LNDT: @345. Comment les psychédéliques modifient le cerveau – Épisode 6/6

Un podcast de 10′ de Radio France

Dans les traitements pour lutter contre la dépression, les molécules psychédéliques et apparentées commencent à revenir en médecine. Quels effets produisent-elles sur le cerveau ?

Avec

  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

Longtemps diabolisées, les molécules psychédéliques bénéficient, depuis quelques années, d’un regain d’intérêt pour soigner les dépressions sévères et résistantes aux traitements antidépresseurs. Après une période de prohibition à partir des années 1970, la possibilité d’une utilisation médicale, commence à s’ouvrir, même si de nombreuses précautions s’imposent pour réglementer et encadrer leur utilisation.

Effets immédiats et action rapide

Contrairement aux traitements antidépresseurs classiques, ces molécules psychédéliques ont des effets antidépresseurs dits “d’action rapide”, car ils peuvent apparaître quelques heures à quelques jours après l’administration.

Elles ont par ailleurs la particularité d’induire des états modifiés de conscience, associés à des sensations de sortie du corps, de connexion avec l’environnement. Les signaux sensoriels sont amplifiés : des souvenirs refont surface, des odeurs ressurgissent, de nouvelles sensations liées au toucher se manifestent, un sentiment de plénitude se dessine, des altérations transitoires de votre perception sont observées… cette amplification des sens est caractéristique de l’expérience psychédélique. Certains effets sont même parfois vécus comme des expériences presque mystiques.

Pour des dépressions résistantes aux traitements : psilocybine et kétamine

Parmi ces molécules, la plus célèbre est la psilocybine, un alcaloïde naturel issu des champignons Psilocybes, espèce endémique qu’on retrouve dans la plupart des régions du monde. Ces champignons sont d’ailleurs tellement répandus sur la planète qu’ils ont été utilisés à visée rituelle ou médicinale dans de nombreuses cultures.

La psilocybine est revenue en médecine au début des années 2000 sous l’impulsion d’un psychiatre Roland Griffith de l’université Johns Hopkins. Ce psychiatre est un fervent défenseur d’une approche intégrative et il consacre une grande partie de sa carrière à soulager la souffrance psychologique des patients souffrant de cancer en phase terminale. Ce psychiatre réalise une première étude qui montre qu’une dose unique de psylocybine est associée à une psychothérapie de soutien, réduit significativement l’anxiété et les symptômes de dépression chez les patients qui souffrent de symptômes anxieux ou dépressifs en fin de vie.

En France, depuis une dizaine d’années, la kétamine est aussi utilisée contre la dépression résistante. Cette molécule, qu’on dit anesthésique, est utilisée chaque jour par les anesthésistes et par les urgentistes, notamment pour sa capacité à induire rapidement un état de conscience altéré. Contrairement aux antidépresseurs conventionnels, ces molécules psychédéliques vont en fait entraîner des altérations transitoires de votre perception.

La kétamine entraîne par exemple plutôt des effets dissociatifs, une déréalisation, un sentiment d’irréalité du monde et une dépersonnalisation, c’est-à-dire à un sentiment d’irréalité du corps lorsqu’elle est intense. Les patients souffrant de dépression résistante, qui avaient souvent des croyances négatives depuis de nombreuses années, verbalisent très souvent la perception d’un changement de perspective, comme si leur point de vue avait été modifié, qu’ils bénéficiaient d’une plus grande ouverture mentale.

Les interactions avec le cerveau

Face aux récits de ces patients, un champ de recherche en neurosciences s’est développé pour comprendre les effets de ces molécules psychédéliques sur le cerveau. Cette rapidité d’action, ces effets très puissants ne concordent pas avec la théorie de la correction des croyances.

Après une seule prise de psilocybine, on observe des changements profonds dans l’activité des réseaux cérébraux. On retrouve ainsi une augmentation de la connectivité entre les cortex sensoriels et une diminution d’activité dans certaines zones.

Utilisation sous surveillance et effets indésirables

Au cours de ces thérapies, l’accompagnement psychothérapeutique est indispensable. Il est même recommandé que deux thérapeutes soient présents constamment aux côtés du patient pendant toute la durée de la séance.

L’utilisation médicale de la psilocybine n’est pas possible en France et celle de la kétamine nécessite d’être bien encadrée. L’utilisation des psychédéliques comme traitement nécessite en fait des protocoles formalisés, des études rigoureuses et une meilleure connaissance de leurs apports bénéfices-risques. Ces précautions sont d’autant plus importantes que ces traitements peuvent entraîner des effets indésirables psychologiques provoquer de la peur, de la tristesse ou provoquer des contextes d’addiction, notamment quand on a envie de répéter les effets subjectifs ressentis pendant la prise.

Les maîtres mots pour la recherche psychédélique sont : rigueur scientifique, temps pour la science, protection des individus fragiles et cloisonnement strict avec les usages récréatifs.

LNDT: @344. Comment les antidépresseurs corrigent vos biais cognitifs – Épisode 5/6

Un podcast de 10′ de Radio France

Il existe de nombreux mythes sur les antidépresseurs, des représentations faussées, excessivement optimistes ou anxiogènes. Comment ces molécules agissent-elles sur le cerveau déprimé et transforment-elles la perception noire du monde ?

Avec

  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

La dépression est une lutte sans merci. L’utilisation d’un antidépresseur est parfois nécessaire.

En pharmacologie, l’antidépresseur désigne un ensemble assez divers de molécules qui n’ont pas les mêmes modalités d’action, les mêmes effets thérapeutiques ou les mêmes effets indésirables. Ce nom générique complexifie un peu les choses, car on retrouve des molécules qui peuvent avoir des effets radicalement différents, qui peuvent favoriser l’appétit et au contraire le réduire, favoriser l’endormissement ou donner un sentiment accru d’énergie.

Un objectif commun : cibler les monoamines, des neuromodulateurs

De manière générale, il s’agit de molécules qui ciblent ce que l’on appelle les monoamines, parmi lesquelles on retrouve par exemple la sérotonine, la noradrénaline ou la dopamine. Ces monoamines sont appelées des neurotransmetteurs, car elles transmettent de l’information au travers de la fente synaptique (un espace microscopique d’environ 25 nanomètres qui sépare vos neurones). Lorsqu’un neurotransmetteur se fixe sur les récepteurs d’un neurone, il transmet un message électrique qui peut être à son tour transmis à un autre neurone. Un peu comme une course de relais. Il y a plus d’une vingtaine de types de synapses différentes, chacune transmettant des messages spécifiques et qui sont impliqués différemment dans cette activité cérébrale.

Les effets des antidépresseurs

Bien que l’on connaisse de mieux en mieux leurs effets chimiques, on sait encore très peu de choses sur les effets cognitifs des antidépresseurs. Si vous commencez un traitement antidépresseur, vous pourrez observer des premiers effets après 3 à 4 semaines de traitement et la plupart du temps, vous vous sentirez mieux après un délai plutôt de 4 à 6 semaines.

Pourtant, contrairement à ce que l’on croit souvent, ces traitements antidépresseurs ne mettent pas un mois pour agir. Pas toujours clairement de façon perceptible, ces molécules vont modifier la perception du monde, la cinétique de vos mouvements ou encore votre réactivité émotionnelle.

Plusieurs études ont ainsi montré que des changements très précoces avant tout effet sur l’humeur pouvaient toucher la reconnaissance des émotions faciales, l’apprentissage de nouvelles informations ou la mise à jour de vos croyances. Ces effets précoces et silencieux des traitements antidépresseurs sont aujourd’hui au cœur de la recherche en neurosciences cognitives, car ils pourraient permettre de détecter l’efficacité d’un traitement bien avant le ressenti subjectif d’une amélioration de la dépression.

On sait que deux tiers des patients ne répondent pas à un premier traitement antidépresseur et qu’environ un tiers sont résistants à plusieurs stratégies de traitement antidépresseur.

Une modification de la perception

Sous l’impulsion d’une équipe de l’université d’Oxford dirigée par Catherine Harmer, un champ théorique nouveau s’est développé pour essayer de comprendre les effets de ces antidépresseurs. Cette équipe a montré que les traitements antidépresseurs modifient la perception des informations positives et négatives. Ils viennent corriger les biais en faveur du négatif retrouvé dans la dépression. Ils montrent notamment que les traitements antidépresseurs influencent la reconnaissance des émotions sur les visages – par exemple la capacité à reconnaître la joie ou la peur – à interpréter une émotion faciale ambiguë. Lorsque vous prenez un antidépresseur, vous aurez plus de facilité à reconnaître les sourires, les émotions positives sur le visage des gens que vous allez croiser dans la rue. Vous allez aussi avoir plus de difficultés à reconnaître les émotions négatives, les émotions de colère, les émotions de peur. Et vous allez avoir un rappel plus facilité de vos souvenirs positifs, agréables, du passé.

Ces résultats sont fascinants. Premièrement, ils inscrivent les effets des antidépresseurs dans la cognition plutôt que de les limiter à une simple mécanique biologique. Ensuite, ils montrent que ces effets apparaissent bien avant l’amélioration subjective et objective de l’humeur.

Une motricité retrouvée

Dans la dépression, le mouvement ralentit, la parole devient très rare. L’immobilité gagne progressivement le corps. Après une semaine d’un traitement antidépresseur, on peut observer une levée de cette inhibition motrice, un peu comme si les mouvements avaient retrouvé leur amplitude, leur cinétique, que les muscles se réveillaient et que le tonus revenait. Cet effet précoce de la motricité a d’ailleurs fait dire au sociologue Alain Ehrenberg que les antidépresseurs sont des régulateurs de l’action ou que certaines molécules dépressives n’étaient pas des pilules du bonheur, mais plutôt des pilules de l’initiative.

Cette levée d’inhibition est aussi tristement célèbre en psychiatrie, parce qu’elle peut favoriser transitoirement le risque de suicide. Si vous avez un désir de mort qui est très puissant, mais que vous n’avez plus aucune volonté, vous aurez beaucoup de difficulté finalement à mettre en actes votre pensée. La levée de l’inhibition motrice peut ainsi produire cet effet paradoxal de renforcer pour le sujet la possibilité de se donner la mort en libérant son corps des liens qui l’entravaient.

LNDT: @343. Comment votre corps module vos émotions – Épisode 4/6

Un podcast de 10′ de Radio France

La perception des signaux corporels fait partie de ce que l’on appelle “l’interoception”, un concept complexe qui désigne le traitement par votre système nerveux des informations qui proviennent de votre corps. Un concept crucial pour comprendre la dépression.

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  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

Ce qui transparaît dans votre pensée est le reflet de ce qui se déroule à un niveau plus profond dans votre corps.

La dépression n’est pas seulement un trouble psychologique touchant un pur esprit éthéré, flottant comme une brume au-dessus d’un corps biologique. Elle est avant tout un trouble corporel lié à des dysfonctionnements au sein de votre organisme et détériorant progressivement le corps.

L’intéroception ou comment corps et psyché communiquent

Il y a des milliards de terminaisons nerveuses tapissant l’intérieur de votre corps, qui transmettent à tout moment les informations sur votre cœur, vos poumons, votre intestin, votre estomac à votre cerveau.

En sciences, on distingue l’intéroception (les informations qui émanent de votre corps physiologique) de la proprioception (la perception de la position de votre corps dans l’espace) de l’extéroception (qui regroupe vos sens externes comme la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût ou le toucher).

L’intéroception est cruciale en psychologie, car votre esprit n’est pas logé dans votre boîte crânienne, mais dans l’ensemble de votre corps. Votre esprit est forgé par cette interaction dynamique, continuelle entre le monde et notre corps, nos muscles, nos viscères.

Depuis les travaux du neuroscientifique Antonio Damasio, professeur à l’Université de Californie du Sud, on sait aussi que l’intéroception est cruciale pour votre sentiment d’incarnation, la sensation d’être dans votre corps, la sensation d’une identité corporelle.

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Écouter le corps pour réguler les émotions

On sait aussi que ces prédictions intérospectives sont cruciales pour les émotions. Les travaux de la neuroscientifique britannique Sarah Garfinkel ont par exemple montré que votre expérience émotionnelle est modulée par les changements de votre rythme cardiaque.

Plusieurs études, dont certaines réalisées avec la chercheuse Caroline Sévoz-Couche et l’équipe du Professeur Emmanuelle Corruble à l’hôpital Bicêtre, ont montré que la dépression était associée à des dysfonctionnements de l’intéroception. Les patients souffrant de dépression ont généralement une précision réduite lors de tâches de détection des battements cardiaques. Ils ont plutôt tendance à percevoir les signaux comme faibles et à faire beaucoup plus d’erreur de détection. Ils ont aussi plus de difficultés à réguler leurs propres sensations corporelles. Ils font moins confiance à leurs signaux somatiques.

Écouter le corps pour réguler les besoins

L’une des clefs pour comprendre le lien entre le corps et la dépression est probablement le concept d’allostasie, un nom savant qui désigne en biologie la capacité d’un organisme à anticiper ses besoins énergétiques

À tout moment, votre système nerveux essaie de prédire les variations de température, d’oxygène et de glycémie dans votre organisme, afin de vous maintenir en vie.

L’intéroception est le baromètre interne de ce système de régulation, guidant vos comportements en fonction de l’anticipation des besoins de votre corps et de l’état du monde qui vous entoure.

Dans la dépression, le cerveau fait des prédictions erronées et à propos des ressources de votre organisme, reçoit des mauvaises informations et perd sa capacité finalement à ajuster ses prédictions à ces signaux corporels.

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Ce dysfonctionnement intéroceptif pourrait d’ailleurs expliquer l’asthénie, cette profonde fatigue qui frappe le patient dès le réveil, s’insinuant dans chacun de ses mouvements comme si toute sa musculature s’était chargée, muée en plomb.

LNDT: @342. Comment les croyances négatives vous trompent – Épisode 3/6

Un podcast de 10′ de Radio France

Dans la dépression, de nombreuses croyances négatives sur soi-même, liées à la dévalorisation, façonnent l’existence. À l’origine de ces croyances : la disparition d’un biais cognitif, le biais positif, communément protecteur pour la santé mentale.

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  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

Votre système nerveux est câblé pour générer du sens à partir d’un flux d’informations discontinues, incertaines, parfois ambiguës. Pour cela, votre cerveau utilise des croyances probabilistes qui lui permettent de filtrer ses informations sensorielles, mais qui sont profondément perturbées dans la dépression.

Prégnance de croyances négatives

Lorsque vous souffrez de dépression, vous êtes constamment traversé par des pensées sombres. Vous pouvez ainsi avoir tendance à croire que vous n’avez aucune valeur, que vous avez commis des erreurs terribles, que vos proches vous rejettent ou que votre condition est un fardeau sur leurs épaules dont vous devez les libérer.

Ces croyances sont aussi au centre de ce que l’on appelle les “ruminations” — un terme qui décrit le caractère répétitif, circulaire de votre contenu mental. Ces ruminations vous enferment progressivement dans un espace de plus en plus restreint. Elles se renforcent elles-mêmes, alimentent des convictions de plus en plus négatives, envahissant tout le spectre de votre esprit.

Ces croyances dépressives sont cruciales, car elles sont souvent associées à l’aggravation du trouble et aux risques de passage à l’acte suicidaire qui est responsable chaque année d’environ 800 000 morts à travers le monde.

À l’origine des croyances négatives, la disparition du biais positif

Tout un champ de recherches menées notamment par l’équipe de la psychologue Tali Sharot à University College London, s’est penché sur l’origine de nos croyances. La majorité des études réalisées chez des sujets ne souffrant pas de dépression ont montré que nous sommes collectivement biaisés dans la mise à jour de nos croyances.

Nous sommes beaucoup plus sensibles aux informations positives que négatives lorsque nous ajustons nos croyances personnelles. Ce biais dans la mise à jour des croyances a ainsi tendance à favoriser des croyances positives à propos de vos propres compétences, de vos propres expériences. Vous avez ainsi plutôt tendance à croire que vous êtes meilleur conducteur, meilleur amant, meilleur en sport que la réalité de vos performances. Ce biais est présent dans toutes les civilisations, avec toutefois des variations selon les groupes considérés. On sait que les hommes ont tendance à avoir un biais positif un peu plus tenace que les femmes et le biais est également plus fort chez les Américains en comparaison avec les Japonais.

Cela pourrait être quand même, de façon plus fondamentale, une manière efficace de nous protéger finalement contre les malheurs du monde. Si nous percevions à tout moment, de manière réaliste, les dangers du monde qui nous entoure, alors notre santé mentale serait probablement bien plus fragile. Nous serions constamment anxieux, terrifiés par tout ce qui pourrait nous frapper.

Ce mécanisme protecteur pour notre santé mentale disparaît lorsque l’on souffre de dépression. L’équipe de Tali Sharot, puis plus tard celle de Tobias Kube et Winfried Rief, a montré que la dépression réduisait la capacité à mettre à jour ces croyances après des informations positives. Cette disparition du positif a pu faire même dire à certains psychiatres qu’il existait une forme de réalisme dépressif, au sens où la dépression offrait un regard sans concession sur le monde.

On ne sait pas encore si ce pseudo-réalisme dépressif est lié à une attention accrue pour les stimuli négatifs ou à une plus grande porosité des croyances pour ces informations défavorables.

LNDT: @341. Comment votre cerveau simule le monde – Épisode 2/6

Un podcast de 10′ de Radio France

Votre cerveau est capable de prédire ce qui vous entoure. Il simule, en quelque sorte, votre monde. Pourquoi, dans la dépression, cette simulation dysfonctionne ? Comment expliquer que vous ayez une perception biaisée du monde, accentuée avec la dépression ?

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  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

Vous ne percevez pas le monde tel qu’il est réellement, mais vous en avez plutôt une vision déformée, filtrée par ce que vous vous attendez à percevoir. Vous percevez même parfois des choses qui n’existent pas, ou vous restez aveugles face à des choses qui existent, sans vous en rendre compte.

Cette manière de prédire ou de percevoir le monde qui vous entoure est au cœur du fonctionnement même de votre cerveau. Avec la dépression, cette déformation de votre perception s’accroît.

Croyances et représentations façonnent votre perception du monde

Votre perception et vos décisions sont constamment influencées par vos croyances, c’est-à-dire les représentations internes que vous avez à propos du monde qui vous entoure.

Ces croyances sont utilisées pour générer des prédictions à propos des entrées sensorielles, qui, pour votre cerveau, sont comme des hypothèses qui lui parviennent : à tout moment, une partie de vos neurones s’échine à prédire les informations visuelles, auditives, tactiles, gustatives, olfactives que vous éprouvez.

Si vous avez des croyances très fortes à propos d’un phénomène, vous pouvez le percevoir alors même qu’il ne s’est jamais produit : c’est ce mécanisme qui est à la base de l’hallucination.

Si vous croyez que votre tasse de café est chaude, vous sentirez une étrange sensation de chaleur sur votre main lorsque vous la saisirez, alors même qu’elle est glacée.

Si vous passez chaque jour devant une boulangerie d’où s’échappe un délicieux parfum de pain chaud, votre cerveau encode la probabilité que ces signaux odorifères soient transmis au bulbe olfactif à chaque fois que vous passerez devant cette boulangerie.

Une incidence sur vos actions, vos comportements

Ces prédictions cérébrales permettent également à votre cerveau de simuler le résultat de vos actions : votre cerveau encode une forme de matrice, comme une simulation du monde. Cette matrice est couplée avec l’activité de vos muscles et calcule ainsi à tout moment les conséquences de vos mouvements : par exemple, la sensation de chaleur qui vous caressera la main lorsque vous saisissez votre tasse de café fumante ou si vous vous approchez d’un feu de cheminée crépitant au cœur de l’hiver. Votre cerveau s’adapte à vos sens et agit en conséquence.

Cette activité motrice fait d’ailleurs pleinement partie de la perception. Vous jugerez différemment la structure tridimensionnelle d’un objet ou la profondeur d’une surface selon que vous vous déplacez ou que vous restez immobile.

Une perception communément déformée

Alors que vous allez passer devant la boulangerie d’où s’échappe habituellement une bonne odeur de pain chaud, un jour, quand vous passez devant, vous constatez que la boulangerie est fermée. Pourtant, vous venez de humer avec plaisir cet appétissant parfum de pain chaud en passant dans la rue. Votre cerveau a opéré une prédiction olfactive qui a biaisé votre perception : aucune odeur ne s’échappe de l’échoppe puisqu’elle est fermée. Mais votre matrice cérébrale a généré une sensation olfactive, sous la forme d’une hallucination sensorielle.

Ces biais sensoriels sont loin d’être des cas isolés, car en réalité, votre perception est continuellement envahie par ce conflit entre les prédictions cérébrales et la réalité.

Ce que vous observez ne constitue qu’une image déformée, approximativement fidèle, de la structure matérielle réelle de votre environnement. Ainsi, vous percevez les choses de manière différente de votre voisin. Mais ce n’est pas parce que la réalité ne correspond pas exactement à ce que l’on ressent qu’elle n’existe pas.

Avec la dépression, cette perception est encore plus déformée

Quotidiennement, vous êtes capable d’ajuster vos croyances en fonction de vos expériences sensorielles. Lorsqu’il existe une différence entre vos prédictions et vos perceptions, votre cerveau génère un message électrique appelé erreur de prédiction, qui met à jour vos croyances. Votre cerveau doit aussi déterminer la fiabilité des informations afin d’éviter de changer vos croyances de manière intempestive. Il calibre régulièrement cette mise à jour en fonction d’une estimation probabiliste de la précision de son environnement.

On sait aujourd’hui que la dépression, comme un grand nombre de troubles psychiatriques, est potentiellement liée à des troubles de la prédiction et de la précision. Plusieurs travaux ont en effet montré que les patients déprimés présentent une tendance à interpréter négativement les stimuli ambigus, à se souvenir préférentiellement des informations négatives, ou encore à porter plus d’attention aux signaux aversifs. Ces biais négatifs se retrouvent dans la perception des émotions faciales, des pensées en référence à soi, ou encore dans le traitement sémantique des échanges verbaux ou de la lecture : par exemple, le sourire radieux de la personne que vous venez de rencontrer pourra être perçu comme un signe de moquerie, le compliment sympathique d’un voisin comme une marque de dédain. C’est un peu comme si les erreurs de prédiction positives étaient “écrasées” par la précision des croyances négatives, enfermant l’esprit dans un cycle d’auto-renforcement.

LNDT: @340. Comment la dépression transforme votre perception – Épisode 1/6

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Qu’est-ce qui caractérise la dépression ? Quels sont ses symptômes ? Contrairement à une idée reçue, la dépression n’est pas qu’un simple état de tristesse. Elle transforme profondément vos émotions, mais aussi vos perceptions.

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  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

La dépression est un terme largement utilisé pour décrire un état de tristesse. Or cette représentation réductrice cultive des stéréotypes angoissants ou dévalorisants pour les individus. En effet, la dépression se cache derrière des apparences qui sont souvent trompeuses et qui oscillent entre les limites du normal et du pathologique.

Aucun test sanguin, aucune imagerie cérébrale ou ponction lombaire ne permet de l’identifier. Alors, comment la diagnostiquer ?

LNDT: @339. Faire de sa vie une histoire – Épisode 5/5

Après avoir visité les salons d’apparats, les caves, les greniers et les chambres à coucher d’une mémoire familiale, il est temps de trier, de choisir ce que l’on garde de cet héritage. Que transmettre ? Quelle chaîne faut-il rompre ? Cinquième épisode d’une série d’émissions enregistrée en 2005.

Un podcast de 60′ de Radio France

« L’important n’est pas ce qu’on fait de l’Homme, mais ce qu’il fait de ce qu’on a fait de lui » Jean-Paul Sartre

L’écrivain Michel Cazenave revisite la maison du psychiatre Karl Gustav Jung à Bollingen en Suisse, qui déclarait que sa vie « avait commencé et continuerait » après lui, en écho à son collègue physicien à Zurich Albert Einstein, énonçant que « le monde ne devient pas, il est. » Jung avait aménagée sa maison de façon à y inclure le culte de ses ancêtres et des dieux Lares.  » Les morts sont liés aux vivants par des chaînes qu’on ne voit pas. Tantôt longue et souple, la chaîne qui traverse les évènements et les jours, tantôt tendue à rompre et si courte qu’elle s’inscrit dans la chair. Quand un mort tire sur la chaîne, le vivant qui est à l’autre bout perçoit des étoiles nouvelles, d’autres couleurs, des paysages inconnus. «  Le Maître des paons Jean-Pierre Milovanoff

« Quand on se raconte ce sont toujours des racontars » Serge Doubrovsky

Vincent de Gaujelac, en sociologue reprend la terminologie de Pierre Bourdieu pour cerner l’héritage d’un individu  en plus de ses conditionnements psychologiques. Les familles  se transmettent, outre un capital immobilier et économique, des légendes, des mythes qui seraient autant de scénarios, de modes d’emploi existentiels face à l’amour, la vie, la mort, la folie, la maladie, le travail. Ces récits sont souvent enjolivés ou dramatisés. Dans certains cas, on n’a pas envie d’être l’enfant de cette histoire-là et l’on préfèrerait des origines plus glorieuses. C’ est une « impasse généalogique ». En acceptant l’humanité de nos ascendants, nous devenons les acteurs de notre histoire individuelle. Un moyen de donner un sens à nos destinées, dans un siècle où le progrès scientifique et technologique, les religions, les partis politiques, critiqués et décrédibilisés ne fournissent plus de raisons de vivre collectives.

LNDT: @338. De mère en fille – Épisode 4/5

La relation mère-fille est une des plus fascinantes, car elle implique un corps à corps, en miroir. Longtemps le féminin et le maternel ont été confondus. Le féminisme a-t-il modifié la reproduction des modèles ? Quatrième épisode d’une série d’émissions sur la psychogénéalogie enregistrée en 2005.

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Sommes-nous porteurs de mémoires cellulaires, inscrites dans le corps de la mère ? Comment se libérer de ce conditionnement ? La gynécologue Danièle Flaumenbaum constate dans sa pratique que les fibromes,  les cancers,  les suicides sont parfois engrammés et que  » l’horloge du transgénérationnel sonne aux mêmes dates » de mère en fille. Comment arrêter de faire du « même » avec de « l’autre » ?

« Si nos mères passent, leurs chants survivent en nous »

« Nous croyons nos mères plus fortes qu’elles ne le sont. Elles deviennent mères presque malgré elles. Elles n’y sont pas toujours préparées . Elles portent sur leur dos, comme ces jeunes Berbères qui chantent dans les champs de blé verts, de lourds fardeaux de bûches ou un petit frère dont elle ont la charge. Elles tombent amoureuses comme on hume des fleurs. » Le Secret de ma mère d’Emmanuelle de Boysson

« Mes matriarches…je vous salue ! »

« Mes matriarches du temps passé, vous qui viviez il y a 4,5,6 ou 7 générations : Agnès, Sophie, Julia, Régina, Caroline,  Amalia, Bertha, je vous salue, à travers vos nappes et vos draps blancs. Je pense à vos destins de femmes courageuses et fortes. Vous avez cueilli les fruits de la vie, vous l’avez transmise, elle m’a traversée à mon tour. Ne m’en veuillez pas, je suis fille de mots et de papier. De vos trousseaux, je ne garderai que quelques pièces, les plus belles en souvenir de vous. Ne me demandez pas de laver à la main ces tissus précieux, de les calandrer, de les amidonner, de raccommoder les accrocs, de ravauder les déchirures. Votre arrière arrière petite fille a troqué l’aiguille pour le porte-plume et le stylo électronique. » Comment j’ai vidé la maison de mes parents Lydia Flem

LNDT: @337. Les secrets de famille – Épisode 3/5

La mémoire familiale est une maison pleine de secrets. S’y trouvent parfois des enfants mort-nés, des maladies mentales inacceptées, des condamnations tues, et dans les cas les plus graves, de la violence ou de l’inceste. Quatrième épisode d’une série d’émissions enregistrée en 2005.

Un podcast de 60′ de Radio France

Avec

  • Didier Dumas Psychanalyste et acupuncteur
  • Serge Tisseron Psychiatre

Si l’héritage peut-être la cause de nombreuses tensions, souvent ce n’est pas pour des raisons pécuniaires, mais parce que les  tensions recouvrent des souffrances affectives liées à la transmission de la mémoire et de l’identité. Serge Tisseron, psychanalyste relate l’ histoire d’un meuble, témoin d’une filiation inavouée,  porteur d’un secret, traversant les générations. Lui même a compris pourquoi les visages des héroïnes hitchcockiennes terrorisées lui rappelait un souvenir traumatique de noyade, refoulé par sa mère.

« C’est toujours la honte qui est à l’origine du secret »

Marie-Paule Jonathan, psychanalyste, rappelle que le travail transgénérationnel tient de l’enquête et que dans cette « traversée » le rêve est une aide précieuse. Suscité ou activé par la recherche des origines, le rêve relève de deux ordres. Le rêve « ordinaire », toujours digne d’intérêt dans ses moindres détails, et le « grand « rêve . Rêve inhabituel, étrange et dynamique, relevant de la vision ou de la transe :  « transe-générationnelle. »

LNDT: @336. Maladie et arbre de vie – Épisode 2/5

A l’encontre des générations passées qui s’inscrivaient dans l’idée qu’il fallait avancer sans se retourner, la psychogénéalogie répond à un besoin d’approfondissement des origines. Le corps et ses symptômes sont-ils des clés ? Deuxième épisode d’une série d’ émissions enregistrée en 2005.

Un podcast de 59′ de Radio France

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  • Didier Dumas Psychanalyste et acupuncteur

Faut-il remonter dans l’arbre ?

La psychogénéalogie, nouvelle science humaine dérivée de la psychanalyse, se propose de rechercher les empreintes psychologiques que nos ancêtres auraient pu laisser en nous, le plus souvent à notre insu, et qui pourraient éclairer nos comportements actuels. La mémoire familiale se manifesterait à  travers : la maladie,  les échecs, la répétition de certains scénarios qui seraient l’ occasion de prendre conscience de pans cachés de notre héritage.

Revisiter, accepter ses racines pour creuser son sillon

Catherine Preljocal, fille de réfugiés politiques, raconte son histoire bi-culturelle de franco-albanaise « coupée en deux » …au niveau de l’estomac. Peut-on rester membre de sa famille en cherchant à s’abstraire de sa filiation ? Marie-Paule Jonathan psychanalyste, présente l’arbre généalogique de deux  patientes et conseille un travail sur le corps et la pratique du  chi qong en particulier. Ce voyage corporel, au-delà de la compréhension mentale,  amènerait parfois à contacter, ressentir des émotions inconfortables.

« Prendre le risque de sa vie »

Didier Dumas, psychanalyste, rappelle que les figures du serpent et de l’arbre de vie, existent sur toute la planète, de l’olivier méditerranéen au bouleau sibérien, à l’intersection de l’horizontalité et de la verticalité. « Il ne peut y avoir de connaissance sans sexualité. Si l’arbre est la succession des générations, le fruit de l’arbre c’est le corps. C’est parce que l’on va toucher à la mémoire du corps que l’on va avoir la connaissance. C’est parce que l’on prend le risque de sa vie, le risque de sa sexualité, le risque de sa mort, que l’on va se construire (…) Si l’arbre de vie reste la propriété de Dieu, l’arbre de la connaissance représente la façon dont, par la parole l’ Homme, Adam et les autres vont essayer de rejoindre le savoir de Dieu en se le transmettant dans la succession des générations. » Mieux connaître son histoire pour savoir celle que l’on veut écrire.