woman in leopard print panty sitting on bed

LNDT: @357. Série: dernières nouvelles du sexe – Épisode 12/13 : Sexe et alcool : quand on boit pour faire du sexe

Un podcast de 29′ de Radio France

Par Pauline Verduzier. Louis boit pour faire taire son anxiété de performance. Jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il passe à côté de son désir. La sexualité de Charlotte semble indissociable de sa consommation d’alcool. Jusqu’à ce qu’elle rencontre une femme qui l’aide à sortir de son addiction.

Dans cette série « Dernières nouvelles du sexe » des Pieds sur Terre, on découvre des témoignages intimistes sur la sexualité d’aujourd’hui, à l’aune d’une nouvelle enquête scientifique de l’Inserm qui pointe du doigt les changements de pratiques des Français.

Charlotte se souvient que la première fois qu’elle a bu de l’alcool, c’était à Noël, l’année de ses 13 ans. C’est au cours de ses études qu’elle commence à boire régulièrement et en grande quantité, pour s’intégrer. Et c’est aussi à ce moment-là qu’elle couche pour la première fois avec un autre étudiant, à l’issue d’une soirée festive. Elle restera avec lui trois années, une relation qui reste pour elle très associée à l’alcool et à la fête. “Je voulais sortir avec quelqu’un qui soit épicurien, qui aime la fête autant que moi, parce que c’est mon ADN, confie Charlotte. En trois ans et demi de relation, je peux compter sur les doigts d’une main les fois où on a eu une relation sexuelle sobre”.

“L’alcool crée le désir, en tout cas chez moi. Ça rend l’instant excitant”

Charlotte s’effondre lors de la rupture avec son copain. Elle boit. Mais surtout, elle a l’intuition soudaine qu’elle pourrait aimer les femmes. Une “petite voix” qu’elle n’écoute pas et qu’elle préfère oublier en buvant pour “rentrer dans le moule hétéro”. Les relations sexuelles avec des hommes sont de moins en moins supportables, alors Charlotte boit de plus en plus.

Puis un jour, après plusieurs bouteilles de rouge, elle couche pour la première fois avec une fille. Une expérience qui ouvre le champ des possibles. Charlotte installe une application de rencontres pour personnes queers par le biais de laquelle elle rencontre une femme, qui deviendra sa compagne. Sa consommation d’alcool diminue, mais perdure. “Je n’ai plus besoin de m’anesthésier, j’ai enfin le sentiment d’être à ma place. Mais le hic, c’est que la machine est déjà lancée.

La nouvelle compagne de Charlotte comprend très vite que quelque chose ne tourne pas rond. Elle la prévient que si elle continue au rythme de douze litres de bière par jour, elle la quittera avant de la voir mourir. C’est à ce moment-là que le diagnostic d’alcoolisme est posé. Alors, Charlotte passe par une période de sevrage très douloureuse.

“La première fois sobre avec ma meuf, j’étais aussi effrayée que la toute première fois”

Charlotte questionne son rapport à la sexualité, ce qu’elle aime ou non, qui a été construit en partie par l’alcool. “C’est très chouette de se rappeler parfaitement le lendemain de ce qui s’est passé.” Cela fait trois ans maintenant que Charlotte ne boit plus : “J’ai retrouvé possession de moi, je sais qui je suis, j’ai retrouvé mon corps, ma sexualité, et un désir qui n’est pas dicté par l’alcool.

Louis a commencé à boire un peu, au collège, pour lutter contre l’anxiété et se désinhiber, notamment vis-à-vis des filles. Mais alcool et sexe n’avaient aucun lien dans la vie de Louis jusqu’à sa rupture avec la première fille dont il était très amoureux. Là, il commence à boire régulièrement avant de coucher avec des filles. “J’avais une crainte obsessionnelle de ne pas arriver à tenir longtemps, et qui m’obsédait tellement que j’en suis venue à me renseigner pour savoir comment éviter une éjaculation rapide. […] Et c’est cette peur de la performance qui a entraîné une consommation excessive d’alcool quand je rencontrais des gens.

“L’alcool permettait de faire taire cette anxiété de la performance”

C’est par l’épanouissement professionnel et la rencontre de son deuxième grand amour qu’ont disparu chez Louis le besoin d’alcool et la peur du manque de performance. Mais il n’y avait plus de plaisir mutuel.

Merci à Charlotte Peyronnet et à Louis. Merci à Armelle Andro.

  • Reportage : Pauline Verduzier
  • Réalisation : Eric Lancien

Musique de fin : “my strange addiction”, Billie Eilish – Album : WHEN WE ALL FALL ASLEEP, WHERE DO WE GO? (2019)

Pour aller plus loin

  • Contextes des sexualités en France, une enquête sous la direction d’Armelle Andro, Nathalie Bajos et Caroline Moreau menée pour l’ANRS Maladies infectieuses émergentes, par l’Inserm (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) et Santé publique France.
  • L’essai de Charlotte Peyronnet, « Et toi, pourquoi tu bois ? » a été publié en janvier 2024 aux éditions Denoël.

En partenariat avec Libération

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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