LNDT: @344. Comment les antidépresseurs corrigent vos biais cognitifs – Épisode 5/6

Un podcast de 10′ de Radio France

Il existe de nombreux mythes sur les antidépresseurs, des représentations faussées, excessivement optimistes ou anxiogènes. Comment ces molécules agissent-elles sur le cerveau déprimé et transforment-elles la perception noire du monde ?

Avec

  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

La dépression est une lutte sans merci. L’utilisation d’un antidépresseur est parfois nécessaire.

En pharmacologie, l’antidépresseur désigne un ensemble assez divers de molécules qui n’ont pas les mêmes modalités d’action, les mêmes effets thérapeutiques ou les mêmes effets indésirables. Ce nom générique complexifie un peu les choses, car on retrouve des molécules qui peuvent avoir des effets radicalement différents, qui peuvent favoriser l’appétit et au contraire le réduire, favoriser l’endormissement ou donner un sentiment accru d’énergie.

Un objectif commun : cibler les monoamines, des neuromodulateurs

De manière générale, il s’agit de molécules qui ciblent ce que l’on appelle les monoamines, parmi lesquelles on retrouve par exemple la sérotonine, la noradrénaline ou la dopamine. Ces monoamines sont appelées des neurotransmetteurs, car elles transmettent de l’information au travers de la fente synaptique (un espace microscopique d’environ 25 nanomètres qui sépare vos neurones). Lorsqu’un neurotransmetteur se fixe sur les récepteurs d’un neurone, il transmet un message électrique qui peut être à son tour transmis à un autre neurone. Un peu comme une course de relais. Il y a plus d’une vingtaine de types de synapses différentes, chacune transmettant des messages spécifiques et qui sont impliqués différemment dans cette activité cérébrale.

Les effets des antidépresseurs

Bien que l’on connaisse de mieux en mieux leurs effets chimiques, on sait encore très peu de choses sur les effets cognitifs des antidépresseurs. Si vous commencez un traitement antidépresseur, vous pourrez observer des premiers effets après 3 à 4 semaines de traitement et la plupart du temps, vous vous sentirez mieux après un délai plutôt de 4 à 6 semaines.

Pourtant, contrairement à ce que l’on croit souvent, ces traitements antidépresseurs ne mettent pas un mois pour agir. Pas toujours clairement de façon perceptible, ces molécules vont modifier la perception du monde, la cinétique de vos mouvements ou encore votre réactivité émotionnelle.

Plusieurs études ont ainsi montré que des changements très précoces avant tout effet sur l’humeur pouvaient toucher la reconnaissance des émotions faciales, l’apprentissage de nouvelles informations ou la mise à jour de vos croyances. Ces effets précoces et silencieux des traitements antidépresseurs sont aujourd’hui au cœur de la recherche en neurosciences cognitives, car ils pourraient permettre de détecter l’efficacité d’un traitement bien avant le ressenti subjectif d’une amélioration de la dépression.

On sait que deux tiers des patients ne répondent pas à un premier traitement antidépresseur et qu’environ un tiers sont résistants à plusieurs stratégies de traitement antidépresseur.

Une modification de la perception

Sous l’impulsion d’une équipe de l’université d’Oxford dirigée par Catherine Harmer, un champ théorique nouveau s’est développé pour essayer de comprendre les effets de ces antidépresseurs. Cette équipe a montré que les traitements antidépresseurs modifient la perception des informations positives et négatives. Ils viennent corriger les biais en faveur du négatif retrouvé dans la dépression. Ils montrent notamment que les traitements antidépresseurs influencent la reconnaissance des émotions sur les visages – par exemple la capacité à reconnaître la joie ou la peur – à interpréter une émotion faciale ambiguë. Lorsque vous prenez un antidépresseur, vous aurez plus de facilité à reconnaître les sourires, les émotions positives sur le visage des gens que vous allez croiser dans la rue. Vous allez aussi avoir plus de difficultés à reconnaître les émotions négatives, les émotions de colère, les émotions de peur. Et vous allez avoir un rappel plus facilité de vos souvenirs positifs, agréables, du passé.

Ces résultats sont fascinants. Premièrement, ils inscrivent les effets des antidépresseurs dans la cognition plutôt que de les limiter à une simple mécanique biologique. Ensuite, ils montrent que ces effets apparaissent bien avant l’amélioration subjective et objective de l’humeur.

Une motricité retrouvée

Dans la dépression, le mouvement ralentit, la parole devient très rare. L’immobilité gagne progressivement le corps. Après une semaine d’un traitement antidépresseur, on peut observer une levée de cette inhibition motrice, un peu comme si les mouvements avaient retrouvé leur amplitude, leur cinétique, que les muscles se réveillaient et que le tonus revenait. Cet effet précoce de la motricité a d’ailleurs fait dire au sociologue Alain Ehrenberg que les antidépresseurs sont des régulateurs de l’action ou que certaines molécules dépressives n’étaient pas des pilules du bonheur, mais plutôt des pilules de l’initiative.

Cette levée d’inhibition est aussi tristement célèbre en psychiatrie, parce qu’elle peut favoriser transitoirement le risque de suicide. Si vous avez un désir de mort qui est très puissant, mais que vous n’avez plus aucune volonté, vous aurez beaucoup de difficulté finalement à mettre en actes votre pensée. La levée de l’inhibition motrice peut ainsi produire cet effet paradoxal de renforcer pour le sujet la possibilité de se donner la mort en libérant son corps des liens qui l’entravaient.

LNDT: @343. Comment votre corps module vos émotions – Épisode 4/6

Un podcast de 10′ de Radio France

La perception des signaux corporels fait partie de ce que l’on appelle “l’interoception”, un concept complexe qui désigne le traitement par votre système nerveux des informations qui proviennent de votre corps. Un concept crucial pour comprendre la dépression.

Avec

  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

Ce qui transparaît dans votre pensée est le reflet de ce qui se déroule à un niveau plus profond dans votre corps.

La dépression n’est pas seulement un trouble psychologique touchant un pur esprit éthéré, flottant comme une brume au-dessus d’un corps biologique. Elle est avant tout un trouble corporel lié à des dysfonctionnements au sein de votre organisme et détériorant progressivement le corps.

L’intéroception ou comment corps et psyché communiquent

Il y a des milliards de terminaisons nerveuses tapissant l’intérieur de votre corps, qui transmettent à tout moment les informations sur votre cœur, vos poumons, votre intestin, votre estomac à votre cerveau.

En sciences, on distingue l’intéroception (les informations qui émanent de votre corps physiologique) de la proprioception (la perception de la position de votre corps dans l’espace) de l’extéroception (qui regroupe vos sens externes comme la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût ou le toucher).

L’intéroception est cruciale en psychologie, car votre esprit n’est pas logé dans votre boîte crânienne, mais dans l’ensemble de votre corps. Votre esprit est forgé par cette interaction dynamique, continuelle entre le monde et notre corps, nos muscles, nos viscères.

Depuis les travaux du neuroscientifique Antonio Damasio, professeur à l’Université de Californie du Sud, on sait aussi que l’intéroception est cruciale pour votre sentiment d’incarnation, la sensation d’être dans votre corps, la sensation d’une identité corporelle.

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Écouter le corps pour réguler les émotions

On sait aussi que ces prédictions intérospectives sont cruciales pour les émotions. Les travaux de la neuroscientifique britannique Sarah Garfinkel ont par exemple montré que votre expérience émotionnelle est modulée par les changements de votre rythme cardiaque.

Plusieurs études, dont certaines réalisées avec la chercheuse Caroline Sévoz-Couche et l’équipe du Professeur Emmanuelle Corruble à l’hôpital Bicêtre, ont montré que la dépression était associée à des dysfonctionnements de l’intéroception. Les patients souffrant de dépression ont généralement une précision réduite lors de tâches de détection des battements cardiaques. Ils ont plutôt tendance à percevoir les signaux comme faibles et à faire beaucoup plus d’erreur de détection. Ils ont aussi plus de difficultés à réguler leurs propres sensations corporelles. Ils font moins confiance à leurs signaux somatiques.

Écouter le corps pour réguler les besoins

L’une des clefs pour comprendre le lien entre le corps et la dépression est probablement le concept d’allostasie, un nom savant qui désigne en biologie la capacité d’un organisme à anticiper ses besoins énergétiques

À tout moment, votre système nerveux essaie de prédire les variations de température, d’oxygène et de glycémie dans votre organisme, afin de vous maintenir en vie.

L’intéroception est le baromètre interne de ce système de régulation, guidant vos comportements en fonction de l’anticipation des besoins de votre corps et de l’état du monde qui vous entoure.

Dans la dépression, le cerveau fait des prédictions erronées et à propos des ressources de votre organisme, reçoit des mauvaises informations et perd sa capacité finalement à ajuster ses prédictions à ces signaux corporels.

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Ce dysfonctionnement intéroceptif pourrait d’ailleurs expliquer l’asthénie, cette profonde fatigue qui frappe le patient dès le réveil, s’insinuant dans chacun de ses mouvements comme si toute sa musculature s’était chargée, muée en plomb.

LNDT: @342. Comment les croyances négatives vous trompent – Épisode 3/6

Un podcast de 10′ de Radio France

Dans la dépression, de nombreuses croyances négatives sur soi-même, liées à la dévalorisation, façonnent l’existence. À l’origine de ces croyances : la disparition d’un biais cognitif, le biais positif, communément protecteur pour la santé mentale.

Avec

  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

Votre système nerveux est câblé pour générer du sens à partir d’un flux d’informations discontinues, incertaines, parfois ambiguës. Pour cela, votre cerveau utilise des croyances probabilistes qui lui permettent de filtrer ses informations sensorielles, mais qui sont profondément perturbées dans la dépression.

Prégnance de croyances négatives

Lorsque vous souffrez de dépression, vous êtes constamment traversé par des pensées sombres. Vous pouvez ainsi avoir tendance à croire que vous n’avez aucune valeur, que vous avez commis des erreurs terribles, que vos proches vous rejettent ou que votre condition est un fardeau sur leurs épaules dont vous devez les libérer.

Ces croyances sont aussi au centre de ce que l’on appelle les “ruminations” — un terme qui décrit le caractère répétitif, circulaire de votre contenu mental. Ces ruminations vous enferment progressivement dans un espace de plus en plus restreint. Elles se renforcent elles-mêmes, alimentent des convictions de plus en plus négatives, envahissant tout le spectre de votre esprit.

Ces croyances dépressives sont cruciales, car elles sont souvent associées à l’aggravation du trouble et aux risques de passage à l’acte suicidaire qui est responsable chaque année d’environ 800 000 morts à travers le monde.

À l’origine des croyances négatives, la disparition du biais positif

Tout un champ de recherches menées notamment par l’équipe de la psychologue Tali Sharot à University College London, s’est penché sur l’origine de nos croyances. La majorité des études réalisées chez des sujets ne souffrant pas de dépression ont montré que nous sommes collectivement biaisés dans la mise à jour de nos croyances.

Nous sommes beaucoup plus sensibles aux informations positives que négatives lorsque nous ajustons nos croyances personnelles. Ce biais dans la mise à jour des croyances a ainsi tendance à favoriser des croyances positives à propos de vos propres compétences, de vos propres expériences. Vous avez ainsi plutôt tendance à croire que vous êtes meilleur conducteur, meilleur amant, meilleur en sport que la réalité de vos performances. Ce biais est présent dans toutes les civilisations, avec toutefois des variations selon les groupes considérés. On sait que les hommes ont tendance à avoir un biais positif un peu plus tenace que les femmes et le biais est également plus fort chez les Américains en comparaison avec les Japonais.

Cela pourrait être quand même, de façon plus fondamentale, une manière efficace de nous protéger finalement contre les malheurs du monde. Si nous percevions à tout moment, de manière réaliste, les dangers du monde qui nous entoure, alors notre santé mentale serait probablement bien plus fragile. Nous serions constamment anxieux, terrifiés par tout ce qui pourrait nous frapper.

Ce mécanisme protecteur pour notre santé mentale disparaît lorsque l’on souffre de dépression. L’équipe de Tali Sharot, puis plus tard celle de Tobias Kube et Winfried Rief, a montré que la dépression réduisait la capacité à mettre à jour ces croyances après des informations positives. Cette disparition du positif a pu faire même dire à certains psychiatres qu’il existait une forme de réalisme dépressif, au sens où la dépression offrait un regard sans concession sur le monde.

On ne sait pas encore si ce pseudo-réalisme dépressif est lié à une attention accrue pour les stimuli négatifs ou à une plus grande porosité des croyances pour ces informations défavorables.

LNDT: @341. Comment votre cerveau simule le monde – Épisode 2/6

Un podcast de 10′ de Radio France

Votre cerveau est capable de prédire ce qui vous entoure. Il simule, en quelque sorte, votre monde. Pourquoi, dans la dépression, cette simulation dysfonctionne ? Comment expliquer que vous ayez une perception biaisée du monde, accentuée avec la dépression ?

Avec

  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

Vous ne percevez pas le monde tel qu’il est réellement, mais vous en avez plutôt une vision déformée, filtrée par ce que vous vous attendez à percevoir. Vous percevez même parfois des choses qui n’existent pas, ou vous restez aveugles face à des choses qui existent, sans vous en rendre compte.

Cette manière de prédire ou de percevoir le monde qui vous entoure est au cœur du fonctionnement même de votre cerveau. Avec la dépression, cette déformation de votre perception s’accroît.

Croyances et représentations façonnent votre perception du monde

Votre perception et vos décisions sont constamment influencées par vos croyances, c’est-à-dire les représentations internes que vous avez à propos du monde qui vous entoure.

Ces croyances sont utilisées pour générer des prédictions à propos des entrées sensorielles, qui, pour votre cerveau, sont comme des hypothèses qui lui parviennent : à tout moment, une partie de vos neurones s’échine à prédire les informations visuelles, auditives, tactiles, gustatives, olfactives que vous éprouvez.

Si vous avez des croyances très fortes à propos d’un phénomène, vous pouvez le percevoir alors même qu’il ne s’est jamais produit : c’est ce mécanisme qui est à la base de l’hallucination.

Si vous croyez que votre tasse de café est chaude, vous sentirez une étrange sensation de chaleur sur votre main lorsque vous la saisirez, alors même qu’elle est glacée.

Si vous passez chaque jour devant une boulangerie d’où s’échappe un délicieux parfum de pain chaud, votre cerveau encode la probabilité que ces signaux odorifères soient transmis au bulbe olfactif à chaque fois que vous passerez devant cette boulangerie.

Une incidence sur vos actions, vos comportements

Ces prédictions cérébrales permettent également à votre cerveau de simuler le résultat de vos actions : votre cerveau encode une forme de matrice, comme une simulation du monde. Cette matrice est couplée avec l’activité de vos muscles et calcule ainsi à tout moment les conséquences de vos mouvements : par exemple, la sensation de chaleur qui vous caressera la main lorsque vous saisissez votre tasse de café fumante ou si vous vous approchez d’un feu de cheminée crépitant au cœur de l’hiver. Votre cerveau s’adapte à vos sens et agit en conséquence.

Cette activité motrice fait d’ailleurs pleinement partie de la perception. Vous jugerez différemment la structure tridimensionnelle d’un objet ou la profondeur d’une surface selon que vous vous déplacez ou que vous restez immobile.

Une perception communément déformée

Alors que vous allez passer devant la boulangerie d’où s’échappe habituellement une bonne odeur de pain chaud, un jour, quand vous passez devant, vous constatez que la boulangerie est fermée. Pourtant, vous venez de humer avec plaisir cet appétissant parfum de pain chaud en passant dans la rue. Votre cerveau a opéré une prédiction olfactive qui a biaisé votre perception : aucune odeur ne s’échappe de l’échoppe puisqu’elle est fermée. Mais votre matrice cérébrale a généré une sensation olfactive, sous la forme d’une hallucination sensorielle.

Ces biais sensoriels sont loin d’être des cas isolés, car en réalité, votre perception est continuellement envahie par ce conflit entre les prédictions cérébrales et la réalité.

Ce que vous observez ne constitue qu’une image déformée, approximativement fidèle, de la structure matérielle réelle de votre environnement. Ainsi, vous percevez les choses de manière différente de votre voisin. Mais ce n’est pas parce que la réalité ne correspond pas exactement à ce que l’on ressent qu’elle n’existe pas.

Avec la dépression, cette perception est encore plus déformée

Quotidiennement, vous êtes capable d’ajuster vos croyances en fonction de vos expériences sensorielles. Lorsqu’il existe une différence entre vos prédictions et vos perceptions, votre cerveau génère un message électrique appelé erreur de prédiction, qui met à jour vos croyances. Votre cerveau doit aussi déterminer la fiabilité des informations afin d’éviter de changer vos croyances de manière intempestive. Il calibre régulièrement cette mise à jour en fonction d’une estimation probabiliste de la précision de son environnement.

On sait aujourd’hui que la dépression, comme un grand nombre de troubles psychiatriques, est potentiellement liée à des troubles de la prédiction et de la précision. Plusieurs travaux ont en effet montré que les patients déprimés présentent une tendance à interpréter négativement les stimuli ambigus, à se souvenir préférentiellement des informations négatives, ou encore à porter plus d’attention aux signaux aversifs. Ces biais négatifs se retrouvent dans la perception des émotions faciales, des pensées en référence à soi, ou encore dans le traitement sémantique des échanges verbaux ou de la lecture : par exemple, le sourire radieux de la personne que vous venez de rencontrer pourra être perçu comme un signe de moquerie, le compliment sympathique d’un voisin comme une marque de dédain. C’est un peu comme si les erreurs de prédiction positives étaient “écrasées” par la précision des croyances négatives, enfermant l’esprit dans un cycle d’auto-renforcement.

LNDT: @340. Comment la dépression transforme votre perception – Épisode 1/6

Un podcast de 10′ de Radio France

Qu’est-ce qui caractérise la dépression ? Quels sont ses symptômes ? Contrairement à une idée reçue, la dépression n’est pas qu’un simple état de tristesse. Elle transforme profondément vos émotions, mais aussi vos perceptions.

Avec

  • Hugo Bottemanne psychiatre à l’hôpital Bicêtre dans un centre spécialisé dans la dépression et chercheur associé dans l’équipe Moods de l’Université Paris-Saclay et à l’Institut du cerveau de Paris, co-auteur avec Lucie Joly de « La dépression au féminin – Démystifier, comprendre, guérir », ed. du Rocher

La dépression est un terme largement utilisé pour décrire un état de tristesse. Or cette représentation réductrice cultive des stéréotypes angoissants ou dévalorisants pour les individus. En effet, la dépression se cache derrière des apparences qui sont souvent trompeuses et qui oscillent entre les limites du normal et du pathologique.

Aucun test sanguin, aucune imagerie cérébrale ou ponction lombaire ne permet de l’identifier. Alors, comment la diagnostiquer ?

LNDT: @297. Sophie Fontanel : « La peur de vieillir, on n’a pas le droit de juger comment quelqu’un se débat avec »

Un podcast de Radio France de 15′

Sophie Fontanel publie « Admirable » (Seghers), un livre où elle imagine un monde où les rides n’existent plus : les gens vieillissent et meurent, mais sans traces visibles. Elle est l’invitée de Léa Salamé.
Avec

Sophie Fontanel ose de plus en plus se confronter aux tabous de la société. Longtemps, elle a été une journaliste de mode reconnue, respectée, et célèbre. Depuis dix ans, elle aborde les sujets de l’époque : l’abstinence sexuelle, elle-même a écrit un livre dessus, la nudité, elle a posé nue à 59 ans dans le magazine ELLE. Elle a assumé ses cheveux blancs depuis toujours. Dans son dernier roman, l’histoire d’Admira, la dernière femme ridée sur terre, qui paraît chez Seghers, elle évoque le tabou de la vieillesse qu’on ne veut plus voir. Elle est devenue une sorte de sociologue de l’époque.

Une absence de modèle âgé qui assume

Pour Sophie Fontanel, « La littérature permet de modifier le destin. » Son livre évoque Admira recluse dans un village grec. Elle rencontre un jour un homme qui manque de s’évanouir choqué par ses rides. Il lui révèle que grâce à un médicament très accessible ces stigmates du temps ont disparu. L’idée d’une telle histoire est venue à Sophie Fontanel après le constat de n’avoir aucun modèle de femme ridée, non refaites, auquel se référer : « Il y avait bien Charlotte Rampling, mais elle est un peu grave. Et je n’ai pas pensé à Fanny Ardant ! Un jour avec la photographe Dominique Issermann, on se disait que s’il y avait une pulvérisation, ou un médicament miracle qui enlèverait les rides, on le prendrait. J’ai donc imaginé ce qui se passerait si on cédait tous à cette tentation. On mourrait jeune, donc on vivrait dans le malheur… »

LNDT: @295. Épisode 2/2 : Philosophie du clitoris

Un podcast de Radio France de 58′

La femme est un être singulier, la seule à posséder deux organes sexuels séparés, dont le clitoris, dédié au plaisir. Le secret de ce plaisir fut longtemps un impensé en philosophie. Qu’est-ce que le plaisir ? Comment parler du clitoris sans tomber dans un essentialisme du corps féminin ?

Avec

  • Catherine Malabou Philosophe, professeure de philosophie au « Centre for Research in Modern European Philosophy » à l’Université de Kingston au Royaume-Uni

« Le clitoris est une pierre minuscule logée en secret dans la grande chaussure de l’imaginaire sexuel.
La jeune Clitoris de la mythologie grecque, connue pour sa taille très fine, était dite mince ‘comme un caillou’.            
Longtemps caché, privé de nom, de représentations artistiques, absent des traités de médecine, souvent ignoré des femmes elles-mêmes, le clitoris n’a eu durant des siècles qu’une existence de scrupule, au sens primitif du terme, ce grain qui gêne la marche et taraude l’esprit. »           
Catherine Malabou, dans Le plaisir effacé : clitoris et pensée, aux éditions Rivages (2020)

Alors comment passer du scrupule au plaisir ? Comment garder le mystère du plaisir, celui-même qui appelle la pensée ?

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L’invitée du jour

Catherine Malabou, philosophe, professeure de philosophie au « Centre for Research in Modern European Philosophy » à l’Université de Kingston au Royaume-Uni

Le plaisir, un impensé philosophique

Le plaisir est un terme qui a été beaucoup employé en philosophie, mais qui a été assimilé très rapidement à la passion au sens classique du terme, très peu à la sexualité, et encore moins à la sexualité féminine. J’ai voulu explorer ce côté secret du plaisir qui n’avait jamais été dit en philosophie. Il faut garder cette image du scrupule, de quelque chose qui nous gêne, pour arriver à le penser.
Catherine Malabou

Parler du clitoris, est-ce essentialiser la femme ?

En parlant du plaisir effacé, j’ai voulu montrer que lorsqu’on mettait fin à un effacement, on en produisait nécessairement un autre. Aujourd’hui il est vrai qu’il y a beaucoup de livres, de représentations du clitoris, il n’est plus ignoré, mais le scrupule demeure, et cela va nous renvoyer à l’histoire du féminisme, parce que la grande question est : comment parler du clitoris sans tomber dans ce que le féminisme dénonce comme un piège : l’essentialisme, le naturalisme, quelque chose qui serait la nature de la femme. Comment en parler sans l’effacer à nouveau ?
Catherine Malabou

LNDT: @272. Le dispositif Mon soutien psy se renforce contre la souffrance physique

Une information de l’Assurance Maladie

Le dispositif Mon soutien Psy permet à toute personne (dès 3 ans) angoissée, déprimée ou en souffrance psychique, de bénéficier de séances d’accompagnement psychologique avec une prise en charge par l’Assurance Maladie. Créé en 2022, il a évolué depuis le 15 juin 2024.

Un accès simplifié aux psychologues

Plus besoin de passer par un médecin traitant (ou une sage-femme) pour bénéficier d’un suivi psychologique.

Davantage de séances remboursées

Le nombre de séances remboursées à 100 % par l’Assurance Maladie et les complémentaires santé (mutuelles) passe de 8 à 12 par année civile et par personne. 

Une revalorisation des tarifs

Pour encourager les psychologues à rejoindre le dispositif, le tarif de la consultation psychologique passe de 30 à 50 euros. 

Un dispositif dédié aux étudiants

Les étudiants ont également leur programme : « Santé psy étudiant » qui leur permet de bénéficier de 12 séances gratuites. 

LNDT: @180. La dyslexie

Un vidéo du site Lumni.fr (3′)

La dyslexie

Les dyslexiques sont des personnes qui ont du mal à apprendre à lire et à écrire. Leur cerveau fonctionne différemment. Explications.

Que veut dire « être dyslexique » ? 

Quand un dyslexique lit ou écrit, les lettres, les syllabes ou les mots s’emmêlent dans sa tête. Il confond par exemple les b et les p. Alors, forcément, cela lui demande de grands efforts pour apprendre et progresser à l’école.

Quels sont les autres symptômes de la dyslexie ?

Parfois, la dyslexie peut s’accompagner d’autres troubles, comme :

– la dysphasie (difficultés à s’exprimer ou à comprendre)

– la dysphasique (difficulté à articuler les mots ou à raconter une histoire dans le bon ordre)

– la dysgraphie (difficulté à écrire proprement ou difficulté à bien former une lettre)

– la dyscalculie (quand les chiffres s’embrouillent)

Peut-on guérir de la dyslexie ?

En général, ce sont les professeurs qui se rendent compte du problème. On emmènera la personne dyslexique chez un orthophoniste qui confirmera ou non sa dyslexie, et lui fera faire des exercices. Même si la dyslexie ne se corrige pas totalement, on peut tout à fait apprendre à vivre avec. Par exemple, Albert Einstein et Léonard de Vinci étaient dyslexiques.

LNDT: @179. Les troubles DYS

Un vidéo du site Lumni.fr (1′)

Tu le sais, cela peut arriver à tout le monde d’inverser des lettres ou des chiffres. C’est parfois gênant, mais, chez certains enfants, c’est ce qui se passe tout le temps. C’est comme si leur cerveau fonctionnait différemment et c’est très difficile à vivre au quotidien. Ils ont des difficultés pour apprendre à lire et à écrire… Quand on parle de ces troubles, on utilise le terme « dys ».

Quels troubles sont concernés par les « dys » ?

  • Quand on a des difficultés à lire et à écrire, on parle de la dyslexie.
  • Quand on a des difficultés avec les maths, c’est la dyscalculie.
  • Quand on a des difficultés avec l’assimilation de l’orthographe, c’est la dysorthographie.
  • Quand on a des difficultés avec la parole, c’est la dysphasie.
  • Enfin, pour des troubles de la coordination des gestes, on parle de la dyspraxie.

Comment lutter contre les « dys » ? 

Le fait d’identifier un dys permet de reprendre confiance en soi et aide à progresser. Ensuite vient le temps de la rééducation par des séances d’orthophonie et d’ergothérapie et en complément l’utilisation d’outils comme les claviers adaptés. C’est important d’en parler : les parents, les enseignants et les élèves doivent aussi être sensibilisés pour aider un « dys ». On ne peut pas agir directement sur le trouble, mais on peut tout à fait apprendre à vivre avec.

« Dys », comme Léonard de Vinci et Albert Einstein !

Contre les moqueries, on peut citer en effet l’exemple d’un grand scientifique atteint de dyslexie : Albert Einstein. Il a aidé à la science du XXe siècle avec notamment l’invention de l’équation la plus célèbre au monde : E = mC2. Un vrai génie, tout comme Léonard de Vinci, dyslexique lui aussi ! Vu ce qu’ils ont apporté au monde, on se dit que leur cerveau fonctionne bien !