Un podcast de 29′ de Radio France
Par Élodie Font. Un nombre relativement important de femmes déclarent désormais avoir eu des relations sexuelles avec des femmes. Emma a mis dix ans à l’assumer. Annie fait partie des “lesbiennes tardives”. Margo parle d’une sexualité qui lui colle à la peau.
Dans cette série « Dernières nouvelles du sexe » des Pieds sur Terre, on découvre des témoignages intimistes sur la sexualité d’aujourd’hui, à l’aune d’une nouvelle enquête scientifique de l’Inserm qui pointe du doigt les changements de pratiques des Français. Dans ce nouvel épisode, on s’intéresse au lesbianisme des plus et moins jeunes.
Attention : cette série contient des témoignages explicites sur des pratiques sexuelles, assortis de détails précis. À ne pas mettre entre toutes les oreilles.
Emma avait 17 ans lorsque, en couple avec un garçon, elle développe une amitié très fusionnelle avec une fille de sa classe. “Tous les jours, pendant trois mois, on s’écrit sur une feuille A4 chacune son tour. Je me rends bien compte que ce n’est pas une amitié traditionnelle.” Un jour, elles s’enlacent, puis s’embrassent : “C’est merveilleux. C’est doux, très chaud, ça explose dans ma tête. […] Je ressens comme un déclic dans le bas du corps, qui est en feu. C’est du désir brut.”
“J’étais complètement consciente qu’il y avait des personnes homosexuelles, mais je ne pensais pas que ça m’arriverait à moi”
L’amour est passionnel. En autres parce que les familles des deux femmes ont du mal à accepter cette relation. “Tous ces interdits nous font fusionner. À partir du moment où l’on se voit, on se manque déjà.” Des interdits qui, malgré tout, empêchent d’envisager un amour au long court, car l’environnement y est trop hostile.
Après cette première histoire, Emma comprend qu’elle peut être amoureuse d’autres femmes. Se pose alors la question de la sexualité lesbienne. “Qu’est-ce que je suis censée faire dans un lit avec une femme ? Personne ne me l’a dit, personne ne m’en a jamais parlé. Je n’ai jamais rien vu à la télévision. Tout est à inventer. […] Du fait d’une absence de repère, cette sexualité n’en était pas une. »
Anne, 55 ans, s’est aussi posée ces questions lorsqu’elle couche pour la première fois avec une femme, après s’être séparée de son mari. Elle s’était installée très jeune chez celui qui deviendra le père de son enfant. Mais grâce à la psychanalyse, elle se rend compte de son homosexualité : “C’est comme une vague qui te submerge de l’intérieur, sans pouvoir la contenir. Je ne m’imaginais qu’avec une femme, et je ne pouvais plus vivre comme ça.”
Après la séparation d’avec son mari, Anne s’inscrit sur un site de rencontres. Une femme avec qui elle discute lui conseille de cacher le fait qu’elle n’a jamais couché avec des femmes.
“En tant que “lesbiennes tardives” on se pose la question de notre légitimité, est-ce qu’on est des “vraies” lesbiennes ?”
Chaque fois que Margo ressent quelque chose pour une nouvelle femme, c’est toujours très épidermique. Un désir si fort qu’il a provoqué la rupture avec Marine, lorsque Margo a rencontré Caroline. “Ça m’a paumé parce que je me suis laissée embarquer par un désir corporel pour Caroline, alors que j’aimais encore Marine.”
“Les premières fois où j’ai ressenti des choses fortes pour des femmes, ça m’a dépassée tellement c’était puissant”
Margo décrit sa sexualité non verbale, le charme du laisser-aller au corps de l’autre de manière spontanée et instinctive. Et évoque sa difficulté à supporter les personnes qui préfèrent être dans le contrôle total. “Je suis vachement liée aux odeurs. C’est un sens vachement important pour moi dans la sexualité et la sensualité.”
Merci à Emma, Margo et Anne. Merci à Armelle Andro.
- Reportage : Elodie Font
- Réalisation : Somaya Dabbech
Musique de fin : “Lunch”, Billie Eilish – Album : Hit Me Hard and Soft (2024)
