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LNDT: @356. Série: dernières nouvelles du sexe – Épisode 11/13 : Des genres plus fluides

Un podcast de 29′ de Radio France

Par Élodie Font. Tandis que de plus en plus de personnes déclarent avoir pensé à changer de genre, Charlie, Yoann et Myrtille racontent comment iels en sont venus à s’identifier comme non binaire ou comme personne queer. Quels chemins iels ont pris pour oser s’affranchir de son genre de naissance.

Dans cette série « Dernières nouvelles du sexe » des Pieds sur Terre, on découvre des témoignages intimistes sur la sexualité d’aujourd’hui, à l’aune d’une nouvelle enquête scientifique de l’Inserm qui pointe du doigt les changements de pratiques des Français.

“Il faut que je montre qui je suis et que je sois fier.ère, parce que sinon je vais m’auto-détruire”

Charlie a 26 ans, iel est non-binaire et a grandi dans une petite ville de Seine-et-Marne. Son éducation sentimentale et sexuelle commence à l’adolescence, mais rapidement, Charlie comprend que le schéma hétéronormé, qu’iel découvre avec une certaine violence, ne lui correspond pas.

C’est à l’université que ses rencontres lui permettent de davantage se connaître et de s’interroger sur son identité de genre : “La première personne non-binaire que j’ai rencontré, j’en avais super peur. Je pense que quelque part, j’avais très peur des questions que ça me posait […] Mais c’est en me rapprochant de cette personne-là que j’ai pris conscience de qui j’étais. […] C’est devenu un peu plus concret dans ma tête. J’ai pu dire à mes amis proches : “Ok, si vous pouvez m’appeler Charlie maintenant, ce serait super cool.”

L’espace de liberté accordé par le monde adulte lui permet aussi de commencer à élargir son rapport à la sexualité et aux autres : “La première vraie relation que j’ai eue avec une fille, c’était à 21 ans. J’avais mis sur l’application non-binaire. On a emménagé ensemble après le premier confinement et six mois après, je ne me posais pas les 3000 questions que je me pose d’habitude. Ça s’était fait assez naturellement. Mais la sexualité n’est pas centrale dans la relation. On avait du mal à en parler au début. Et en fait, après, elle m’a dit oui. Je n’ai pas beaucoup d’expérience et je suis très impressionné.e. J’ai peur de mal faire et lui apprendre à construire ensemble”.

“Ça faisait dix ans que j’avais un masque sur le visage”

Yoann a 28 ans et se définit comme étant une personne queer. C’est lors d’un voyage à Londres lorsqu’iel était étudiant.e que la question du genre se pose pour la première fois. Un vertige lié à la solitude pousse Yoann à s’interroger sur sa sexualité, mais aussi sur la performance de genre que la société lui impose. Après des voyages et un travail thérapeutique, iel comprend que son sentiment de malaise prend racine dans son enfance et que le harcèlement dont il a été victime au collège refait surface.

J’étais victime de harcèlement scolaire, il y avait quelque chose qui dérangeait profondément mes camarades de classe. J’étais quelqu’un qui était perçu comme un garçon, mais qui était efféminé, explique Yoann. C’était la honte suprême d’être une pédale. J’ai vraiment mis en place une stratégie très claire : il était hors de question que j’y pense. Au bout d’un moment, je l’ai complètement oublié. Je n’en avais jamais parlé à qui que ce soit : ni à mes parents, à mes sœurs, à des amis.

C’est cet effacement traumatique qui déclenche chez Yoann une forte dysphorie. Identifier ce mal-être, en parler à ses proches et se genrer au masculin comme au féminin, lui permet de mieux vivre : “Maintenant, je considère que mon genre est une balance entre le masculin et le féminin. Je pars d’une balance avec beaucoup de masculin, du fait de mon assignation de naissance, et j’équilibre avec des attributs qui sont considérés comme féminins pour trouver un équilibre sur la balance du genre qui me correspond.

« Petit à petit, j’ai trouvé et exploré des choses qui sexuellement étaient satisfaisantes »

Myrtille a 32 ans, iel se définit comme non-binaire et lesbienne. Le sentiment de décalage avec le genre assigné à la naissance, iel le ressent dès l’enfance : « Avec ma petite robe et les collants blancs, j’ai l’impression d’être un peu un clown.« 

Au moment de l’entrée dans l’adolescence, le sentiment se confirme : « En grandissant, ce qu’on me proposait comme option, d’être une femme donc, n’allait pas du tout. Je commençais à avoir quinze ans : il y avait quelque chose qui se développait au niveau de la poitrine et je voyais un peu toutes mes amies qui avaient ce changement et qui étaient ravies de ce changement. Et il y avait une espèce d’excitation. Moi, au contraire, ça me laissait assez froid.” Myrtille. C’est en soirée queer qu’iel sociabilise et se fait des ami.e.s : « Il y a cette communauté qui se crée de soirée en soirée et je rencontre des filles avec qui on s’embrasse. On passe un très bon moment pendant la soirée, mais je n’ai pas envie de plus avec elles. Je n’ai pas envie de faire des choses sexuelles, ça ne me vient pas à l’esprit. »

C’est plus tard que Myrtille comprend que son désir est lié à sa connaissance de l’autre, mais aussi que son genre est plus complexe que ce que la société pense : « C’est vrai que je me sens ni homme ni femme. Si on me demande quel est mon genre, il y a un vide. Le langage crée deux cases et mon existence ne s’y trouve pas. »

À écouter : La fluidité du genre en littérature. Mademoiselle de Maupin ou la nostalgie de l’ambigu

Les Quadrithèmes de Charles DantzigÉcouter plus tard

2 min

Merci à Charlie, Yoann, Myrtille et Fanny. Merci à Armelle Andro.

  • Reportage : Élodie Font
  • Réalisation : Eric Lancien

Musique de fin : « It must change », ANOHNI feat. Antony & The Johnsons

Pour aller plus loin

  • Contextes des sexualités en France, une enquête sous la direction d’Armelle Andro, Nathalie Bajos et Caroline Moreau menée pour l’ANRS Maladies infectieuses émergentes, par l’Inserm (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) et Santé publique France.
  • L’ouvrage À nos désirs d’Élodie Font est publié aux éditions de la Déferlante.

En partenariat avec Libération

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

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