| Un podcast Radio France (46′)
On estime qu’environ une grossesse sur quatre se solde par une fausse couche, 200 000 en France chaque année. Malgré l’ampleur des chiffres, l’arrêt de grossesse est bien souvent vécu dans la solitude ou l’intimité du couple et avoir de lourdes conséquences psychologiques.
Avec
- Danielle Hassoun, gynécologue-obstétricienne
Aujourd’hui, on s’intéresse aux fausses couches ou avortement spontané. Un événement traumatique, un drame intime qui touche environ 200 000 femmes par an.
Comment expliquer les non-dits, les tabous qui entourent les fausses couches ? Quelles sont les principales causes des fausses couches ? Quels sont les symptômes ? Comment faire le deuil ? Comment surmonter ce trauma psychologique Comment l’entourage peut-il accompagner les femmes qui ont fait une fausse couche ?
Nous abordons également comment se forme un embryon et quelles sont les raisons de sa viabilité jusqu’au terme de la grossesse.
La fausse couche : un arrêt de la grossesse lié à une erreur
Danielle Hassoun, gynécologue-obstétricienne au Centre de santé du Square de la mutualité explique ce qu’il se passe en cas de fausse couche : « Les malformations, souvent d’origine chromosomique, sont la cause première des fausses couches précoces, celle d’avant le troisième mois. Les autres causes sont beaucoup plus rares et peuvent être des causes infectieuses, des malformations de l’utérus. » Ensuite, « l’utérus réagit, il y a des saignements, et dans la majorité des cas, l’embryon est expulsé. » Mais parfois, il n’y a pas d’expulsion spontanée. « Le corps va garder l’embryon. Une intervention médicale, soit médicamenteuse, soit chirurgicale avec un curetage, ou une aspiration, sera nécessaire pour que cette expulsion puisse avoir lieu… Et n’est pas la même chose par rapport au corps. », ajoute la psychologue clinicienne spécialisée en psychopathologie.
Questionner l’expression « faire une fausse couche »
Pour Mathilde Bouychou, il faudrait questionner les mots fausse couche : « Il n’y a rien de faux dans une fausse couche. Tout est vrai. Ce qui est perdu est réel, même si c’est difficilement définissable. » Et la dessinatrice Mathilde Lemiesle, autrice de la bande dessinée Fausse couche vraie question, ajoute : « On parle de faire une fausse couche, mais ne devrait-on pas parler de subir une fausse couche ? »
Les fausses couches bien que fréquentes, demeurent un sujet tabou
Danielle Hassoun : « Sur 100 grossesses qui commencent, 25 qui arrivent à terme. » Des chiffres qui exercent une pression sociale sur les femmes qui gardent le secret sur leur grossesse avant qu’elle ne soit confirmée. Pour Mathilde Bouychou,« On peut dire que la fausse couche est banale au sens de fréquente, mais pas au sens de ce qui vous arrive. Rien n’est jamais banal et même si ce n’est pas toujours un drame, l’arrêt involontaire d’une grossesse reste comme une cicatrice. » Mathilde Lemiesle, qui a subi quatre fausses couche, explique : « Comme souvent, on n’a pas dit qu’on était enceinte, quand l’arrêt involontaire de la grossesse survient, c’est le double silence. » Conséquence : le tabou qui entoure la fausse couche conduit à l’ignorance. Mathilde Lemiesle : « Je ne savais rien et quand ça m’est arrivé, je suis tombé des nues. Et médicalement aussi, j’ignorais ce qui allait se passer. Tout a été une découverte. »
Accompagnement médical et soutien de l’entourage : des clés pour la guérison
Pour Mathilde Lemiesle, la fausse couche est « une épreuve va marquer profondément à la fois émotionnellement, psychiquement les femmes dans leur corps. » Même si tout le monde ne vit pas la fausse de façon dramatique, l’accompagnement, tant médical que psychologique, est essentiel pour les femmes qui y sont confrontées. La docteure Hassoun rappelle l’importance d’un suivi approprié, à la fois pour apaiser la douleur physique et pour accompagner la guérison émotionnelle. Le soutien de l’entourage joue également un rôle crucial. Mais il doit être bienveillant, sans minimiser la douleur, il ne doit pas offrir de conseils non sollicités. Les proches doivent apprendre à écouter, à compatir et à reconnaître l’ampleur du traumatisme vécu par la femme concernée.
