LNDT: @341. Comment votre cerveau simule le monde – Épisode 2/6

Un podcast de 10′ de Radio France

Votre cerveau est capable de prédire ce qui vous entoure. Il simule, en quelque sorte, votre monde. Pourquoi, dans la dépression, cette simulation dysfonctionne ? Comment expliquer que vous ayez une perception biaisée du monde, accentuée avec la dépression ?

Avec

  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

Vous ne percevez pas le monde tel qu’il est réellement, mais vous en avez plutôt une vision déformée, filtrée par ce que vous vous attendez à percevoir. Vous percevez même parfois des choses qui n’existent pas, ou vous restez aveugles face à des choses qui existent, sans vous en rendre compte.

Cette manière de prédire ou de percevoir le monde qui vous entoure est au cœur du fonctionnement même de votre cerveau. Avec la dépression, cette déformation de votre perception s’accroît.

Croyances et représentations façonnent votre perception du monde

Votre perception et vos décisions sont constamment influencées par vos croyances, c’est-à-dire les représentations internes que vous avez à propos du monde qui vous entoure.

Ces croyances sont utilisées pour générer des prédictions à propos des entrées sensorielles, qui, pour votre cerveau, sont comme des hypothèses qui lui parviennent : à tout moment, une partie de vos neurones s’échine à prédire les informations visuelles, auditives, tactiles, gustatives, olfactives que vous éprouvez.

Si vous avez des croyances très fortes à propos d’un phénomène, vous pouvez le percevoir alors même qu’il ne s’est jamais produit : c’est ce mécanisme qui est à la base de l’hallucination.

Si vous croyez que votre tasse de café est chaude, vous sentirez une étrange sensation de chaleur sur votre main lorsque vous la saisirez, alors même qu’elle est glacée.

Si vous passez chaque jour devant une boulangerie d’où s’échappe un délicieux parfum de pain chaud, votre cerveau encode la probabilité que ces signaux odorifères soient transmis au bulbe olfactif à chaque fois que vous passerez devant cette boulangerie.

Une incidence sur vos actions, vos comportements

Ces prédictions cérébrales permettent également à votre cerveau de simuler le résultat de vos actions : votre cerveau encode une forme de matrice, comme une simulation du monde. Cette matrice est couplée avec l’activité de vos muscles et calcule ainsi à tout moment les conséquences de vos mouvements : par exemple, la sensation de chaleur qui vous caressera la main lorsque vous saisissez votre tasse de café fumante ou si vous vous approchez d’un feu de cheminée crépitant au cœur de l’hiver. Votre cerveau s’adapte à vos sens et agit en conséquence.

Cette activité motrice fait d’ailleurs pleinement partie de la perception. Vous jugerez différemment la structure tridimensionnelle d’un objet ou la profondeur d’une surface selon que vous vous déplacez ou que vous restez immobile.

Une perception communément déformée

Alors que vous allez passer devant la boulangerie d’où s’échappe habituellement une bonne odeur de pain chaud, un jour, quand vous passez devant, vous constatez que la boulangerie est fermée. Pourtant, vous venez de humer avec plaisir cet appétissant parfum de pain chaud en passant dans la rue. Votre cerveau a opéré une prédiction olfactive qui a biaisé votre perception : aucune odeur ne s’échappe de l’échoppe puisqu’elle est fermée. Mais votre matrice cérébrale a généré une sensation olfactive, sous la forme d’une hallucination sensorielle.

Ces biais sensoriels sont loin d’être des cas isolés, car en réalité, votre perception est continuellement envahie par ce conflit entre les prédictions cérébrales et la réalité.

Ce que vous observez ne constitue qu’une image déformée, approximativement fidèle, de la structure matérielle réelle de votre environnement. Ainsi, vous percevez les choses de manière différente de votre voisin. Mais ce n’est pas parce que la réalité ne correspond pas exactement à ce que l’on ressent qu’elle n’existe pas.

Avec la dépression, cette perception est encore plus déformée

Quotidiennement, vous êtes capable d’ajuster vos croyances en fonction de vos expériences sensorielles. Lorsqu’il existe une différence entre vos prédictions et vos perceptions, votre cerveau génère un message électrique appelé erreur de prédiction, qui met à jour vos croyances. Votre cerveau doit aussi déterminer la fiabilité des informations afin d’éviter de changer vos croyances de manière intempestive. Il calibre régulièrement cette mise à jour en fonction d’une estimation probabiliste de la précision de son environnement.

On sait aujourd’hui que la dépression, comme un grand nombre de troubles psychiatriques, est potentiellement liée à des troubles de la prédiction et de la précision. Plusieurs travaux ont en effet montré que les patients déprimés présentent une tendance à interpréter négativement les stimuli ambigus, à se souvenir préférentiellement des informations négatives, ou encore à porter plus d’attention aux signaux aversifs. Ces biais négatifs se retrouvent dans la perception des émotions faciales, des pensées en référence à soi, ou encore dans le traitement sémantique des échanges verbaux ou de la lecture : par exemple, le sourire radieux de la personne que vous venez de rencontrer pourra être perçu comme un signe de moquerie, le compliment sympathique d’un voisin comme une marque de dédain. C’est un peu comme si les erreurs de prédiction positives étaient “écrasées” par la précision des croyances négatives, enfermant l’esprit dans un cycle d’auto-renforcement.

LNDT: @340. Comment la dépression transforme votre perception – Épisode 1/6

Un podcast de 10′ de Radio France

Qu’est-ce qui caractérise la dépression ? Quels sont ses symptômes ? Contrairement à une idée reçue, la dépression n’est pas qu’un simple état de tristesse. Elle transforme profondément vos émotions, mais aussi vos perceptions.

Avec

  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

La dépression est un terme largement utilisé pour décrire un état de tristesse. Or cette représentation réductrice cultive des stéréotypes angoissants ou dévalorisants pour les individus. En effet, la dépression se cache derrière des apparences qui sont souvent trompeuses et qui oscillent entre les limites du normal et du pathologique.

Aucun test sanguin, aucune imagerie cérébrale ou ponction lombaire ne permet de l’identifier. Alors, comment la diagnostiquer ?

LNDT: @339. Faire de sa vie une histoire – Épisode 5/5

Après avoir visité les salons d’apparats, les caves, les greniers et les chambres à coucher d’une mémoire familiale, il est temps de trier, de choisir ce que l’on garde de cet héritage. Que transmettre ? Quelle chaîne faut-il rompre ? Cinquième épisode d’une série d’émissions enregistrée en 2005.

Un podcast de 60′ de Radio France

« L’important n’est pas ce qu’on fait de l’Homme, mais ce qu’il fait de ce qu’on a fait de lui » Jean-Paul Sartre

L’écrivain Michel Cazenave revisite la maison du psychiatre Karl Gustav Jung à Bollingen en Suisse, qui déclarait que sa vie « avait commencé et continuerait » après lui, en écho à son collègue physicien à Zurich Albert Einstein, énonçant que « le monde ne devient pas, il est. » Jung avait aménagée sa maison de façon à y inclure le culte de ses ancêtres et des dieux Lares.  » Les morts sont liés aux vivants par des chaînes qu’on ne voit pas. Tantôt longue et souple, la chaîne qui traverse les évènements et les jours, tantôt tendue à rompre et si courte qu’elle s’inscrit dans la chair. Quand un mort tire sur la chaîne, le vivant qui est à l’autre bout perçoit des étoiles nouvelles, d’autres couleurs, des paysages inconnus. «  Le Maître des paons Jean-Pierre Milovanoff

« Quand on se raconte ce sont toujours des racontars » Serge Doubrovsky

Vincent de Gaujelac, en sociologue reprend la terminologie de Pierre Bourdieu pour cerner l’héritage d’un individu  en plus de ses conditionnements psychologiques. Les familles  se transmettent, outre un capital immobilier et économique, des légendes, des mythes qui seraient autant de scénarios, de modes d’emploi existentiels face à l’amour, la vie, la mort, la folie, la maladie, le travail. Ces récits sont souvent enjolivés ou dramatisés. Dans certains cas, on n’a pas envie d’être l’enfant de cette histoire-là et l’on préfèrerait des origines plus glorieuses. C’ est une « impasse généalogique ». En acceptant l’humanité de nos ascendants, nous devenons les acteurs de notre histoire individuelle. Un moyen de donner un sens à nos destinées, dans un siècle où le progrès scientifique et technologique, les religions, les partis politiques, critiqués et décrédibilisés ne fournissent plus de raisons de vivre collectives.

LNDT: @338. De mère en fille – Épisode 4/5

La relation mère-fille est une des plus fascinantes, car elle implique un corps à corps, en miroir. Longtemps le féminin et le maternel ont été confondus. Le féminisme a-t-il modifié la reproduction des modèles ? Quatrième épisode d’une série d’émissions sur la psychogénéalogie enregistrée en 2005.

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Sommes-nous porteurs de mémoires cellulaires, inscrites dans le corps de la mère ? Comment se libérer de ce conditionnement ? La gynécologue Danièle Flaumenbaum constate dans sa pratique que les fibromes,  les cancers,  les suicides sont parfois engrammés et que  » l’horloge du transgénérationnel sonne aux mêmes dates » de mère en fille. Comment arrêter de faire du « même » avec de « l’autre » ?

« Si nos mères passent, leurs chants survivent en nous »

« Nous croyons nos mères plus fortes qu’elles ne le sont. Elles deviennent mères presque malgré elles. Elles n’y sont pas toujours préparées . Elles portent sur leur dos, comme ces jeunes Berbères qui chantent dans les champs de blé verts, de lourds fardeaux de bûches ou un petit frère dont elle ont la charge. Elles tombent amoureuses comme on hume des fleurs. » Le Secret de ma mère d’Emmanuelle de Boysson

« Mes matriarches…je vous salue ! »

« Mes matriarches du temps passé, vous qui viviez il y a 4,5,6 ou 7 générations : Agnès, Sophie, Julia, Régina, Caroline,  Amalia, Bertha, je vous salue, à travers vos nappes et vos draps blancs. Je pense à vos destins de femmes courageuses et fortes. Vous avez cueilli les fruits de la vie, vous l’avez transmise, elle m’a traversée à mon tour. Ne m’en veuillez pas, je suis fille de mots et de papier. De vos trousseaux, je ne garderai que quelques pièces, les plus belles en souvenir de vous. Ne me demandez pas de laver à la main ces tissus précieux, de les calandrer, de les amidonner, de raccommoder les accrocs, de ravauder les déchirures. Votre arrière arrière petite fille a troqué l’aiguille pour le porte-plume et le stylo électronique. » Comment j’ai vidé la maison de mes parents Lydia Flem

LNDT: @337. Les secrets de famille – Épisode 3/5

La mémoire familiale est une maison pleine de secrets. S’y trouvent parfois des enfants mort-nés, des maladies mentales inacceptées, des condamnations tues, et dans les cas les plus graves, de la violence ou de l’inceste. Quatrième épisode d’une série d’émissions enregistrée en 2005.

Un podcast de 60′ de Radio France

Avec

  • Didier Dumas Psychanalyste et acupuncteur
  • Serge Tisseron Psychiatre

Si l’héritage peut-être la cause de nombreuses tensions, souvent ce n’est pas pour des raisons pécuniaires, mais parce que les  tensions recouvrent des souffrances affectives liées à la transmission de la mémoire et de l’identité. Serge Tisseron, psychanalyste relate l’ histoire d’un meuble, témoin d’une filiation inavouée,  porteur d’un secret, traversant les générations. Lui même a compris pourquoi les visages des héroïnes hitchcockiennes terrorisées lui rappelait un souvenir traumatique de noyade, refoulé par sa mère.

« C’est toujours la honte qui est à l’origine du secret »

Marie-Paule Jonathan, psychanalyste, rappelle que le travail transgénérationnel tient de l’enquête et que dans cette « traversée » le rêve est une aide précieuse. Suscité ou activé par la recherche des origines, le rêve relève de deux ordres. Le rêve « ordinaire », toujours digne d’intérêt dans ses moindres détails, et le « grand « rêve . Rêve inhabituel, étrange et dynamique, relevant de la vision ou de la transe :  « transe-générationnelle. »

LNDT: @336. Maladie et arbre de vie – Épisode 2/5

A l’encontre des générations passées qui s’inscrivaient dans l’idée qu’il fallait avancer sans se retourner, la psychogénéalogie répond à un besoin d’approfondissement des origines. Le corps et ses symptômes sont-ils des clés ? Deuxième épisode d’une série d’ émissions enregistrée en 2005.

Un podcast de 59′ de Radio France

Avec

  • Didier Dumas Psychanalyste et acupuncteur

Faut-il remonter dans l’arbre ?

La psychogénéalogie, nouvelle science humaine dérivée de la psychanalyse, se propose de rechercher les empreintes psychologiques que nos ancêtres auraient pu laisser en nous, le plus souvent à notre insu, et qui pourraient éclairer nos comportements actuels. La mémoire familiale se manifesterait à  travers : la maladie,  les échecs, la répétition de certains scénarios qui seraient l’ occasion de prendre conscience de pans cachés de notre héritage.

Revisiter, accepter ses racines pour creuser son sillon

Catherine Preljocal, fille de réfugiés politiques, raconte son histoire bi-culturelle de franco-albanaise « coupée en deux » …au niveau de l’estomac. Peut-on rester membre de sa famille en cherchant à s’abstraire de sa filiation ? Marie-Paule Jonathan psychanalyste, présente l’arbre généalogique de deux  patientes et conseille un travail sur le corps et la pratique du  chi qong en particulier. Ce voyage corporel, au-delà de la compréhension mentale,  amènerait parfois à contacter, ressentir des émotions inconfortables.

« Prendre le risque de sa vie »

Didier Dumas, psychanalyste, rappelle que les figures du serpent et de l’arbre de vie, existent sur toute la planète, de l’olivier méditerranéen au bouleau sibérien, à l’intersection de l’horizontalité et de la verticalité. « Il ne peut y avoir de connaissance sans sexualité. Si l’arbre est la succession des générations, le fruit de l’arbre c’est le corps. C’est parce que l’on va toucher à la mémoire du corps que l’on va avoir la connaissance. C’est parce que l’on prend le risque de sa vie, le risque de sa sexualité, le risque de sa mort, que l’on va se construire (…) Si l’arbre de vie reste la propriété de Dieu, l’arbre de la connaissance représente la façon dont, par la parole l’ Homme, Adam et les autres vont essayer de rejoindre le savoir de Dieu en se le transmettant dans la succession des générations. » Mieux connaître son histoire pour savoir celle que l’on veut écrire.

LNDT: @316. Quand trop penser nous gâche la vie, comment sortir de nos ruminations ?

Un podcast de Radio France de 53′

Impossible d’y échapper, elles tournent en boucle dans notre tête, comme un hamster dans sa roue… Ces ruminations mentales qui nous agitent du matin au soir. Ces pensées qui nous prennent la tête…

Avec

On est foutu, on pense trop ! Telle pourrait être le refrain de cette émission. Mais ça veut dire quoi exactement, trop penser ? Pourquoi le règne des conjectures dans notre tête peut provoquer une surchauffe de l’esprit, un malaise plus ou moins diffus, une anxiété, une déprime ?

Et puis il y a toutes ces scénarios de la vie quotidienne que nous élaborons du réveil au coucher : « Et si je perdais mon emploi… », « j’aurais pu répondre ceci », « j’aurai pu faire cela ». Nous verrons tout de même quels sont les bienfaits de ces ruminations, mais aussi comment se forcer à ne plus penser à une chose finit par fonctionner, nous vous dirons comment adopter les meilleures stratégies anti-ruminations.

Méditation, positive attitude… Quelle sont les bonnes tactiques pour ne plus mouliner ?

Toujours plus d’informations sur les tracas du monde, l’actualité anxiogène fournissent nombre de possibilités d’y penser, un peu comme un fond d’écran désormais habituel de notre vie. Sébastien Bohler, journaliste scientifique, explique que le cerveau a justement une fonction fond d’écran car lorsqu’il n’a rien à faire, notre cerveau explore les possibles, notamment les côtés dangereux pour anticiper ce qui pourrait se passer. « Donc quand vous mettez le cerveau face à une industrie de l’information qui permet d’alimenter cette boucle, alors on part en vrilles« , il faut ainsi pour lui réfléchir à « l’articulation entre médiasphère et le fonctionnement ancestral du cerveau« .

Le cerveau veille en permanence et cherche à prévoir

Cette capacité à prévoir le danger a permis à l’espèce humaine de survivre. Comment ? On le sait désormais, cette vigilance vient de l’action des neurones du « réseau du mode par défaut », responsables d’un fonctionnement efficace. Un réseau qui s’active lorsqu’on se repose, lorsqu’on va se coucher, qui traque ce qui pourrait bien arriver, c’est ici que les pensées arrivent et deviennent des ruminations. Le psychiatre David Gourion a étudié « la dynamique neuronale des ruminations » : il montre que si vous êtes un être humain dans des conditions de vie ancestral, vous devez tout prévoir en imaginant le danger au moindre bruit, « est-ce un danger potentiel qui se cache derrière un buisson ou est-ce la brise printanière ?« . Ceux qui ont envisagé le potentiel danger sont restés, ceux qui pensaient qu’il n’y avait aucun problème ont été statistiquement éliminés, et leurs gênes avec.

La pensée, une action consciente de notre cerveau

De là, comment définir une pensée, et comment naît-elle ? Sébastien Bohler explique qu’une pensée est un contenu mental dont on prend conscience, « une représentation qu’on peut se rapporter à soi-même, qui est consciente ». Les pensées peuvent être un acte souhaité ou « venir de manière plus ou moins chaotique. On peut les saisir au vol, on peut s’accrocher à elles, on peut les faire monter en mayonnaise, ou, au contraire, les laisser filer ». Christophe André, ajoute que « pour la plupart d’entre nous, l’acte de penser est de produire des pensées, or pour la plupart des chercheurs en neurosciences, penser n’est pas produire des pensées, mais choisir parmi le flux d’images mentales que produit le cerveau. (…) Penser ou réfléchir, c’est choisir certaines pensées plutôt que d’autres, ou parfois, c’est l’inverse, c’est être choisi par certaines pensées qui s’imposent à nous parce qu’elles ont une charge émotionnelle, une charge affective ». Il conclut ainsi « qu’il faut des apprentissages pour ne pas être submergé par cette activité formidable ».

De la pensée à la rumination

La psychiatre Aurélia Schneider fait le lien et la distinction entre la pensée et les ruminations. Ces dernières ont une connotation plutôt négative. La psychiatre les définit « comme des pensées assez conscientes, qui tournent en boucle de manière récurrente, et le plus souvent en période de creux ». Par exemple, en se réveillant à 2 heures du matin, ou pendant les vacances ou les week-ends, quand vous ne pouvez pas résoudre ce qui arrive en tête. À tel point parfois que certains de ses patients « redoutent  les périodes de vacances et les remplissent d’énormément d’activités pour ne pas que ces pensées arrivent, et devoir résoudre ce qu’on ne peut pas résoudre ». Le monde des ruminations se divise en deux catégories : sur des situations qui n’existent pas ou pas encore, les pensées de type « et si jamais », « pourvu que », et sur des situations qui existent, mais qui n’ont malheureusement pas de solutions, des situations qu’on ne peut pas régler.

Ne pas confondre les ruminations, ou les pensées qui passent, avec « des phobies d’impulsion qui sont des craintes de passer à l’acte, mais ne se réalisent pas ». Comme par exemple la peur de devenir pédophile en remontant la braguette de son petit garçon, l’envie de pousser quelqu’un dans l’escalier ou quelque action tellement violente et inimaginable qu’il est même difficile d’en parler. Vous n’êtes pas forcément déséquilibré, il s’agit d’une phobie.

S’entraîner à faire revenir le positif

Mais serait-ce possible alors de ne pas ruminer ? Le monde, se divise-t-il entre ceux qui ruminent et les autres ? Pour Christophe André, la différence entre les humains n’est pas celle-ci, mais avec ceux qui savent s’arrêter. Les solutions en journées sont d’agir, d’interagir avec les autres, de faire des choses ; le soir, il s’agit de méditer, de se détendre, de ruminer peut-être, mais des situations positives. On ne peut pas les arrêter, mais on peut moins y participer, les laisser passer afin de ne pas les subir.

La psychiatre approfondit et précise que lorsque quelque chose s’est mal passé « une mémoire traumatique utile nous fait faire attention, être plus prudent, mais on oublie complètement ce qui est bien, ce qui est positif ». Il faut donc s’entraîner à se rappeler de cela, elle invite ainsi des patient.e.s à écrire ce qui s’est bien passer.

Autre conseil, celui de faire des to-do listes, elles rassurent sur ce qui est fait, c’est très apaisant. Mais multiplier les plannings peut ajouter à la charge mentale. On revient ainsi à s’entrainer à souligner, à se remémorer de ce qui a marché, ce qu’on a accompli ou résolu.

La suite, des exemples et des conseils, à écouter ici 
Cette émission est en partenariat avec le mensuel « Cerveau & Psycho ».

Invité.e.s de l’émission :
Sébastien Bohler, journaliste scientifique, rédacteur en chef de la revue Cerveau & Psycho, promoteur de la psychologie évolutionniste, expert dans la vulgarisation des travaux scientifiques. À la Une de la revue Cerveau & Psycho, n°164 (Avril 2024) : Je pense trop : comment dire stop aux ruminations.
Aurélia Schneider, psychiatre spécialisée dans les thérapies comportementales et cognitives, ancienne interne des hôpitaux de Paris. Auteure de La charge mentale des femmes… et celle des hommes (Larousse, 2018)

LNDT: @315. Burn-out militant : témoignages de Mathilde et Adèle sur le coût émotionnel de l’engagement

Un podcast de Radio France de 30′

Mathilde et Adèle se sont engagées, mais ont fini par craquer. Coût émotionnel de la lutte, violence, fatalisme, solitude, frénésie de l’urgence, divergences au sein des cercles militants : elles se confient au micro de Timothée de Rauglaudre.

Elles s’investissaient pleinement dans leurs actions bénévoles, mais ces dernières ont eu raison d’elles. Les déconvenues se sont enchainées et le burn-out militant s’est imposé.

Mathilde, ex-bénévole à Calais

Mathilde a fait de la défense des droits humains son combat. Ses études de droit terminées, elle cherche un engagement concret, “conséquent et significatif” alors, elle prend un bus pour Calais et rejoint une équipe de bénévoles chargée de l’accompagnement des migrants les plus vulnérables.

La découverte de leur extrême détresse est d’une violence inouïe : ”C’était la première fois que j’étais amenée à traiter avec des gens dans un état de souffrance tel qu’ils avaient complètement perdu contact avec le réel”. L’omniprésence de la mort la plonge dans une fébrilité perpétuelle, dont elle ne prend conscience que bien plus tard, à force de temps et de travail : ”J’ai passé dix mois à avoir vraiment peur que les gens meurent, soient blessés grièvement ou victimes de violences policières très importantes. OK, j’ai le droit d’avoir souffert”.

À réécouter : Calais et ses bénévoles

Face à l’horreur, elle manque de soutien de la part d’autres bénévoles tout aussi exténués qu’elle, dont elle dénonce l’attitude “viriliste” parfois “toxique” consistant à relativiser et à délégitimer systématiquement son épuisement. À la violence, la fatigue et la solitude, il faut ajouter le découragement et le fatalisme. Ses efforts lui paraissent dérisoires, sa lutte vaine : “alors que je m’en contentais au début, j’ai fini par être frustrée de n’agir qu’à l’échelle micro et pas vraiment sur la structure des choses. J’en ai eu ras-le-bol d’amener des bols de soupe ou de distribuer des chaussettes propres. On peut continuer des millénaires comme ça”.

Elle rentre alors à Paris, complètement vidée : “J’étais anéantie. Je n’arrivais pas à me lever ni à suivre ce que disaient les gens ou à me concentrer. J’étais vraiment complètement dépassée. Ç’a été vraiment épouvantable”. Patiemment, elle sort de la dépression et apprend à ”dépasser cette culpabilité de ne plus être en train de sauver des vies au quotidien” et s’autorise à faire des choses qui lui font “juste plaisir sans changer la face du monde”. Elle a repris le travail et s’est retirée des projets militants dont elle faisait partie. “Voilà, je le vis à peu près bien”.

Adèle, ex-colleuse

Adèle a grandi “à Versailles, dans une famille catholique traditionaliste” : autrement dit, très loin du militantisme féministe. C’est son histoire personnelle qui lui en indique le chemin.

“J’ai porté plainte pour viol et vécu beaucoup de violences sexistes. Je voulais m’engager pour que ça n’arrive plus à d’autres femmes”. C’est au sein du collectif #NousToutes qu’elle s’initie au collage auprès de l’ex-Femen Marguerite Stern. Cette pratique clandestine, qui permet d’envahir l’espace public de slogans, de faire descendre le combat dans la rue, induit de se tenir constamment en alerte. Elle fait aussi des colleuses les réceptacles des insultes des uns ou des confidences traumatiques des autres. La personnification de la lutte en alourdit la charge émotionnelle.

Adèle confie sa vulnérabilité, décrit un engagement à vif : “J’ai mis mes tripes dans mon engagement. J’y suis allée à fond et j’ai mis aussi un peu de mon histoire dans certains collages […] Quand on s’investit à partir de sa propre histoire, surtout quand ce sont des épisodes traumatiques, c’est très lourd à porter. Ça nous rappelle ce qu’on a vécu et que d’autres personnes subissent la même chose ».

À lire aussi : D’Olympe de Gouges aux colleuses, la révolution de l’affichage féministe

Peut-être aurait-elle pu supporter ce poids grâce à la force du collectif, mais il se disloque brutalement après une série de tweets violemment transphobes de Marguerite Stern, qui provoque son éviction du mouvement. Les luttes intestines qui en découlent font basculer le groupe dans la défiance et la délation : “il y a eu une espèce de chasse aux traîtres. C’était un peu du flicage permanent”. Lasse, Alice se retire de toutes les conversations dont elle faisait partie, sans un mot. Si elle lui a appris à “avoir le courage de ses idées”, son expérience militante lui laisse un goût amer : “les organisations qui mettent en avant le fait d’être une ‘safe place’ tombent dans les mêmes travers que les autres”.

  • Reportage : Timothée de Rauglaudre
  • Réalisation : Vincent Abouchar
  • Mixage : Audrey Guellil

Merci à Mathilde et Adèle, ainsi qu’à Louis Witter.

Des nouvelles

Mathilde continue de « cultiver le plus possible les sources de joie et de répit extra-militance / politique », tout en observant de loin la situation à Calais qui ne s’améliore pas, les traversées étant devenues plus dangereuses.

Adèle s’engage d’autres manières, loin du milieu militant, en aidant des personnes étrangères dans leurs démarches administratives et leur recherche de travail, ou en hébergeant des victimes de violences conjugales ou de lesbophobie. Elle ne peut toujours pas remettre les pieds en manif.

Pour aller plus loin

« Je suis féministe, et je suis épuisée » : une colleuse raconte son burn-out militant, Madmoizelle, 3 fév.2021 
L’usure de l’engagement. Burn-out militant, Socialter, 13 oct. 2020
« Le ‘burn-out’ militant. Réflexions pour ne pas être consumé par le feu militant« , Mouvements, 2023/1 (n° 113), p. 156-164. “ Les pathologies du militantisme ”, La vie des idées, 13 avr. 2021

LNDT: @314. Après le deuil : retrouver le goût de la vie

Un podcast de Radio France de 28′

Du jour au lendemain, Marie a perdu son amoureux. Luisa, elle, a perdu sa fille. Alors que cela leur paraissait inimaginable, après la lente et douloureuse traversée du deuil, elles ont pu ressentir à nouveau l’élan vital, le goût de la vie.

Marie a vingt-deux ans quand elle rencontre David, dont elle tombe très vite amoureuse. Alors qu’elle se trouve au Canada, elle reçoit un mail qui lui annonce son décès.

« J’avais vraiment passé une chouette journée et j’avais hâte de rentrer, de voir s’il avait répondu à mon mail. Et à la place, j’ai reçu un mail qui m’a annoncé qu’il était mort d’un arrêt cardiaque le vendredi matin, avant d’aller au travail, chez lui, dans sa salle de bain. » Marie

Marie est effondrée. Elle raconte la longue traversée du deuil, puis la lente renaissance…

À lire aussi : Le temps du deuil, des vécus à durée indéterminée

La fille de Luisa est décédée soudainement, alors qu’elle n’avait que treize ans. Maman endeuillée, Luisa sombre dans une tristesse ineffable.

« On ne peut pas distraire une mère de la perte de son enfant. […] On frôle la folie : ma fille ne bougeait plus, mais tout ce qui était inanimé, les objets, eux, étaient pourvus de mouvement. » Luisa

À l’occasion de l’anniversaire de sa fille, Luisa a tenu à partager une lettre-poème, le 29 avril 2024, elle aurait eu 25 ans :

« Les vingt-cinq ans de ma fille, qu’elle n’aura pas :

Tous les ans, le renouveau.
Tous les hivers, suivis du printemps. Tous les printemps, annoncent le mois d’avril. Tous les mois d’avril, annoncent ta naissance.
Cadeau du ciel, et de la terre. Rayon de soleil, qui éclaire et qui réchauffe.

Tous les ans, je ne m’y trompe pas.
Début mars, je le sens poindre.
Le bonheur, et l’angoisse. La plénitude, et le vide.
L’amour, et la mort.
La mélodie, la mélancolie.

Tristesse vague, sans raison déterminée ?
Non, elle en a une, une seule.
Je te survis, mais ne vis plus, comme avant.
Où est passée la promesse de vie que tu portais en toi ?
Jamais je n’ai imaginé avoir conçu un être mortel.
Quelle mère porte en son sein un enfant qu’elle sait peut mourir à tout instant ?

Et quand toi, mon rayon de soleil, tu t’es éteinte….
Toutes les lumières ont explosé, d’un seul coup.
Toutes les étoiles ont filé, d’un seul mouvement.
10 août, ‘shooting stars’.
Les Perséides, essaim de météores, les larmes de Saint Laurent.
La nuit des temps a commencé.

Ton existence, une poésie.
Ton absence, ténèbres.
Un quart de siècle, cela se fête !
Tes parents, grands vaillants, portent haut le flambeau.
Que ton nom soit à jamais symbole d’amour et de beauté.
Smilla, ma chérie.
« 

Merci à Marie, à Luisa, à l’association Apprivoiser l’absence qui fait un travail formidable de groupes de paroles et de soutien, ainsi que Pierre, le webmaster ; et toutes les personnes qui ont accepté de revenir vers Elise Andrieu.

Reportage : Elise Andrieu

Réalisation : Emmanuel Geoffroy

Musique de fin : Tears in Heaven d’Iris Noëlle.

À lire : Le temps du deuil, des vécus à durée indéterminéees.

LNDT: @305. Neuroatypiques : TSA, TDAH, HPI et HPE – Défis et Prise en Charge

Un podcast de Radio France de 53′

TSA, TDAH, HPI ou encore HPE, les personnes neuroatypiques, ce sont ces personnes atteintes d’un trouble dont le fonctionnement neurologique diffère de la norme. Le diagnostic est souvent difficile à poser par les médecins.

Avec

  • Séverine Leduc Psychologue spécialisée dans la prise en charge des troubles du spectre autistique.

Les neuroatypiques, ces dernières années, sont sur le devant de la scène, notamment en raison du phénomène de mode autour des HPI. Séverine Leduc, psychologue spécialisée dans la prise en charge des troubles du spectre autistique, déplore que l’on mette toute la lumière sur les HPI quand on parle de neurodiversité, au détriment d’autres profils neurodivergents comme les Troubles du Spectre Autistique (TSA), Trouble déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDA/H) ou troubles DYS. Cette dernière explique que lorsque l’on parle de neuroatypie, cela revêt en général un caractère de handicap derrière. Elle le constate avec ses patients qui souffrent de troubles spécifiques, qui les invalident au quotidien. Cette dernière trouve d’ailleurs que l’on ne devrait pas inclure dans les neuroatypiques, les HPI. Celle-ci cite une étude de Franck Ramus, chercheur au CNRS qui met en évidence que le haut QI ne provoque pas de trouble, il s’agit même de personnes qui ont moins de difficultés, voient moins les psys et sont mieux anxieux que les autres.lement, grandit quant à elle au son d**’Aznavour, d’Agnès Obel,** et de Pierre Desproges. Elle fait ses premières armes sur un ukulélé et passe il y a deux ans au français pour mieux chanter ses fragilités notamment le titre Petit corps l’an dernier ou dans l’EP Monstrueuse en janvier 2024. Un projet remarquablement bien écrit. Sawsan Abes est actrice, native de Montfermeil, elle étudie d’abord à Paris l’architecture pour finalement rejoindre le cours Florent, façonnant non plus des espaces mais des personnages. Sa carrière débute en 2023 avec la série Ourika coproduite par Booba pour Prime Vidéo. Cette année, elle incarne une influenceuse, puis une journaliste dans un premier long métrage, puis elle sera dans la série Amours Solitaires. Usky, est un rappeur. Repéré en 2013 grâce à un freestyle dans Planète Rap, il sort son premier album, Mojo, en 2016, et bon nombre de projets plus tard (dont un rôle lui aussi dans la série Ourika), est de retour (et en tournée à travers toute la France) avec un nouvel album, Anhédonie.