Un podcast de Radio France de 4′
« La beauté sera comestible ou ne sera pas. » Mais qui a bien pu dire ça ?
C’est un grand sujet, la beauté et le beau. Et comme tous les grands sujets, il suscite parfois quelques déclarations pompeuses. Par exemple celle-ci, de l’académique Paul Valéry « La définition du beau est facile : il est ce qui désespère. » Ou cele-la, du surréaliste André Breton : « La beauté sera convulsive ou ne sera pas. » Ce à quoi Salvador Dali, autre surréaliste, mais plus drôle, répondait en pastiche : « La beauté sera comestible ou ne sera pas. »
Tout de même, c’est une question importante pour nos vies, et pas seulement en théorie : qu’est-ce qui est beau ?
Au début, c’est simple, lorsque nous sommes enfants, nous trouvons beau ce qu’on nous montre comme tel (« regarde, comme c’est beau ! ») et ce que nous aimons (« ma maman, c’est la plus belle »). Un peu plus tard, lorsque nous sommes ados, nous commençons à trouver beau ce qui nous attire, et suscite en nous du désir…
« Un jour, mon père me dit : Fiston, j’te vois sortir le soir
A ton âge, il y a des choses qu’un garçon doit savoir
Les filles, tu sais, méfie-toi
C’est pas c’que tu crois. Elles sont toutes
Belles, belles, belles comme le jour
Belles, belles, belles comme l’amour… »
Puis on grandit… Alors tout ça nous reste, bien sûr, on continue de trouver beau ce qu’on nous montre comme tel, ce qu’on aime, ce qui nous attire… Mais peu à peu, une autre quête du beau s’empare de nous.
D’ailleurs, revenons à Paul Valéry, vous savez, celui qui nous disait tout à l’heure « le beau, c’est ce qui désespère ». Car le plus intéressant, c’est peut-être ce qu’il écrivait ensuite : « Mais il faut bénir ce genre de désespoir, qui vous détrompe, vous éclaire et qui vous secourt. »
Pas mal, ça : le beau c’est ce qui nous détrompe, nous éclaire et nous secourt.
Oui, le beau nous détrompe : il nous montre nos erreurs de perspective, nous fait prendre de la hauteur, nous arrache à nos petites ambitions, nos petites déceptions, nous dit « ne perds pas de temps avec ça ! »
Puis, le beau nous éclaire : il déchire la lumière noire des passions tristes et nous fait voir que la vie est à la fois dure et belle, et que sa violence ne doit pas faire oublier sa beauté.
Enfin, le beau nous secourt : il nous console de nos chagrins. Quand nous sommes dans la souffrance ou l’adversité, contempler la beauté ne règle rien, mais nous rappelle que vivre vaut quand même la peine.
Et je rajouterai : le beau, c’est ce qui nous arrête.
Parfois, le beau est si puissant qu’il nous arrête net : chacun de nous quittera cette vie porté par des images de couchers de soleil somptueux, de montagnes magnifiques, d’océans majestueux ; c’est le beau grandiose, éblouissant.
Et parfois le beau est discret, caché ; pour l’accueillir, il faut s’arrêter, regarder, respirer, écouter. Quand je mourrai, je sûr que je me souviendrai aussi de la beauté d’une chanson de petite fille en train de jouer toute seule, entendue un jour dans un jardin au fin fond de l’Inde. C’est le beau intime, le beau bouleversant.
La poétesse Emily Dickinson écrit : « La beauté n’a pas de cause. Elle est. / Qu’on la pourchasse, elle s’efface. / Qu’on s’arrête – elle demeure. »
S’arrêter plus souvent, contempler la beauté. Quel beau programme ce sera pour notre été…