LNDT @ 311: ATTENTION DANGER !

6 tactiques de manipulation courantes pour contrôler l’autre

La manipulation peut subtilement éroder la confiance dans toute relation. Cet article met en évidence six tactiques courantes mais efficaces que certaines personnes peuvent utiliser pour contrôler voir développer son emprise sur son ou sa partenaire. Comprendre ces tactiques aide chacun à reconnaître et à gérer les relations toxiques, favorisant ainsi des relations plus saines et plus respectueuses.

  1. Chantage émotionnel : Le chantage émotionnel est l’une des formes de manipulation les plus insidieuses. Cela implique d’utiliser la culpabilité, la peur et l’obligation de contrôler quelqu’un. Par exemple, une personne pourrait dire : « Si tu m’aimais, tu ferais ça pour moi » ou « Je ne peux pas croire que tu me ferais du mal comme ça ». Ces déclarations peuvent vous faire sentir responsable de son bonheur ou de sa détresse, vous amenant à vous conformer à ses exigences pour éviter la culpabilité ou la peur de la perdre.
  2. Éclairage au gaz : Le gaslighting est une tactique psychologique dans laquelle le manipulateur (trice) vous fait douter de vos propres perceptions et de la réalité. Une personne utilisant cette tactique pourrait nier des événements dont vous vous souvenez clairement, déformer les faits ou vous accuser d’être trop sensible ou paranoïaque. Au fil du temps, cela peut éroder votre confiance en vous et vous rendre plus dépendant de sa version de la réalité, lui donnant ainsi plus de contrôle sur vous.
  3. Jouer la victime : Jouer la victime est une tactique de manipulation dans laquelle quelqu’un se présente comme impuissant ou lésé pour gagner de la sympathie et du contrôle. Une personne pourrait exagérer ou inventer des histoires sur la façon dont d’autres l’ont maltraitée pour susciter votre pitié et votre soutien. Cela peut vous amener à vous sentir obligé de la protéger et de prendre soin d’elle, souvent au détriment de vos propres besoins et limites.
  4. Le traitement silencieux : Le traitement silencieux consiste à refuser de communiquer ou de reconnaître votre présence comme une forme de punition. Lorsqu’une personne utilise cette tactique, elle crée un déséquilibre de pouvoir en vous faisant désespérément ressentir votre besoin de son attention et de son approbation. Cela peut vous amener à vous excuser ou à céder à ses demandes, même si vous n’êtes pas en faute, juste pour mettre fin au silence inconfortable et rétablir la communication.
  5. Triangulation : La triangulation est une tactique par laquelle une personne amène un tiers dans votre relation pour créer de la jalousie, de la compétition ou de l’insécurité. Elle pourrait flirter avec quelqu’un d’autre, parler de l’intérêt d’une autre personne pour elle ou vous comparer défavorablement aux autres. Cela peut vous donner le sentiment d’être inadéquat et vous pousser à faire de grands efforts pour gagner son approbation et garder son attention concentrée sur vous.
  6. Retenir l’affection : La rétention d’affection, c’est lorsqu’une personne vous refuse délibérément l’amour, l’attention ou l’intimité physique pour vous punir ou obtenir ce qu’elle veut. En retirant votre affection, elle crée un sentiment de privation émotionnelle qui peut vous rendre plus conforme à ses souhaits. Cette tactique exploite votre désir naturel de proximité et d’approbation, vous rendant plus susceptible de vous soumettre à ses demandes pour regagner son affection. Comprendre ces subtiles tactiques de manipulation est crucial pour maintenir des relations saines et équilibrées. En reconnaissant ces comportements, vous pouvez vous protéger du contrôle et vous assurer que vos relations sont fondées sur le respect mutuel et une véritable affection. N’oubliez pas qu’une relation solide repose sur la confiance, l’honnêteté et une communication ouverte. Restez conscient, fixez des limites et donnez toujours la priorité à votre bien-être.

LNDT: @197. Ma vie de « parent » victime !

Un podcast de Radio France de 4′

Gwénaëlle aborde un autre type de harcèlement, celui qu’éprouvent aussi… les parents. Elle explique que ce qui compte, ce n’est pas de résoudre vraiment ses problèmes mais de pouvoir vider son sac de temps en temps.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire dans une chronique précédente à quelle point je ne serais pas du tout le bon parent en cas de harcèlement sur l’une de mes progénitures vu que, au lieu de tout bien faire comme il faut, à savoir rester calme et aller échanger posément avec les institutions concernées pour trouver la bonne solution, constructive pour toutes les parties, travailler avec un bon psy sur la posture de victime, eh bien moi, je serais plutôt du genre à aller choper les petits cons ou les petites connes en question, en prendre un pour taper sur l’autre pour les encastrer directement dans le mur de l’école en hurlant « never touch my child again ! »… Donc j’ai beau avoir la théorie en tête sur les questions de harcèlement, je ne vais rien vous apporter aujourd’hui via cette chronique…

Le harcèlement subi par… les pauvres parents

Mais oui ! Car nous aussi on a le droit d’avoir un peu le rôle de victime après tout ! Nous aussi on mériterait bien un petit message présidentiel qui dirait : « ce qui vous rend la vie impossible a un nom : c’est le harcèlement. » Car je trouve qu’on ne parle pas assez du harcèlement que subissent les parents au quotidien par tout un troupeau de bourreaux que sont – en vrac – nos propres enfants, l’école, le conservatoire, le club de sport, le mois de juin, le mois de septembre, le mois de décembre, l’invention des groupes Whatsapp, les anniversaires, la création de Vinted, Parcoursup…

Alors là, à ce stade, vous vous dites « elle exagère bibiche… » Mais non !! non, non, non ! Tenez, pour gagner votre empathie, je vais vous dire ce qu’il a fallu encaisser en une semaine (et encore, je ne suis pas parent solo, on est deux pour tenir le choc…) :

  • Quitter le boulot à l’arrache à vélo sous la pluie pour assister à une réunion de collège afin de, tenez-vous bien, préparer (en novembre) l’entrée au lycée de n°2 en septembre prochain. A coup de « bon, là, c’est vraiment une classe difficile, beaucoup de choses se jouent pour l’avenir de votre enfant qui va devoir faire des choix fondamentaux… » Ok, même pas peur…
  • Aller à une deuxième réunion (un autre soir) pour le voyage scolaire
  • Déplacer le rendez-vous d’orthodontiste (rapport au voyage scolaire)
  • Remplir et faire valider par l’employeur le formulaire de stage de 3e
  • Choper rapidos un cadeau d’anniversaire pour le copain de n°3 vendredi
  • Accompagner n° 2 à 7h00 du matin à l’aéroport pour le-dit voyage scolaire (faire le sac avant, aller chercher des devises…)
  • Poster le paquet vinted, aller en chercher un le lendemain qui a atterri à l’autre bout de la ville. Eh oui, c’est du bouleau la seconde main !
  • Faire un gâteau pour la réunion scoute
  • Ecouter attentivement tous les détails des listes de Noël de n°3 et comprendre ce qu’est un Akedo
  • Répondre à environ 80 messages whatsapp, 5 sondages de parents et 45 textos
  • Je vous épargne l’emploi du temps du mercredi off…

Mais on se dit « Sans victime consentante, plus de bourreau » !

Oui, je sais ! Je dois absolument sortir du « triangle dramatique » victime-bourreau-sauveur pour retrouver ma place d’adulte, celle qui me permettra de poser enfin des choix assumés et responsables sans me plaindre, car après tout, tout ça, je l’ai un peu choisi. Je pourrais, si je le voulais vraiment, oublier le gâteau, ne pas regarder les whatsapp, zapper les vaccins, acheter tout en un clic sur Amazon et sécher les réunions de parents. Je pourrais mais je ne le fais pas car cela entre dans l’image que je me suis construite d’un bon parent responsable. Alors ok, j’arrête de gémir, de toute façon, ce qui compte quand on est parent, ce n’est pas de résoudre vraiment ses problèmes mais de pouvoir vider son sac de temps en temps. Et grâce à vous, je suis repartie pour un tour !

LNDT: @196. Les contes de fées

Un podcast de Radio France de 6′

féminisme, magie et littérature

Ali : Alors comme ça, Gwénaëlle, aujourd’hui, vous avez peur de nous décevoir…

Oh là là oui.. je la vois là, toute la jeune génération de parents féministes qui m’attend au tournant. Ah ah ! J’espère bien qu’elle va se les farcir un peu ces greluches de Blanche-Neige et de Cendrillon, toutes plus bêtes les unes que les autres à attendre leur blond et stupide Prince Charmant… Qu’elle va nous le démonter fissa ce roi pervers prêt à épouser sa fille (#Peau d’âne)… Alors, oui, ok, c’est bon, on sait tous aujourd’hui que les contes de fées, écrits pour certains à la toute fin du 17e siècle ne sont pas un modèle de modernité en ce qui concerne les rapports hommes-femmes, qu’ils contribuent à véhiculer un certain nombre de stéréotypes sur une certaine hétérosexualité en particulier. Mais je dois avouer que pour ma part, je n’ai pas attendu metoo pour comprendre, même enfant, que :

1 / nous, les femmes n’avions pas besoin d’hommes et encore moins de princes pour nous sauver

2 / Nous n’étions pas forcément prêtes à tout quitter (tel la petite sirène) par amour… ni ne souhaitions forcément être mariées et avoir beaucoup d’enfants

3 / N’étions pas forcément douces, passives et passionnées de ménage en sifflotant

4 / Ne détenions pas toutes le pouvoir de converser au petit matin avec les animaux de la forêt.

Ali : Passée cette petite mise au point, vous êtes donc plutôt une fan des contes de fée…

Mais oui ! Complètement ! Car pour moi, le fameux « Il était une fois… » restera toujours ce moment magique où, enfant, mon papa ou ma maman, ma sœur et moi quittions soudain la vraie vie pour nous laisser littéralement glisser dans un monde fantastique. Un monde fait de princes et de princesses, certes, mais un monde surtout rempli de loups, de méchantes marâtres, de rois possessifs, de terribles sorcières, de géants affamés… dont ensemble, soir après soir, bien au chaud sous notre couette, nous allions pouvoir triompher. Mourir de peur mais triompher 1 fois, 2 fois, 10 fois, 100 fois s’il le fallait ! Charles Perrault, en 1697, écrivait ceci en parlant des enfants à qui on lit des contes : « On les voit dans la tristesse et dans l’abattement, tant que le héros ou l’héroïne de conte sont dans le malheur, et s’écrier de joie quand le temps de leur bonheur arrive ; de même qu’après avoir souffert impatiemment la prospérité du méchant ou de la méchante, ils sont ravis de les voir enfin punis comme il le méritent » Le conte de fée, c’est avant tout cela : le fait de traverser des épreuves pour de faux et en toute sécurité, de vivre en empathie avec un héros des émotions fortes afin d’accéder au final à un monde plus juste. Le conte de fée, c’est la soif d’un monde où, après les épreuves, vient la justice et le droit au bonheur. Et cet espoir, il est universel. C’est ce qui fait que si, comme Hansel et Gretel (mon conte préféré) vous avez subi une enfance terrible, eh bien oui, vous pouvez toujours fonder votre espérance sur le fait que le choses rentreront un jour dans l’ordre.

Ali : Et puis, les contes, c’est aussi un langage savoureux, une entrée dans la littérature.

« Tire la chevillette, la bobinette cherra… » (Ali, vous me conjuguerez le verbe choir à tous les temps tous les modes !), « c’est pour mieux te manger mon enfant ! »… Si les contes traditionnels ne sont pas hyper metoo, ils font partis des trésors de littérature qui traversent les générations et tissent une culture commune. Le magique « Il était une fois… » nous fait entrer dans un autre monde, régi par d’autres lois. Alors, comme le conseillait la grande conteuse Miss Sara Cone Bryant dès 1905 à ses apprentis conteurs : prenez votre histoire au sérieux, traitez-la avec respect car si elle vaut la peine d’être dite, elle mérite d’être bien dite. Prenez votre temps pour la lire. Laissez derrière les soucis de la journée et du lendemain… Car ce que nos enfants désirent encore plus que l’histoire elle-même, c’est nous entendre la lui lire.

LNDT: @195. Est-ce bien raisonnable de lire des récits de mythologie à des petits enfants ?

Un podcast de Radio France de 5′

Faut-il se priver de tel ou tel ouvrage parce que la langue serait trop difficile pour l’enfant (ce qui reste souvent à démontrer), ou parce que les sujets évoqués seraient trop durs, trop morbides, trop violents ?

En tout cas, c’est une question qui va être souvent posée pendant les cinq jours de ce Salon du livre jeunesse : « C’est pour quel âge ce livre ? » « Est-ce qu’il n’est pas trop jeune ? » « Est-ce que ça ne fait pas trop peur ? »

Or autant pour les films, c’est souvent assez facile à répondre, autant pour les livres, la question est plus ardue.

Faut-il se priver de tel ouvrage parce que la langue serait trop difficile pour l’enfant (ce qui reste souvent à démontrer), ou parce que les sujets évoqués seraient trop durs, trop morbides, trop violents ?

Le meilleur exemple de ce dilemme, c’est, je crois, les récits de la mythologie, qui forment pour moi un péché mignon auquel je n’arrête pas de revenir.

Ça n’est pas nouveau, hein. Quand j’étais môme, j’étais si obsédé par la mythologie que j’avais essayé de recréer l’arbre généalogique de tous les dieux et héros grecs, avec des centaines de noms sur plusieurs mètres carrés. Alors aujourd’hui, je transmets comme je peux cette passion.

Mythologie grecque donc, mais aussi nordique, égyptienne, aztèque, celtique, perse ou chinoise – une excellente collection réunit ces récits en plusieurs tomes chez Points Sagesse.

On en lit avec mon fils, on écoute des podcasts consacrés, on regarde des films ou des dessins animés (quarante ans après, « Ulysse 31 », ça passe encore très bien), on joue avec ses Playmobil à recréer la guerre de Troie ou le voyage des Argonautes. Bref, on baigne dans la mythologie comme Achille dans le fleuve Styx.

Mais est-ce que ce n’est pas un peu violent comme univers, pour les enfants ?

Ah ça, je ne vous le fais pas dire.

La mythologie, c’est le festival des horreurs avec deux-trois millénaires d’avance.

Parricide ? Œdipe est là pour ça.

Inceste ? Toujours Œdipe.

Infanticide ? Agamemnon sacrifie sa fille Iphigénie pour partir à la guerre, et Médée tue ses fils après avoir été trahie par Jason.

Violences sexuelles ? Les déesses Athéna et Héra doivent lutter contre des tentatives de viol, sans même parler de toutes les humaines abusées par Zeus.

Cannibalisme ? Chronos dévore ses propres enfants pour qu’ils ne le renversent pas, et Tantale sert le sien lors d’un banquet offert aux dieux.

Je passe sur les fratricides, les enfants abandonnés, ou les créatures plus monstrueuses les unes que les autres, un œil, des serpents à la place des cheveux, une tête de taureau sur un corps d’homme ou encore un chien à trois gueules menaçantes.

Et encore, je ne vous parle que de la mythologie grecque !

Mais alors, est-ce bien raisonnable de lire ça à des enfants ?

Cette question appelle deux réponses.

D’abord, rappeler qu’il y a des façons plus sensibles que d’autres d’approcher ces récits de la mythologie, par l’image, par l’humour, ou par la réécriture de ces histoires éternelles – je pense aux magnifiques feuilletons de Murielle Szac, en cent chapitres à chaque fois, consacrés à Ulysse, Thésée, Artémis ou Hermès, et qui approchent ces histoires dans leur humanité avec un joli sens de l’oralité pour petits et grands.

Mais cette question interroge plus largement sur ce qu’on peut faire lire aux enfants, et sur la façon dont ils reçoivent ces lectures. Et je pense là à un autre livre phare de ma propre jeunesse, que j’ai beaucoup lu ensuite à mon fils, un livre qui n’est pas issu de la mythologie mais c’est tout comme : « Max et les Maximonstres » de Maurice Sendak. Un livre illustré de 1963 qui voit un petit garçon, Max, s’embarquer pour le pays des terrifiants Maximonstres après que ses parents l’ont envoyé dans sa chambre suite à une énième bêtise.

J’aime ce livre, et j’aime encore plus son titre original : « Where the Wild Things Are », « Là où sont les choses sauvages ».

Car il désigne autant le pays fabuleux des Maximonstres, que la propre imagination de Max, débordante de terreur et de violence.

Et loin de nier cette réalité, « Max et les Maximonstres », comme les récits mythologiques, nous rappelle qu’il faut l’accueillir et la dompter, en devenir le maître, pour pouvoir ensuite rentrer au confort et à la douceur du foyer familial.

Lire des récits mythologiques, ce n’est donc pas seulement vibrer et trembler au fil des aventures qui nous sont contées, c’est aider les enfants à approcher les questions éternelles de l’origine, de l’amour, de la mort.

C’est leur permettre de structurer leur monde intérieur souvent chaotique – tiens, le chaos, encore une image tout droit tirée des mythes.

Mais c’est aussi, pour les parents, apprendre à faire confiance à leur capacité de compréhension, d’assimilation, sans qu’il y ait besoin de simplifier, de moraliser ou d’aseptiser.

Alors rassurez-vous, Zeus, Aphrodite, Apollon et Cyrène, c’est pour tous les âges.

Et ça fait trois mille ans que ça dure.

LNDT: @194. Etre parent, c’est déjà philosopher

Un podcast de Radio France de 4′

Ali : alors comme ça, Gwénaëlle, vous ne pensez pas être la mère la plus douée pour parler philosophie avec vos enfants…

Disons que si on entend par philo, la philosophie universitaire, qui manie à merveille les auteurs et les concepts, non. Pour tout vous dire, il se trouve que j’ai fait de la philo en terminale puis en classe préparatoire… mais alors que certains de mes amis s’éclataient littéralement en soirée à faire des sortes de battles de concepts à coups de « ah ah ah ! mais non, voyons ! Hegel ne veut pas DU TOUT dire ça quand il parle « d’en soi-pour soi » ! Moi, j’étais plutôt branchée décorticage de poèmes de Francis Ponge.. et surtout « Qui veut un autre Mojito ? » 1/20 (c’est la note que j’ai obtenue au concours)… à ce stade, on peut se dire que je suis carrément passée à côté de la discipline… une vraie buse.

Ali: Et pourtant… vous n’avez jamais fait autant de philosophie que depuis que vous êtes maman…

Eh oui… si l’on considère que les questions sur la mort, la finitude, le sens de la vie, la nécessité de travailler, le bien et le mal, la liberté, la nécessité (ou non) de règles pour bien vivre ensemble… sont bien des questions philosophiques, alors je dois dire que mes enfants m’ont vite forcée à remettre le nez dedans !

L’autre jour par exemple, mon fils (philosophe devant l’éternel) m’a demandé comme ça, entre la pompe à essence et l’achat de fromage : « Dis maman, pourquoi on dit « gagner sa vie ? Parce que quand tu nais, tu l’as déjà gagnée ta vie… »

Wouah… alors.. euh, attends deux secondes… oui monsieur en carte bleu le fromage… Tu disais ? Gagner sa vie… C’est vrai que quand on y pense c’est étonnant comme expression…

Ou alors, les fameuses questions sur la mort… (oui, parce qu’on peut dire que les enfants ont le sens de l’essentiel) « Dis maman, c’est vraiment sûr qu’on doit mourir un jour ? », « Papa, on va où après la mort ? », « Toi, tu vas mourir avant moi ou après moi ? » Et autant en dissert de philo, vous pouviez toujours tourner autour du pot en citant les grands philosophes, autant là, bon ben, pour répondre à votre bambin, il faut y mettre un peu du sien… et si on accepte de faire le job un tant soit peu honnêtement, sans se cacher derrière des réponses creuses, et bien cela demande à la fois un peu de rigueur mais aussi de courage.

Ali : Mais vous dites que ce qui compte en tant que parent, ce ne sont pas forcément les réponses que vous allez donner mais plutôt l’espace de questionnement et de réflexion que vous allez pouvoir ouvrir à vos enfants…

Disons qu’en tant que parent (et pas prof de philo professionnel !), nous allons épouser différents rôles, en fonction de l’âge de nos enfants et leurs besoins. Entre les tout petits, pétris de pensée magique et les plus grands, qui ont atteint ce fameux « âge de raison », le cheminement est déjà assez différent. Ensuite, si l’enfant pose parfois des questions pour le plaisir de réfléchir et cheminer, parfois, ce qu’il souhaite, c’est juste une réponse de réconfort… Ces discussions peuvent ainsi être l’occasion de transmettre des croyances (quelles qu’elles soient) ou des convictions sur tout un tas de sujets. Que ce soit dans le domaine spirituel ou religieux, politique ou sociétal, moral, nous avons tous des idées que nous nous sommes forgées au fil de la vie, qui nous structurent et qu’il est intéressant de partager avec nos enfants sous forme de « je crois que… je pense que parce

que… etc ». Cela montre qu’on a pris le temps, nous aussi de nous intéresser à ces questions. Mais ce qui est tout aussi intéressant, c’est de créer un espace pour que chacun prenne le temps de proposer des hypothèses (même farfelues), d’y réfléchir et surtout de les confronter à leurs limites (« si ce que tu dis est juste, alors… / qu’est-ce que tu en penses ? ») Et ça, même si on n’est pas un cador en philo, c’est vraiment une voie très riche à emprunter avec nos enfants. Déjà parce que cela les aide à construire leur propre pensée. Et ensuite, car cela nous oblige nous aussi à réinterroger nos présupposés, tous ces éléments de pensée qui nous semblent acquis… mais qui méritent peut-être d’être revus. Mon conseil du mercredi : n’attendez donc pas d’être devenu un spécialiste de Sartre ou de Kant pour vous lancer. Appuyez-vous sur vos enfants, ce sont de très bons maîtres pour vous lancer sur le chemin de la philosophie !

LNDT: @193. La relation mère-fils

Un podcast de Radio France de 5′

Mon cher Julien, que vous inspire notre thématique du jour ?

Beaucoup de choses, comme toujours, au point de me demander d’ailleurs par où commencer. J’ai été un temps tenté de vous parler de ma propre expérience de la relation mère-fils, dans le rôle du fils donc, de vous parler de la façon dont celle-ci influe sur nos destinées et façonne nos futures relations sentimentales, mais je me suis dit que ce serait bizarre de faire cela en présence d’une psychanalyste et d’une thérapeute familiale, j’aurais eu l’impression de leur devoir un peu d’argent en sortant du studio !

Donc non, pour une fois, je ne vous parlerai pas de moi, ça nous fera des vacances à tous. Je ne vous parlerai pas non plus de mon fils, qui a une relation à sa mère totalement saine, enfin saine, du moins depuis que j’ai brisé tout net son élan quand, à l’âge de 4 ans, il avait débarqué en affirmant tout de go : « à partir de maintenant, je vais dormir avec maman, et toi papa, tu vas dormir dans mon lit. » Que nenni, retourne vite fait dans ta chambre, petit Œdipe ! Depuis, cela va mieux, il a même dit ce week-end qu’il préférait son papa – ce qui n’a pas de sens, hein, l’amour parental n’est pas une compétition, quand bien même je serais en train de la gagner…

Il faut dire que de ce point de vue, on part de loin quand on est père. Depuis la grossesse jusqu’aux premiers mois d’allaitement, vous avez une place assez réduite dans le triangle de la parentalité. En caricaturant, on peut se sentir dans les débuts comme une sorte de gros animal domestique au sein du foyer familial, une créature poilue, câline et bienveillante, mais tout de même assez accessoire vis-à-vis de la relation qui unit la mère à son enfant, fille ou garçon.

Comment trouver sa place alors au milieu de cette relation ?

Eh bien c’est une question qui me paraît importante parce qu’elle dit quelque chose, je crois, de la conception profonde qu’on a de son rôle paternel. Est-ce qu’on s’impose en se démarquant de la mère, ou est-ce qu’on s’inscrit dans son sillage ? Dans son autobiographie Les Mots, Jean-Paul Sartre estime que « n’ayant pas eu de père, il avait toutes libertés », comme si cette absence avait été une chance, comme si le père devait nécessairement être celui qui portait les interdits, les frustrations, celui qui devait briser la relation d’amour entre mère et fils pour lui permettre d’entrer dans le monde. Et j’imagine qu’en effet, cela a dû être le modèle dominant pendant des siècles, avec un pater familias à la fois absent et tout-puissant, et qui laissait à la mère l’exclusivité de la dimension aimante et affectueuse.

Mais alors qu’est-ce qui change dans une société qui aspire à l’égalité homme-femme ? Est-ce que cela signifie que les pères sont appelés à devenir des mères comme les autres, et inversement ? Autrement dit, peut-on penser les relations entre parent et enfant en-dehors d’un cadre sexué ?

A cette question, mon premier mouvement serait de répondre oui, naturellement oui. L’exemple des couples de parents homosexuels montre bien qu’il est possible de construire ces relations hors du schéma traditionnel, tout comme la hausse des gardes alternées après séparation chamboule la division des rôles. Les mères ne sont plus cantonnées à la dimension câline et sécurisante du cocon domestique. Les pères peuvent s’épanouir dans une relation aimante et confiante, sans forcément devoir incarner avec froideur l’ordre et la loi.

Mais est-ce que cela signifie pour autant qu’il y a confusion possible entre père et mère ?

Non, c’est sans doute plus compliqué que cela. Le schéma traditionnel est vieux de milliers d’années, on ne va pas tout réinventer en quelques décennies. Je suis frappé d’ailleurs par la façon dont cette division père/mère s’incarne dans les choses les plus anodines. La littérature scientifique montre, par exemple, qu’en général les pères et les mères ne changent pas leurs enfants de la même façon – les premiers en profitent pour travailler la motricité quand les secondes chantonnent. Ils ne mettent pas l’accent sur les mêmes personnages quand ils lisent des contes. Ils ne jouent pas non plus pareil avec leur progéniture – les pères laissent moins volontiers leurs garçons gagner que leur mère notamment.

Ce faisant, on répète sans le savoir des comportements anciens, qui amènent à différencier les rôles parentaux. Je vois bien comment chez moi, malgré tous nos discours égalitaires, mon fils sait qu’il vaut mieux se plaindre à sa mère s’il a mal quelque part, mais que c’est avec moi qu’il ira plus volontiers faire du foot au square. Est-ce que c’est bien ou mal ? Est-ce qu’il est important de conserver des figures différentes et complémentaires ? Je laisse aux psys autour de cette table le soin de répondre. Et je conseille à tous les autres de voir ou revoir « Kramer contre Kramer », qui va bientôt fêter ses 45 ans et reste l’un des films les plus justes sur le renversement des assignations paternelle et maternelle.

LNDT: @192. Peut-on offrir des amis à son enfant ?

Un podcast de Radio France de 3′

Aujourd’hui, Julien Bisson s’interroge sur les amis imaginaires et sur leur utilité pour les enfants.

Alors je laisse aux psys autour de cette table le soin de dire si les enfants qui ont des amis imaginaires sont en manque, ou pas, d’amis réels, mais cela me fait tout de même penser qu’il y a certainement un remède à trouver à la solitude. Quelque chose qui permette de combler l’absence, d’assurer la bonne camaraderie, d’occuper les récréations de vos bambins.

Je me suis souvenu qu’il y a quelques années, un site français proposait aux solitaires de leur louer des amis, pour une occasion spéciale ou pour passer le temps. Et du coup, puisque c’est encore Noël, et que c’est donc toujours la période des Fêtes et des cadeaux improbables, je me suis demandé : est-ce qu’on ne pourrait pas offrir des amis à ses enfants ? Des amis tout beaux, tout neufs, pas encore déballés, et prêts à marcher sans même qu’on ait besoin d’y mettre des piles ? Des amis qui seraient prêts à jouer à tout ce que vous voudrez, et parfois même à vous laisser gagner ? Un comme peu comme dans le film « Le Jouet« , mais en version 8 ans…. Ce serait bien, non ?

Vous savez, Julien, que les enfants ne sont pas des objets dont on peut disposer ?

Je sais, je sais, mais franchement, des fois je me dis que ce serait tellement plus simple. Ça éviterait d’avoir à jouer les managers de la carrière amicale de nos enfants, et à se démener corps et biens pour assurer son succès.

Prenez les anniversaires d’enfants. Je ne sais pas comment ça se passait chez vous, mais de mon côté, quand j’étais môme, un anniversaire de 7 ans, c’était un gâteau, trois paquets d’Haribo, et un jeu où il fallait aller croquer des bouts de pomme dans une bassine de farine. Bon, eh bien spoiler alert, maintenant ce n’est plus du tout ça. Tous les mois, c’est piñata chez Olivia, spectacle de magie chez Alexis, sortie chez Disney avec Zoé, et j’en passe… Du coup, quand arrive ton tour, tu regrettes qu’il ne soit pas né le 1er août et tu te dis qu’il faut assurer pour que ton enfant n’ait pas honte devant ses amis ! Tu as des idées de fous, tu n’en dors pas la nuit, tu en viens à envisager d’embaucher Ali Rebehi pour faire l’animation !

Et quand ce n’est pas les anniversaires, ce sont les soirées pyjamas, où il faut accepter de se faire réveiller à trois heures du matin par un gosse qui n’est pas le nôtre, certes, mais qui a quand même fait un cauchemar. Il y a les sorties au square pour surveiller la bande de gosses, où pendant qu’ils jouent à des sports aux règles pas vraiment homologuées par le comité olympique, vous, vous faites le pied de grue sur un banc dont le design a été manifestement pensé pour qu’on n’ait pas envie d’y rester trop longtemps. Et je ne parle pas des sorties scolaires, pour lesquelles vous avez posé un demi-jour de congé, tout ça pour vous retenir d’étranger son copain Basile, charmant garçon un peu trop vif qui a décidé qu’il était allergique aux passages cloutés !

Pourquoi est-ce qu’on s’impose autant d’efforts comme ça ?

Bon, déjà, parce qu’on les aime nos enfants, et qu’on a envie de leur faire plaisir. C’est la raison la plus simple et la plus évidente. Mais je crois qu’il se joue également autre chose de plus subtil, de plus inavoué, dans ces tentatives de démultiplication.

Les relations entre nos enfants et leurs amis sont des espaces singuliers, dont on sait finalement peu de choses, mais dont on pressent qu’il s’y joue quelque chose d’important. C’est un sas entre l’ancienne vie à la maison du tout-petit, et la future vie dans le monde extérieur du jeune adulte, un premier espace de socialisation qu’en tant que parent, on ne peut plus totalement maîtriser et que, par conséquent, on a tendance à surinvestir pour se rassurer sur le fait que notre enfant y est heureux. Est-ce qu’il a assez d’amis ? Est-ce qu’ils sont gentils avec lui ? Est-ce qu’ils ne le mettent pas sur le mauvais chemin ? Pour peu qu’on ait gardé quelques mauvais souvenirs de notre propre enfance, il n’en faut pas beaucoup pour être gagnés par l’angoisse, mais surtout par l’envie, le fantasme de pouvoir encore tout régenter. En oubliant peut-être de laisser respirer nos enfants, d’accepter justement ce que nous prenons pour une perte de contrôle, mais qui est pour eux une conquête d’autonomie.

Car finalement, que nos gosses aient des amis, y compris ceux qu’on n’aurait pas choisis pour eux, c’est peut-être la meilleure des preuves qu’ils n’ont plus rien d’enfants imaginaires…

LNDT: @191. Mais à quoi voit-on que l’on a vieilli ?

Un podcast de Radio France de 3′

Tout juste sortie du Nouvel An, Gwénaëlle se retrouve déjà dans des abîmes de perplexité, autrement dit une année de parents de plus ! Une reflexion depuis son TGV, assise à côté d’un carré famille.

Disons que le Nouvel An étant, par principe, le moment où l’on se souhaite une Bonne année, c’est aussi en filigranes le moment où, de fait, on se souhaite à tous et à chacun… une année de plus. Et si, jusqu’à maintenant, cette idée ne m’atteignait pas trop, je dois avouer que cette année, cela m’a fait un coup. Et de fil en aiguille du seum, voilà que je me suis demandée… mais à quoi voit-on que l’on a vieilli ?

Quels sont les signes qui nous disent sans conteste que l’on est définitivement passé de l’autre côté de la barrière de corail ? Autant de questions auxquelles j’ai tenté de répondre depuis mon TGV, assise à côté d’un carré famille avec des petits de 2 ans et 4 ans…

Réflexion existentielle dans le TGV

Je pense qu’au top des signes qui te disent que tu as vieilli, c’est déjà le fait que dans le TGV, tu as très rapidement des envies de meurtre vis-à-vis de ces pauvres enfants du carré-famille d’à côté. Voilà, tu sens qu’il faut aller puiser loin dans tes souvenirs de jeune maman qui elle aussi a méga galéré dans le train sous l’œil haineux et revanchard d’anciens parents qui eux aussi avaient oublié qu’ils avaient un jour été parents de jeunes enfants intenables pour ne pas laisser paraître ton agacement et te forcer à lancer régulièrement le sourire aux lèvres, des petits « Ah ah ! ils sont drôlement mignons dites donc ! » C’est sûr, hein, à cet âge-là, ça a besoin de remuer et de crier bien sûr et de tousser en m’envoyant ses microbes, et de pleurer… Voilà, rien que là, PAF ! Plus 10 points sur ta ligne de vie !

Deuxième moment furtif où j’ai senti un bon gros coup de canif dans ma ligne de vie durant ces vacances : lorsque, à l’occasion d’un dîner avec des amis, ton pote te dit que « sa sœur va bientôt prendre sa retraite ». Là, tu balayes rapidement dans ta tête les métiers qui, pour de vrai ou dans ton imaginaire, prennent leur retraite à 40 piges ou à 52 – bref plus tôt – genre les militaires, les policiers, les contrôleurs aériens, les gardiens de prison, les égoutiers… Mais tu vois bien que rien de tout ça ne colle à la sœur en question et donc BAM, tu encaisses. Oui, tu as désormais des gens dans ton entourage qui sont concernés par les questions de retraite… Très gros coup.

Tout ça est naturel, c’est le temps qui fait son œuvre…

Oui enfin, à ce que je sache, il n’y a pas si longtemps que ça…

  1. Tu ne parlais pas d’enfants parce qu’aucun de tes potes n’en avait.
  2. S’est glissée une sorte de faille spatio-temporelle durant laquelle vous et vos potes, vous vous êtes moins vus, vu que tout le monde était défoncé de fatigue et puis que franchement, la période couche culotte diversification alimentaire n’est pas celle qui remplit le plus avantageusement les conversations.
  3. En un saut de puce, vous en êtes à vous demander si ce ne serait quand même pas bien que la grande prenne la pilule, car on n’est jamais trop prudent… Qu’est-ce que t’en penses, toi ?

Et là, en un flash, tu te revois le 31 décembre de l’an 2000 dans ta colloque de potes avec une soixantaine de personnes déguisées sur le thème « fin du monde » (rapport au fameux bug de l’an 2000 que l’on attendait tous avec un mélange d’angoisse et de frénésie) à tenter de réguler une soirée déjà partie pour être ingérable, et tu te dis : elle est où l’arnaque ? Toi, t’es persuadée d’être la même à l’intérieur (et même à l’extérieur !), capable de porter des mini-jupes à paillettes et des cheveux teints en bleu pour danser All the night sur Moby ou Barbie Girl… Alors qu’en fait non, tu as juste réussi à te froisser un muscle en jouant au bowling avec tes enfants. Et maintenant, c’est ta fille qui te demande si elle peut sortir faire le jour de l’an ailleurs… et si possible en mini-jupe à paillettes.

Cette année encore, chers parents, désolée de vous décevoir : aucun de nous ne pourra arrêter le temps. Mais les enfants ont un pouvoir magique : celui de nous aider à le suspendre, le temps d’un câlin, d’un « Je t’aime » ou de la lecture collé-serré d’une histoire. Alors profitons-en sans limites, avant que ça ne s’échappe pour de bon !

LNDT: @190. Quand les enfants changent votre monde

Un podcast de Radio France de 6′

Est-ce que la vision du monde de Julien Bisson a changé depuis qu’elle est devenue parent ? Entre l’angoisse viscérale qui leur arrive quelque chose, les nuits de sommeil intermittentes, les questions existentielles autour de leurs jeux favoris, les goûters d’anniversaire…

Il n’y a pas que ma vision du monde d’ailleurs. Il y a aussi la vision que les autres ont de moi-même. Vous voyez les petits poils blancs dans ma barbe, les cernes sous les yeux, les golfes temporaux qui se creusent, ça n’y était pas avant ! Bon, je ne vais pas non plus tout lui mettre sur le dos, mais il n’empêche, si nos enfants nous apprennent beaucoup de choses utiles, qu’ont très bien évoquées vos invités – l’enthousiasme, la curiosité, la nouveauté, la capacité à explorer nos émotions ou à nous amuser – il y d’autres petites choses qu’on aurait peut-être préféré qu’ils ne nous apprennent pas…

Eh bien par exemple, je pense que j’aurais préféré ne pas apprendre qu’on pouvait survivre pendant six mois sans faire une nuit complète, et que même six ans plus tard, on pouvait conserver l’art du sommeil sentinelle – un type tousse dans la rue et je me réveille. J’aurais préféré tout ignorer de mon indifférence à la saleté et au désordre, après quelques années avec un enfant en bas âge. J’aurais voulu éviter de savoir que j’étais tout à fait capable de manger quelque chose qu’il avait recraché, sans en être pour autant dégoûté. J’aurais voulu ne pas connaître le sens des termes « méconium », « bronchiolite », ou « pieds-mains-bouche ». J’aurais aussi voulu ne jamais apprendre par cœur les règles du Quoicoubeh, les différentes couleurs des cartes Pokémon ou le générique de la Pat’ patrouille, qui vous reste bien vissé le crâne pendant toute la journée.

Et il y a toutes ces expériences que j’aurais tout aussi bien pu esquiver sans m’en porter plus mal, comme les goûters d’anniversaire à vingt gosses hurlant, shootés au sucre. Avec une mention spéciale pour ce goûter où les jeux prévus ont pris du retard, et où en plus du bruit et de l’agitation, il vous faut faire la conversation avec trois autres parents qui ont tous eux aussi envie de rentrer chez eux, un dimanche soir à 19h30. Pour ça, on a envie de dire à nos gosses : merci, mais pas merci !

Ce n’est pas bien grave, et on s’en remet vite. Ce dont on se remet un peu moins, en réalité, c’est la façon dont les enfants vous apprennent des vérités sur vous-mêmes que vous auriez parfois préféré ignorer. Par exemple que vous ressembliez davantage à vos propres parents que vous ne vouliez le croire, et que malgré vos grands discours, vous aviez les mêmes réactions dans les mêmes situations. « Finis tes légumes, il y a des gosses qui meurent de faim en Afrique », vous ne pensiez vraiment pas le dire un jour, hein ? Bah c’est raté !

J’aurais aussi voulu continuer à me croire capable d’être toujours patient, toujours disponible, jamais excédé à l’idée de partager un jeu ou un moment d’attention. J’aurais préféré ne pas apprendre que j’étais plus fragile que je ne le pensais, que je pouvais me montrer aussi sévère et le regretter amèrement ensuite.

Mais surtout, ce qu’on découvre avec la naissance de nos enfants et qui ne nous quittera plus jamais, c’est la peur, cette peur viscérale de les perdre, qui vous fait bondir dès que vous entendez un cri, qui vous fait penser à eux dès que vous êtes témoin d’un accident ou que vous entendez parler d’un fait divers. Vous avez peur qu’ils se fassent mal, vous avez peur qu’on leur fasse mal, dans la rue, à l’école, sur les réseaux sociaux, et il vous faut apprendre à vivre avec, parce que vous savez que vous ne pouvez pas toujours les protéger.

Et même si c’était le cas, même si vous pouviez toujours les protéger du monde extérieur, il y a une dernière peur qui arrive, la plus terrible d’entre elles peut-être : la peur de les perdre émotionnellement. C’est la peur qu’un jour, ils ne vous aiment plus, qu’un jour ils ne pardonnent pas vos erreurs, vos manquements, vos oublis, vos ratés. C’est la peur que je n’avais pas anticipée, et avec laquelle j’aurais préféré ne pas apprendre à vivre. Mais cette peur, c’est aussi la preuve de cet amour dingue avec lequel on n’avait pas encore composé, elle est à la hauteur de ce qui nous remplit et qu’on redoute de perdre. Et pour ça, on a envie de leur dire : pas merci, mais, merci les enfants !

LNDT: @189. Une petite liste de mensonges

Un podcast de Radio France de 4′

Ali : Alors comme ça, Gwénaëlle, c’est aujourd’hui votre dernière chronique…

Ben, je sais pas… disons que ça n’était pas prévu comme ça, je pensais vaquer avec vous tranquillou-Bilou jusqu’à l’été mais, sans se mentir (comme on dit aujourd’hui), vous pensiez à quoi Ali, en m’envoyant ce sujet ? Le mensonge dans le couple… Je fais quoi moi, avec ça ? Je me mets à faire la liste de tous mes petits secrets non avoués à mon mari et je les balance mine de rien devant les millions d’auditeurs ? ça se passe comment ? Je lui passe quand même un petit coup de fil avant pour lui dire que non, vraiment chéri, c’est pas la peine d’écouter la chronique aujourd’hui… c’est tout pourri, c’est sur l’homéopathie… ou les graines de chia, je sais plus.. bref, ça va pas t’intéresser… en plus t’as une réu super importante à ce moment-là, non ??? et puis cherche pas, le replay, les podcasts, tout ça, ça marche pas bien à Radio France en ce moment… je sais pas pourquoi… ptet l’arrivée de Rachida Dati au ministère de la Culture, je sais pas, j’demanderai…

Ali : Bon, mais en bonne professionnelle, vous avez quand même une petite idée sur la question, un conseil pour les parents…

Ben, non mais ok, ok, je suis solidaire, je suis courageuse, je suis professionnelle et je me lance. Car peut-être qu’avant moi (je ne sais pas, je ne les ai pas encore entendus quand j’écris cette chronique), des sexologues ou thérapeutes de couple brillants ont dit à ce micro qu’il fallait éviter les mensonges au sein du couple et que la confiance était le ciment de la relation… Donc au cas où, allez, on y va, on va les lister les mensonges… et puis on verra bien ce qui se passe…

advienne que pourra… alea jacta est ! Mais je vous préviens Ali, si mon couple part à volo dès ce soir, je vous tiens pour responsable !

Alors c’est parti, commençons par du lourd : tromperies.. ça, j’ai pas / échangisme Non… / zoophilie Non plus… / crimes en séries peut-être ? Je vois même pas qui tuer ni pourquoi donc non / Ou alors, ah oui ça c’est bien ! une seconde vie cachée à la Jean-Claude Roman… avec carrément un autre boulot que le mien genre chirurgienne esthétique pour révolutionnaires en cavale… Ou nan, attendez, j’ai mieux ! (là, si on veut on peut mettre en fond la musique du bureau des légendes : https://www.youtube.com/watch?v=s0rTz2NY3RQ) Agent pour la DGSE comme Anna Giraudeau alias Marina Loiseau dans le Bureau des Légendes ! Mon travail dans le magazine Pomme d’api ne serait qu’une couverture pour récolter de précieuses informations sur les Balkans ou sur le programme nucléaire en Iran. (stop net musique) Bof. En plus, très mauvais calcul pour la DGSE vu qu’avec un Mojito dans le nez, je vous livre le code nucléaire en moins de deux… Nan mais attendez, en fait, plus j’avance dans cet exercice et plus je me rends compte que ma vie est super pourrie en fait… carrément déprimante ! Je n’ai aucun GROS mensonge à me mettre sous la dent !

Ali : Mais non, ne dites pas ça ! Vous aussi vous avez bien votre petit jardin secret…

Attendez, si je cherche bien, je crois que le dernier truc sur lequel j’ai un peu menti à mon mec, c’est ptet sur le dernier Marron glacé qui a mystérieusement disparu du placard cette semaine… ou alors sur un mail de la copro que j’étais censée avoir vu, que j’avais un peu vu, mais que j’ai dit que j’avais pas

vu… C’est archi-nul comme mensonge ! Le niveau zéro du pipeau ! Nan mais sans rire, déjà que quand tu as fait des enfants ensemble, que ton mec t’as vu accoucher, a assisté à la lente rééducation de ton périnée, on peut se dire qu’on n’a plus beaucoup de jardin secret… mais maintenant que j’y pense (surtout si les super invités de ce studio ont finalement dit avant moi que le secret du couple résidait sur une part de mystère)… moi aussi je veux ma part de femme mystère ! Moi aussi je veux que mari se dise de temps en temps « tiens tiens, tu ne me cacherais pas quelque chose » (et pas qu’un marron glacé). Peut-être qu’à défaut d’avoir un amant, je pourrais faire semblant d’en avoir un ! La voilà l’idée géniale de ce début d’année ! Les inconvénients sans les avantages… c’est tout moi, ça. Mais après tout, que ne ferait-on pas pour faire vivre son couple, n’est-ce pas Ali ?