétéro”. Les relations sexuelles avec des hommes sont de moins en moins supportables, alors Charlotte boit de plus en plus.

Puis un jour, après plusieurs bouteilles de rouge, elle couche pour la première fois avec une fille. Une expérience qui ouvre le champ des possibles. Charlotte installe une application de rencontres pour personnes queers par le biais de laquelle elle rencontre une femme, qui deviendra sa compagne. Sa consommation d’alcool diminue, mais perdure. “Je n’ai plus besoin de m’anesthésier, j’ai enfin le sentiment d’être à ma place. Mais le hic, c’est que la machine est déjà lancée.

La nouvelle compagne de Charlotte comprend très vite que quelque chose ne tourne pas rond. Elle la prévient que si elle continue au rythme de douze litres de bière par jour, elle la quittera avant de la voir mourir. C’est à ce moment-là que le diagnostic d’alcoolisme est posé. Alors, Charlotte passe par une période de sevrage très douloureuse.

“La première fois sobre avec ma meuf, j’étais aussi effrayée que la toute première fois”

Charlotte questionne son rapport à la sexualité, ce qu’elle aime ou non, qui a été construit en partie par l’alcool. “C’est très chouette de se rappeler parfaitement le lendemain de ce qui s’est passé.” Cela fait trois ans maintenant que Charlotte ne boit plus : “J’ai retrouvé possession de moi, je sais qui je suis, j’ai retrouvé mon corps, ma sexualité, et un désir qui n’est pas dicté par l’alcool.

Louis a commencé à boire un peu, au collège, pour lutter contre l’anxiété et se désinhiber, notamment vis-à-vis des filles. Mais alcool et sexe n’avaient aucun lien dans la vie de Louis jusqu’à sa rupture avec la première fille dont il était très amoureux. Là, il commence à boire régulièrement avant de coucher avec des filles. “J’avais une crainte obsessionnelle de ne pas arriver à tenir longtemps, et qui m’obsédait tellement que j’en suis venue à me renseigner pour savoir comment éviter une éjaculation rapide. […] Et c’est cette peur de la performance qui a entraîné une consommation excessive d’alcool quand je rencontrais des gens.

“L’alcool permettait de faire taire cette anxiété de la performance”

C’est par l’épanouissement professionnel et la rencontre de son deuxième grand amour qu’ont disparu chez Louis le besoin d’alcool et la peur du manque de performance. Mais il n’y avait plus de plaisir mutuel.

Merci à Charlotte Peyronnet et à Louis. Merci à Armelle Andro.

  • Reportage : Pauline Verduzier
  • Réalisation : Eric Lancien

Musique de fin : “my strange addiction”, Billie Eilish – Album : WHEN WE ALL FALL ASLEEP, WHERE DO WE GO? (2019)

Pour aller plus loin

  • Contextes des sexualités en France, une enquête sous la direction d’Armelle Andro, Nathalie Bajos et Caroline Moreau menée pour l’ANRS Maladies infectieuses émergentes, par l’Inserm (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) et Santé publique France.
  • L’essai de Charlotte Peyronnet, « Et toi, pourquoi tu bois ? » a été publié en janvier 2024 aux éditions Denoël.

En partenariat avec Libération