Un podcast de 29′ de Radio France
Par Pauline Verduzier. Baisse de la fréquence des rapports, augmentation du nombre de partenaires, place centrale du consentement, bisexualité, redéfinition des genres et des orientations : les plus grands bouleversements des vingt dernières années concernent la sexualité des 18-29 ans.
Dans cette série « Dernières nouvelles du sexe » des Pieds sur Terre, on découvre des témoignages intimistes sur la sexualité d’aujourd’hui, à l’aune d’une nouvelle enquête scientifique de l’Inserm qui pointe du doigt les changements de pratiques des Français. Dans ce nouvel épisode, place aux jeunes ! série « Dernières nouvelles du sexe » des Pieds sur Terre, on découvre des témoignages intimistes sur la sexualité d’aujourd’hui, à l’aune d’une nouvelle enquête scientifique de l’Inserm qui pointe du doigt les changements de pratiques des Français. Ce nouvel épisode explore celles qui se vivent à plusieurs.
Attention : cette série contient des témoignages explicites sur des pratiques sexuelles, assortis de détails précis. À ne pas mettre entre toutes les oreilles.
Lors de ses premiers rapports sexuels, Zoé, 21 ans aujourd’hui, ne se posait pas la question de son envie et ne savait pas situer son désir. Même si son partenaire était tendre et attentionné. Elle a alors 19 ans, la première fois où un garçon essaie vraiment de la faire jouir. Très vite émerge la notion de consentement et celle des limites de chacun. “On s’est donné à fond, c’était vraiment un échange en toute confiance.”
“On avait mis en place un “safeword” : quand on disait le mot “rouge” tout devait s’arrêter.”
Zoé met fin à la relation et part au Vietnam, où elle est réceptionniste dans une auberge de jeunesse à Hanoï. Elle y croise plein de gens : “C’étaient des nouvelles têtes, des nouvelles rencontres, tout était possible. Mais restait cette peur de faire l’amour avec un inconnu qui ne soit pas à l’écoute de ma parole.” C’est une période formatrice pour Zoé qui avait “besoin de sentir cette liberté”.
De retour en France, elle recroise son ex-copain, avec qui elle se remet en couple. Au début, ils font très peu l’amour. “C’est le premier sujet qui est apparu sur la table. On s’est rendu compte que le simple fait de se retrouver et de se toucher simplement, de faire des câlins, de prendre conscience du corps de l’autre, c’était suffisant.” Il sera très présent pendant les périodes de doute que traversera ensuite Zoé.
Koy a 25 ans. Avec son premier copain, la pénétration n’est pas tout de suite évidente. Il a très mal. Son partenaire lui fait comprendre qu’il est déçu. “Je me souviens me dire qu’il fallait que je me prépare à être pénétré pour qu’il puisse avoir accès à ça.” Un mois plus tard, tous les deux entrent dans une relation “hyper sexuelle”. Mais son partenaire voit un autre homme : après une période pendant laquelle ils continuent à se voir et à coucher ensemble alors que Koy est au courant, ce dernier décide de mettre fin à la relation.
“Je voyais le sexe comme quelque chose de dû, une preuve que le couple est fonctionnel.”
Koy prend conscience qu’il est plus à l’aise dans une position d’actif : “Dans mes premières relations, il y avait une soumission, j’étais un peu un objet sexuel. J’ai compris que je n’aimais pas être un homme passif, donc je suis passé de l’autre côté et je suis devenu actif. Alors, j’ai pris plus conscience du consentement.”
À 23 ans, Koy rencontre un garçon avec qui il construit quelque chose de “très honnête” : ils s’écoutent et verbalisent le consentement.
“C’est un “feu l’amour” de demander le consentement parce qu’une fois que c’est validé, c’est tellement plus simple de se lâcher.”
Koy s’est récemment rendu compte qu’il était demi-sexuel : il ne peut avoir de rapport sans attachement émotionnel fort, autre que physique. “Le sexe se doit d’être un partage. Si on ne fait plaisir qu’à l’autre, ce n’est plus un partage.”
Quant à lui, Lucas réalise dès le début de son adolescence qu’il est attiré non seulement par les filles, mais aussi par les garçons. Pour se prouver qu’il est bi, il se sent obligé d’avoir des rapports sexuels avec des garçons, sans se poser la question du consentement. Avec sa première copine, ils décident d’ouvrir leur couple, ce qui permet à Lucas d’avoir des relations avec des garçons. Des relations non seulement sexuelles, mais aussi affectives. “Je n’avais pas une quantité fixe de désir et d’affection à donner.”
“Quand je repense à ma vision très performative du sexe, ça me paraît complètement absurde.”
Lucas demeure un certain temps attaché à la durée des rapports et leur fréquence pour en mesurer la qualité et le plaisir qu’il en tire… jusqu’à sa relation avec une amie du lycée : “J’étais ravi de pouvoir vivre une intimité très forte avec cette amoureuse, sans cette pression d’avoir des rapports dès le début, de le faire fréquemment.” La pénétration est douloureuse, ce qui conduit Lucas et sa partenaire à faire évoluer leur sexualité : “Le plaisir le plus fou pour elle, c’était juste d’être dans mes bras et de se masturber. Lui embrasser le cou, le ventre, le poignet, lui caresser les oreilles, c’était très excitant pour moi.”
L’amoureuse actuelle de Lucas a été déstabilisée par toutes les questions qu’il pose pour s’assurer de son consentement et pour situer son désir, des questions qu’elle considère être des “tue l’amour”. Finalement, elle se rend compte que cette “culture positive du consentement” leur permet de faire des choses que Lucas n’aurait pas été à l’aise de faire sans être sûr qu’elle y consentirait. “Ce sont des vagues qui nous attrapent dans ce qu’on est en train de faire, du désir qui arrive comme ça et auquel on a la liberté de répondre ou pas.”
Merci à Zoé, Koy, Lucas et Ilaria. Merci à Armelle Andro.
- Reportage : Pauline Verduzier
- Réalisation : Emily Vallat
Musique de fin : “Butterfly”, Léonie Pernet – Album : Crave (2018)