LNDT: @596. Bruce Springsteen : « Nebraska », l’album minimaliste né d’une dépression qui révolutionna sa carrière

Un podcast de Radio France (4′)

Alors qu’il fait son grand retour en France pour quelques concerts et qu’un biopic est en préparation autour de son album devenu culte, « Nebraska », coup de projecteur sur ce disque à part dans sa carrière.

1981, exténué par une tournée gargantuesque, celle du River Tour et un succès mondial dont il fut le premier décontenancé, Bruce Springsteen entame une période charnière dans sa carrière et prend tout le monde à contre-courant. En plein épisode dépressif, il laisse de côté son groupe, le mythique E Street Band et s’enferme dans sa chambre dans le New Jersey avec seulement un magnétophone 4 pistes, une guitare et un harmonica et accouche d’un album fantomatique, minimaliste, mais fondamental : Nebraska.

LNDT: @471. Vous avez en charge une personne malade et/ou handicapée psychique. L’UNAFAM est une adresse qui vous apportera une aide précieuse

L’UNAFAM rassemble plus de 16 000 familles adhérentes à qui ils proposent un accompagnement par des pairs dans 359 points d’accueil, pour briser l’isolement et permettre de retrouver la force d’avancer. L’Unafam, association reconnue d’utilité publique, accompagne l’entourage de ces personnes vivant avec des troubles psychiques depuis 1963. 

Accueillir, soutenir, former et se battre pour les droits des personnes concernées et de leurs familles sont les missions auxquelles s’attèlent sur tout le territoire nos 1 800 bénévoles formés, avec l’aide de professionnels : psychologues, assistantes sociales, juristes, psychiatre…

Nous luttons au quotidien contre les préjugés et la stigmatisation liés aux maladies et au handicap psychiques et soutenons activement la recherche et l’innovation dans les pratiques de soins et d’accompagnement, le tout en lien avec les décideurs publics.

Nos valeurs

Le souci et le respect de la personne, la solidarité, le militantisme, la démocratie en santé constituent le socle des valeurs sur lesquelles l’Unafam construit son action pour soutenir les familles, défendre les intérêts des familles et des personnes vivant avec des troubles psychiques, améliorer leur accès à des soins de qualité, améliorer leur parcours de vie, favoriser leur insertion sociale et professionnelle et accroître leur autonomie dans la cité.

Le respect de la personne vivant avec des troubles psychiques

Quelle que soit sa maladie, son handicap, chacun doit être considéré comme un citoyen à part entière et accéder à tous ses droits. L’Unafam affirme que c’est par l’accroissement de leur capacité d’agir et la prise en compte de leur parole dans les décisions qui les concernent, que les personnes vivant avec des troubles psychiques pourront mener à bien leurs projets de vie et que l’équilibre de la famille sera préservé.

L’entraide entre pairs

Par son expérience, chaque adhérent de l’Unafam est en capacité d’être à l’écoute de l’expérience des autres dans une relation d’égalité, de fraternité et de solidarité. Face à l’isolement, à la souffrance des familles et des personnes confrontées à la maladie psychique, l’Unafam promeut le souci de l’autre et le soutien entre pairs.

L’engagement porteur d’espoir

Les acteurs de l’Unafam partagent la conviction que l’avenir est porteur d’espoir pour les personnes vivant avec des troubles psychiques et les familles. L’Unafam considère que c’est par l’action collective et en toute indépendance (confessions religieuses, partis politiques, organisations syndicales …) que le projet d’inclusion sociale des personnes vivant avec des troubles psychiques sera possible.

La coopération entre tous les acteurs

L’Unafam défend la reconnaissance du rôle de l’entourage familial dans l’accompagnement d’une personne vivant avec des troubles psychiques. Elle considère que le partenariat entre entourage familial, soignés, soignants, acteurs sociaux et médico-sociaux, acteurs de la cité, dans le respect de leurs rôles respectifs, est indispensable dans l’accompagnement des parcours de vie des personnes.

L’Unafam s’engage à développer ces coopérations dans le respect de ses valeurs et de ses convictions.

Le partage du savoir et des connaissances

L’Unafam appuie et contribue à diffuser toutes les démarches de recherche et d’information qui visent à connaître et faire connaître les maladies psychiques et à faire progresser la prévention, la prise en charge et les modalités d’accompagnement des personnes vivant avec ces maladies.

Elle affirme que la complémentarité des savoirs des pairs, des familles et des professionnels est nécessaire à la qualité du prendre soin tout au long du parcours de vie. 

Notre organisation

La gouvernance

La gouvernance est représentée par un conseil d’administration, composé de bénévoles de l’Unafam concernés par la maladie d’un proche qui sont élus lors de l’assemblée générale. Le bureau du conseil d’administration se réunit mensuellement pour mettre en œuvre les orientations et décisions du conseil d’administration. La déclinaison de la politique définie par le conseil d’administration trouve sa source et son application dans les territoires. L’Unafam est avant tout une union nationale qui se découpe en délégations régionales et départementales. Chaque délégation est pilotée par un bénévole ayant un mandat de responsabilités. La « Commission Vie Associative » (CVA) contribue au soutien et à l’animation du réseau des Délégations Départementales et Régionales.

Les instances consultatives et prospectives

L’Unafam a mis en place des instances consultatives et prospectives sur différentes thématiques qui apparaissent comme essentielles pour notre association. Ces groupes techniques ou de travail contribuent à définir les positions et les actions à mettre en œuvre par l’Unafam.

Ces groupes actifs sont notamment :

  • Des commissions : « Formation », « Vie associative », « Communication ». 
  • Des comités : Comité éditorial, comité ethique et Comité scientifique (composé d’experts extérieurs).
  • Des groupes techniques : « Ecole et troubles psychiques », « Emploi », « Logements et accompagnements », « Parcours pénal », « Santé et soin ».
  • Des groupes de travail :  » Faire ensemble avec des personnes concernées par un trouble psy » « Outils aux délégations », « Parrainage Unafam des GEM », « Réseau grands-parents ».

Pour mener à bien ses missions, l’Unafam s’appuie aussi sur des référents : référent handicap, référent précarité, référent CDSP, référents parcours pénal, référent premier secours en santé mentale, référent éducation

LNDT: @470. Ni dangereux, ni fous : en finir avec les idées reçues sur la schizophrénie

Un Podcast de Radio France (4′)

Le 18 mars, c’est la journée mondiale de la schizophrénie. Pour les associations et les malades, c’est l’occasion de mettre en lumière une maladie qui concerne environ 600 000 personnes en France et qui, dans 85 % des cas, est diagnostiquée entre 15 et 25 ans.

Personnes instablesdangereuses… Les personnes atteintes de schizophrénie souffrent de nombreuses idées reçues sur leur maladie. « Quand j’ai vu le mot schizophrénie, forcément ça m’a fait peur. Tout de suite, on pense à un tueur en série. J’avais l’image de gens qui sont instables », raconte Naama, 24 ans.

La jeune femme a été diagnostiqué durant son lycée. Et son entourage aussi avait une image cliché de la maladie. « Mon père et mes grands-parents se sont battus avec la psychiatre parce qu’ils disaient « ma fille n’est pas tarée » alors forcément ça marque », confie Naama.

La schizophrénie est un trouble mental qui affecte les personnes dans leur manière de penser ou d’interagir. Il y a plus d’une trentaine de formes. Pourtant, elle est souvent réduite à des troubles de la personnalité ou des hallucinations« Les médias, les films véhiculent des situations de crises mais elles sont très différentes d’une personne à l’autre. Et puis à cause de cela, une personne qui va chercher à trouver sa place dans la société va être rejetée« , explique Céline Aimetti, directrice du développement de l’association Positive Minders.

Ces représentations erronées de la maladie se retrouvent alors dans les faits divers repris par la presse ou les films et séries qui alimentent l’image de malades dangereux.  « C’est terrible parce qu’il n’y a aucune corrélation entre dangerosité et schizophrénie. Il faut arrêter de faire ce raccourci parce que l’impact est simple : les jeunes qui sont en souffrances n’osent pas en parler », raconte Céline Aimetti.

Antonin, lui, est diagnostiqué depuis prêt de 15 ans. Et pour lui, dont la maladie est aujourd’hui stabilisée, c’est important de lutter contre les clichés. « J’essaie de me détacher de ça et de passer plutôt des messages positifs pour enlever ces préjugés. Il faut changer le regard sur cette pathologie qui n’est pas la fin du monde« , raconte le jeune homme de 30 ans. Lui qui, comme beaucoup de malades, a réussi à retrouver une vie assez banale. « J’ai fini attaché dans une chambre de contention et j’ai quand même fait des choses de ma vie. J’ai repris mes études, et pleins d’autres choses. Et je suis schizophrène », confie Antonin.

LNDT: @434. Comment savoir si vous souffrez d’andropause ?

Une création d’Andréa Etondè | Un podcast Radio France (2′)

L’andropause, ou « ménopause masculine », concerne de nombreux hommes avec l’âge. Ce phénomène provoque une baisse progressive de la testostérone, impactant le corps et l’esprit. Le Dr Kierzek nous explique les symptômes, le diagnostic et les solutions possibles.

Souvent comparée à la ménopause féminine, l’andropause est un phénomène naturel qui survient chez les hommes avec l’âge. Le déclin progressif de la testostérone peut entraîner des symptômes, impactant ainsi la qualité de vie des hommes concernés.

Qu’est-ce que l’andropause ?

Également appelée Déficience Androgénique Liée à l’Âge (DALA), l’andropause, est un phénomène biologique qui se traduit par une diminution progressive du taux de testostérone chez les hommes. Contrairement à la ménopause féminine, l’andropause ne se caractérise pas par un arrêt complet de la production hormonale, mais plutôt par un déclin graduel, qui peut survenir à partir de 50 ans et toucher de plus en plus d’hommes avec l’âge. Parmi les symptômes physiques on retrouve :

  • La fatigue,
  • La perte de masse muscuulaire,
  • La prise de poids,
  • Les bouffées de chaleur,
  • Une baisse de libido,
  • Des difficultés érectiles,
  • La déprime,
  • Les troubles de l’humeur.

Comment diagnostiquer et traiter l’andropause ?

Le diagnostic de l’andropause repose principalement sur un dosage sanguin du taux de testostérone. Si le diagnostic est confirmé, des solutions de traitement peuvent être envisagées. La thérapie de remplacement par testostérone, sous forme de patchs ou d’injections, permet de soulager les symptômes, bien qu’elle comporte certains risques, notamment pour les hommes ayant des antécédents de cancer de la prostate. En parallèle, des changements de mode de vie, incluant une alimentation saine, une activité physique régulière et la gestion du stress, peuvent aider à atténuer les effets de l’andropause.

LNDT: @392. Vieilles, et alors ?

| Un podcast à soi (14) – ARTE Radio Podcast

Pourquoi des hommes de 50 ans se sentent incapables d’aimer des femmes de leurs âge ? Pourquoi beaucoup d’entre eux quittent leurs femmes pour des plus jeunes ? Pourquoi, alors que plus je vieillis, plus je me sens sereine, emplie de joie, de désirs, de force, je me suis écroulée à la vue de mon premier cheveu blanc ? Au delà de la peur de la mort et du temps qui passe, qu’est-ce que la vieillesse révèle des normes de genre ? Et comment lutter ensemble contre les injonctions jeunistes et sexistes de notre société ? Deux collectifs, les « Ménopause rebelle » à Marseille et les « Fouffe qui peut » en Ariège, réfléchissent à des moyens collectifs de lutter contre le jeunisme et le sexisme. De prendre de la force ensemble après de nombreuses attaques âgistes. On échange aussi sur la ménopause, ses tabous et ses alternatives. On analyse la façon différente de voir le corps des femmes et des hommes vieillissants. Les femmes ont-elles le droit de vieillir ? La vieillesse révèle des normes de genre. Elle est une question politique et sociale bien souvent passée sous silence. Avec :

  • Les collectifs « Ménopause rebelle » et « Fouffe qui peut »
  • Juliette Rennes, sociologue, maîtresse de conférence à l’EHESS Autrice de l’article « Le corps des vieilles » : https://www.monde-diplomatique.fr/201…
  • Rose-Marie Lagrave, sociologue, directrice d’étude à l’EHESS, Autrice de l’article « Réenchanter la vieillesse » : https://www.cairn.info/revue-mouvemen…
  • Cécile Charlap, sociologue, attachée temporaire à l’université de Lille 3, Autrice d’une thèse « La fabrique de la Ménopause » : http://www.theses.fr/2015STRAG022

LNDT: @345. Comment les psychédéliques modifient le cerveau – Épisode 6/6

Un podcast de 10′ de Radio France

Dans les traitements pour lutter contre la dépression, les molécules psychédéliques et apparentées commencent à revenir en médecine. Quels effets produisent-elles sur le cerveau ?

Avec

  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

Longtemps diabolisées, les molécules psychédéliques bénéficient, depuis quelques années, d’un regain d’intérêt pour soigner les dépressions sévères et résistantes aux traitements antidépresseurs. Après une période de prohibition à partir des années 1970, la possibilité d’une utilisation médicale, commence à s’ouvrir, même si de nombreuses précautions s’imposent pour réglementer et encadrer leur utilisation.

Effets immédiats et action rapide

Contrairement aux traitements antidépresseurs classiques, ces molécules psychédéliques ont des effets antidépresseurs dits “d’action rapide”, car ils peuvent apparaître quelques heures à quelques jours après l’administration.

Elles ont par ailleurs la particularité d’induire des états modifiés de conscience, associés à des sensations de sortie du corps, de connexion avec l’environnement. Les signaux sensoriels sont amplifiés : des souvenirs refont surface, des odeurs ressurgissent, de nouvelles sensations liées au toucher se manifestent, un sentiment de plénitude se dessine, des altérations transitoires de votre perception sont observées… cette amplification des sens est caractéristique de l’expérience psychédélique. Certains effets sont même parfois vécus comme des expériences presque mystiques.

Pour des dépressions résistantes aux traitements : psilocybine et kétamine

Parmi ces molécules, la plus célèbre est la psilocybine, un alcaloïde naturel issu des champignons Psilocybes, espèce endémique qu’on retrouve dans la plupart des régions du monde. Ces champignons sont d’ailleurs tellement répandus sur la planète qu’ils ont été utilisés à visée rituelle ou médicinale dans de nombreuses cultures.

La psilocybine est revenue en médecine au début des années 2000 sous l’impulsion d’un psychiatre Roland Griffith de l’université Johns Hopkins. Ce psychiatre est un fervent défenseur d’une approche intégrative et il consacre une grande partie de sa carrière à soulager la souffrance psychologique des patients souffrant de cancer en phase terminale. Ce psychiatre réalise une première étude qui montre qu’une dose unique de psylocybine est associée à une psychothérapie de soutien, réduit significativement l’anxiété et les symptômes de dépression chez les patients qui souffrent de symptômes anxieux ou dépressifs en fin de vie.

En France, depuis une dizaine d’années, la kétamine est aussi utilisée contre la dépression résistante. Cette molécule, qu’on dit anesthésique, est utilisée chaque jour par les anesthésistes et par les urgentistes, notamment pour sa capacité à induire rapidement un état de conscience altéré. Contrairement aux antidépresseurs conventionnels, ces molécules psychédéliques vont en fait entraîner des altérations transitoires de votre perception.

La kétamine entraîne par exemple plutôt des effets dissociatifs, une déréalisation, un sentiment d’irréalité du monde et une dépersonnalisation, c’est-à-dire à un sentiment d’irréalité du corps lorsqu’elle est intense. Les patients souffrant de dépression résistante, qui avaient souvent des croyances négatives depuis de nombreuses années, verbalisent très souvent la perception d’un changement de perspective, comme si leur point de vue avait été modifié, qu’ils bénéficiaient d’une plus grande ouverture mentale.

Les interactions avec le cerveau

Face aux récits de ces patients, un champ de recherche en neurosciences s’est développé pour comprendre les effets de ces molécules psychédéliques sur le cerveau. Cette rapidité d’action, ces effets très puissants ne concordent pas avec la théorie de la correction des croyances.

Après une seule prise de psilocybine, on observe des changements profonds dans l’activité des réseaux cérébraux. On retrouve ainsi une augmentation de la connectivité entre les cortex sensoriels et une diminution d’activité dans certaines zones.

Utilisation sous surveillance et effets indésirables

Au cours de ces thérapies, l’accompagnement psychothérapeutique est indispensable. Il est même recommandé que deux thérapeutes soient présents constamment aux côtés du patient pendant toute la durée de la séance.

L’utilisation médicale de la psilocybine n’est pas possible en France et celle de la kétamine nécessite d’être bien encadrée. L’utilisation des psychédéliques comme traitement nécessite en fait des protocoles formalisés, des études rigoureuses et une meilleure connaissance de leurs apports bénéfices-risques. Ces précautions sont d’autant plus importantes que ces traitements peuvent entraîner des effets indésirables psychologiques provoquer de la peur, de la tristesse ou provoquer des contextes d’addiction, notamment quand on a envie de répéter les effets subjectifs ressentis pendant la prise.

Les maîtres mots pour la recherche psychédélique sont : rigueur scientifique, temps pour la science, protection des individus fragiles et cloisonnement strict avec les usages récréatifs.

LNDT: @344. Comment les antidépresseurs corrigent vos biais cognitifs – Épisode 5/6

Un podcast de 10′ de Radio France

Il existe de nombreux mythes sur les antidépresseurs, des représentations faussées, excessivement optimistes ou anxiogènes. Comment ces molécules agissent-elles sur le cerveau déprimé et transforment-elles la perception noire du monde ?

Avec

  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

La dépression est une lutte sans merci. L’utilisation d’un antidépresseur est parfois nécessaire.

En pharmacologie, l’antidépresseur désigne un ensemble assez divers de molécules qui n’ont pas les mêmes modalités d’action, les mêmes effets thérapeutiques ou les mêmes effets indésirables. Ce nom générique complexifie un peu les choses, car on retrouve des molécules qui peuvent avoir des effets radicalement différents, qui peuvent favoriser l’appétit et au contraire le réduire, favoriser l’endormissement ou donner un sentiment accru d’énergie.

Un objectif commun : cibler les monoamines, des neuromodulateurs

De manière générale, il s’agit de molécules qui ciblent ce que l’on appelle les monoamines, parmi lesquelles on retrouve par exemple la sérotonine, la noradrénaline ou la dopamine. Ces monoamines sont appelées des neurotransmetteurs, car elles transmettent de l’information au travers de la fente synaptique (un espace microscopique d’environ 25 nanomètres qui sépare vos neurones). Lorsqu’un neurotransmetteur se fixe sur les récepteurs d’un neurone, il transmet un message électrique qui peut être à son tour transmis à un autre neurone. Un peu comme une course de relais. Il y a plus d’une vingtaine de types de synapses différentes, chacune transmettant des messages spécifiques et qui sont impliqués différemment dans cette activité cérébrale.

Les effets des antidépresseurs

Bien que l’on connaisse de mieux en mieux leurs effets chimiques, on sait encore très peu de choses sur les effets cognitifs des antidépresseurs. Si vous commencez un traitement antidépresseur, vous pourrez observer des premiers effets après 3 à 4 semaines de traitement et la plupart du temps, vous vous sentirez mieux après un délai plutôt de 4 à 6 semaines.

Pourtant, contrairement à ce que l’on croit souvent, ces traitements antidépresseurs ne mettent pas un mois pour agir. Pas toujours clairement de façon perceptible, ces molécules vont modifier la perception du monde, la cinétique de vos mouvements ou encore votre réactivité émotionnelle.

Plusieurs études ont ainsi montré que des changements très précoces avant tout effet sur l’humeur pouvaient toucher la reconnaissance des émotions faciales, l’apprentissage de nouvelles informations ou la mise à jour de vos croyances. Ces effets précoces et silencieux des traitements antidépresseurs sont aujourd’hui au cœur de la recherche en neurosciences cognitives, car ils pourraient permettre de détecter l’efficacité d’un traitement bien avant le ressenti subjectif d’une amélioration de la dépression.

On sait que deux tiers des patients ne répondent pas à un premier traitement antidépresseur et qu’environ un tiers sont résistants à plusieurs stratégies de traitement antidépresseur.

Une modification de la perception

Sous l’impulsion d’une équipe de l’université d’Oxford dirigée par Catherine Harmer, un champ théorique nouveau s’est développé pour essayer de comprendre les effets de ces antidépresseurs. Cette équipe a montré que les traitements antidépresseurs modifient la perception des informations positives et négatives. Ils viennent corriger les biais en faveur du négatif retrouvé dans la dépression. Ils montrent notamment que les traitements antidépresseurs influencent la reconnaissance des émotions sur les visages – par exemple la capacité à reconnaître la joie ou la peur – à interpréter une émotion faciale ambiguë. Lorsque vous prenez un antidépresseur, vous aurez plus de facilité à reconnaître les sourires, les émotions positives sur le visage des gens que vous allez croiser dans la rue. Vous allez aussi avoir plus de difficultés à reconnaître les émotions négatives, les émotions de colère, les émotions de peur. Et vous allez avoir un rappel plus facilité de vos souvenirs positifs, agréables, du passé.

Ces résultats sont fascinants. Premièrement, ils inscrivent les effets des antidépresseurs dans la cognition plutôt que de les limiter à une simple mécanique biologique. Ensuite, ils montrent que ces effets apparaissent bien avant l’amélioration subjective et objective de l’humeur.

Une motricité retrouvée

Dans la dépression, le mouvement ralentit, la parole devient très rare. L’immobilité gagne progressivement le corps. Après une semaine d’un traitement antidépresseur, on peut observer une levée de cette inhibition motrice, un peu comme si les mouvements avaient retrouvé leur amplitude, leur cinétique, que les muscles se réveillaient et que le tonus revenait. Cet effet précoce de la motricité a d’ailleurs fait dire au sociologue Alain Ehrenberg que les antidépresseurs sont des régulateurs de l’action ou que certaines molécules dépressives n’étaient pas des pilules du bonheur, mais plutôt des pilules de l’initiative.

Cette levée d’inhibition est aussi tristement célèbre en psychiatrie, parce qu’elle peut favoriser transitoirement le risque de suicide. Si vous avez un désir de mort qui est très puissant, mais que vous n’avez plus aucune volonté, vous aurez beaucoup de difficulté finalement à mettre en actes votre pensée. La levée de l’inhibition motrice peut ainsi produire cet effet paradoxal de renforcer pour le sujet la possibilité de se donner la mort en libérant son corps des liens qui l’entravaient.

LNDT: @343. Comment votre corps module vos émotions – Épisode 4/6

Un podcast de 10′ de Radio France

La perception des signaux corporels fait partie de ce que l’on appelle “l’interoception”, un concept complexe qui désigne le traitement par votre système nerveux des informations qui proviennent de votre corps. Un concept crucial pour comprendre la dépression.

Avec

  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

Ce qui transparaît dans votre pensée est le reflet de ce qui se déroule à un niveau plus profond dans votre corps.

La dépression n’est pas seulement un trouble psychologique touchant un pur esprit éthéré, flottant comme une brume au-dessus d’un corps biologique. Elle est avant tout un trouble corporel lié à des dysfonctionnements au sein de votre organisme et détériorant progressivement le corps.

L’intéroception ou comment corps et psyché communiquent

Il y a des milliards de terminaisons nerveuses tapissant l’intérieur de votre corps, qui transmettent à tout moment les informations sur votre cœur, vos poumons, votre intestin, votre estomac à votre cerveau.

En sciences, on distingue l’intéroception (les informations qui émanent de votre corps physiologique) de la proprioception (la perception de la position de votre corps dans l’espace) de l’extéroception (qui regroupe vos sens externes comme la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût ou le toucher).

L’intéroception est cruciale en psychologie, car votre esprit n’est pas logé dans votre boîte crânienne, mais dans l’ensemble de votre corps. Votre esprit est forgé par cette interaction dynamique, continuelle entre le monde et notre corps, nos muscles, nos viscères.

Depuis les travaux du neuroscientifique Antonio Damasio, professeur à l’Université de Californie du Sud, on sait aussi que l’intéroception est cruciale pour votre sentiment d’incarnation, la sensation d’être dans votre corps, la sensation d’une identité corporelle.

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Écouter le corps pour réguler les émotions

On sait aussi que ces prédictions intérospectives sont cruciales pour les émotions. Les travaux de la neuroscientifique britannique Sarah Garfinkel ont par exemple montré que votre expérience émotionnelle est modulée par les changements de votre rythme cardiaque.

Plusieurs études, dont certaines réalisées avec la chercheuse Caroline Sévoz-Couche et l’équipe du Professeur Emmanuelle Corruble à l’hôpital Bicêtre, ont montré que la dépression était associée à des dysfonctionnements de l’intéroception. Les patients souffrant de dépression ont généralement une précision réduite lors de tâches de détection des battements cardiaques. Ils ont plutôt tendance à percevoir les signaux comme faibles et à faire beaucoup plus d’erreur de détection. Ils ont aussi plus de difficultés à réguler leurs propres sensations corporelles. Ils font moins confiance à leurs signaux somatiques.

Écouter le corps pour réguler les besoins

L’une des clefs pour comprendre le lien entre le corps et la dépression est probablement le concept d’allostasie, un nom savant qui désigne en biologie la capacité d’un organisme à anticiper ses besoins énergétiques

À tout moment, votre système nerveux essaie de prédire les variations de température, d’oxygène et de glycémie dans votre organisme, afin de vous maintenir en vie.

L’intéroception est le baromètre interne de ce système de régulation, guidant vos comportements en fonction de l’anticipation des besoins de votre corps et de l’état du monde qui vous entoure.

Dans la dépression, le cerveau fait des prédictions erronées et à propos des ressources de votre organisme, reçoit des mauvaises informations et perd sa capacité finalement à ajuster ses prédictions à ces signaux corporels.

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Ce dysfonctionnement intéroceptif pourrait d’ailleurs expliquer l’asthénie, cette profonde fatigue qui frappe le patient dès le réveil, s’insinuant dans chacun de ses mouvements comme si toute sa musculature s’était chargée, muée en plomb.

LNDT: @342. Comment les croyances négatives vous trompent – Épisode 3/6

Un podcast de 10′ de Radio France

Dans la dépression, de nombreuses croyances négatives sur soi-même, liées à la dévalorisation, façonnent l’existence. À l’origine de ces croyances : la disparition d’un biais cognitif, le biais positif, communément protecteur pour la santé mentale.

Avec

  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

Votre système nerveux est câblé pour générer du sens à partir d’un flux d’informations discontinues, incertaines, parfois ambiguës. Pour cela, votre cerveau utilise des croyances probabilistes qui lui permettent de filtrer ses informations sensorielles, mais qui sont profondément perturbées dans la dépression.

Prégnance de croyances négatives

Lorsque vous souffrez de dépression, vous êtes constamment traversé par des pensées sombres. Vous pouvez ainsi avoir tendance à croire que vous n’avez aucune valeur, que vous avez commis des erreurs terribles, que vos proches vous rejettent ou que votre condition est un fardeau sur leurs épaules dont vous devez les libérer.

Ces croyances sont aussi au centre de ce que l’on appelle les “ruminations” — un terme qui décrit le caractère répétitif, circulaire de votre contenu mental. Ces ruminations vous enferment progressivement dans un espace de plus en plus restreint. Elles se renforcent elles-mêmes, alimentent des convictions de plus en plus négatives, envahissant tout le spectre de votre esprit.

Ces croyances dépressives sont cruciales, car elles sont souvent associées à l’aggravation du trouble et aux risques de passage à l’acte suicidaire qui est responsable chaque année d’environ 800 000 morts à travers le monde.

À l’origine des croyances négatives, la disparition du biais positif

Tout un champ de recherches menées notamment par l’équipe de la psychologue Tali Sharot à University College London, s’est penché sur l’origine de nos croyances. La majorité des études réalisées chez des sujets ne souffrant pas de dépression ont montré que nous sommes collectivement biaisés dans la mise à jour de nos croyances.

Nous sommes beaucoup plus sensibles aux informations positives que négatives lorsque nous ajustons nos croyances personnelles. Ce biais dans la mise à jour des croyances a ainsi tendance à favoriser des croyances positives à propos de vos propres compétences, de vos propres expériences. Vous avez ainsi plutôt tendance à croire que vous êtes meilleur conducteur, meilleur amant, meilleur en sport que la réalité de vos performances. Ce biais est présent dans toutes les civilisations, avec toutefois des variations selon les groupes considérés. On sait que les hommes ont tendance à avoir un biais positif un peu plus tenace que les femmes et le biais est également plus fort chez les Américains en comparaison avec les Japonais.

Cela pourrait être quand même, de façon plus fondamentale, une manière efficace de nous protéger finalement contre les malheurs du monde. Si nous percevions à tout moment, de manière réaliste, les dangers du monde qui nous entoure, alors notre santé mentale serait probablement bien plus fragile. Nous serions constamment anxieux, terrifiés par tout ce qui pourrait nous frapper.

Ce mécanisme protecteur pour notre santé mentale disparaît lorsque l’on souffre de dépression. L’équipe de Tali Sharot, puis plus tard celle de Tobias Kube et Winfried Rief, a montré que la dépression réduisait la capacité à mettre à jour ces croyances après des informations positives. Cette disparition du positif a pu faire même dire à certains psychiatres qu’il existait une forme de réalisme dépressif, au sens où la dépression offrait un regard sans concession sur le monde.

On ne sait pas encore si ce pseudo-réalisme dépressif est lié à une attention accrue pour les stimuli négatifs ou à une plus grande porosité des croyances pour ces informations défavorables.

LNDT: @341. Comment votre cerveau simule le monde – Épisode 2/6

Un podcast de 10′ de Radio France

Votre cerveau est capable de prédire ce qui vous entoure. Il simule, en quelque sorte, votre monde. Pourquoi, dans la dépression, cette simulation dysfonctionne ? Comment expliquer que vous ayez une perception biaisée du monde, accentuée avec la dépression ?

Avec

  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

Vous ne percevez pas le monde tel qu’il est réellement, mais vous en avez plutôt une vision déformée, filtrée par ce que vous vous attendez à percevoir. Vous percevez même parfois des choses qui n’existent pas, ou vous restez aveugles face à des choses qui existent, sans vous en rendre compte.

Cette manière de prédire ou de percevoir le monde qui vous entoure est au cœur du fonctionnement même de votre cerveau. Avec la dépression, cette déformation de votre perception s’accroît.

Croyances et représentations façonnent votre perception du monde

Votre perception et vos décisions sont constamment influencées par vos croyances, c’est-à-dire les représentations internes que vous avez à propos du monde qui vous entoure.

Ces croyances sont utilisées pour générer des prédictions à propos des entrées sensorielles, qui, pour votre cerveau, sont comme des hypothèses qui lui parviennent : à tout moment, une partie de vos neurones s’échine à prédire les informations visuelles, auditives, tactiles, gustatives, olfactives que vous éprouvez.

Si vous avez des croyances très fortes à propos d’un phénomène, vous pouvez le percevoir alors même qu’il ne s’est jamais produit : c’est ce mécanisme qui est à la base de l’hallucination.

Si vous croyez que votre tasse de café est chaude, vous sentirez une étrange sensation de chaleur sur votre main lorsque vous la saisirez, alors même qu’elle est glacée.

Si vous passez chaque jour devant une boulangerie d’où s’échappe un délicieux parfum de pain chaud, votre cerveau encode la probabilité que ces signaux odorifères soient transmis au bulbe olfactif à chaque fois que vous passerez devant cette boulangerie.

Une incidence sur vos actions, vos comportements

Ces prédictions cérébrales permettent également à votre cerveau de simuler le résultat de vos actions : votre cerveau encode une forme de matrice, comme une simulation du monde. Cette matrice est couplée avec l’activité de vos muscles et calcule ainsi à tout moment les conséquences de vos mouvements : par exemple, la sensation de chaleur qui vous caressera la main lorsque vous saisissez votre tasse de café fumante ou si vous vous approchez d’un feu de cheminée crépitant au cœur de l’hiver. Votre cerveau s’adapte à vos sens et agit en conséquence.

Cette activité motrice fait d’ailleurs pleinement partie de la perception. Vous jugerez différemment la structure tridimensionnelle d’un objet ou la profondeur d’une surface selon que vous vous déplacez ou que vous restez immobile.

Une perception communément déformée

Alors que vous allez passer devant la boulangerie d’où s’échappe habituellement une bonne odeur de pain chaud, un jour, quand vous passez devant, vous constatez que la boulangerie est fermée. Pourtant, vous venez de humer avec plaisir cet appétissant parfum de pain chaud en passant dans la rue. Votre cerveau a opéré une prédiction olfactive qui a biaisé votre perception : aucune odeur ne s’échappe de l’échoppe puisqu’elle est fermée. Mais votre matrice cérébrale a généré une sensation olfactive, sous la forme d’une hallucination sensorielle.

Ces biais sensoriels sont loin d’être des cas isolés, car en réalité, votre perception est continuellement envahie par ce conflit entre les prédictions cérébrales et la réalité.

Ce que vous observez ne constitue qu’une image déformée, approximativement fidèle, de la structure matérielle réelle de votre environnement. Ainsi, vous percevez les choses de manière différente de votre voisin. Mais ce n’est pas parce que la réalité ne correspond pas exactement à ce que l’on ressent qu’elle n’existe pas.

Avec la dépression, cette perception est encore plus déformée

Quotidiennement, vous êtes capable d’ajuster vos croyances en fonction de vos expériences sensorielles. Lorsqu’il existe une différence entre vos prédictions et vos perceptions, votre cerveau génère un message électrique appelé erreur de prédiction, qui met à jour vos croyances. Votre cerveau doit aussi déterminer la fiabilité des informations afin d’éviter de changer vos croyances de manière intempestive. Il calibre régulièrement cette mise à jour en fonction d’une estimation probabiliste de la précision de son environnement.

On sait aujourd’hui que la dépression, comme un grand nombre de troubles psychiatriques, est potentiellement liée à des troubles de la prédiction et de la précision. Plusieurs travaux ont en effet montré que les patients déprimés présentent une tendance à interpréter négativement les stimuli ambigus, à se souvenir préférentiellement des informations négatives, ou encore à porter plus d’attention aux signaux aversifs. Ces biais négatifs se retrouvent dans la perception des émotions faciales, des pensées en référence à soi, ou encore dans le traitement sémantique des échanges verbaux ou de la lecture : par exemple, le sourire radieux de la personne que vous venez de rencontrer pourra être perçu comme un signe de moquerie, le compliment sympathique d’un voisin comme une marque de dédain. C’est un peu comme si les erreurs de prédiction positives étaient “écrasées” par la précision des croyances négatives, enfermant l’esprit dans un cycle d’auto-renforcement.