Un podcast de 29′ de Radio France
Par Élodie Font et Pauline Verduzier. Où on comprend que proportion des femmes déclarant des dysfonctions sexuelles est en augmentation. Elles osent dire qu’elles ont mal, consulter des spécialistes, mettre un nom sur leurs douleurs et réapprendre à faire du sexe différemment.
Dans cette série « Dernières nouvelles du sexe » des Pieds sur Terre, on découvre des témoignages intimistes sur la sexualité d’aujourd’hui, à l’aune d’une nouvelle enquête scientifique de l’Inserm qui pointe du doigt les changements de pratiques des Français.
Attention : cette série contient des témoignages explicites sur des pratiques sexuelles, assortis de détails précis. À ne pas mettre entre toutes les oreilles.
Les rapports sexuels d’Alix avec son compagnon étaient très épanouis au début, même si elle ne jouissait qu’à condition de se masturber elle-même.
Lorsque le couple part de Liège pour s’installer à Bruxelles et y chercher un emploi, Alix sent que ce changement affecte directement sa libido et la fréquence de leurs rapports sexuels. Un jour, lors d’une pénétration, Alix ressent une douleur : “ça pique, comme si on utilisait du papier de verre. D’abord, je n’y fais pas attention. Et en fait ça se répète à chaque fois, ça pique à la fin, ça pique de plus en plus tôt, ça pique de plus en plus fort.”
“Et moi, je ne dis rien, je serre les dents, j’attends juste qu’il jouisse”
La douleur est terrible, mais Alix refuse de le faire transparaître. Après un an où Alix “crève de mal”, elle se décide à le dire à son compagnon, qui tombe des nues. “Mettre des mots sur ma douleur, c’était reconnaître que j’avais un problème, et qu’allait s’amorcer un parcours qui serait difficile.” Alix. La gynécologue qui la reçoit lui diagnostique une infection, mais surtout des lésions à l’entrée du vagin.
La douleur persiste, et Alix constate que son rapport aux relations intimes est profondément altéré, que sa libido n’est pas suffisante pour recommencer.
« Deux ans après l’apparition des symptômes, une amie à qui je me confie me parle de vaginisme. »
Elle consulte psychologues et sexologues, mais c’est une amie qui lui parle pour la première fois du vaginisme, une contraction involontaire du périnée. C’est le début de l’apaisement pour Alix, alors suivie par une équipe médicale d’une clinique spécialisée.
Elle poursuit un travail thérapeutique pour trouver les raisons de son rapport désormais très complexe à la sexualité, qu’elle associe à la douleur, au déplaisir, au fait de se forcer. “C’est une démarche très longue qui s’est étalée sur des mois, voire des années. […] J’ai exploré des choses profondément enfouies que je n’avais jamais eu le courage de regarder en face.”
La solution, pour Alix et son compagnon, a été d’ouvrir leur couple. “Je me suis rendu compte que je ne pourrai par me réapproprier mon corps et ma sexualité avec mon compagnon, explique-t-elle. Donc, je lui ai présenté l’idée de couple libre.” Depuis deux ans, Alix et son copain ont plusieurs partenaires sexuels et ils sont “toujours aussi fous amoureux”.
Maxine était cheffe de projet en Suisse jusqu’en février 2024. En couple depuis plusieurs années, elle menait une vie idéale en apparence, mais avait un peu l’impression de “courir après quelque chose” sans vraiment savoir quoi. C’est en rentrant d’un voyage en Malaisie qu’elle commence à ressentir des douleurs terribles au niveau de sa vessie. Les médecins n’identifient aucune anomalie. Son urologue lui dit de changer de travail. “Ça ne m’aidait pas. Je souffrais depuis plusieurs mois, et les relations avec mon copain étaient devenues compliquées.”
“J’avais peur de le perdre. J’avais l’impression de ne plus remplir ma mission de femme au sein du couple”
Car Maxine et son compagnon ne peuvent plus faire l’amour, la douleur est trop forte. Avec bienveillance, le compagnon de Maxine lui assure qu’il faut d’abord qu’elle prenne soin d’elle, ce qui l’aide à lâcher prise. Finalement, les médecins diagnostiquent à Maxine un “syndrome douloureux pelvien chronique à départ vésical”, une douleur qui n’indique pas forcément l’existence d’une maladie.
Comme Alix, Maxine comprend, grâce au travail effectué avec sa psychologue et son psychiatre, que ces douleurs ont une cause psychosomatique : “L’élément déclencheur a été l’infection urinaire, mais elles proviennent surtout d’un stress post-traumatique, peut-être lié au travail, peut-être lié à l’enfance.” Les douleurs de Maxine diminuent lorsqu’elle commence à faire des choses seule : partir en week-end, marcher de nombreux kilomètres… C’est aussi depuis qu’elle a désacralisé les rapports sexuels dans le couple et qu’elle communique avec plus de transparence sur son ressenti au cours de ces rapports.
Merci à Alix et Maxine. Merci à Armelle Andro.
- Reportage : Élodie Font et Pauline Verduzier
- Réalisation : Somaya Dabbech
Musique de fin : “A Minha Menina”, Os Mutantes – Album : Os Mutantes (1968)
Pour aller plus loin
Contextes des sexualités en France, une enquête sous la direction d’Armelle Andro, Nathalie Bajos et Caroline Moreau menée pour l’ANRS Maladies infectieuses émergentes, par l’Inserm (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) et Santé publique France.
En partenariat avec Libération.