LNDT: @193. La relation mère-fils

Un podcast de Radio France de 5′

Mon cher Julien, que vous inspire notre thématique du jour ?

Beaucoup de choses, comme toujours, au point de me demander d’ailleurs par où commencer. J’ai été un temps tenté de vous parler de ma propre expérience de la relation mère-fils, dans le rôle du fils donc, de vous parler de la façon dont celle-ci influe sur nos destinées et façonne nos futures relations sentimentales, mais je me suis dit que ce serait bizarre de faire cela en présence d’une psychanalyste et d’une thérapeute familiale, j’aurais eu l’impression de leur devoir un peu d’argent en sortant du studio !

Donc non, pour une fois, je ne vous parlerai pas de moi, ça nous fera des vacances à tous. Je ne vous parlerai pas non plus de mon fils, qui a une relation à sa mère totalement saine, enfin saine, du moins depuis que j’ai brisé tout net son élan quand, à l’âge de 4 ans, il avait débarqué en affirmant tout de go : « à partir de maintenant, je vais dormir avec maman, et toi papa, tu vas dormir dans mon lit. » Que nenni, retourne vite fait dans ta chambre, petit Œdipe ! Depuis, cela va mieux, il a même dit ce week-end qu’il préférait son papa – ce qui n’a pas de sens, hein, l’amour parental n’est pas une compétition, quand bien même je serais en train de la gagner…

Il faut dire que de ce point de vue, on part de loin quand on est père. Depuis la grossesse jusqu’aux premiers mois d’allaitement, vous avez une place assez réduite dans le triangle de la parentalité. En caricaturant, on peut se sentir dans les débuts comme une sorte de gros animal domestique au sein du foyer familial, une créature poilue, câline et bienveillante, mais tout de même assez accessoire vis-à-vis de la relation qui unit la mère à son enfant, fille ou garçon.

Comment trouver sa place alors au milieu de cette relation ?

Eh bien c’est une question qui me paraît importante parce qu’elle dit quelque chose, je crois, de la conception profonde qu’on a de son rôle paternel. Est-ce qu’on s’impose en se démarquant de la mère, ou est-ce qu’on s’inscrit dans son sillage ? Dans son autobiographie Les Mots, Jean-Paul Sartre estime que « n’ayant pas eu de père, il avait toutes libertés », comme si cette absence avait été une chance, comme si le père devait nécessairement être celui qui portait les interdits, les frustrations, celui qui devait briser la relation d’amour entre mère et fils pour lui permettre d’entrer dans le monde. Et j’imagine qu’en effet, cela a dû être le modèle dominant pendant des siècles, avec un pater familias à la fois absent et tout-puissant, et qui laissait à la mère l’exclusivité de la dimension aimante et affectueuse.

Mais alors qu’est-ce qui change dans une société qui aspire à l’égalité homme-femme ? Est-ce que cela signifie que les pères sont appelés à devenir des mères comme les autres, et inversement ? Autrement dit, peut-on penser les relations entre parent et enfant en-dehors d’un cadre sexué ?

A cette question, mon premier mouvement serait de répondre oui, naturellement oui. L’exemple des couples de parents homosexuels montre bien qu’il est possible de construire ces relations hors du schéma traditionnel, tout comme la hausse des gardes alternées après séparation chamboule la division des rôles. Les mères ne sont plus cantonnées à la dimension câline et sécurisante du cocon domestique. Les pères peuvent s’épanouir dans une relation aimante et confiante, sans forcément devoir incarner avec froideur l’ordre et la loi.

Mais est-ce que cela signifie pour autant qu’il y a confusion possible entre père et mère ?

Non, c’est sans doute plus compliqué que cela. Le schéma traditionnel est vieux de milliers d’années, on ne va pas tout réinventer en quelques décennies. Je suis frappé d’ailleurs par la façon dont cette division père/mère s’incarne dans les choses les plus anodines. La littérature scientifique montre, par exemple, qu’en général les pères et les mères ne changent pas leurs enfants de la même façon – les premiers en profitent pour travailler la motricité quand les secondes chantonnent. Ils ne mettent pas l’accent sur les mêmes personnages quand ils lisent des contes. Ils ne jouent pas non plus pareil avec leur progéniture – les pères laissent moins volontiers leurs garçons gagner que leur mère notamment.

Ce faisant, on répète sans le savoir des comportements anciens, qui amènent à différencier les rôles parentaux. Je vois bien comment chez moi, malgré tous nos discours égalitaires, mon fils sait qu’il vaut mieux se plaindre à sa mère s’il a mal quelque part, mais que c’est avec moi qu’il ira plus volontiers faire du foot au square. Est-ce que c’est bien ou mal ? Est-ce qu’il est important de conserver des figures différentes et complémentaires ? Je laisse aux psys autour de cette table le soin de répondre. Et je conseille à tous les autres de voir ou revoir « Kramer contre Kramer », qui va bientôt fêter ses 45 ans et reste l’un des films les plus justes sur le renversement des assignations paternelle et maternelle.

LNDT: @192. Peut-on offrir des amis à son enfant ?

Un podcast de Radio France de 3′

Aujourd’hui, Julien Bisson s’interroge sur les amis imaginaires et sur leur utilité pour les enfants.

Alors je laisse aux psys autour de cette table le soin de dire si les enfants qui ont des amis imaginaires sont en manque, ou pas, d’amis réels, mais cela me fait tout de même penser qu’il y a certainement un remède à trouver à la solitude. Quelque chose qui permette de combler l’absence, d’assurer la bonne camaraderie, d’occuper les récréations de vos bambins.

Je me suis souvenu qu’il y a quelques années, un site français proposait aux solitaires de leur louer des amis, pour une occasion spéciale ou pour passer le temps. Et du coup, puisque c’est encore Noël, et que c’est donc toujours la période des Fêtes et des cadeaux improbables, je me suis demandé : est-ce qu’on ne pourrait pas offrir des amis à ses enfants ? Des amis tout beaux, tout neufs, pas encore déballés, et prêts à marcher sans même qu’on ait besoin d’y mettre des piles ? Des amis qui seraient prêts à jouer à tout ce que vous voudrez, et parfois même à vous laisser gagner ? Un comme peu comme dans le film « Le Jouet« , mais en version 8 ans…. Ce serait bien, non ?

Vous savez, Julien, que les enfants ne sont pas des objets dont on peut disposer ?

Je sais, je sais, mais franchement, des fois je me dis que ce serait tellement plus simple. Ça éviterait d’avoir à jouer les managers de la carrière amicale de nos enfants, et à se démener corps et biens pour assurer son succès.

Prenez les anniversaires d’enfants. Je ne sais pas comment ça se passait chez vous, mais de mon côté, quand j’étais môme, un anniversaire de 7 ans, c’était un gâteau, trois paquets d’Haribo, et un jeu où il fallait aller croquer des bouts de pomme dans une bassine de farine. Bon, eh bien spoiler alert, maintenant ce n’est plus du tout ça. Tous les mois, c’est piñata chez Olivia, spectacle de magie chez Alexis, sortie chez Disney avec Zoé, et j’en passe… Du coup, quand arrive ton tour, tu regrettes qu’il ne soit pas né le 1er août et tu te dis qu’il faut assurer pour que ton enfant n’ait pas honte devant ses amis ! Tu as des idées de fous, tu n’en dors pas la nuit, tu en viens à envisager d’embaucher Ali Rebehi pour faire l’animation !

Et quand ce n’est pas les anniversaires, ce sont les soirées pyjamas, où il faut accepter de se faire réveiller à trois heures du matin par un gosse qui n’est pas le nôtre, certes, mais qui a quand même fait un cauchemar. Il y a les sorties au square pour surveiller la bande de gosses, où pendant qu’ils jouent à des sports aux règles pas vraiment homologuées par le comité olympique, vous, vous faites le pied de grue sur un banc dont le design a été manifestement pensé pour qu’on n’ait pas envie d’y rester trop longtemps. Et je ne parle pas des sorties scolaires, pour lesquelles vous avez posé un demi-jour de congé, tout ça pour vous retenir d’étranger son copain Basile, charmant garçon un peu trop vif qui a décidé qu’il était allergique aux passages cloutés !

Pourquoi est-ce qu’on s’impose autant d’efforts comme ça ?

Bon, déjà, parce qu’on les aime nos enfants, et qu’on a envie de leur faire plaisir. C’est la raison la plus simple et la plus évidente. Mais je crois qu’il se joue également autre chose de plus subtil, de plus inavoué, dans ces tentatives de démultiplication.

Les relations entre nos enfants et leurs amis sont des espaces singuliers, dont on sait finalement peu de choses, mais dont on pressent qu’il s’y joue quelque chose d’important. C’est un sas entre l’ancienne vie à la maison du tout-petit, et la future vie dans le monde extérieur du jeune adulte, un premier espace de socialisation qu’en tant que parent, on ne peut plus totalement maîtriser et que, par conséquent, on a tendance à surinvestir pour se rassurer sur le fait que notre enfant y est heureux. Est-ce qu’il a assez d’amis ? Est-ce qu’ils sont gentils avec lui ? Est-ce qu’ils ne le mettent pas sur le mauvais chemin ? Pour peu qu’on ait gardé quelques mauvais souvenirs de notre propre enfance, il n’en faut pas beaucoup pour être gagnés par l’angoisse, mais surtout par l’envie, le fantasme de pouvoir encore tout régenter. En oubliant peut-être de laisser respirer nos enfants, d’accepter justement ce que nous prenons pour une perte de contrôle, mais qui est pour eux une conquête d’autonomie.

Car finalement, que nos gosses aient des amis, y compris ceux qu’on n’aurait pas choisis pour eux, c’est peut-être la meilleure des preuves qu’ils n’ont plus rien d’enfants imaginaires…

LNDT: @191. Mais à quoi voit-on que l’on a vieilli ?

Un podcast de Radio France de 3′

Tout juste sortie du Nouvel An, Gwénaëlle se retrouve déjà dans des abîmes de perplexité, autrement dit une année de parents de plus ! Une reflexion depuis son TGV, assise à côté d’un carré famille.

Disons que le Nouvel An étant, par principe, le moment où l’on se souhaite une Bonne année, c’est aussi en filigranes le moment où, de fait, on se souhaite à tous et à chacun… une année de plus. Et si, jusqu’à maintenant, cette idée ne m’atteignait pas trop, je dois avouer que cette année, cela m’a fait un coup. Et de fil en aiguille du seum, voilà que je me suis demandée… mais à quoi voit-on que l’on a vieilli ?

Quels sont les signes qui nous disent sans conteste que l’on est définitivement passé de l’autre côté de la barrière de corail ? Autant de questions auxquelles j’ai tenté de répondre depuis mon TGV, assise à côté d’un carré famille avec des petits de 2 ans et 4 ans…

Réflexion existentielle dans le TGV

Je pense qu’au top des signes qui te disent que tu as vieilli, c’est déjà le fait que dans le TGV, tu as très rapidement des envies de meurtre vis-à-vis de ces pauvres enfants du carré-famille d’à côté. Voilà, tu sens qu’il faut aller puiser loin dans tes souvenirs de jeune maman qui elle aussi a méga galéré dans le train sous l’œil haineux et revanchard d’anciens parents qui eux aussi avaient oublié qu’ils avaient un jour été parents de jeunes enfants intenables pour ne pas laisser paraître ton agacement et te forcer à lancer régulièrement le sourire aux lèvres, des petits « Ah ah ! ils sont drôlement mignons dites donc ! » C’est sûr, hein, à cet âge-là, ça a besoin de remuer et de crier bien sûr et de tousser en m’envoyant ses microbes, et de pleurer… Voilà, rien que là, PAF ! Plus 10 points sur ta ligne de vie !

Deuxième moment furtif où j’ai senti un bon gros coup de canif dans ma ligne de vie durant ces vacances : lorsque, à l’occasion d’un dîner avec des amis, ton pote te dit que « sa sœur va bientôt prendre sa retraite ». Là, tu balayes rapidement dans ta tête les métiers qui, pour de vrai ou dans ton imaginaire, prennent leur retraite à 40 piges ou à 52 – bref plus tôt – genre les militaires, les policiers, les contrôleurs aériens, les gardiens de prison, les égoutiers… Mais tu vois bien que rien de tout ça ne colle à la sœur en question et donc BAM, tu encaisses. Oui, tu as désormais des gens dans ton entourage qui sont concernés par les questions de retraite… Très gros coup.

Tout ça est naturel, c’est le temps qui fait son œuvre…

Oui enfin, à ce que je sache, il n’y a pas si longtemps que ça…

  1. Tu ne parlais pas d’enfants parce qu’aucun de tes potes n’en avait.
  2. S’est glissée une sorte de faille spatio-temporelle durant laquelle vous et vos potes, vous vous êtes moins vus, vu que tout le monde était défoncé de fatigue et puis que franchement, la période couche culotte diversification alimentaire n’est pas celle qui remplit le plus avantageusement les conversations.
  3. En un saut de puce, vous en êtes à vous demander si ce ne serait quand même pas bien que la grande prenne la pilule, car on n’est jamais trop prudent… Qu’est-ce que t’en penses, toi ?

Et là, en un flash, tu te revois le 31 décembre de l’an 2000 dans ta colloque de potes avec une soixantaine de personnes déguisées sur le thème « fin du monde » (rapport au fameux bug de l’an 2000 que l’on attendait tous avec un mélange d’angoisse et de frénésie) à tenter de réguler une soirée déjà partie pour être ingérable, et tu te dis : elle est où l’arnaque ? Toi, t’es persuadée d’être la même à l’intérieur (et même à l’extérieur !), capable de porter des mini-jupes à paillettes et des cheveux teints en bleu pour danser All the night sur Moby ou Barbie Girl… Alors qu’en fait non, tu as juste réussi à te froisser un muscle en jouant au bowling avec tes enfants. Et maintenant, c’est ta fille qui te demande si elle peut sortir faire le jour de l’an ailleurs… et si possible en mini-jupe à paillettes.

Cette année encore, chers parents, désolée de vous décevoir : aucun de nous ne pourra arrêter le temps. Mais les enfants ont un pouvoir magique : celui de nous aider à le suspendre, le temps d’un câlin, d’un « Je t’aime » ou de la lecture collé-serré d’une histoire. Alors profitons-en sans limites, avant que ça ne s’échappe pour de bon !

LNDT: @190. Quand les enfants changent votre monde

Un podcast de Radio France de 6′

Est-ce que la vision du monde de Julien Bisson a changé depuis qu’elle est devenue parent ? Entre l’angoisse viscérale qui leur arrive quelque chose, les nuits de sommeil intermittentes, les questions existentielles autour de leurs jeux favoris, les goûters d’anniversaire…

Il n’y a pas que ma vision du monde d’ailleurs. Il y a aussi la vision que les autres ont de moi-même. Vous voyez les petits poils blancs dans ma barbe, les cernes sous les yeux, les golfes temporaux qui se creusent, ça n’y était pas avant ! Bon, je ne vais pas non plus tout lui mettre sur le dos, mais il n’empêche, si nos enfants nous apprennent beaucoup de choses utiles, qu’ont très bien évoquées vos invités – l’enthousiasme, la curiosité, la nouveauté, la capacité à explorer nos émotions ou à nous amuser – il y d’autres petites choses qu’on aurait peut-être préféré qu’ils ne nous apprennent pas…

Eh bien par exemple, je pense que j’aurais préféré ne pas apprendre qu’on pouvait survivre pendant six mois sans faire une nuit complète, et que même six ans plus tard, on pouvait conserver l’art du sommeil sentinelle – un type tousse dans la rue et je me réveille. J’aurais préféré tout ignorer de mon indifférence à la saleté et au désordre, après quelques années avec un enfant en bas âge. J’aurais voulu éviter de savoir que j’étais tout à fait capable de manger quelque chose qu’il avait recraché, sans en être pour autant dégoûté. J’aurais voulu ne pas connaître le sens des termes « méconium », « bronchiolite », ou « pieds-mains-bouche ». J’aurais aussi voulu ne jamais apprendre par cœur les règles du Quoicoubeh, les différentes couleurs des cartes Pokémon ou le générique de la Pat’ patrouille, qui vous reste bien vissé le crâne pendant toute la journée.

Et il y a toutes ces expériences que j’aurais tout aussi bien pu esquiver sans m’en porter plus mal, comme les goûters d’anniversaire à vingt gosses hurlant, shootés au sucre. Avec une mention spéciale pour ce goûter où les jeux prévus ont pris du retard, et où en plus du bruit et de l’agitation, il vous faut faire la conversation avec trois autres parents qui ont tous eux aussi envie de rentrer chez eux, un dimanche soir à 19h30. Pour ça, on a envie de dire à nos gosses : merci, mais pas merci !

Ce n’est pas bien grave, et on s’en remet vite. Ce dont on se remet un peu moins, en réalité, c’est la façon dont les enfants vous apprennent des vérités sur vous-mêmes que vous auriez parfois préféré ignorer. Par exemple que vous ressembliez davantage à vos propres parents que vous ne vouliez le croire, et que malgré vos grands discours, vous aviez les mêmes réactions dans les mêmes situations. « Finis tes légumes, il y a des gosses qui meurent de faim en Afrique », vous ne pensiez vraiment pas le dire un jour, hein ? Bah c’est raté !

J’aurais aussi voulu continuer à me croire capable d’être toujours patient, toujours disponible, jamais excédé à l’idée de partager un jeu ou un moment d’attention. J’aurais préféré ne pas apprendre que j’étais plus fragile que je ne le pensais, que je pouvais me montrer aussi sévère et le regretter amèrement ensuite.

Mais surtout, ce qu’on découvre avec la naissance de nos enfants et qui ne nous quittera plus jamais, c’est la peur, cette peur viscérale de les perdre, qui vous fait bondir dès que vous entendez un cri, qui vous fait penser à eux dès que vous êtes témoin d’un accident ou que vous entendez parler d’un fait divers. Vous avez peur qu’ils se fassent mal, vous avez peur qu’on leur fasse mal, dans la rue, à l’école, sur les réseaux sociaux, et il vous faut apprendre à vivre avec, parce que vous savez que vous ne pouvez pas toujours les protéger.

Et même si c’était le cas, même si vous pouviez toujours les protéger du monde extérieur, il y a une dernière peur qui arrive, la plus terrible d’entre elles peut-être : la peur de les perdre émotionnellement. C’est la peur qu’un jour, ils ne vous aiment plus, qu’un jour ils ne pardonnent pas vos erreurs, vos manquements, vos oublis, vos ratés. C’est la peur que je n’avais pas anticipée, et avec laquelle j’aurais préféré ne pas apprendre à vivre. Mais cette peur, c’est aussi la preuve de cet amour dingue avec lequel on n’avait pas encore composé, elle est à la hauteur de ce qui nous remplit et qu’on redoute de perdre. Et pour ça, on a envie de leur dire : pas merci, mais, merci les enfants !

LNDT: @189. Une petite liste de mensonges

Un podcast de Radio France de 4′

Ali : Alors comme ça, Gwénaëlle, c’est aujourd’hui votre dernière chronique…

Ben, je sais pas… disons que ça n’était pas prévu comme ça, je pensais vaquer avec vous tranquillou-Bilou jusqu’à l’été mais, sans se mentir (comme on dit aujourd’hui), vous pensiez à quoi Ali, en m’envoyant ce sujet ? Le mensonge dans le couple… Je fais quoi moi, avec ça ? Je me mets à faire la liste de tous mes petits secrets non avoués à mon mari et je les balance mine de rien devant les millions d’auditeurs ? ça se passe comment ? Je lui passe quand même un petit coup de fil avant pour lui dire que non, vraiment chéri, c’est pas la peine d’écouter la chronique aujourd’hui… c’est tout pourri, c’est sur l’homéopathie… ou les graines de chia, je sais plus.. bref, ça va pas t’intéresser… en plus t’as une réu super importante à ce moment-là, non ??? et puis cherche pas, le replay, les podcasts, tout ça, ça marche pas bien à Radio France en ce moment… je sais pas pourquoi… ptet l’arrivée de Rachida Dati au ministère de la Culture, je sais pas, j’demanderai…

Ali : Bon, mais en bonne professionnelle, vous avez quand même une petite idée sur la question, un conseil pour les parents…

Ben, non mais ok, ok, je suis solidaire, je suis courageuse, je suis professionnelle et je me lance. Car peut-être qu’avant moi (je ne sais pas, je ne les ai pas encore entendus quand j’écris cette chronique), des sexologues ou thérapeutes de couple brillants ont dit à ce micro qu’il fallait éviter les mensonges au sein du couple et que la confiance était le ciment de la relation… Donc au cas où, allez, on y va, on va les lister les mensonges… et puis on verra bien ce qui se passe…

advienne que pourra… alea jacta est ! Mais je vous préviens Ali, si mon couple part à volo dès ce soir, je vous tiens pour responsable !

Alors c’est parti, commençons par du lourd : tromperies.. ça, j’ai pas / échangisme Non… / zoophilie Non plus… / crimes en séries peut-être ? Je vois même pas qui tuer ni pourquoi donc non / Ou alors, ah oui ça c’est bien ! une seconde vie cachée à la Jean-Claude Roman… avec carrément un autre boulot que le mien genre chirurgienne esthétique pour révolutionnaires en cavale… Ou nan, attendez, j’ai mieux ! (là, si on veut on peut mettre en fond la musique du bureau des légendes : https://www.youtube.com/watch?v=s0rTz2NY3RQ) Agent pour la DGSE comme Anna Giraudeau alias Marina Loiseau dans le Bureau des Légendes ! Mon travail dans le magazine Pomme d’api ne serait qu’une couverture pour récolter de précieuses informations sur les Balkans ou sur le programme nucléaire en Iran. (stop net musique) Bof. En plus, très mauvais calcul pour la DGSE vu qu’avec un Mojito dans le nez, je vous livre le code nucléaire en moins de deux… Nan mais attendez, en fait, plus j’avance dans cet exercice et plus je me rends compte que ma vie est super pourrie en fait… carrément déprimante ! Je n’ai aucun GROS mensonge à me mettre sous la dent !

Ali : Mais non, ne dites pas ça ! Vous aussi vous avez bien votre petit jardin secret…

Attendez, si je cherche bien, je crois que le dernier truc sur lequel j’ai un peu menti à mon mec, c’est ptet sur le dernier Marron glacé qui a mystérieusement disparu du placard cette semaine… ou alors sur un mail de la copro que j’étais censée avoir vu, que j’avais un peu vu, mais que j’ai dit que j’avais pas

vu… C’est archi-nul comme mensonge ! Le niveau zéro du pipeau ! Nan mais sans rire, déjà que quand tu as fait des enfants ensemble, que ton mec t’as vu accoucher, a assisté à la lente rééducation de ton périnée, on peut se dire qu’on n’a plus beaucoup de jardin secret… mais maintenant que j’y pense (surtout si les super invités de ce studio ont finalement dit avant moi que le secret du couple résidait sur une part de mystère)… moi aussi je veux ma part de femme mystère ! Moi aussi je veux que mari se dise de temps en temps « tiens tiens, tu ne me cacherais pas quelque chose » (et pas qu’un marron glacé). Peut-être qu’à défaut d’avoir un amant, je pourrais faire semblant d’en avoir un ! La voilà l’idée géniale de ce début d’année ! Les inconvénients sans les avantages… c’est tout moi, ça. Mais après tout, que ne ferait-on pas pour faire vivre son couple, n’est-ce pas Ali ?

LNDT: @188. Pourquoi sommes-nous fascinés par les vidéos de parents animaux ?

Un podcast de Radio France de 4′

Julien Bisson nous raconte, dans sa chronique, qu’il se sent proche d’un parent animal.

L’expérience de la parentalité nous ramène à une part d’animalité que nous ne soupçonnions pas forcément, elle réveille en nous quelque chose qui a trait à la répétition de gestes si ancestraux, la naissance, l’allaitement, les premiers soins, qu’on semble partager avec pas mal d’espèces cousines.

Alors je ne prétends pas, comme l’hippocampe, avoir porté et mis au monde moi-même mon enfant. Mais après la naissance, je pouvais me sentir comme le flamant rose, prêt à surveiller mon gosse toute la nuit, à le nourrir et lui donner ses trois biberons par nuit, ou à le garder bien au chaud comme le manchot. Puis après, comme le loup, j’ai commencé à apprendre des petits trucs sur la vie à mon louveteau – bon lui c’est apprendre à chasser dans la nature, moi apprendre à chasser dans Zelda, mais c’est la même chose ! Et oui, bien sûr, il m’est arrivé de vouloir l’abandonner sur la banquise comme les phoques, mais en règle générale, je suis plutôt proche de la maman éléphant, prêt à charger pour défendre mon gosse menacé par les hyènes.

Bref, si je suis un parent animal, je serais plutôt proche d’un animal mythologique, une chimère, un tiers oiseau, un tiers mammifère, un tiers reptile, avec quelques écailles de poisson pour emballer le tout !

Qu’est-ce que l’instinct parental ?

Comme tout le monde, j’utilise Internet principalement pour envoyer des photos de mon fils et regarder des vidéos d’animaux. Et notamment de parents d’animaux qui interagissent avec leurs petits, qu’ils soient panthères, mésanges ou hippopotames. La plupart de ces vidéos sont des petits remèdes à la morosité, qui vous donnent envie de sourire bêtement, c’est le cas de le dire – des études scientifiques ont montré qu’elles réduisaient l’anxiété et amélioraient le bonheur conjugal ! D’autres vont vous traumatiser, comme ce clip que j’ai vu récemment d’une cigogne qui attrape un de ses cigogneaux dans son bec pour le jeter hors du nid, tout ça parce qu’elle sait qu’elle ne pourra pas nourrir tous ses petits. Horreur totale devant la cruauté de la nature ! Mais surtout l’occasion de réfléchir sur ce que peut être l’instinct parental. Je vais prendre pour cela un autre exemple.

Parmi ces vidéos, j’ai découvert un jour l’histoire de Koko, une gorille célèbre née dans le zoo de San Francisco et à qui on avait appris une forme adaptée du langage des signes. Selon les employés du zoo qui s’occupaient d’elle, Koko aurait été capable de signer environ mille mots, de comprendre deux mille mots d’anglais supplémentaires et de faire des blagues, ce qui, au passage je m’en rends compte, la met à peu près au même niveau que moi, la langue des signes en plus !

Mais ce que Koko ne pouvait pas faire, c’était avoir des bébés. Alors avec sa maîtrise de la langue, elle a demandé à avoir un chat. On lui a fourni un chat en peluche, elle l’a refusé, alors on lui a apporté un vrai chat, qu’elle a appelé All Ball, et dont elle s’occupait comme un bébé. Mais après six mois, le chat s’est échappé de la cage et a été écrasé par une voiture. Et lorsqu’on lui a annoncé la nouvelle, Koko aurait signé les mots « mauvais, triste, mauvais, pleurs » avant d’émettre des sons proches du gémissement de douleur. Par la suite, rassurez-vous, Koko a eu d’autres chats ensuite, Lips et Smoky, dont elle a continué à s’occuper avec tendresse.

Quelle leçon tirer de cette fréquentation assidue des vidéos d’animaux ?

D’abord que je passe sans doute trop de temps à en regarder, vu la tête de mon fil Instagram ! Mais aussi que ce que nous voulons voir dans ces vidéos d’animaux est assez révélateur de nos obsessions bien humaines. Dans le cas de Koko par exemple, j’ai toujours été frappé, à la fois par la possibilité que cette gorille ait pu avoir une forme d’instinct parental pour un animal adopté, mais aussi par notre propre capacité de projection, notre envie de reconnaître et mettre un nom sur ces liens d’attachement au sein du règne animal. Ce n’est pas seulement un facteur de mignonnerie qui nous pousse à nous émerveiller devant des vidéos d’animaux avec leurs petits.

Mais aussi, je crois, l’émotion de voir la réalité de la relation filiale hors de toute construction culturelle, un lien qui trouve une traduction sociale hors de notre propre expérience. Et si un corbeau peut en venir à adopter et à nourrir un chaton, si une tigresse peut élever des porcelets – oui, oui, vous chercherez ! -, alors c’est que nous aussi, on devrait pouvoir s’en sortir.

LNDT: @129. Daniel Arsand « Incurable adolescence »

Un podcast de 53′ de Radio France.

Daniel Arsand explore « ce pont croulant entre l’enfance et l’âge adulte, cette incurable adolescence » dans son dernier ouvrage « Moi qui ai souri le premier » publié aux éditions Actes sud.

« J’avais déjeuné de plutôt bon appétit. Une odeur de plat refroidi flottait et m’écoeurait. Je n’étais qu’énervement, concentration sur ma personne et sur les proches heures. Le cartel sonna. Encore un peu à barboter dans l’ennui et l’impatience. Ce fut l’heure brusquement. C’était l’heure.Escalier descendu, descendre à l’anglaise, est un escalier qu’on descend, celui de chez soi, frôler des murs et des marches. J’avais l’impression que c’était sans retour. La rue Emile Noirot me parut pour la première fois provinciale et décente. C’était quoi la décence ? Que savais-je encore des mots ? Je truffais mon vocabulaire de tant de mots ronflants qui n’avaient aucun écho en moi. J’étais trop eune et trop inexpérimenté et j’avais eu une enfance heureuse, du moins protégée, qu’aucun gouffre ne creusait, n’évidait de sa densité, qu’aucun malheur n’avait réduite en lambeaux, alors comment aurais-je su que la plupart des mots sont pétris de nuit ?

LNDT: @128. 10 séries époustouflantes pour une plongée en adolescence

Un podcast de 8′ de Radio France.

Les « teenage movies » fleurissent sur grands et petits écrans. Dans le domaine des séries, ce genre a donné des créations drôles, émouvantes, et tout à fait passionnantes. Nous en avons fait une petite sélection.Dans l’émission Grand bien vous fasse, l’adolescence était montrée sous la focale de ses fortes amitiés, si nécessaires à la construction de l’identité, et si utiles en cette période de grands bouleversements, de passage de l’enfance à celui de l’âge adulte.Les scénaristes et réalisateurs de séries ont depuis quelque temps une passion pour cette période de la vie, si intéressante à filmer et à regarder. Tout semble plus intense, plus beau et plus désespéré. Si la force des passions adolescentes vous manque, il est possible de les revivre, en se plongeant dans ces œuvres de fiction. Les difficultés inhérentes à cette période sont aussi dépeintes, permettant de mieux comprendre celles et ceux qui sont encore plongés dedans.

LNDT: @127. Pourquoi les amitiés à l’adolescence nous marquent-elles autant ?

Un podcast de 52′ de Radio France.

Ces amitiés si fortes perdurent-elles avec l’âge adulte ? Comment les parents doivent-ils se positionner, entre ingérence et indifférence ?

Souvenez-vous il y a 10, 30, 50 ou 60 ans de ce meilleur ou cette meilleure ami·e quand vous étiez adolescent·e. Ces rires, ces confidences, ces consolations, cette compréhension mutuelle, ces activités partagées…Des amitiés qui marquent une vie. Et aujourd’hui, vos enfants ou petits-enfants vivent les mêmes émotions.
Pendant cette période de la vie, il est naturel qu’ils s’éloignent un peu de leurs familles. Couper le cordon pour construire d’autres liens qui ne se fondent ni sur les liens du sang ni sur la sexualité.

Comme le rappelle la psychologue du développement Valérie Golly-Ledoux dans un article de The Conversation« Les comportements des adolescents avec leurs amis se manifestent par des actes altruistes, de générosité, de coopération, d’entraide et la résolution de conflits pour maintenir la relation ». Quant au philosophe Giorgio Agamben, il définit l’ami « comme un autre que soi, avec lequel on partage la douceur même d’exister. »Quels sont les bienfaits de ces amitiés et comment repérer celles qui sont toxiques ou dysfonctionnelles ?Nos experts sont là pour apporter des éléments de réponse.

LNDT: @126. Des souvenirs d’adolescence gravés sur « Les murs de poussière »

Un podcast de 5′ de Radio France.

En 1977 Francis Cabrel sort son premier 33 tours « Les murs de poussière », un disque qui ressemble à un journal intime.

Plutôt introverti, Francis se livre grâce à l’écriture. Il revient sur les tourments de son adolescence et de sa jeune vie d’adulte. La chanson « Les murs de poussière », qui a donné son titre à l’album, prend l’allure d’une saisissante prémonition..