LNDT: @351. Série: dernières nouvelles du sexe – Épisode 6/13 : Sexualité des 18-29 ans : ce qui a vraiment changé

Un podcast de 29′ de Radio France

Par Pauline Verduzier. Baisse de la fréquence des rapports, augmentation du nombre de partenaires, place centrale du consentement, bisexualité, redéfinition des genres et des orientations : les plus grands bouleversements des vingt dernières années concernent la sexualité des 18-29 ans.

Dans cette série « Dernières nouvelles du sexe » des Pieds sur Terre, on découvre des témoignages intimistes sur la sexualité d’aujourd’hui, à l’aune d’une nouvelle enquête scientifique de l’Inserm qui pointe du doigt les changements de pratiques des Français. Dans ce nouvel épisode, place aux jeunes ! série « Dernières nouvelles du sexe » des Pieds sur Terre, on découvre des témoignages intimistes sur la sexualité d’aujourd’hui, à l’aune d’une nouvelle enquête scientifique de l’Inserm qui pointe du doigt les changements de pratiques des Français. Ce nouvel épisode explore celles qui se vivent à plusieurs.

Lors de ses premiers rapports sexuels, Zoé, 21 ans aujourd’hui, ne se posait pas la question de son envie et ne savait pas situer son désir. Même si son partenaire était tendre et attentionné. Elle a alors 19 ans, la première fois où un garçon essaie vraiment de la faire jouir. Très vite émerge la notion de consentement et celle des limites de chacun. “On s’est donné à fond, c’était vraiment un échange en toute confiance.

“On avait mis en place un “safeword” : quand on disait le mot “rouge” tout devait s’arrêter.”

Zoé met fin à la relation et part au Vietnam, où elle est réceptionniste dans une auberge de jeunesse à Hanoï. Elle y croise plein de gens : “C’étaient des nouvelles têtes, des nouvelles rencontres, tout était possible. Mais restait cette peur de faire l’amour avec un inconnu qui ne soit pas à l’écoute de ma parole.” C’est une période formatrice pour Zoé qui avait “besoin de sentir cette liberté”.

De retour en France, elle recroise son ex-copain, avec qui elle se remet en couple. Au début, ils font très peu l’amour. “C’est le premier sujet qui est apparu sur la table. On s’est rendu compte que le simple fait de se retrouver et de se toucher simplement, de faire des câlins, de prendre conscience du corps de l’autre, c’était suffisant.” Il sera très présent pendant les périodes de doute que traversera ensuite Zoé.

Koy a 25 ans. Avec son premier copain, la pénétration n’est pas tout de suite évidente. Il a très mal. Son partenaire lui fait comprendre qu’il est déçu. “Je me souviens me dire qu’il fallait que je me prépare à être pénétré pour qu’il puisse avoir accès à ça.” Un mois plus tard, tous les deux entrent dans une relation “hyper sexuelle”. Mais son partenaire voit un autre homme : après une période pendant laquelle ils continuent à se voir et à coucher ensemble alors que Koy est au courant, ce dernier décide de mettre fin à la relation.

“Je voyais le sexe comme quelque chose de dû, une preuve que le couple est fonctionnel.”

Koy prend conscience qu’il est plus à l’aise dans une position d’actif : “Dans mes premières relations, il y avait une soumission, j’étais un peu un objet sexuel. J’ai compris que je n’aimais pas être un homme passif, donc je suis passé de l’autre côté et je suis devenu actif. Alors, j’ai pris plus conscience du consentement.

À 23 ans, Koy rencontre un garçon avec qui il construit quelque chose de “très honnête” : ils s’écoutent et verbalisent le consentement.

“C’est un “feu l’amour” de demander le consentement parce qu’une fois que c’est validé, c’est tellement plus simple de se lâcher.”

Koy s’est récemment rendu compte qu’il était demi-sexuel : il ne peut avoir de rapport sans attachement émotionnel fort, autre que physique. “Le sexe se doit d’être un partage. Si on ne fait plaisir qu’à l’autre, ce n’est plus un partage.

Quant à lui, Lucas réalise dès le début de son adolescence qu’il est attiré non seulement par les filles, mais aussi par les garçons. Pour se prouver qu’il est bi, il se sent obligé d’avoir des rapports sexuels avec des garçons, sans se poser la question du consentement. Avec sa première copine, ils décident d’ouvrir leur couple, ce qui permet à Lucas d’avoir des relations avec des garçons. Des relations non seulement sexuelles, mais aussi affectives. “Je n’avais pas une quantité fixe de désir et d’affection à donner.

“Quand je repense à ma vision très performative du sexe, ça me paraît complètement absurde.”

Lucas demeure un certain temps attaché à la durée des rapports et leur fréquence pour en mesurer la qualité et le plaisir qu’il en tire… jusqu’à sa relation avec une amie du lycée : “J’étais ravi de pouvoir vivre une intimité très forte avec cette amoureuse, sans cette pression d’avoir des rapports dès le début, de le faire fréquemment.” La pénétration est douloureuse, ce qui conduit Lucas et sa partenaire à faire évoluer leur sexualité : “Le plaisir le plus fou pour elle, c’était juste d’être dans mes bras et de se masturber. Lui embrasser le cou, le ventre, le poignet, lui caresser les oreilles, c’était très excitant pour moi.

L’amoureuse actuelle de Lucas a été déstabilisée par toutes les questions qu’il pose pour s’assurer de son consentement et pour situer son désir, des questions qu’elle considère être des “tue l’amour”. Finalement, elle se rend compte que cette “culture positive du consentement” leur permet de faire des choses que Lucas n’aurait pas été à l’aise de faire sans être sûr qu’elle y consentirait. “Ce sont des vagues qui nous attrapent dans ce qu’on est en train de faire, du désir qui arrive comme ça et auquel on a la liberté de répondre ou pas.

Merci à Zoé, Koy, Lucas et Ilaria. Merci à Armelle Andro.

  • Reportage : Pauline Verduzier
  • Réalisation : Emily Vallat

Musique de fin : “Butterfly”, Léonie Pernet – Album : Crave (2018)

LNDT: @350. Série: dernières nouvelles du sexe – Épisode 5/13 : Brunch partouze ou le sexe à plusieurs

Un podcast de 30′ de Radio France

Par Carole Bailly. Stephen, informaticien issu d’une famille tradi, organise chez lui des “brunchs partouze” planifiés avec un logiciel adhoc. Les participant.e.s y signent une charte encadrant leur consentement. On y découvre que la sexualité des hétéros est devenue inventive.

Dans cette série « Dernières nouvelles du sexe » des Pieds sur Terre, on découvre des témoignages intimistes sur la sexualité d’aujourd’hui, à l’aune d’une nouvelle enquête scientifique de l’Inserm qui pointe du doigt les changements de pratiques des Français. Ce nouvel épisode explore celles qui se vivent à plusieurs.

Stephen a grandi dans un milieu où les questions de sexualité et de relations amoureuses ne sont pas abordées. Sa première relation sérieuse dure six ans, suivie d’un mariage qui ne l’épanouit pas. Au festival Burning Man, dans le désert du Nevada, Stephen découvre une manière plus spontanée et authentique de se connecter aux autres. Cette expérience agit comme un électrochoc : à son retour en France, il décide de mettre fin à son mariage.

« Il y avait un tel décalage entre ce que j’avais vécu là-bas et mon retour en France… Je me suis dit que ce n’était plus possible. »

C’est avec sa compagne actuelle, Sophie, que Stephen explore de nouvelles formes de sexualité. Ensemble, ils fréquentent des clubs libertins et des saunas échangistes. Mais l’arrivée de la Covid met fin à ces pratiques. À la fin du confinement, un couple d’amis leur suggère d’organiser leurs propres soirées libertines chez eux : Stephen et Sophie se lancent dans ce projet en organisant dans un premier temps des apéros, puis avec le couvre-feu, également des brunchs libertins en pleine journée. “Il n’y a pas de raison de ne pas pouvoir finalement passer un bon moment, que ce soit en journée ou en soirée. C’est très conventionnel. D’ailleurs, les personnes âgées l’ont bien compris, ils organisent des thés dansants !

Ces brunchs sont soigneusement encadrés par une charte axée sur le consentement et la bienveillance. Stephen insiste sur l’importance de laisser place à la spontanéité et à l’enthousiasme, en évitant par exemple de montrer à l’avance les profils des participants, afin de favoriser des rencontres authentiques.

« Une partouze, ce n’est pas forcément glauque. C’est juste un moment où l’on passe un bon moment ensemble, une envie assez sérieuse d’expérimenter le fait d’être très nombreux et un peu noyés dans la masse. »

Alexia, 35 ans, rêve depuis longtemps d’explorer la sexualité de groupe. Après qu’une amie lui a parlé d’un couple organisant ce type d’évènement, elle décide d’y participer seule, bien que l’idée l’intimide. Poussée par son esprit aventureux, elle choisit de se lancer malgré ses doutes. “Ce qui m’inquiétait, c’était plus l’attitude des gens, le respect, le consentement.

Arrivée sur place, Alexia découvre une ambiance conviviale et bienveillante. Le lieu est agréable, les invités apportent à boire et à manger, et les conversations fluides permettent de briser la glace. Progressivement, l’ambiance évolue et devient plus intime lorsqu’une participante propose des jeux sensoriels. “J’ai juste besoin de fondre. De m’abandonner, de lâcher le contrôle, d’être prise en charge.

« C’est comme si on n’avait plus vraiment de limites de corps. »

Alexia décrit l’expérience comme une immersion sensorielle et émotionnelle. Elle vit des moments intenses avec plusieurs personnes, dont une femme avec qui elle développe une connexion douce et inattendue. L’acceptation des corps variés et la liberté de chacun de s’exprimer rendent l’expérience particulièrement enrichissante. “Il y a des femmes girondes, des femmes très minces et j’ai l’impression que tout le monde est très à l’aise avec son corps. C’est ok d’être pliée en deux, d’avoir un bourrelet, c’est ok d’avoir des vergetures.

LNDT: @349. Série: dernières nouvelles du sexe – Épisode 4/13 : Les femmes se masturbent aussi et le disent

Un podcast de 30′ de Radio France

Par Élodie Font et Pauline Verduzier. Où on découvre que le nombre de femmes déclarant se masturber a significativement augmenté en vingt ans. Avec deux femmes qui l’assument désormais et un homme qui a déconstruit son imaginaire érotique pénétratif et accepté le fait que sa partenaire se masturbe.

Dans cette série « Dernières nouvelles du sexe » des Pieds sur Terre, on découvre des témoignages intimistes sur la sexualité d’aujourd’hui, à l’aune d’une nouvelle enquête scientifique de l’Inserm qui pointe du doigt les changements de pratiques des Français.

Louise a douze ans lorsqu’elle est désorientée par une “sensation inédite”, déclenchée en plein cours de gymnastique au sol. “C’était comme découvrir le goût, l’odorat, le toucher, l’ouïe.” Elle tente de reproduire cette sensation chez elle, en faisant des grands écarts. Louise fait bien plus tard le rapprochement avec l’acte de masturbation.

La première fois qu’elle se masturbe en conscience, Louise utilise une brosse à dent électrique. Un autre fois, elle prend une carotte, “dans un esprit de découverte”. Aucune de ces expériences ne la transcende véritablement.

“J’avais l’impression que la masturbation n’était pas nécessaire, mon partenaire était censé me suffire”

C’est grâce à des lectures, mais aussi aux réseaux sociaux, que le rapport de Louise à la masturbation a changé. Et après ses trente ans, elle découvre l’orgasme en utilisant des sextoys. “C’était assez nouveau de comprendre qu’il existait un bouton sur mon corps et que je ne savais pas appuyer dessus jusqu’alors. Mais c’est tellement plus simple de me satisfaire toute seule que je culpabilise un peu de priver mon partenaire de quelque chose qui pourrait être partagé.

Sa sexualité, David l’a construite au travers des films et des copains, mais surtout des mangas. Il décrit les images surdimensionnées et biaisées des femmes et de la sexualité. La première fois qu’il fait l’amour, avec sa copine de l’époque, il s’attend à ce que ce soit “comme dans les films” et qu’il serait “hyper performant”.

Dans un premier temps, David est attaché à donner du plaisir et ne conçoit pas que sa partenaire puisse le faire seule : “Au départ, je pouvais la caresser, mais elle ne se caressait pas elle-même. Puis, elle a commencé à la faire, en participant à la pénétration. C’est vrai que si elle s’était masturbée toute seule dans son coin, j’aurais pu me dire que j’avais loupé quelque chose. […] C’est cette culture du porno ou du film érotique qui m’a amené à me dire qu’il fallait que c’était à moi de donner du plaisir à la femme.”

LNDT: @348. Série: dernières nouvelles du sexe – Épisode 3/13 : Le sexe 2.0

Un podcast de 30′ de Radio France

Par Pauline Chanu. La place du numérique dans nos vies sexuelles grandit. Rencontrer un partenaire, échanger des images intimes, faire du sexe à distance. Avec Clémence qui a des rapports à distance, Henri des rencontres sur applis, et Louisa qui y trouve la liberté.

Dans cette série « Dernières nouvelles du sexe » des Pieds sur Terre, on découvre des témoignages intimistes sur la sexualité d’aujourd’hui, à l’aune d’une nouvelle enquête scientifique de l’Inserm qui pointe du doigt les changements de pratiques des Français.

« Le numérique m’apporte une sexualité à tout moment, très rapide et quand j’en ai envie »

Après un mariage avec une sexualité linéaire, Clémence expérimente les relations sexuelles ponctuelles et physiques « pour une nuit« . Le numérique ici joue un rôle important : « Sur les réseaux sociaux, on est en contact avec pas mal de personnes. Et même si je ne me mets pas forcément en scène, Instagram, c’est un nid à cul. Tu peux poster une story avec rien du tout, derrière, il y a cinq mecs qui vont écrire et qui attendent que ça bascule », témoigne Clémence.

La sexualité numérique n’entend pas forcément provoquer une rencontre au-delà du virtuel : « Il y a un homme avec qui on se suit par rapport à notre travail, raconte Clémence. Il a été capable, ce jour-là, de sortir de son bureau pour aller dans les vestiaires tellement il était dans un désir absolu et qu’il n’en pouvait plus. Il était en érection de tout son corps. Le mec fait une vidéo hyper propre, très jolie et juste avant, il fait hyper attention en me disant, j’ai envie d’aller là, est-ce que c’est ok pour toi ? Cette relation avec lui, elle a existé pendant quelques semaines, mois. Mais on ne s’est pas vu en vrai. De toute façon, il n’habite pas ici.« 

Dans son rapport à la sexualité numérique, Clémence observe tout de même des règles : « La première chose, c’est l’on n’envoie pas une photo de soi, nue ou suggestive, comme ça à quelqu’un à qui tu ne fais pas confiance. Tu peux envoyer des photos en éphémère, c’est-à-dire que photos et vidéos que tu envoies n’existent qu’une seule fois. Et, si on capture mon image, je capture en retour. Si j’ai un manque de confiance, ça me permet de dire si tu déconnes et que tu viens poster quelque chose de moi et bien, j’ai la même chose. […] Quand je rencontre quelqu’un en vrai, je demande nom et prénom. Une fois, j’ai même pris en photo à quelqu’un avec sa carte d’identité à côté de sa tête. Mais ça, c’est juste une façon de se protéger.« 

« J’envoie des photos « hot » si on me le demande »

Henri utilise depuis 10 ans divers sites et applications de rencontre pour trouver des hommes proches de chez lui. Vivant dans la Manche depuis toujours, l’emploi du numérique s’est imposé : “On n’a plus guère le choix, car il n’y a pratiquement plus d’endroit de rencontres et la société, ma foi, elle est faite pour les hétéros. Dans les trois quarts des villes, il n’y a pas de réel endroit gay. Par exemple, les aires de repos étaient des lieux de rencontre par excellence. Elles ont été refaites de manière à les rendre stériles, voire en les entourant de barbelés.

À 58 ans, il décrit aussi une certaine forme de discrimination liée à l’âge mise en place par certains profils : “Comme beaucoup, arrivé à un certain âge, tu te tronques de quelques années parce que lorsque tu vieillis, ça devient compliqué. Certains profils sont même violents, c’est-à-dire que tu as des sens interdits, des textes du genre “Les vieux pervers, c’est pas la peine de venir ou je te bloque”, ou sinon “J’ai déjà un père” ou des choses agressives. Moi, je suis assez éclectique du moment que la personne me plait

« Je faisais plusieurs dates par semaine et j’appliquais des méthodes quasi professionnelles, comme quand on cherche un travail. »

Après une rupture difficile, Louisa a 35 ans lorsqu’elle s’inscrit pour la première fois sur des sites de rencontre : “J’ai pris conseil auprès d’ami.e.s célibataires qui m’ont dit : “Si tu veux aller sur les applis, attention, parce que les hommes que tu vas côtoyer là-bas peuvent être assez agressifs.” Et assez rapidement, dans les premières rencontres, je découvre qu’il y a des gens qui posent des lapins.”

Après avoir enchaîné les rencontres et optimisé son utilisation des applications, Louisa s’aperçoit que sa recherche et ses attentes se modifient avec son utilisation des applications : « Il y a eu des dates très positifs, il y en a eu beaucoup qui étaient sans intérêt. […] Je ne savais même plus pourquoi je faisais des dates. Au départ, c’était pour être en couple, mais j’ai la chance d’avoir plusieurs partenaires, donc j’ai une sexualité qui est riche, épanouie, inventive. La tendresse, je l’ai. Les câlins, la sexualité, je les ai. Je passe vraiment des moments délicieux de partage. On me dit « Mais ça ce sont des trucs de couple ça », non, moi, j’ai ça avec mes amants.« 

LNDT: @347. Série: dernières nouvelles du sexe – Épisode 2/13 : Le nouvel âge des premières fois

Un podcast de 23′ de Radio France

Par Pauline Chanu. L’âge du premier rapport sexuel augmente sensiblement depuis vingt ans. Certain.e.s continuent toutefois de s’interroger : qu’est-ce c’est, exactement, une première fois ? Avec Mathias qui a vomi. Liam qui s’est endormi. Clara qui a attendu d’avoir 30 ans.

Dans cette série « Dernières nouvelles du sexe » des Pieds sur Terre, on découvre des témoignages intimistes sur la sexualité d’aujourd’hui, à l’aune d’une nouvelle enquête scientifique de l’Inserm qui pointe du doigt les changements de pratiques des Français.

Dans ce deuxième épisode, trois témoins nous parlent de leurs premières fois.

« Dans les films pornographiques, on a l’impression que c’est l’homme qui domine. Donc, je pensais devoir diriger le rapport, et il ne fallait pas que je me loupe. »

« C’était le soir du match France contre Suisse à l’Euro 2016, avec ma copine de l’époque », se rappelle Mathias. Il était stressé d’avoir sa première relation sexuelle, stressé par le poids des injonctions “à assurer ». Plus expérimentée que lui, c’est sa partenaire qui guide Mathias. « Ça m’a beaucoup étonné à quel point j’ai aimé, et à quel point ça ne me lassait pas d’embrasser quelqu’un pendant des heures sans s’arrêter. »  Mais juste avant la première tentative de pénétration, tout se complique pour Mathias : la pression de provoquer l’orgasme chez sa partenaire le fait vomir.

En l’absence de pénétration, Mathias ne sait pas s’il doit dire à ses amis qu’il est — ou non — encore vierge. “Dans le doute, je répondais oui, et je voulais recoucher le plus vite possible pour ne pas avoir à mentir trop longtemps.”  Finalement, il n’est pas transcendé par l’expérience de la pénétration : « J’avais moins l’impression de vivre une nouveauté ».

Liam, personne transmasculine, est dessinateur dans l’animation 2D. Il avait 18 ans le jour de sa première fois. Il se rappelle la douceur de la peau de la personne avec qui il a partagé ce moment. « On a commencé par utiliser un masse-tête puis à se caresser le dos, les bras et le reste du corps, lentement. Cette lenteur créait une tension très agréable. Puis, on a fini par enlever certains de nos vêtements. Je ne me rappelle plus si on s’est embrassé. […] Ça a duré trois ou quatre heures et on s’est endormi dans les bras l’un de l’autre. »

« Pendant plusieurs années, je me suis demandé si c’était ma première fois ou pas, comme il n’y avait pas eu d’organes génitaux impliqués. »

Liam s’est rendu compte seulement récemment, que ce rapport sexuel, c’était sa première fois. « On oublie trop l’aspect érotique du désir, tout ce qui a trait aux préliminaires, qui est aussi important que tout le reste. » Cette prise de conscience a changé son rapport à la sexualité : il est plus attentif aux câlins, aux caresses sur les parties du corps où la peau est fine, comme à l’intérieur des cuisses ou en bas du dos. « On manque de représentations d’une sexualité corporelle, où tout le corps est impliqué.« 

Clara a 33 ans. Elle raconte qu’à 21 ans, elle a subi une hyménectomie pour se faire enlever l’hymen, qui présente des signes anormaux. Cette opération met entre parenthèse ses désirs adolescents. Plusieurs années passent sans qu’elle ait beaucoup d’occasions de rencontres. Mais la lecture et le visionnage de films lui suffisent pour comprendre qu’il existe une véritable pression sociale quant au fait de perdre jeune sa virginité. « J’avais une idée de la sexualité assez violente, et en même temps, j’avais peur de ne pas connaître l’amour, de finir vieille fille.« 

“La virginité, il y a un moment où ça devient suspect. Soit ça ne plaît plus aux hommes, soit ça plaît à ceux qui sont dans un délire BDSM et qui aiment les vierges effarouchées.”

À 28 ans, elle se fait un groupe de copines qui les acceptent, elle et sa virginité. De bons conseils, elles l’entourent et l’encouragent. « Elles m’aidaient à aller vers la découverte de la sexualité », témoigne Clara. Sa première fois, elle l’a faite avec un homme qui ne la presse pas. C’est au lendemain de leur première nuit dans le même lit qu’ils couchent ensemble. « Je lui ai dit merci, parce que c’était comme ça que je voulais que ça se passe. »

LNDT: @346. Série: dernières nouvelles du sexe – Épisode 1/13 : À l’instant T : dix façons de faire du sexe

Un podcast de 28′ de Radio France

Dix personnes de tous âges et milieux, partout en France, décrivent avec précision le dernier rapport sexuel qu’elles ont eu. Un premier tour d’horizon qui confirme qu’en vingt ans, nos sexualités sont devenues plus inventives et diversifiées, moins pénétratives ou reproductrices.

Dans cette série « Dernières nouvelles du sexe » des Pieds sur Terre, on découvre des témoignages intimistes sur la sexualité d’aujourd’hui, à l’aune d’une nouvelle enquête scientifique de l’Inserm qui pointe du doigt les changements de pratiques des Français.

Dans ce premier épisode, on découvre les récits des dernières fois des quelques interrogé.e.s.

La dernière fois que Julien a fait du sexe, c’était il y a quelques semaines avec une fille qu’il avait croisée plusieurs fois au bar du village à côté du sien. Il n’en avait pas tant envie que ça, mais il l’a suivie lorsqu’elle a déployé la « technique du massage ».

« Il y a eu beaucoup de positions : des cuillères, des levrettes, des missionnaires, des sortes de ciseaux… »

À l’inverse, tous les rapports sexuels de Juliette avec son partenaire de 73 ans, y compris le dernier donc, se composent d’une position, la seule possible : après s’être caressés longuement, être restés allongés, avoir bavardé et ri, elle se met à califourchon sur son corps, « dans tous les sens qui font du bien ».

Isaac avait deux partenaires lors de sa dernière fois. Sa copine lui a suggéré de proposer à ce garçon de les rejoindre, après une soirée. Isaac s’est senti plus proche d’elle : « On a trouvé quelque chose qui nous excitait tous les deux, avec quelqu’un qui nous excitait tous les deux. Nous voir faire l’amour ensemble à quelqu’un c’était nouveau et sympa.« 

Cela faisait presque deux mois que Margot et son copain n’avaient pas eu de rapport sexuel lorsqu’ils ont couché ensemble pour la dernière fois. Elle avait peur que ça manque de spontanéité, mais au contraire : Margot en avait pleinement envie, et sent même que le fait d’espacer leurs rapports lui permet de prendre beaucoup plus de plaisir.

« On ne s’amuse pas à faire des galipettes dans tous les coins de la pièce, mais plusieurs positions lui correspondent bien, par rapport à son dos. »

Guy et Morgane ont 56 et 79 ans. Toutes les positions ne sont pas possibles, mais Guy s’assure toujours que Morgane est dans la position la plus agréable possible pour son dos afin qu’elle prenne du plaisir.

Alexia a fait du sexe le matin même avec un garçon rencontré il y a une semaine. Il lui plaît tellement qu’elle aime les stimulations qui d’habitude ne marchent pas sur elle. « J’avais un peu mal à ce moment-là, en missionnaire, mais j’avais quand même très envie de lui. […] Je lui avais dit qu’il me fallait toujours beaucoup de temps pour jouir en début de relation, et finalement j’ai joui.« 

Nicolas a établi une liste de sites qu’il consulte régulièrement lorsqu’il souhaite se masturber. La dernière fois, c’était un soir, devant la même vidéo qu’après le déjeuner du même jour. Il souligne que le plaisir est fonction du temps passé à la tâche : « Plus j’y passe du temps, plus c’est intéressant au niveau plaisir. […] Ça me détend et me permet d’être plus empathique. Quand je ne fais pas ça pendant longtemps, je deviens un vrai connard. »

« On a mis de la musique pour décoller. Ça monte à tel point que t’as envie de te faire du mal. »

Pour Emma, c’était après la gaypride la dernière fois, et c’était fantastique. Pour Jordan aussi, c’était intense : « Le plaisir monte très bien, ça bouge beaucoup, les caresses se font un peu plus intenses… et je sens qu’elle a un orgasme. Elle me dit « si tu veux me prendre, c’est maintenant ». Je ne me fais pas prier. » Juliette aussi a un très bon souvenir de sa dernière fois, en août dernier. Elle a pris le temps avant la pénétration et a adoré lorsque son partenaire lui a mordu la cuisse : »Je n’ai pas joui, mais j’ai pris quand même énormément de plaisir.«