LNDT: @439. Le plaisir de transmettre derrière les fourneaux

| Un podcast Radio France (52′)

À travers la cuisine, ce sont bien plus que des recettes de familles qui se transmettent de génération en génération. Autour d’une marmite, les grands-mères livrent leurs astuces, mais souvent beaucoup plus que cela.

Dans le Grandmas Project, le réalisateur et producteur Jonas Parienté montre comment une recette de cuisine est avant tout un vecteur de transmission entre générations, qui raconte bien plus que de simples ingrédients. Dans chacun des petits films de cette collection, disponibles gratuitement sur la plateforme Grandmas Project, un ou une cinéaste et sa grand-mère se retrouvent dans une cuisine, le temps de réaliser un plat qui révèle quelque chose de leur histoire, de la culture de leur famille.

Jonas Parienté est parti de sa propre expérience avec ses grand-mères. « Je me suis rendu compte que la cuisine était le lieu et la pratique qui me permettait de les interviewer. Au-dessus de la marmite, ça devenait tout naturel. Et de cette expérience personnelle, j’ai fait un projet plus collectif. »

« Son plaisir, c’est de donner »

Lui-même a filmé sa grand-mère égyptienne, Nano, en train de préparer la molokheya, qu’il décrit comme « un ragoût, l’équivalent d’un bourguignon, mais égyptien »« La cuisine, c’est vraiment toute sa vie. Mais il y a aussi une notion de devoir. Je ne sais pas si elle adore y être par plaisir personnel, c’est juste que son plaisir, c’est de donner. Et donc, parce que c’est de là qu’elle donne, on va dire que c’est son territoire. »

C’est grâce au Grandmas Project que l’illustratrice et motion designeuse Mélody Da Fonseca décide de faire un film sur sa grand-mère espagnole, Juana. « Depuis toujours, je la dessine, je l’enregistre, je fais des photos d’elle. Là, c’était l’excuse pour garder un moment de mémoire, d’histoire, de cette dame incroyable. Ça l’a mise en lumière, ça lui a permis de raconter des choses qu’elle ne nous avait jamais dites. » Au détour de la préparation d’une tortilla de patatas, surgit ainsi ce souvenir d’enfance, quand Juana était envoyée au ruisseau, où l’on faisait les lessives, pour récupérer avec une petite cuillère, pour la cuisine, les restes d’huile flottant à la surface…

Une recette ratée peut en dire long

« Ce que j’ai adoré à travers ce projet, c’est de découvrir qu’en fonction des personnes, des familles, ce n’est pas tout le temps la même réponse », explique Jonas Parienté. Dans certains cas, « la recette est vraiment un personnage », tandis que d’autres grands-mères ne cuisinent pas beaucoup, ou pas très bien, et c’est cela qui devient le cœur du sujet. L’histoire d’une recette ratée permet de transmettre d’autres choses, « mais malgré tout, on ne perd jamais la dimension culturelle, la racine ».

« La base de la cuisine, c’est la transmission, confirme le chef Grégory Cohen. Moi, ma grand-mère était une très mauvaise cuisinière. Et elle trouvait toujours une excuse exceptionnelle. C’était toujours beaucoup trop salé, mais elle disait que c’était parce qu’elle était amoureuse. Ou quand elle brûlait les plats, et elle disait : ‘C’est que je pensais à toi mon chéri, et d’un seul coup, j’ai oublié’. Ça fait des souvenirs exceptionnels. Que le plat soit bon ou moins réussi, en réalité, ce qui compte, c’est cet amour qu’elle nous a transmis. »

En 2024, le projet Grandmas Project est devenu un livre de recettes du monde entier, dans lequel une certaine… Eva Roque partage, photos à l’appui, les secrets de la pissaladière de la grand-mère.

  • Jonas Parienté, Grandmas Project. Transmettre en cuisine le plus délicieux patrimoine de l’humanité, Hachette Cuisine, octobre 2024

Invités

Melody Da Fonseca Fernandez, motion designeuse et illustratrice. Réalisatrice de l’épisode « La tortillas de patatas » dans la saison 2 de « Grandmas project »

Jonas Pariente, réalisateur et producteur, fondateur de l’agence Chaï Chaï. Créateur de la websérie « Grandmas Project » et auteur du livre « Grandmas Project. Transmettre en cuisine » (Hachette pratique, 2024).

Publié par

MICHEL AKRICH

Je possède un parcours atypique et éclectique à forte inclinaison artistique. Aujourd’hui psychothérapeute à Avignon, la photographie est une passion qui complète parfaitement mon activité psychothérapeutique. Dans les deux cas, mes champs d’explorations sont les émotions. Tout comme pour mes patients, elles influencent ma façon d’être dans le monde et de voir le monde. Je développe un univers visuel poétique, parfois décalé et onirique très particulier. Je suggère des expériences esthétiques et existentielles avec des images volontairement floues. Ce parti pris oriente mon regard photographique et nourrit bon nombre de mes travaux où je recherche à saisir et à transmettre une atmosphère. J’ai toujours aimé expérimenter, explorer et découvrir de nouveaux sujets que j’aborde avec la même intensité, faisant à chaque fois appel à ma sensibilité ainsi qu’à ma sincérité.  L’image est comme une écriture, mon langage intime. Il est singulier, habité par le rêve, les visions et les envies. Jamais violents, mes clichés invitent à une contemplation et à une interprétation de mon imaginaire. Il me transporte dans une ambiance où fragilité, équilibre précaire, couleurs et mouvements questionnent la relation entre le visible et l’invisible. Grâce à la présence quasiment omniprésente du flou dans mon travail c’est comme un questionnement qui apparaît puis provoque, interroge et qui s’adresse à la capacité de chacun à s’émouvoir et à se laisser surprendre. Je produis des oeuvres abstraites parce que mon champs d’exploration est alors plus grand, mon imaginaire sans limite, voir même débridé. Détaché peu à peu de la technique, mon geste est plus assuré et spontané. J’explore et je crée à partir d’une émotion. D’ailleurs, je sais que je vais bientôt entreprendre un travail photographique quand je commence à me nourrir frénétiquement de photos, de lectures, de musées, de films. Lors de la fabrication, il faut que je perçoive que je rentre dans des zones nouvelles, que j’ai l’impression d’évoluer et surtout de ne pas me répéter dans mon activité. Regarder et montrer a toujours fait partie de ma démarche. Enfin, mes expositions se construisent lorsque je visionne mes clichés. À partir des formes et des dominantes de couleurs, émergent des envies qui convergent vers des idées de narrations. Ce qui est important, c’est de m’écouter et alors je suis à chaque fois étonné. Aujourd’hui, je vois en couleur, j’imagine en couleur, je rêve en couleur. Je pense la photo comme un médium dont le travail se rapproche de celui d’un peintre utilisant des pigments prononcés. Cela se traduit dans mes clichés par la présence de formes énergiques aux tons vifs. Mais pas seulement. J’expérimente de nouveaux territoires et j’explore de nouvelles parties de moi même qui m’entraînent vers un infini de possibilités créatrices, bien loin des photos imaginées lors de mon travail préparatoire et qui interroge mon rapport intime à la vie.

Laisser un commentaire