LNDT: @203. Comment soulager un enfant qui souffre du divorce ?

Un podcast de Radio France de 4′

Aujourd’hui, une solution pour apaiser des enfants de parents séparés ou qui vivent mal une recomposition familiale.

Des groupes de paroles d’enfants sont organisés régulièrement par le service « médiation familiale » de l’UDAF. Ils s’adressent aux enfants de 6 à 11 ans suite à un divorce, une séparation, une recomposition familiale. Bastien Blanchard de l’Union départementale des Associations Familiales encadre avec son binôme, ces groupes de paroles.

Chaque groupe de paroles dure environ 2 heures, ça commence par une météo émotionnelle, ensuite le dessin familial et puis il y a la partie conte, qui aborde les émotions.

Un groupe de paroles d’enfants bientôt à Reims

Mercredi 20 septembre 2023 il y aura une réunion d’information pour les parents, à l’UDAF 12 rue Simon (quartier St Remi à Reims) de 18h à 19h, en vue de groupes pour enfants qui commenceront le dernier mercredi de septembre.

4 séances en tout pour les enfants, les mercredis de 10h à midi, du 27 septembre au 18 octobre 2023.

Un autre groupe est prévu d’ici à fin 2023 à Châlons-en-Champagne, il est prévu pendant la première semaine des vacances de la Toussaint.

Ces ateliers sont gratuits. Ils sont financés par le REAAP, réseau d’accompagnement à la parentalité.

Témoignages dans le reportage à écouter sur cette page

Contactez l’UDAF de la Marne par mail ou au 03 26 69 47 60

LNDT: @202. Vous avez réussi votre divorce ou votre séparation !  » Faut qu’on en parle »

Un podcast de Radio France de 45′

Les années bonheur ont laissé la place à des moments moins réjouissants. L’heure de la séparation où du divorce a sonné. Mais il n’est pas question que la guerre soit déclarée. Comment avez-vous réussi à garder de bonnes relations avec votre ex ?

Elle était la personne idéale. Celle avec qui vous alliez finir votre vie. Et puis, toute la belle machine s’est dérèglée et il a fallu en arriver à la séparation, au divorce .

Si l’homme et la femme se quittait, ils restaient toujours le père et la mère des enfants. Il n’était pas question de les perturber encore plus . Même si vous avez pris des chemins différents, vous gardez un contact avec votre ex.

Mieux encore, après les tensions du début, tout s’est aplani avec le temps et vous entretenez désormais d’excellentes relations ensemble. Réunis à la même table pour les fêtes et anniversaires; mieux encore vous partez avec vos nouveaux conjoints en vacances tous ensemble. Votre ex est devenu(e) un(e) ami(e) de votre nouveau conjoint(e) ?

Si vous avez raté votre mariage, vous avez réussi votre divorce !

Margaux Cantié, psychologue, est notre invitée.

LNDT: @201. La garde d’enfants après une séparation

Un podcast de Radio France de 36′

L’affaire du père retranché sur une grue à Nantes, et le dossier de la garde d’enfants après une séparation… La justice favorise-t-elle trop souvent la mère ?

Avec

  • Eric Bocciarelli Secrétaire général du syndicat de la magistrature et juge des enfants au TGI de Nancy
  • Elodie Mulon Avocate spécialisée en droit de la famille (Cabinet Mulon Associés)
  • Olivier Besida Victime de violences conjugales et délégué de l’association SOS Papa

LNDT: @200. Le choix à tout âge ?

Un podcast de Radio France de 5′

Les enfants ont-ils trop le choix ? À cette question, Gwénaëlle a eu envie de répondre de façon lapidaire…

Oui. Voilà, j’ai juste envie de répondre oui. Et pas seulement parce que je suis une mère réac, tendance « mange ta soupe et tais-toi ! ». Non, c’est juste que le choix, revers de la liberté, est avant tout une bonne grosse source de stress.

Prenez le marchand de glaces… tiens au hasard, Fenoccio à Nice pour ceux qui connaissent. Bon, eh bien vous voilà devant 59 parfums de crèmes glacées, 35 parfums de sorbets soit 94 choix de parfums dont romarin, tomate-basilic, lavande ou cactus. A chaque fois, l’excitation de l’aventure, de la nouveauté (« cette fois, je tente un truc de ouf ! »)… tout ça pour finir sur la traditionnelle café ou pistache… avec la culpabilité supplémentaire de n’être qu’une adepte de la routine. Même drame au restaurant vietnamien… 45 mn à étudier une carte pléthorique… tout ça pour finir sur des nems au poulet.

Et si l’on monte d’un cran, comble de la torture, le choix d’orientation sur Parcoursup… droit ou éco ? Management du sport ou design de jeux vidéos ? Un truc artistique ? De la cuisine ? Informatique peut-être ? Comment ça, tu sais pas ? AAAh ! Bref, vous l’aurez compris, un peu de choix, ça va. Trop, c’est la cata.

Et pour les enfants, c’est pareil…

Disons que si certains choix font réellement partie de leur conquête d’autonomie (tee-shirt bleu ou rouge… Lego friends ou lego city… et à peine quelques années plus tard études d’ingénieur ou de menuiserie), si les enfants ont bien le droit d’affirmer des goûts qui leur sont personnels (après tout, vous, vous n’aimez pas les betteraves…), je suis à peu près persuadée que l’on peut leur alléger leur quotidien (et le nôtre au passage) en retirant une bonne partie des choix qu’on leur propose (et qui, d’ailleurs, au départ n’en était pas).

Sans rire, le nombre de fois où l’on commence une phrase par « veux-tu » alors que non, en vrai, on n’a pas du tout envie de savoir si il (ou elle) veut… mais juste qu’il (ou elle) fasse ce qu’on lui demande ! « veux-tu prendre ta douche ?« , « veux-tu mettre la table ?« , « veux-tu venir faire les courses avec moi ?« , « veux-tu bien aller te coucher ? » Comme si, en mettant un point d’interrogation, on était plus respectueux, alors qu’en réalité, on ne fait que les embrouiller ces pauvres gosses.

Et quand la réponse arrive (ben oui, même à 4 ans, nos bambins ont bien compris qu’une phrase qui finit par une envolée aiguë est une question qui appelle une réponse de leur part…) et que la réponse est « non« , « plus tard« , « attend… » ou « pas envie« ,… on s’étonne. « Ben si, il est l’heure de prendre ta douche ! Allez, hop hop hop… » Et là, au mieux, votre enfant se dit « ben pourquoi elle m’a posé la question vu que c’était déjà plié ?« , au pire le voilà parti dans une interminable et subtile argumentation qui mène en général par une beaucoup moins subtile gueulante.

On arrête donc les choix à tout va ?

Chacun fait bien comme il veut en fait ! Mais c’est vrai que pour choisir une glace à 3 ans, vanille, fraise ou chocolat, suffit largement pour explorer son pouvoir de décision. De même, à quoi bon proposer de faire du tennis ou du karaté… si les horaires sont au final incompatibles avec votre emploi du temps ? Donc oui, on peut déjà réduire les propositions pour rendre le choix plus aisé. Enfin, j’avoue avoir trouvé dans le best-seller « Chasseur, cueilleur, parent » de la chercheuse et journaliste américaine Michaeleen Doucleff, un truc qui m’a beaucoup interpellée, moi qui, en général dans la vie, parle beaucoup trop.

En gros, son livre compile le résultat d’observations menées sur l’éducation des enfants dans des groupes de cultures différentes des nôtres (Inuits, Maya et Hadza en Afrique de l’Est). Et cette femme a notamment remarqué que dans bon nombre de ces cultures, les parents utilisaient très peu de mots pour interagir avec leurs enfants. Oui, contrairement à nous qui usons notre salive plus que de raison, ces parents ne discutent pas avec les enfants de leur prochaine activité, ils ne débattent pas avec eux pour savoir s’ils préfèrent un sandwich au jambon ou des pâtes pour le déjeuner. Ils ne posent pas de questions commençant par “veux-tu ?”

À la place, ces parents agissent. La mère prépare des haricots noirs pour le déjeuner, le père enfile sa veste et sort faire les courses, la grand-mère va à la salle de bains et fait couler l’eau dans la baignoire. Moins de paroles engendre moins de stress. Je m’en vais donc fermer un peu ma bouche pour tenter l’aventure.

LNDT: @199. Faire famille

Un podcast de Radio France de 4′

Comment faire famille quand les réunions de famille, les cousinades sont une corvée ? Réponse et anecdotes de Julien Bisson.

Que vous évoque l’idée de faire famille ?

Ca m’évoque beaucoup de choses, mais en particulier un souvenir très récent. Vous allez encore dire que je raconte ma vie, mais j’ai participé au début de ces vacances à une cousinade, une réunion de famille dans le Puy-de-Dôme réunissant toutes les petites cellules éparses du grand organisme familial fondé par mes grands-parents il y a 70 ans. Aujourd’hui, ces grands-parents ne sont plus là, tout le monde est dispersé à travers la France, et si on n’arrive pas toujours à se donner des nouvelles entre frères et sœurs, vous imaginez ce que c’est avec le cousin machin et la tante Suzette !

Donc de temps en temps, on organise cette fameuse cousinade. Et il n’y a peut-être pas d’illustration plus concrète de l’idée de faire famille. Parce que pour que cette réunion ait lieu, il faut faire les réservations, faire la route, faire les courses, faire à manger, faire la vaisselle, faire le ménage. Et, à la toute fin, évidemment, faire les comptes ! Tout cela pour retrouver au milieu de l’Auvergne une cinquantaine de personnes que vous n’aviez pas recroisées pour la plupart depuis quelques années…

Publicité

Et encore ! Il s’agissait de ma propre famille. J’ai une pensée émue pour toutes les pièces rapportées qui ont passé les six heures de voiture à essayer de retenir les prénoms et les nombre d’enfants de chacun – je vous mets d’ailleurs au défi de retracer de tête l’ensemble de votre arbre généalogique, surtout si vous venez comme moi d’une famille méditerranéenne…

Mais alors pourquoi s’inflige-t-on ça ?

Évidemment, on affiche tous l’envie de se revoir, de rencontrer tous ces petits cousins, germains ou non – ah oui, germain, comme j’ai appris à mon fils, ne veut pas dire qu’ils sont allemands, mais qu’ils sont issus du même germe. Au passage, « cousin » renvoie à l’origine à l’idée de « co-sœur », et donc uniquement à la famille côté maternel, mais on n’est pas là pour faire un cours d’étymologie…

Si on s’oblige ainsi à ces efforts pour se retrouver, on le fait aussi sans doute, plus ou moins consciemment, un peu par devoir. On se dit confusément que si on ne se croise plus que pour les mariages et les enterrements, et encore, alors le lien familial risque de se rompre tout à fait, et avec lui une part de notre propre histoire. Et d’ailleurs, passé le ballet des « tu fais quoi dans la vie maintenant ? », le gros des conversations pendant le week-end sera de se souvenir des précédents moments de réunion, de cette soirée de 1995 où deux beaux-frères ont failli en venir aux mains, de cette fête de 1999 où l’un de vos oncles s’est toqué de pouvoir marcher sur les braises du méchoui, ou de cette autre réunion où tous les adolescents avaient été découverts en train de fumer des cigarettes qui font rigoler en cachette.

En creux, entre deux parties de pétanque, c’est la mémoire qui se renouvelle, la mémoire collective de la famille, avec son lot de rituels, de mythologies, de récit des origines. Et puis, plus étrangement, une sorte de mémoire individuelle, en voyant tous ces visages dont beaucoup vous ressemblent, de loin en loin : ceux qui ont dix ou vingt ans vous rappellent votre passé, ceux qui en ont soixante ou soixante-dix dessinent votre avenir. Cette famille élargie vous renvoie ainsi à tous les âges de votre vie.

Ce n’est donc pas simplement un lien au passé ?

Non, je ne crois pas. Je crois au contraire que ces réunions de famille, et notamment de famille élargie, où résonnent moins le pathos et les drames que dans la famille nucléaire, permettent de mesurer à la fois la force objective du lien sanguin, qui nous impose cette famille, mais aussi notre propre singularité au sein de l’institution. Elles nous permettent de mesurer la place que nous nous sommes construites, au fil des années, dans le tableau de famille. Elles racontent finalement moins quelque chose du groupe que de notre propre itinéraire intime, et de ce que nous allons transmettre, à notre tour, à notre progéniture.

C’est peut-être pour ça qu’après tous ces efforts, quand vient le moment de la séparation, on se dit que c’était pas si mal cette raclette à 50. Et dans les bouchons, en regardant les clichés nouveaux du grand album familial, on réalise sans doute qu’on a toujours mal compris le fameux « Famille, je vous hais ! » d’André Gide, car on n’avait pas pris la peine de lire la suite dans « Les Nourritures terrestres » : « Familles, au pluriel, je vous hais ! Foyers clos ; portes fermées ; possessions jalouses du bonheur« . Allez, à la prochaine cousinade !

LNDT: @198. Pour le droit à une grossesse masculine ?

Un podcast de Radio France de 5′

Lancement Ali : Aujourd’hui, Julien, vous allez militer pour le droit à une grossesse masculine ?

Dans le film La Vie de Brian des Monty Pythons, l’un des personnages masculins, joué par Eric Idle, affirme vouloir porter un enfant, sous les risées de ses camarades. Ceux-ci s’accordent finalement à lui dire qu’il ne pourra pas le faire, faute d’utérus, mais que cela ne doit pas entamer son droit à le faire, à porter des enfants.

Publicité

Cette scène m’a toujours amusée, tant elle dit quelque chose de ce paradoxe fondamental qu’est pour un homme le fait de devenir père sans faire naître son enfant. Un paradoxe qui peut d’ailleurs tourner à l’obsession, comme on a pu le voir l’an dernier après la publication par Planning familial d’une campagne d’information qui rappelait que certains hommes trans pouvaient être enceints. Dans le scandale que ça avait pu susciter, on pouvait lire autant de haine contre les LGBT qu’une forme de fascination envers l’idée même de grossesse masculine.

La littérature, notamment féministe, d’Octavia Butler à Ursula Guin, est d’ailleurs riche en fictions qui imaginent des utérus artificiels et des sociétés agenres où les hommes pourraient allaiter. Sans même parler de la mythologie grecque, où Zeus achevait déjà dans son propre corps la gestation d’Athéna et de Dionysos. Oui, mais voilà, nous ne sommes pas Zeus. Et à moins de s’appeler Arnold Schwarzenegger dans le film Junior, – ou d’être un hippocampe -, l’expérience biologique de la grossesse reste avant tout une expérience féminine.

Relance Ali : Est-ce que vous dites cela avec un brin de jalousie ?

Je ne sais pas si jaloux est le bon mot ! J’ai déjà du mal à supporter mes premiers poils blancs dans la barbe, je ne suis pas sûr que j’aurais vécu très sereinement les bouleversements dans mon corps, prendre un peu plus que des poignées d’amour et gagner une pointure, écrasé sous mon propre poids.

Mais si je dis cela avec, un peu de mauvaise foi, c’est bien parce que je n’ai qu’une vision tronquée de la grossesse, une appréhension extérieure qui ne sait rien des bouleversements émotionnels, de la vie intérieure et du lien avec l’enfant à naître. Je me souviens plutôt d’une période très étrange, partagée entre l’impatience de voir l’enfant arriver, comme le héros de Paul Morand dans L’Homme pressé, et en même temps, une forme d’inconscience de ce qui est en train de se tramer, un décalage avec l’expérience fondamentale que peut vivre la mère de l’enfant. Face à la grossesse, les hommes se retrouvent parfois comme au spectacle, témoins d’une pièce qui se joue devant eux sans trop savoir quel rôle y prendre.

Alors on fait la préparation à l’accouchement et les séances d’haptonomie, on lit des livres et on regarde tous les films possibles sur le thème de la grossesse, on fait des recherches Internet pour savoir quelles musiques faire écouter à bébé in utero – musique qui d’ailleurs n’est pas l’album In Utero de Nirvana ! On fait des courses, on monte des meubles, on télécharge des applications. Bref, on essaye de garder le contrôle quand, au bout du compte, on reste confronté au mystère radical qui nous est opposé.

Relance Ali : Mais alors ce serait quoi, une grossesse masculine ?

Alors, pour certains, ce serait une couvade, soit le fait de reproduire les symptômes traditionnellement reliés à la grossesse féminine – nausées, brûlures d’estomac, prise de poids, anxiété. Une sorte de grossesse nerveuse qui toucherait plus d’1/4 des hommes selon une étude américaine. Mais ce n’est pas tout à fait ce que j’ai en tête.

Rétrospectivement, j’ai le sentiment que ces neuf mois devraient surtout être mis à profit pour méditer notre propre lien à la paternité, nos souvenirs d’enfance et ce que nous en avons gardé. Ces neuf mois peuvent être utiles pour comprendre le langage de l’amour avec lequel on a grandi, afin de s’assurer que c’est bien celui qu’on souhaite transmettre, ou si l’on préfèrerait en inventer un nouveau.

En anglais, l’accouchement se dit « delivery », la délivrance – je ne sais pas, d’ailleurs, à quel point c’est toujours vécu comme tel par les femmes enceintes. Mais j’ai l’impression qu’il y a peut-être là la clé d’une grossesse masculine. Dans l’idée de délivrer l’enfant qui est en nous, pour mieux mettre au monde notre propre notion de la paternité.

LNDT: @197. Ma vie de « parent » victime !

Un podcast de Radio France de 4′

Gwénaëlle aborde un autre type de harcèlement, celui qu’éprouvent aussi… les parents. Elle explique que ce qui compte, ce n’est pas de résoudre vraiment ses problèmes mais de pouvoir vider son sac de temps en temps.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire dans une chronique précédente à quelle point je ne serais pas du tout le bon parent en cas de harcèlement sur l’une de mes progénitures vu que, au lieu de tout bien faire comme il faut, à savoir rester calme et aller échanger posément avec les institutions concernées pour trouver la bonne solution, constructive pour toutes les parties, travailler avec un bon psy sur la posture de victime, eh bien moi, je serais plutôt du genre à aller choper les petits cons ou les petites connes en question, en prendre un pour taper sur l’autre pour les encastrer directement dans le mur de l’école en hurlant « never touch my child again ! »… Donc j’ai beau avoir la théorie en tête sur les questions de harcèlement, je ne vais rien vous apporter aujourd’hui via cette chronique…

Le harcèlement subi par… les pauvres parents

Mais oui ! Car nous aussi on a le droit d’avoir un peu le rôle de victime après tout ! Nous aussi on mériterait bien un petit message présidentiel qui dirait : « ce qui vous rend la vie impossible a un nom : c’est le harcèlement. » Car je trouve qu’on ne parle pas assez du harcèlement que subissent les parents au quotidien par tout un troupeau de bourreaux que sont – en vrac – nos propres enfants, l’école, le conservatoire, le club de sport, le mois de juin, le mois de septembre, le mois de décembre, l’invention des groupes Whatsapp, les anniversaires, la création de Vinted, Parcoursup…

Alors là, à ce stade, vous vous dites « elle exagère bibiche… » Mais non !! non, non, non ! Tenez, pour gagner votre empathie, je vais vous dire ce qu’il a fallu encaisser en une semaine (et encore, je ne suis pas parent solo, on est deux pour tenir le choc…) :

  • Quitter le boulot à l’arrache à vélo sous la pluie pour assister à une réunion de collège afin de, tenez-vous bien, préparer (en novembre) l’entrée au lycée de n°2 en septembre prochain. A coup de « bon, là, c’est vraiment une classe difficile, beaucoup de choses se jouent pour l’avenir de votre enfant qui va devoir faire des choix fondamentaux… » Ok, même pas peur…
  • Aller à une deuxième réunion (un autre soir) pour le voyage scolaire
  • Déplacer le rendez-vous d’orthodontiste (rapport au voyage scolaire)
  • Remplir et faire valider par l’employeur le formulaire de stage de 3e
  • Choper rapidos un cadeau d’anniversaire pour le copain de n°3 vendredi
  • Accompagner n° 2 à 7h00 du matin à l’aéroport pour le-dit voyage scolaire (faire le sac avant, aller chercher des devises…)
  • Poster le paquet vinted, aller en chercher un le lendemain qui a atterri à l’autre bout de la ville. Eh oui, c’est du bouleau la seconde main !
  • Faire un gâteau pour la réunion scoute
  • Ecouter attentivement tous les détails des listes de Noël de n°3 et comprendre ce qu’est un Akedo
  • Répondre à environ 80 messages whatsapp, 5 sondages de parents et 45 textos
  • Je vous épargne l’emploi du temps du mercredi off…

Mais on se dit « Sans victime consentante, plus de bourreau » !

Oui, je sais ! Je dois absolument sortir du « triangle dramatique » victime-bourreau-sauveur pour retrouver ma place d’adulte, celle qui me permettra de poser enfin des choix assumés et responsables sans me plaindre, car après tout, tout ça, je l’ai un peu choisi. Je pourrais, si je le voulais vraiment, oublier le gâteau, ne pas regarder les whatsapp, zapper les vaccins, acheter tout en un clic sur Amazon et sécher les réunions de parents. Je pourrais mais je ne le fais pas car cela entre dans l’image que je me suis construite d’un bon parent responsable. Alors ok, j’arrête de gémir, de toute façon, ce qui compte quand on est parent, ce n’est pas de résoudre vraiment ses problèmes mais de pouvoir vider son sac de temps en temps. Et grâce à vous, je suis repartie pour un tour !

LNDT: @196. Les contes de fées

Un podcast de Radio France de 6′

féminisme, magie et littérature

Ali : Alors comme ça, Gwénaëlle, aujourd’hui, vous avez peur de nous décevoir…

Oh là là oui.. je la vois là, toute la jeune génération de parents féministes qui m’attend au tournant. Ah ah ! J’espère bien qu’elle va se les farcir un peu ces greluches de Blanche-Neige et de Cendrillon, toutes plus bêtes les unes que les autres à attendre leur blond et stupide Prince Charmant… Qu’elle va nous le démonter fissa ce roi pervers prêt à épouser sa fille (#Peau d’âne)… Alors, oui, ok, c’est bon, on sait tous aujourd’hui que les contes de fées, écrits pour certains à la toute fin du 17e siècle ne sont pas un modèle de modernité en ce qui concerne les rapports hommes-femmes, qu’ils contribuent à véhiculer un certain nombre de stéréotypes sur une certaine hétérosexualité en particulier. Mais je dois avouer que pour ma part, je n’ai pas attendu metoo pour comprendre, même enfant, que :

1 / nous, les femmes n’avions pas besoin d’hommes et encore moins de princes pour nous sauver

2 / Nous n’étions pas forcément prêtes à tout quitter (tel la petite sirène) par amour… ni ne souhaitions forcément être mariées et avoir beaucoup d’enfants

3 / N’étions pas forcément douces, passives et passionnées de ménage en sifflotant

4 / Ne détenions pas toutes le pouvoir de converser au petit matin avec les animaux de la forêt.

Ali : Passée cette petite mise au point, vous êtes donc plutôt une fan des contes de fée…

Mais oui ! Complètement ! Car pour moi, le fameux « Il était une fois… » restera toujours ce moment magique où, enfant, mon papa ou ma maman, ma sœur et moi quittions soudain la vraie vie pour nous laisser littéralement glisser dans un monde fantastique. Un monde fait de princes et de princesses, certes, mais un monde surtout rempli de loups, de méchantes marâtres, de rois possessifs, de terribles sorcières, de géants affamés… dont ensemble, soir après soir, bien au chaud sous notre couette, nous allions pouvoir triompher. Mourir de peur mais triompher 1 fois, 2 fois, 10 fois, 100 fois s’il le fallait ! Charles Perrault, en 1697, écrivait ceci en parlant des enfants à qui on lit des contes : « On les voit dans la tristesse et dans l’abattement, tant que le héros ou l’héroïne de conte sont dans le malheur, et s’écrier de joie quand le temps de leur bonheur arrive ; de même qu’après avoir souffert impatiemment la prospérité du méchant ou de la méchante, ils sont ravis de les voir enfin punis comme il le méritent » Le conte de fée, c’est avant tout cela : le fait de traverser des épreuves pour de faux et en toute sécurité, de vivre en empathie avec un héros des émotions fortes afin d’accéder au final à un monde plus juste. Le conte de fée, c’est la soif d’un monde où, après les épreuves, vient la justice et le droit au bonheur. Et cet espoir, il est universel. C’est ce qui fait que si, comme Hansel et Gretel (mon conte préféré) vous avez subi une enfance terrible, eh bien oui, vous pouvez toujours fonder votre espérance sur le fait que le choses rentreront un jour dans l’ordre.

Ali : Et puis, les contes, c’est aussi un langage savoureux, une entrée dans la littérature.

« Tire la chevillette, la bobinette cherra… » (Ali, vous me conjuguerez le verbe choir à tous les temps tous les modes !), « c’est pour mieux te manger mon enfant ! »… Si les contes traditionnels ne sont pas hyper metoo, ils font partis des trésors de littérature qui traversent les générations et tissent une culture commune. Le magique « Il était une fois… » nous fait entrer dans un autre monde, régi par d’autres lois. Alors, comme le conseillait la grande conteuse Miss Sara Cone Bryant dès 1905 à ses apprentis conteurs : prenez votre histoire au sérieux, traitez-la avec respect car si elle vaut la peine d’être dite, elle mérite d’être bien dite. Prenez votre temps pour la lire. Laissez derrière les soucis de la journée et du lendemain… Car ce que nos enfants désirent encore plus que l’histoire elle-même, c’est nous entendre la lui lire.

LNDT: @195. Est-ce bien raisonnable de lire des récits de mythologie à des petits enfants ?

Un podcast de Radio France de 5′

Faut-il se priver de tel ou tel ouvrage parce que la langue serait trop difficile pour l’enfant (ce qui reste souvent à démontrer), ou parce que les sujets évoqués seraient trop durs, trop morbides, trop violents ?

En tout cas, c’est une question qui va être souvent posée pendant les cinq jours de ce Salon du livre jeunesse : « C’est pour quel âge ce livre ? » « Est-ce qu’il n’est pas trop jeune ? » « Est-ce que ça ne fait pas trop peur ? »

Or autant pour les films, c’est souvent assez facile à répondre, autant pour les livres, la question est plus ardue.

Faut-il se priver de tel ouvrage parce que la langue serait trop difficile pour l’enfant (ce qui reste souvent à démontrer), ou parce que les sujets évoqués seraient trop durs, trop morbides, trop violents ?

Le meilleur exemple de ce dilemme, c’est, je crois, les récits de la mythologie, qui forment pour moi un péché mignon auquel je n’arrête pas de revenir.

Ça n’est pas nouveau, hein. Quand j’étais môme, j’étais si obsédé par la mythologie que j’avais essayé de recréer l’arbre généalogique de tous les dieux et héros grecs, avec des centaines de noms sur plusieurs mètres carrés. Alors aujourd’hui, je transmets comme je peux cette passion.

Mythologie grecque donc, mais aussi nordique, égyptienne, aztèque, celtique, perse ou chinoise – une excellente collection réunit ces récits en plusieurs tomes chez Points Sagesse.

On en lit avec mon fils, on écoute des podcasts consacrés, on regarde des films ou des dessins animés (quarante ans après, « Ulysse 31 », ça passe encore très bien), on joue avec ses Playmobil à recréer la guerre de Troie ou le voyage des Argonautes. Bref, on baigne dans la mythologie comme Achille dans le fleuve Styx.

Mais est-ce que ce n’est pas un peu violent comme univers, pour les enfants ?

Ah ça, je ne vous le fais pas dire.

La mythologie, c’est le festival des horreurs avec deux-trois millénaires d’avance.

Parricide ? Œdipe est là pour ça.

Inceste ? Toujours Œdipe.

Infanticide ? Agamemnon sacrifie sa fille Iphigénie pour partir à la guerre, et Médée tue ses fils après avoir été trahie par Jason.

Violences sexuelles ? Les déesses Athéna et Héra doivent lutter contre des tentatives de viol, sans même parler de toutes les humaines abusées par Zeus.

Cannibalisme ? Chronos dévore ses propres enfants pour qu’ils ne le renversent pas, et Tantale sert le sien lors d’un banquet offert aux dieux.

Je passe sur les fratricides, les enfants abandonnés, ou les créatures plus monstrueuses les unes que les autres, un œil, des serpents à la place des cheveux, une tête de taureau sur un corps d’homme ou encore un chien à trois gueules menaçantes.

Et encore, je ne vous parle que de la mythologie grecque !

Mais alors, est-ce bien raisonnable de lire ça à des enfants ?

Cette question appelle deux réponses.

D’abord, rappeler qu’il y a des façons plus sensibles que d’autres d’approcher ces récits de la mythologie, par l’image, par l’humour, ou par la réécriture de ces histoires éternelles – je pense aux magnifiques feuilletons de Murielle Szac, en cent chapitres à chaque fois, consacrés à Ulysse, Thésée, Artémis ou Hermès, et qui approchent ces histoires dans leur humanité avec un joli sens de l’oralité pour petits et grands.

Mais cette question interroge plus largement sur ce qu’on peut faire lire aux enfants, et sur la façon dont ils reçoivent ces lectures. Et je pense là à un autre livre phare de ma propre jeunesse, que j’ai beaucoup lu ensuite à mon fils, un livre qui n’est pas issu de la mythologie mais c’est tout comme : « Max et les Maximonstres » de Maurice Sendak. Un livre illustré de 1963 qui voit un petit garçon, Max, s’embarquer pour le pays des terrifiants Maximonstres après que ses parents l’ont envoyé dans sa chambre suite à une énième bêtise.

J’aime ce livre, et j’aime encore plus son titre original : « Where the Wild Things Are », « Là où sont les choses sauvages ».

Car il désigne autant le pays fabuleux des Maximonstres, que la propre imagination de Max, débordante de terreur et de violence.

Et loin de nier cette réalité, « Max et les Maximonstres », comme les récits mythologiques, nous rappelle qu’il faut l’accueillir et la dompter, en devenir le maître, pour pouvoir ensuite rentrer au confort et à la douceur du foyer familial.

Lire des récits mythologiques, ce n’est donc pas seulement vibrer et trembler au fil des aventures qui nous sont contées, c’est aider les enfants à approcher les questions éternelles de l’origine, de l’amour, de la mort.

C’est leur permettre de structurer leur monde intérieur souvent chaotique – tiens, le chaos, encore une image tout droit tirée des mythes.

Mais c’est aussi, pour les parents, apprendre à faire confiance à leur capacité de compréhension, d’assimilation, sans qu’il y ait besoin de simplifier, de moraliser ou d’aseptiser.

Alors rassurez-vous, Zeus, Aphrodite, Apollon et Cyrène, c’est pour tous les âges.

Et ça fait trois mille ans que ça dure.

LNDT: @194. Etre parent, c’est déjà philosopher

Un podcast de Radio France de 4′

Ali : alors comme ça, Gwénaëlle, vous ne pensez pas être la mère la plus douée pour parler philosophie avec vos enfants…

Disons que si on entend par philo, la philosophie universitaire, qui manie à merveille les auteurs et les concepts, non. Pour tout vous dire, il se trouve que j’ai fait de la philo en terminale puis en classe préparatoire… mais alors que certains de mes amis s’éclataient littéralement en soirée à faire des sortes de battles de concepts à coups de « ah ah ah ! mais non, voyons ! Hegel ne veut pas DU TOUT dire ça quand il parle « d’en soi-pour soi » ! Moi, j’étais plutôt branchée décorticage de poèmes de Francis Ponge.. et surtout « Qui veut un autre Mojito ? » 1/20 (c’est la note que j’ai obtenue au concours)… à ce stade, on peut se dire que je suis carrément passée à côté de la discipline… une vraie buse.

Ali: Et pourtant… vous n’avez jamais fait autant de philosophie que depuis que vous êtes maman…

Eh oui… si l’on considère que les questions sur la mort, la finitude, le sens de la vie, la nécessité de travailler, le bien et le mal, la liberté, la nécessité (ou non) de règles pour bien vivre ensemble… sont bien des questions philosophiques, alors je dois dire que mes enfants m’ont vite forcée à remettre le nez dedans !

L’autre jour par exemple, mon fils (philosophe devant l’éternel) m’a demandé comme ça, entre la pompe à essence et l’achat de fromage : « Dis maman, pourquoi on dit « gagner sa vie ? Parce que quand tu nais, tu l’as déjà gagnée ta vie… »

Wouah… alors.. euh, attends deux secondes… oui monsieur en carte bleu le fromage… Tu disais ? Gagner sa vie… C’est vrai que quand on y pense c’est étonnant comme expression…

Ou alors, les fameuses questions sur la mort… (oui, parce qu’on peut dire que les enfants ont le sens de l’essentiel) « Dis maman, c’est vraiment sûr qu’on doit mourir un jour ? », « Papa, on va où après la mort ? », « Toi, tu vas mourir avant moi ou après moi ? » Et autant en dissert de philo, vous pouviez toujours tourner autour du pot en citant les grands philosophes, autant là, bon ben, pour répondre à votre bambin, il faut y mettre un peu du sien… et si on accepte de faire le job un tant soit peu honnêtement, sans se cacher derrière des réponses creuses, et bien cela demande à la fois un peu de rigueur mais aussi de courage.

Ali : Mais vous dites que ce qui compte en tant que parent, ce ne sont pas forcément les réponses que vous allez donner mais plutôt l’espace de questionnement et de réflexion que vous allez pouvoir ouvrir à vos enfants…

Disons qu’en tant que parent (et pas prof de philo professionnel !), nous allons épouser différents rôles, en fonction de l’âge de nos enfants et leurs besoins. Entre les tout petits, pétris de pensée magique et les plus grands, qui ont atteint ce fameux « âge de raison », le cheminement est déjà assez différent. Ensuite, si l’enfant pose parfois des questions pour le plaisir de réfléchir et cheminer, parfois, ce qu’il souhaite, c’est juste une réponse de réconfort… Ces discussions peuvent ainsi être l’occasion de transmettre des croyances (quelles qu’elles soient) ou des convictions sur tout un tas de sujets. Que ce soit dans le domaine spirituel ou religieux, politique ou sociétal, moral, nous avons tous des idées que nous nous sommes forgées au fil de la vie, qui nous structurent et qu’il est intéressant de partager avec nos enfants sous forme de « je crois que… je pense que parce

que… etc ». Cela montre qu’on a pris le temps, nous aussi de nous intéresser à ces questions. Mais ce qui est tout aussi intéressant, c’est de créer un espace pour que chacun prenne le temps de proposer des hypothèses (même farfelues), d’y réfléchir et surtout de les confronter à leurs limites (« si ce que tu dis est juste, alors… / qu’est-ce que tu en penses ? ») Et ça, même si on n’est pas un cador en philo, c’est vraiment une voie très riche à emprunter avec nos enfants. Déjà parce que cela les aide à construire leur propre pensée. Et ensuite, car cela nous oblige nous aussi à réinterroger nos présupposés, tous ces éléments de pensée qui nous semblent acquis… mais qui méritent peut-être d’être revus. Mon conseil du mercredi : n’attendez donc pas d’être devenu un spécialiste de Sartre ou de Kant pour vous lancer. Appuyez-vous sur vos enfants, ce sont de très bons maîtres pour vous lancer sur le chemin de la philosophie !